Thème Culture/Société/Sports

Los Delincuentes ou : les bobos dans la pampa

Rosa LLORENS
La presse mainstream s’est trouvé un nouveau chouchou : le cinéma argentin et, en l’occurrence, Los Delincuentes de Rodrigo Moreno : elle se délecte de sa sensibilité anarchiste, ou, tout au moins, « anar » et libertaire. Mais que mettent Le Figaro ou Les Inrocks sous le terme d’anarchisme, et qu’ont-ils en fait apprécié dans ce film ? Pour Le Monde, il exprime un « refus de la routine productiviste et de la rente existentielle » (curieuse expression qui semble désigner, avec quel mépris, (…)

Les “ idle games ” : simulateurs de petite bourgeoisie

Antoine-JRCF
Ces dernières années, dans les catalogues des jeux dématérialisés, et notamment parmi les jeux mobiles, un type de jeu nouveau s’est répandu comme une traînée de poudre : les jeux incrémentaux, ou jeux inactifs, beaucoup plus connus sous leur appellation anglaise, les « idle games ». Un jeu qui promet de ne pas avoir besoin d’être joué... Comment un truc pareil aurait-il pu intéresser qui que ce soit ? Apparu au début des années 2000 dans les bibliothèques de jeux flash gratuits, puis (…)
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Rap français : soft power du lumpen

Antoine-JRCF
A l’heure où le rap est devenu le style musical le plus écouté en France, où la variété des styles embrasse toutes les influences, toutes les sociologies, il devient difficile de se souvenir, quand on écoute les plus gros succès du moment, qui ont des qualités, mais dont on peut difficilement juger les textes, puisqu’il faudrait qu’ils en aient, que ce style musical hautement contestataire né dans les quartiers pauvres du Bronx est d’abord le fait culturel de la classe qui l’a engendré et (…)

Révolution et Kübra ou comment lutter contre la tyrannie

Dominique MUSELET
Il y a en ce moment deux séries qui cartonnent sur Netflix. Révolution, une série française, et Kübra une série turque. Les deux séries sont des fables, fantastique pour la première et spirituelle pour la seconde, qui traitent de la meilleure manière d’affronter l’injustice et la violence institutionnalisées des régimes qui donnent à une minorité de privilégiés cupides, arrogants et cyniques tout pouvoir sur un peuple réduit à la misère économique et spirituelle. Révolution, la révolte (…)

Quelques remarques sur l’art renouvelable de la récupération

Jaime SEMPRUN
Le texte qui suit constitue la préface et le chapitre introductif du livre de Jaime Semprun intitulé Précis de récupération, illustré de nombreux exemples tirés de l’histoire récente, paru aux éditions Champ libre en janvier 1976. « Mais ce qui est excellent non seulement ne peut échapper au destin d’être ainsi dévitalisé et déspiritualisé, d’être dépouillé et de voir sa peau portée par un savoir sans vie et plein de vanité ; il doit encore reconnaître dans ce destin même la puissance que (…)

L’exploitation des travailleurs, le cas du jeu vidéo

ARCTURE
En 2018, peu de temps avant la sortie du jeu « Red Dead Redemption 2 », au budget de 800 millions de dollars, Dan House co-fondateur du studio Rockstar annonce fièrement : « Nos équipes travaillaient plus de 100 heures par semaine ». Une phrase des plus terrifiante, et qui révèle une pratique courante, une norme chez les plus gros studios de l’industrie. Le « crunch », que l’on peut traduire par croquer, écraser, broyer, consiste dans l’industrie vidéoludique en une forte augmentation des (…)

Critique de “ Bye Bye Africa ”

Maxime-JRCF
Tous les pays d’Afrique souffrent de l’impérialisme, et le Tchad en particulier. Ancienne colonie française, ce pays formellement indépendant depuis 1960 demeure une place forte de l’impérialisme français, qui y déploie ses troupes et contrôle le pays par l’intermédiaire de despotes dociles à son égard et cruels envers le peuple tchadien, qui subit la guerre et la répression depuis des décennies. Les artistes tchadiens - et plus généralement africains - des années 90 vont chercher à (…)

Stop à la colonisation intellectuelle !

Rorik DUPUIS VALDER
Ce qui est assez fascinant chez l’intelligentsia française autoproclamée – qui, en réalité, tient davantage de la confrérie de nouveaux riches en mal d’inspiration –, c’est sa propension à se planter grossièrement sur tous les sujets sans jamais être inquiétée pour son privilège de pouvoir s’adresser au monde. Fascinant comme les micros attirent les c**s ! Des va-t-en-guerre pathologiques de studio, qui de leur hystérie tribale appelleraient au génocide des mendiants pour ne plus avoir à (…)

Retour sur Terre en transe de Glauber Rocha

Maxime-JRCF
« Pays en transe, cinéma en transe. » Glauber Rocha in Esthétique de la faim Terre en transe sort en salle au Brésil en 1967, soit trois ans après le coup d’Etat militaire fasciste supervisé par les États-Unis, qui aboutira en 1968 à l’adoption de l’Acte Institutionnel numéro 5, qui prévoit un renforcement extrême des forces répressives brésiliennes et un accroissement de la militarisation du pays. Le film est alors censuré. Mais il tient aujourd’hui, avec son réalisateur marxiste (…)

Classe contre classe et Front populaire au cinéma

Jacques FRANJU
Au tout début des années 20, se met en place la stratégie classe contre classe au niveau du Komintern (la Troisième Internationale), promouvant, en adéquation avec les partis communistes de certains pays, d’une ligne dur de regroupement de la classe ouvrière et de sa conscience propre contre la social-démocratie et la bourgeoisie en général. Une stratégie qui ne différencie pas les différents courants bourgeois et qui, par exemple, ne faisait pas de distinguo clair entre la social (…)

Critique de “ Germinal ”

JRCF
D’après Truffaut, Berri n’était pas un « cinéphile », mais un cinéaste qui « [puisait uniquement] à la source », « à la vie elle-même », c’est-à-dire dans ses origines, là où son père, immigré juif polonais et fourreur, votait communiste. Si son passé occupe une place si importante dans son œuvre, les sujets qu’il traite ne sont jamais « démodés », en un sens, d’un point de vue politique : un an après Maastricht, Germinal (1993), adapté du roman éponyme d’Émile Zola, ramène sur le devant de (…)

De quoi Barbenheimer est-il le nom ?

Rosa LLORENS
Nous venons de vivre un phénomène médiatique (et non cinématographique) énorme : tous les écrans saturés par deux films en apparence très différents, mais tous deux étasuniens, Barbie et Oppenheimer ; cela veut forcément dire quelque chose. Pourtant, on cherche encore les articles stimulants sur ce sujet. Pourquoi ? Et quel symbole peut-on lire sous ce blitzkrieg médiatique ? Pour Barbie, la réponse à la première question paraît claire : on est simplement stupéfié, médusé ; par quel bout (…)