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Thème : Cinéma

Alice Guy, la première vraie cinéaste au monde

Bernard GENSANE
C’est en voulant me documenter de nouveau sur Louis Le Prince, chimiste français émigré en Grande-Bretagne et auteur du premier film cinématographique que je suis tombé sur la Française Alice Guy, réalisatrice (pardon : réalisateure) du second film de fiction de l’histoire du cinéma. Je connaissais l’existence de Le Prince depuis très longtemps car cet inventeur de génie s’était installé dans le West Riding du Yorkshire, à deux pas d’un endroit où j’ai beaucoup séjourné. Le 14 octobre 1888, Le Prince filma ses beaux-parents et son fils pendant deux secondes et demi. Après une brève et féconde carrière, Le Prince disparaîtra de manière très mystérieuse dans le train Bourges-Paris. On évoquera un possible assassinat ou un suicide. Enfoncés, les frères Lumière ! Inventeurs de génie – et, accessoirement, ardents soutiens de Mussolini et Pétain – ils tournèrent leur premier film le 19 mars 1895 en plantant leur caméra devant leur usine avant de tourner, quelques mois plus tard, L’arroseur arrosé, premier film de fiction (...) Lire la suite »

Une Pluie sans fin : un coup de tonnerre dans un été aride

Rosa LLORENS
Une Pluie sans fin, de Dong Yue, vous laisse saisi d'admiration, mais perplexe : sous quel angle considérer le film ? une métaphore de la société chinoise post-Mao ? un film de genre (policier) à dimension métaphysique ? un chef-d'oeuvre formel ? un coup de tonnerre qui annonce (ce qui se rapprocherait du titre anglais Looming Storm) la fin de l'hégémonie hollywoodienne ? Le blog du cinéma (Une pluie sans fin : le polar de l'été, article signé : Aurélien) contextualise le film : "Le cinéma de genre comme reflet de la société, c'est presque devenu un lieu commun, une recette récupérée un peu partout pour dresser des métaphores filées plus ou moins réussies" : on pense aux lourdes allégories de Zviaguintsev (qui, semble-t-il, n'a plus la cote) ou aux films chinois comme Black Coal, dont le rôle semble être de renvoyer au public occidental l'image la plus noire possible des pays qui déplaisent aux Etats-Unis. Les ressemblances entre Black Coal (2014) et Une Pluie sont d'ailleurs massives : dans tous deux, (...) Lire la suite »

Much loved : qui sont les hypocrites ?

Rosa LLORENS

La cause semble entendue : Nabil Ayouch est un cinéaste courageux, qui a fait un film magnifique, qui brise les tabous, ce qui lui attire la haine des fanatiques. Une avalanche de critiques dégoulinantes de beaux sentiments et nobles principes s’est ainsi déversée sur Much loved.

A lui seul, Télérama nous offre un florilège de clichés : les quatre héroïnes prostituées sont seules contre tous, « les flics corrompus, et bien sûr, les clients, tartuffes, prédateurs et frustrés imprévisibles » ; « dans une société qui réprime la pulsion, condamne le désir », elles « doivent, ici plus qu'ailleurs, payer le prix fort du mépris et de l'hypocrisie. » Ayouch et son actrice principale ont reçu des menaces de mort : « Leur crime ? Avoir osé donné chair à un tabou ». Le mot est lâché, on ne peut qu'applaudir ou se taire. Il revient d'ailleurs dans L'Express, dans un article intitulé : « Much loved, un film sous la menace : « Nabil Ayouch brise un tabou dans ce pays et se retrouve victime d'une fatwa ». C'est le nouveau Salman Rushdie, menacé par une nouvelle génération d'ayatollahs – sunnites. Mais L'Express n'a peur de rien (en tout cas pas du ridicule) et il continue : Ayouch est aussi un Zola consciencieux et avide de savoir, qui a mené une enquête de deux ans dans le milieu des prostituées, qu'il n'a (...) Lire la suite »

La Loi du marché : la déshumanisation des travailleurs.

Rosa LLORENS

C’est la bonne surprise qu’on attendait dans le cinéma français, un film de qualité (comme La Dilettante ou Quand la mer monte) qui émeut ou séduit et qui marche, sans grosse campagne publicitaire (avant d’être récompensé à Cannes, il avait déjà fait 200 000 entrées).

C'est aussi la grosse sensation de la soirée du palmarès de Cannes, le seul moment d'émotion dans cette cérémonie léthargique ou grotesque, marquée par le long laïus lacrymatoire, façon "valise en carton", d'Agnès Varda, le léchage de bottes indécent du représentant de l'Alena, le "mexicain" Michel Franco qui lance aux Présidents Coen et Coen : "Vous êtes mes héros !", les courbettes tous azimuts du bouffon Jacques Audiard — et tous ces autres lauréats qui n'ont rien à dire (Ely Dagher, Prix du court-métrage, s'acquitte de la corvée d'un simple : "C'est super" !). Seul le Prix de la mise en scène, le Taïwanais Hou Hsiao Hsen, fait entendre sa différence par un gag discret : "J'avais déjà eu un prix, mais je ne me rappelle plus lequel". L'annonce du Prix d'interprétation de Vincent Lindon a d'abord été saluée par une ovation (bien différente des applaudissements polis qu'on a souvent entendus), puis son discours a fait, enfin, entendre la voix d'un homme, d'une personnalité généreuse, qui partageait sa joie (...) Lire la suite »

Documentaires : fenêtres ouvertes sur le monde ou écrans de fumée ?

Rosa LLORENS

Ces dernières semaines, plusieurs documentaires étaient censés nous ouvrir des fenêtres sur les Palestiniens de Syrie (Les Chebabs de Yarmouk), la Russie soviétique (Red Army), le Venezuela (Premier Festival de Cinéma vénézuelien à Paris, 4-10 mars 2015) : voilà un éventail intéressant pour réfléchir à ce genre du documentaire.

Les Chebabs de Yarmouk, documentaire marocain, d'Axel Salvatori-Sinz (Français dont les organisateurs de la soirée au cinéma La Clef nous ont bien recommandé de ne pas écorcher le nom), tourné entre 2009 et 2011, avant la guerre, nous transporte dans le camp de Yarmouk, créé dans la périphérie de Damas, et devenu une ville en dur (on ne voit de tentes que dans les dialogues des protagonistes), de plusieurs centaines de milliers d'habitants (les chiffres varient entre 120 000 et 500 000). Ou plutôt on nous transporte dans une série de chambres où cinq jeunes vitelloni pseudo-intellos se vautrent en fumant et en bavardant sur la vie, l'amour, l'art ... – mais ne s'animent vraiment que pour raconter leurs stratagèmes pour échapper au service militaire (c'est facile pour eux, leurs études leur permettant d'obtenir des sursis à rallonge) et des passeports pour n'importe quel pays pour lesquels ils ont des tuyaux. La ville elle-même, ses habitants, la vie réelle et ses problèmes, on n'en saura rien : (...) Lire la suite »

Léviathan : "du grand cinéma" ou du cinéma de propagande ?

Rosa LLORENS
Il y a deux façons de parler du film d'Andréï Zviaguintsev : à partir du contexte ou à partir du film lui-même. Commençons par le contexte cinématographique et politique. Nous recevons un film russe par an, bon an mal an (en 2012, c'était Elena, du même Zviaguintsev), et il en va de même pour les films chinois. Sachant que la culture est intégrée aux activités de propagande et que nous sommes en pleine guerre médiatique contre la Russie (mais aussi, de façon moins virulente, contre la Chine), on ne peut pas croire que les films diffusés en France soient pris au hasard. Black coal, le dernier film chinois, qui présente un tableau effrayant d'une Chine sombre, violente et corrompue, met bien en évidence les critères de choix, qu'on retrouve dans Léviathan. Dans les années 70-80, un cinéaste polonais avait forcément du génie du moment qu'il luttait contre le régime soviétique : qui pense encore aujourd'hui à Wajda ? Il a joué son rôle, en temps utile, puis la baudruche s'est dégonflée, au même rythme que, (...) Lire la suite »

El Impenetrable : une enquête sur l’histoire du Paraguay.

Rosa LLORENS

El Impenetrable, nom de la partie Nord du Chaco, n’est pas seulement un beau documentaire, mais un des plus grands films de cette année (qui ne passe, hélas, qu’à certaines heures, dans deux cinémas, dont La Clef). Encore un film pathétique sur l’expropriation des Indiens d’Amérique du Sud ? dira-t-on ; hé ! bien, non : celui-ci tient le pathétique à l’écart, et on peut aller le voir sans crainte d’en ressortir déprimé, car, tout en passant en revue de lourds problèmes politiques, économiques, écologiques, il nous réserve un happy end jubilatoire.

Daniele Incalcaterra, Italo-argentin né à Rome, est surtout connu dans le monde des festivals de documentaires ; c'est à ce genre qu'il a consacré sa carrière, que ce soit au niveau de la réalisation, de la production ou de l'enseignement. En 1995, il est intervenu dans les polémiques sur la mémoire par un film, Tierra de Avellaneda, où il suivait une équipe d'anthropologues-légistes qui déterraient, dans une fosse commune d'un cimetière des environs de Buenos Aires, des squelettes de "desaparecidos". En 2003, il retraçait, dans Contr@site, la localisation des restes de Che Guevara, que les militaires boliviens avaient enfouis dans un lieu secret. El Impenetrable concerne aussi la mémoire et, comme toujours, celle-ci est liée à l'avenir : il s'agit de décider quel monde nous allons laisser aux générations futures. Héritier, avec son frère Amerigo, de 5000 hectares de forêt dans le Nord du Chaco, Incalcaterra se rend au Paraguay dans l'intention de les restituer à leurs propriétaires ancestraux, les (...) Lire la suite »

Israël, le boycott, l’art et le cinéma (Newint.org)

Ken LOACH

Peu importe l’histoire que vous choisissez de raconter ou les images que vous décidez de montrer, ce que vous sélectionnez indique quels sont vos intérêts. Si vous faites quelque chose d’entièrement fictif, dans un monde d’oppression, cela indique quelles sont vos priorités. Ainsi, un spot commercial majeur, pour faire beaucoup d’argent, montre quelque chose. Cela porte des conséquences politiques et implique une position politique. La plupart des arts ont un contexte et des implications politiques.

Interview de Frank Barat. Frank Barat : Pouvez-vous nous dire comment vous avez pris conscience et ensuite vous êtes impliqué dans la lutte pour les droits palestiniens ? Ken Loach : Cela a commencé il y a quelques années lorsque je travaillais à l’élaboration d’une pièce de théâtre nommée “Perdition”. C’était une pièce à propos du sionisme durant la Seconde Guerre mondiale, ainsi que sur le marché qui fut conclu entre certain sionistes et les nazis. Cela a éclairé d’une nouvelle perspective la création d’Israël ainsi que les politiques du sionisme. Je suis alors devenu conscient, et de plus en plus durant les années suivantes, que la fondation d’Israël était basée sur un crime envers les Palestiniens. D’autres crimes ont ensuite suivi. L’oppression des Palestiniens, qui ont perdu leur terre, dont les vies quotidiennes sont interrompues par l’occupation, dont la vie dans un état permanent de dépression qui se poursuit aujourd’hui, est quelque chose dont nous devons nous occuper. FB : Pourquoi la Palestine ? (...) Lire la suite »

Léa Seydoux, fabrique d’une icône

André GUNTHERT
En 1972, pour le 3e édition de son petit livre Les Stars, Edgar Morin diagnostiquait la mort du star system, dans une vision où son dynamisme était supposé provenir essentiellement du cinéma. “Certes, écrivait-il, l’on imitera encore les stars, mais les modèles ne seront plus forgés par le star system” (Les Stars, éd. Points-Seuil, p. 162). Question : dès lors qu’une starisation bien imitée produit des effets qui finissent par se confondre avec le modèle original, peut-on vraiment différencier une starisation d’une imitation de starisation ? L’approche de Morin le poussait à focaliser sur les dynamiques internes de la production cinématographique. Mais la starisation est un phénomène médiatique qui ne prend en réalité sa pleine dimension que dans la mesure où elle s’autonomise et déborde ses origines filmiques. Le cas Léa Seydoux permet de tester cette hypothèse. Il s’avère que je n’ai pas encore vu la jeune femme au cinéma – ou plutôt, pas consciemment. Je n’avais pas repéré ses apparitions dans Inglorious (...) Lire la suite »

Offline : un Passé conjugué en flamand.

Rosa LLORENS

L’été est déprimant au cinéma : dans Journal intime, Nanni Moretti, resté à Rome, constate qu’il a le choix entre films d’horreur américains et pornos. Le Nouvel Observateur, lui, nous conseille les rééditions. Mais il y a plus stimulant : découvrir des "petits" films, plus visibles, maintenant que nous ne sommes plus assommés par de grosses campagnes de pub. Plutôt que Wolverine et autres loups-garous, vampires et amateurs de tronçonneuses américains, pourquoi ne pas aller voir du côté des voisins belges, tellement plus surprenants que les Persans en habits parisiens estampillés par les médias officiels ?

Que peut-on en effet trouver chez des Iraniens qui ont renié leur pays et qui ne tournent que pour le public européen et, plus spécialement, le Tout-Paris ? des clichés insipides comme de la world food, autour, par exemple, d'une famille recomposée suivant les canons du sociétalement correct. Dans Offline, par contre, tout a la saveur du réel, l'accent du vrai : nous sommes à Gand (mais nous ne verrons pas de canaux, seulement des quartiers de grands ensembles), en territoire flamand ; Rudy est spécialisé dans la réparation de machines à laver, sa femme est coiffeuse, son meilleur ami, Rachid, un immigré francophone connu en prison, est chauffeur de taxi. Pas de familles recomposées ici : Rachid tient à la réussite de son mariage, dont sont nés trois garçons. Quant à la famille de Rudy, elle reste décomposée depuis sa condamnation à la prison : sa femme vit seule, dans le chagrin et la rancoeur, leur fille Vicky essaie de financer ses études (bien compromises) grâce à la messagerie rose, sous le (...) Lire la suite »
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