auteur Michel HUSSON

Face aux ravages de l’austérité

Michel HUSSON

Quels sont les principes sur lesquels s’appuient les politiques d’austérité, salariale et budgétaire, menées en Europe ?

Le premier postulat est que l’austérité budgétaire est nécessaire pour résorber les déficits publics. Les économistes de la Commission européenne ont même inventé le concept baroque d’« austérité expansionniste » pour démontrer que des baisses de dépenses publiques pourraient être compensées par un surcroît d’activité dans le secteur privé. En réalité, les politiques d’austérité budgétaire menées partout en Europe n’ont fait qu’étouffer la petite reprise qui se dessinait en 2010 et enfoncer l’Europe dans un contexte récessif. Le deuxième grand postulat est que la reprise devrait être fondée sur une politique « de l’offre » visant à rétablir la compétitivité par une baisse des coûts du travail direct ou socialisé : gel ou baisse du « coût du travail », un « minimum de salaire minimum », et des réformes dites « structurelles » (flexibilisation du marché du travail, réformes des retraites et « maîtrise » des dépenses de santé). En France, nous avons eu droit à une réforme des (…)

Le travail du dimanche et de nuit ne profite pas aux salariés

Michel HUSSON
Leroy Merlin et Castorama, appartenant à des groupes multinationaux, usent de la flexibilité du temps de travail comme d’une arme pour gagner des parts de marché. « On doit être tous ouverts ou tous fermés, mais la loi doit être la même pour tous. » A sa manière, le PDG de Bricorama, Jean-Claude Bourrelier, qui avait réclamé devant la justice la fermeture le dimanche de ses concurrents Leroy Merlin et Castorama, après avoir lui-même été condamné à fermer ses magasins l’an dernier, a vendu la mèche. Derrière l’offensive patronale contre l’interdiction du travail dominical se cache une féroce bataille commerciale, les salariés étant, dans l’affaire, ravalés au rang de chair à canon, et la défense de l’emploi, un pur prétexte. Le commerce de bricolage est un marché particulièrement dynamique. Chiffre d'affaires multiplié par 2 Selon une récente étude de l’Insee, son chiffre d’affaires a été presque multiplié par deux entre 1996 et 2006. Il atteignait 17 milliards d’euros en (…)

2008, l’année Jérôme Kerviel, l’année du grand basculement.

Michel HUSSON

Le jeune trader de la Société générale aura bien mérité de l’économie critique. En poussant jusqu’au bout la logique démente de l’économie-casino, il aura fait perdre 4,9 milliards d’euros à sa banque mais il aura en même temps contribué de manière spectaculaire à une prise de conscience encore plus large des ressorts de ce pur capitalisme qui régit le monde et nos destins.

Dessin : Allan Mcdonald Samedi 16 février 2008. Toutes les caisses ne sont pas vides Lors d'une récente conférence de presse, Nicolas Sarkozy avait répondu à une question sur le pouvoir d'achat en affirmant que les caisses de l'Etat étaient vides. Pendant ce temps, en un mois, Jérôme Kerviel allégeait celles de la Société générale de près de cinq milliards d'euros. C'est donc qu'elles n'étaient donc pas vides, et elles ne le sont d'ailleurs toujours pas après cette magistrale ponction. Ce constat a permis, au moins en France, une accélération de la prise de conscience autour de ce grand écart : alors que le monde capitaliste baigne dans les profits - comme l'écrivait The Economist du 10 Février 2005 - il n'a plus un sou vaillant pour augmenter le pouvoir d'achat des salariés. Une première manière d'interpréter cette situation est de dire que le capitalisme ne fonctionne pas correctement, empêché qu'il en est par une finance prédatrice. Suivent immédiatement de grandes (…)

La taupe Attali.

Michel HUSSON
Regards, mars 2008. Vous prenez un esprit brillant qui fait semblant de se mettre au service du nouveau pouvoir sarkozyen. Il recrute une brochette de banquiers, de patrons et d'économistes libéraux, sans oublier l'indispensable quarteron de potiches. Cette honorable assemblée racle les fonds de tiroirs libéraux et compile 316 trucs et astuces, rebaptisés « décisions ». Il ne reste plus à Attali qu' y ajouter ses élucubrations visionnaires du moment, selon sa méthode habituelle, à la limite (parfois dépassée) du plagiat. L'infiltration de la taupe est un succès. Elle permet de charger la barque de Sarkozy en révélant la détestable cohérence de son projet, non sans avoir au préalable obtenu de lui l'engagement assez insensé de reprendre toutes vos propositions. De peur que tout cela reste trop abstrait, vous ciblez sur quelques professions bien choisies, qui votent plutôt à droite : chauffeurs de taxis, pharmaciens, notaires et coiffeurs, sans parler des petits commerçants (…)

Le réveil des classes sociales, interview de Roland Pfefferkorn.

Michel HUSSON

Le néolibéralisme a-t-il occulté la notion de classes sociales ? Ce n’est pas l’avis du sociologue Roland Pfefferkorn, auteur d’un essai sur les rapports sociaux, pour qui la conflictualité sociale connaît actuellement un regain.

Politis, n°988, jeudi 7 février 2008. Qu'appelle-t-on le « paradoxe néolibéral » et comment s'explique-t-il ? Roland Pfefferkorn : Au moment où la polarisation sociale se renforce à travers la montée des inégalités sociales, le discours de classe, tel qu'il se déclinait jusqu'à la fin des années 1970, s'efface. Il y a plusieurs raisons à cela. Le noyau central de la classe ouvrière industrielle s'est effondré. La bourgeoisie et ses institutions défendent en permanence les intérêts de cette classe et imposent sa vision du monde. Et ce, d'autant plus que les liens entre les intellectuels et la gauche se sont fortement distendus et que de nouveaux discours et pratiques managériales se sont progressivement imposés. Ajoutons à ces transformations une difficulté sémantique réelle : longtemps, une confusion a été entretenue entre la « classe ouvrière » et la catégorie ouvrière au sens des catégories socioprofessionnelles de l'Insee. Or, cette classe ne s'est jamais limitée aux seuls (…)