Hervé KEMPF
L’affaire Benalla révèle que M. Macron n’est plus invincible. Elle dévoile aussi la tentative de créer une police privée, dans une logique néolibérale extrémiste. Mais l’angle mort du scandale reste la banalisation de la violence policière : le tabassage aurait été admis... s’il avait été le fait d’un policier.
L’incendie a pris à la plaine avec une telle vigueur et une si surprenante rapidité qu’il est encore trop tôt, dans la fournaise, pour deviner où il s’arrêtera. Mais dans le brasier se lit déjà ce qu’il a détruit et ce qu’il révèle.
Ce qu’il a détruit, c’est l’apparente invincibilité de M. Macron et de sa cour. Sur un terrain qu’avaient durement préparé les quinquennats de Sarkozy et Hollande, M. Macron a mis en œuvre à marche forcée un néolibéralisme total, imposant une fiscalité encore plus favorable aux riches, l’adaptation du droit du travail au profit des employeurs, la banalisation de l’état d’urgence, le démantèlement du chemin de fer, une politique anti-environnementale, avant de se préparer à des privatisations multiples, à la déstructuration de la fonction publique, et à la dissolution de la retraite par répartition. Appuyé sur une majorité parlementaire massive, soutenu par des médias détenus par ses amis du capital, face à une opposition divisée et faible, M. Macron (…)
Hervé KEMPF
L’offensive du gouvernement contre la Zad vise à détruire la possibilité de vies alternatives. Et s’inscrit dans une tendance mondiale des classes dirigeantes néo-libérales à imposer un pouvoir fort.
2.500 gendarmes mobiles, des véhicules blindés, des hélicoptères, des camions, des bétaillères... ainsi que quelques centaines de CRS à Nantes et à Rennes, pour couvrir l’arrière... la France sera lundi 9 avril en guerre. Contre qui ? Contre quelques deux cents personnes, vivant dans un paysage de bocage où ils font du pain, de la bière, du maraîchage, et bricolent, discutent, lisent, vont et viennent. L’appareil militaire de la France, qui intervient au Mali, en Syrie, en Irak - sans que le Parlement en débatte, contrairement à ce que prescrit l’article 35 de la Constitution -, s’apprête donc à se déployer sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes.
On sait la logique apparente de cette opération que tout être sensé considérerait comme la manifestation la plus aigüe d’un grand délire : après avoir cédé devant une lutte populaire en abandonnant le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le gouvernement veut signifier sa force en expulsant des « occupants illégaux ». Il méprise les (…)
Hervé KEMPF
Le journaliste Hervé Kempf couvrait pour le « prestigieux » quotidien français la construction scandaleuse d’un aéroport anti-écologique à Nantes. Ses enquêtes étant de plus en plus “découragées”, il vient de quitter Le Monde pour garder sa liberté de publier. Il a découvert que Le Monde avait des intérêts liés avec les constructeurs de l’aéroport. Ceci rejoint notre analyse sur ce journal dans Les 7 Péchés d’Hugo Chavez : nous avions montré que les médiamensonges anti-Chavez et anti-Evo Morales de ce journal s’expliquaient par ses liens économiques avec les pires multinationales actives en Amérique latine. Seule l’info indépendante est vraiment libre. Le Monde est au service de ceux qui le payent. Et cela explique qu’il mente systématiquement sur chaque guerre de la France. Et refuse tout débat. (Michel Collon).
Ce 2 septembre, quinze ans et un jour après y être entré, je quitte Le Monde : en ce lundi, le dernier lien juridique entre ce journal et moi est défait, par le « solde de tout compte ».
Que je quitte volontairement un titre prestigieux étonnera peut-être. Mais certes moins que la raison qui m’y pousse : la censure mise en œuvre par sa direction, qui m’a empêché de poursuivre dans ce journal enquêtes et reportages sur le dossier de Notre Dame des Landes.
Au terme de l’histoire que je vais ici retracer, il ne me restait qu’une issue, si je voulais conserver la liberté sans laquelle le journalisme n’a pas de sens : abandonner le confort d’un salaire assuré et de moyens de travail avant que soit étouffée la dernière marge d’expression qui me restait, la chronique Ecologie.
Abandonner le journal fondé par Hubert Beuve-Méry et vendu en 2010 est une libération. Je me lance dans l’aventure du site Reporterre, parce que plus que jamais, une information indépendante est nécessaire (…)
Hervé KEMPF
Je n’avais guère prêté attention à Hugo Chavez. Pour moi, le Venezuela évoquait un pays pétrolier longtemps réduit à un statut de semi-colonie par les Etats-Unis, et qui par ailleurs avait subi des inondations catastrophiques en 1999. Chavez ? Hmm ?
Mais peu avant la conférence de Copenhague sur le climat, en 2009, la traduction en espagnol de mon livre, Comment les riches détruisent la planète, lui fut transmise.
Il faut savoir que Chavez participait tous les dimanches à un programme radiophonique de plusieurs heures, mélange de radio-crochet, chansons, jeux, informations sur l'activité du gouvernement et éducation politique populaire. Une part de la faconde intarissable de l'animateur Chavez venait de ses lectures de la semaine, que ce quasi-autodidacte dévorait pendant ses nuits.
Advint la conférence de Copenhague sur le climat en 2009. On l'a oublié aujourd'hui, mais cette conférence se produisit dans un état d'excitation impressionnant, dans un moment où la question du changement climatique n'avait jamais été aussi présente dans la conscience collective. Et tout ce que la planète comptait d'écologistes engagés et de chefs d'Etat étaient animés par l'irrépressible besoin… d'ETRE LA.
Permettez-moi de vous raconter comment j'ai croisé alors Hugo Chavez - il s'agit en fait des notes que j'avais prises alors, pour le récit de la conférence.
Ainsi donc, le 16 décembre 2009… me voici à (…)
Hervé KEMPF
Les dinosaures s'obstinent, par Hervé Kempf
Ce devait être - ce doit être - un projet exemplaire, enthousiasmant, prometteur : sur un terrain de 175 hectares, situé à côté des usines Renault de Flins, trois jeunes paysans s'installent, en agriculture biologique. Ils ont été choisis au terme d'un appel d'offres rigoureux - plus de 60 candidats ! -, entrepris par plusieurs agences et administrations, et dans le cadre du schéma directeur régional prévoyant le maintien de terres agricoles. Le tout sur une zone de captage d'eau alimentant près de 400 000 Franciliens. Ainsi donc, il serait possible de réinventer un avenir, de préserver des terres cultivées d'une urbanisation incontrôlée, de donner le feu vert à l'agriculture de demain ? Il serait possible de traduire une utopie modeste dans la réalité ? Oui ?
Non. Les dinosaures, les hommes du passé, les bétonneurs de toujours, les nostalgiques des gaz d'échappement veillent au grain : en octobre 2008, la préfète des Yvelines prend (…)