auteur Tülay UMAY
14 mars 2022
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Le virus de la "dé-tresse".
Jean-Claude PAYE, Tülay UMAY
Dans le champ des médias, la guerre en Ukraine a pris la place récemment occupée par 'la guerre contre le coronavirus.' La guerre contre le terrorisme, contre le coronavirus et en Ukraine s'inscrivent dans la continuité. Comme redéfinition permanente d'un l'ennemi occupant la figure du Mal contre le Bien, elles relèvent d'une sacralisation de la violence, d'une violence sacrificielle, comme support d'un ordre mondialisé.
Relevant de la donation de sens au non sens, toutes les sanctions prévues donnent à voir notre propre sacrifice. Elles se révèlent, en fait, être des attaques contre les populations européennes. Les mandataires européens, par leurs sanctions, pourraient priver l'Union du gaz russe qui représente plus de 40% de sa consommation, conduisant les Etats membres à un suicide économique. Les sanctions prévues contre la Russie ne peuvent que se retourner contre l'industrie et les populations européennes. Le rejet du gaz russe par l'UE apparaît ainsi comme un élément de la (…)
11 novembre 2020
Coronavirus : Pandémie ou le retour du grand Pan.
Jean-Claude PAYE, Tülay UMAY
Au cours des deux dernières décennies, les publications médicales n’utilisaient pas la notion de pandémie. Dans le cas du Covid-19, ce terme a été introduit par l’OMS, en date du 11 mars 2020. L’organisation sanitaire avait alors déclaré que « la Covid-19 pouvait être qualifiée de pandémie », ajoutant « qu’il s’agit de la première pandémie causée par un coronavirus [20] . » Ce choix permet de lui donner un caractère de démesure, d’exceptionnalité.
Dans le cas du coronavirus, l’existence immédiatement mondiale de la maladie, a permis de créer une confusion entre sa sévérité et son ampleur, entre le mot et la chose.
La métonymie, le déplacement d’un mot à un autre, de celui d’épidémie à pandémie, ne permet pas d’observer la réalité, mais de « convoquer le réel », afin de le mettre au service d’une mutation contrôlée de la société. Ce déplacement fabrique la chose qui nous regarde dans notre intimité : la pandémie. A travers ce cadrage, les objets se chargent d’une inquiétante (…)
19 août 2020
Coronavirus : Une mutation anthropologique.
Jean-Claude PAYE, Tülay UMAY
La notion d’état d’urgence juridique nous est familière. Elle fait partie de notre vie depuis une vingtaine d’années, que l’état d’urgence ait été déclaré comme en France ou qu’il résulte simplement d’une transformation constante du droit pénal détruisant, au nom de la « lutte contre le terrorisme », l’essentiel des libertés collectives et individuelles. Ce processus, ayant pour objet la suppression de l’État de droit, a été nommé « état d’urgence permanent ».
A cette transformation, au niveau du droit, s’ajoute aujourd’hui une notion « d’état d’urgence sanitaire ». Ici, dans l’état d’urgence sanitaire, le droit n’est pas suspendu, ni même supprimé, il n’a plus lieu d’être. Le pouvoir ne s’adresse plus à des citoyens, mais seulement à des malades ou à des porteurs potentiels de virus.
Lorsque le droit est suspendu dans l’état d’urgence ou supprimé dans le cadre de la dictature, sa place demeure, même si elle reste inoccupée. Dans « l’état d’urgence sanitaire », c’est sa place (…)
9 avril 2016
« Je suis Bruxelles. »
Tülay UMAY
L’inscription « Je suis Bruxelles », mentionnée par des participants à la commémoration des attentats, fait penser au « nous sommes tous des américains », prononcé après le 11 septembre 2001, ainsi que au « je suis Charlie » revendiqué au lendemain du massacre de Charlie Hebdo et même au hashtag « je suis chien », lancé suite à la mort de Diesel, la chienne d’assaut des forces de l’ordre abattue lors de l’opération à Saint Denis. L'universalité de tout discours de la « lutte contre le terrorisme », comme celui sur le 11/9 ou celui sur attentats de Paris et de Bruxelles, réside dans l'affirmation que tout un chacun est touché dans sa vie quotidienne.
Pour le site web de la chaîne Arte : « Parce que le choc, le 11 septembre 2001, a été tel que l’instant s’est gravé dans la mémoire, qu’il est devenu une date dans la vie de chacun. Aussi chacun sait où il était, ce qu’il faisait, dans quelle action, dans quel travail il a été interrompu quand il a appris la nouvelle. Le 11-Septembre (…)
Discours de la guerre et double pensée. L’exemple de la Syrie.
Jean-Claude PAYE, Tülay UMAY
Depuis les attentats du 11 septembre, nous assistons à une transformation de la manière dont les médias rendent compte de l’actualité. Ils nous enferment dans l’irréel. Ils fondent une vérité non sur la cohérence d’un exposé, mais sur son caractère sidérant. Ainsi, le sujet reste pétrifié et ne peut plus établir un rapport à la réalité.
Les médias nous mentent, mais, en même temps, nous montrent qu'ils nous mentent. Il ne s'agit plus de modifier la perception des faits afin d'obtenir notre adhésion, mais de nous enfermer dans le spectacle de la toute puissance du pouvoir. L'exhibition de l'anéantissement de la Raison repose sur des images qui ont pour fonction de se substituer aux faits. L'information » ne porte plus sur la capacité de percevoir et de représenter une chose, mais sur la nécessité de l'éprouver ou plutôt de s'éprouver à travers elle.
De Ben Laden à Merah, en passant par le « tyran » Bachar el-Assad, le discours des médias est devenu production permanente de fétiches, ordonnant de s'abandonner à ce qui est « donné à voir ». L’injonction n’a pas pour objectif, comme la propagande, de convaincre. Elle enjoint simplement le sujet à donner chair à l'image de la « guerre des civilisations ». Le dispositif discursif de la « guerre du bien contre le mal », actualisant le processus orwellien de la double (…)




