auteur Raul ZIBECHI

Le caudillisme : une culture de droite (La Jornada)

Raul ZIBECHI

Le culte du caudillo : une pratique de droite. Au cours des dernières années, une grande meute de penseurs professionnels a contribué à imposer l'idée que l'histoire est faite par des dirigeants dont la capacité à « conduire » est déterminante. A leur suite, les médias, usant de leur remarquable capacité de cacher ou de surexposer les faits comme cela les arrange. Le rôle des masses populaires, est lui systématiquement occulté, comme s'il était négligeable dans l'histoire.

Le plus étonnant d'ailleurs est de constater que cette façon de voir le monde est défendue par des gens qui se définissent eux-mêmes de gauche et montrent, pour certains, des sympathies marxistes. Jusqu'à il n'y a pas si longtemps, inspirés justement par Marx, nous pensions encore naïvement que ce sont les groupes humains (les classes sociales, les peuples, les groupes ethniques, les genres et les générations, en un mot les masses) qui font l'histoire, mais pas n’importe comment : c'est au travers du conflit, de l'organisation et de la lutte qu'ils se transforment et transforment le monde. Assurément, les dirigeants sont importants. Mais ce sont les peuples qui amènent les changements, qui font l'histoire. C'est donc un recul de la pensée critique que de cacher l'action populaire, d'exalter exclusivement le rôle des dirigeants. Quelques jours après la défaite lors du référendum pour la réélection, le vice-président de la Bolivie a déclaré : « S'il part, qui va nous protéger, Qui (…)
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Comment pense la classe dirigeante (La Jornada)

Raul ZIBECHI
La crise continue de révéler tout ce qui était caché en temps normal. Cela inclut les projets stratégiques de la classe dirigeante, leur façon de voir le monde, le principal pari qu'ils font pour demeurer une classe dominante. C'est, en gros, son objectif principal, celui qui subordonne tout le reste, y compris les modes de production capitalistes dans l'économie. Vous pensez peut-être que la crise est juste une parenthèse après laquelle tout redeviendra plus ou moins comme avant. Pas du tout. La crise n'est pas seulement un révélateur, mais le reflet de ceux d'en haut qui remodèlent le monde. Parce que la crise est, en grande partie, provoquée par eux pour écarter ou faire disparaître tout ce qui limite leurs pouvoirs. Fondamentalement, les secteurs populaires, indigènes, noirs et métis de notre continent. D'autre part, une crise de cette ampleur (il s'agit d'une série de crises qui comprend une crise /chaos climatique, une crise de l'environnement, de la santé et, de façon (…)

Des droites au look de gauches

Raul ZIBECHI
Les récentes manifestations de masses générées par les droites dans les pays les plus divers, montre leur capacité à s’approprier les symboles qu’auparavant elles dédaignaient, semant la confusion dans les rangs des gauches. Le 17 février 2003, Patrick Tyler réfléchissait à ce qui se produisait dans les rues du monde dans une chronique du New York Times. « Les énormes manifestations contre la guerre dans le monde entier cette fin de semaine sont un rappel qu’il existe toujours deux superpuissances sur la planète : les États-Unis et l’opinion publique mondiale. » “Regarde autour de toi et tu verras un monde en ébullition” écrivait l’éditeur étasunien Tom Engelhardt, éditeur du site TomDispatch. En effet, 10 ans après le célèbre article du Times, qui fit le tour du monde lors du mouvement contre la guerre, il n’y a quasiment pas un recoin de la planète qui ne soit en ébullition, en particulier depuis la crise de 2008. On peut énumérer le Printemps Arabe qui a mis en déroute des (…)

Les leçons à tirer de la défaite de Monsanto à Córdoba, en Argentine.

Raul ZIBECHI

Il n’est possible de vaincre les multinationales que si un puissant mouvement social, soutenu par une partie significative de la population, se met en place. Un tribunal provincial de Córdoba a rendu son verdict : Monsanto doit arrêter la construction d’une usine de traitement de semences de maïs transgénique située à Malvinas Argentinas, dans la proche banlieue de Córdoba. Ce jugement fait suite à un recours d’amparo présenté par les habitants de la zone, qui campaient aux portes du chantier depuis trois mois.

La mobilisation a débuté sous l’impulsion d’habitants isolés et de plusieurs petits groupes comme les « Mères d’Ituzaingó » et l’Assemblée des Habitants de Malvinas en Lutte pour la Vie, et a réussi à survivre malgré les menaces proférées par le gouvernement provincial et le syndicat de la construction. Le soutien et la sympathie montrés par la population de Malvinas Argentinas à l’égard de la résistance ont poussé la justice à prendre la décision de paralyser les travaux ce 9 janvier dernier. Ce sont toujours de petits groupes qui lancent le combat, sans se soucier du « rapport de forces », mais plutôt de la justice de leurs actions. Ensuite (quelquefois bien plus tard), l’État finit par reconnaître que ces critiques sont fondées. Plus tard encore, ceux qui étaient considérés comme des criminels se transforment en héros, y compris aux yeux de ceux qui les réprimaient. Pour moi, le plus important est le changement culturel, la diffusion de nouvelles manières de voir le monde, et (…)

Colombie : une société qui en a assez de la guerre

Raul ZIBECHI

Les accords de paix sont actuellement boycottés par l’extrême-droite, bien que les FARC et le gouvernement de Santos continuent d’avancer vers la résolution du conflit. Cependant la principale force qui pousse vers la paix sont ceux et celles qui bougent dans une société qui en assez de la guerre.

On est entré en période pré-électorale. On parle de candidatures et de présidentiables, de réélection du président Juan Manuel Santos ; on parle de la Havane, des accords signés et de ceux en attente, on dit que la paix se profile enfin à l’horizon. En mars, le nouveau Congrès (parlement) sera élu et en mai ce sera le tour la présidentielle. Le plus important, c’est qu’à la Havane, on a décidé de ne pas précipiter la conclusion des accords de paix avant les élections pour des raisons de calendrier, mais il est évident qu’un nouveau mandat de Santos permettrait de boucler le tout. On parle, et abondamment, de la résolution récente du Procureur Général de la République qui a destitué et interdit de charges électives pour quinze ans le maire de Bogota, le progressiste Gustavo Petro. Il s’agit du coup le plus rude porté à ce jour aux accords de paix tissés laborieusement par le gouvernement et les FARC depuis un an. Mais la société n’est plus disposée à tolérer des démonstrations (…)