Mohamed BOUHAMIDI
À l'occasion du décès de Benoît XVI, paix à son âme, je vous propose la lecture de mon texte répondant à sa conférence de Ratisbonne, où il remet sur le métier une islamophobie fondée sur la "déraison" de l'Islam avec une majuscule, en corrélation avec les efforts de la promotion d'une "Islamophobie savante" qui connaîtra un "éclat" faussaire avec Aristote au Mont St Michel, un livre de Sylvain Gouguenheim, et la patte de Sarkozy en mal d'un ennemi intérieur et extérieur. En gros, chez des chefs politiques, chez des intellectuels chargés de fabriquer cette islamophobie savante, et soutenus par ces politiques et leurs médias, chez des religieux, un procès de l'Islam était en cours. La fabrication d'un ennemi de stature aussi universelle que le danger communiste venait justifier beaucoup de choses. Il leur a quand-même fallu mobiliser la basse-cour des informateurs indigènes et néo-harkis pour mettre cette démarche savante au niveau des masses, par sa vulgarisation au double sens du (…)
Mohamed BOUHAMIDI
D’autres photos, avant celle d’Aylan Kurdi, ont provoqué une onde de choc qui a pu émouvoir l’opinion publique, modifier la perception d’un conflit et peser sur un rapport de force dans un conflit.
Les gens de la ma génération peuvent se rappeler de la photo prise par Nick Ut, d’Associated Press, de Kim Phuc, petite vietnamienne de neuf ans fuyant nue, au milieu d’autres enfants, le 8 juin 1972, le napalm qui brûlait ses cheveux et sa chair (1). Une indignation mondiale a soulevé les opinions publiques et s’est transformée en levier pour gagner de nouvelles forces à la cause vietnamienne et en arme supplémentaire contre la démesure des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité perpétrés par les EU : utilisation du Napalm, des défoliants, de l’agent Orange, massacres répétées dans les villages, etc. A l’émotion s’applique totalement la phrase de Marx : « Quand les idées s’emparent des masses, elles deviennent une force matérielle ».
Pour Kim Phuc comme pour Aylan Kurdi, cette force matérielle est entrée en action dès le choc émotionnel. Les directions pour orienter cette force en 1972 ou en 2015 sont cependant radicalement différentes.
En 1972, l’Europe comptait (…)
Mohamed BOUHAMIDI
La presse dominante et « la pensée démocratique » peuvent nous raconter sans s’interroger qu’à Ferguson, il a fallu 12 balles pour stopper la menace d’un noir sur la vie d’un policier blanc. La fable en version unique, sur une multitude de supports et sous des signatures souvent inspirées, abonde en détails qui dénaturent l’événement rétrogradé en moment dramatique - au sens théâtral de rebondissement - de ce cinéma américain entièrement voué à mettre à jour les visages différents et épisodiques, après les attaques des caravanes des pionniers, de La Menace Permanente et Omniprésente sur la vie de chacun des Américains.
Car au vu de ce qui va se répéter autour de cette mort en particulier mais à notre insu de tous les innombrables assassinats ordinaires de Noirs par des policiers blancs, l‘événement n’est pas le meurtre mais, contrairement à la fatalité ordinaire, les manifestations et le retour au premier plan de la perception des Noirs et des questions élémentaires de logique qui sont en partie la cause.
Car, il faut beaucoup d’aplomb pour reprendre sans frémir qu’un Noir désarmé et blessé de deux balles au bras passe encore pour une menace vitale pour un policier blanc et que ce dernier a dû lui ajouter plusieurs balles supplémentaires « dans le coffre » pour écarter le danger. Un homme, même noir et même herculéen, est hors-service ou hors de combat avec combien de balles ? Le policier blanc a vu King Kong en face de lui et c’est bien ce qu’il a déclaré (1) sans que personne aux pays de la psychanalyse généralisée s’interroge sur la projection.
La question est urgente de savoir comment est (…)
Mohamed BOUHAMIDI
La photo ci-contre représente le beauf que vous n’aimeriez pas avoir.
Le congrès de la Soummam dont il est question ci-après fut acte fondateur de l’État algérien anticipant la décolonisation.
Mohamed Bouhamidi est professeur de philosophie et journaliste algérien. Nous avons publié plusieurs de ses articles dont le dernier est : http://www.legrandsoir.info/de-la-demystification-des-freres.html
Le Grand Soir
Des acteurs encore en vie de la guerre et des chercheurs et écrivains invités par l’association Med-Action pour la jeunesse et la citoyenneté pour commémorer, du 18 au 21 août 2013, à Akbou, le 57e anniversaire du congrès de la Soummam, apporteront leurs témoignages ou leurs éclairages.
Parmi les témoins, un ancien appelé anticolonialiste, Jacques Tourtaux, témoignera à partir d’un vécu à l’intérieur de l’armée française.
Simple ouvrier, simple « bidasse » qui a su résister à toutes les pressions, Tourtaux a écrit un livre étonnant, instructif, humain et sans concession dans son contenu anti-guerre et anti-colonialiste. Son livre, Souvenirs d’un appelé anticolonialiste (non distribué en Algérie) méritait une note de lecture.
Jacques Tourtaux ou le refus de la guerre d’Algérie
Originaire des Ardennes et issu d’un milieu très pauvre, ouvrier lesté d’un certificat d’études primaires, Jacques Tourtaux sort de l’adolescence en pleine guerre d’Algérie. Fait d’époque, son milieu (…)
Mohamed BOUHAMIDI
Les Frères musulmans égyptiens auront-ils autant de mal à percevoir leur défaite que les Américains à reconnaître la fin de leur leadership solitaire sur le monde ?
Le discernement théorique est, en temps politique normal, rarement une qualité des acteurs politiques, pour des raisons de formation et d’alignements idéologiques, mais surtout pour les raisons connues d’opacité des ressorts réels, mais inconscients, de nos choix et de nos actes. En période de mutation historique aussi profonde que traverse l’Egypte, ce discernement devient quasi impossible. Pour cette raison, les Frères, au lieu de comprendre la réalité des énergies qui pousse sur le champ de la confrontation politique des masses longtemps tenues à tort comme fatalistes et accommodantes, vont alimenter en carburants divers le feu qui a pris sous Moubarak, mais n’a pas encore tout à fait incendié le pays.
Quelles que soient les évolutions à court terme du rapport des forces et des arrangements entre Morsi et (…)