Pierre DUQUESNE
Des violences policières ont été constatées dans tous les cortèges, hier. Et cette stratégie de la tension, visible depuis le début du mouvement, ne cesse de s’intensifier.
Le ministre de l’Intérieur veut-il de nouveaux Malik Oussekine et Rémi Fraysse ? On peut se le demander, au vu de l’ampleur des violences policières constatées, hier, dans tous les défilés contre la loi El Khomri. Et ce, dès les premières heures de la matinée. À Gennevilliers, un dispositif policier démesuré a accueilli 200 manifestants à proximité du port de cette ville des Hauts-de-Seine. Salariés, étudiants, chômeurs et syndicats de Saint-Denis avaient décidé, en AG interprofessionnelle, de bloquer son entrée pour soutenir les salariés du site et perturber les transports, avec barrage filtrant. Mais les militants, pacifiques, ont été chassés par des CRS très agressifs. Charges violentes, matraquage, gazage se poursuivront à Saint-Denis, lorsque les manifestants tenteront de rejoindre la bourse du travail. Une nasse policière est mise en place, et une centaine de militants sont interpellés. Un syndicaliste de SUD Rail, Nicolas Palmire, et le sociologue Nicolas Jounin, sont placés (…)
Pierre DUQUESNE
Une étude publiée mardi analyse finement les taux de pauvreté selon les territoires. Elle met en avant la persistance d’importantes poches de misère dans les grandes villes ainsi que de fortes inégalités entre quartiers.
C’est une première. Les sociologues Louis Maurin et Violaine Mazery ont étudié les taux de pauvreté selon les territoires, après impôt et cotisations sociales. Leurs travaux, publiés hier par le Centre d’observation et de mesure des politiques d’actions sociales (Compas), dressent le classement des 100 plus grandes villes de France au regard de leur taux de pauvreté. Les dix premières places sont trustées par les communes d’outre-mer, avec cinq villes affichant un taux de pauvreté supérieur à 33 % (lire encadré).
La banlieue nord de Paris, surreprésentée
Roubaix, dans le Nord, détient le triste record de France avec 45 % de pauvres sur son territoire. Viennent ensuite de nombreuses villes de la banlieue nord de Paris, surreprésentée dans ce triste palmarès avec Aubervilliers (39 % de pauvreté), Saint-Denis (34 %), Sarcelles (32 %), Épinay-sur-Seine et Pantin (30 %)…
Si l’on intègre les cités de moins de 50 000 habitants, des villes comme Grigny (Essonne), Clichy-sous-Bois (…)
Pierre DUQUESNE
Dans Paris sans le peuple [1], la géographe Anne Clerval analyse finement l’éviction des classes populaires de la capitale. Ce processus, appelé gentrification, ne tombe pas du ciel. Il est autant le fruit de la métropolisation que de l’absence, au niveau local, de politiques publiques permettant aux classes populaires de se réapproprier la ville.
Reste-t-il encore des espaces populaires à Paris ? Anne Clerval
Anne Clerval : On ne peut pas répondre à cette question dans l’absolu. En Île-de-France, comme à Paris, il y a toujours de moins en moins d’ouvriers et d’employés et de plus en plus de cadres et de professions intellectuelles supérieures. À l’intérieur du périphérique, ces derniers sont passés de 21 % en 1982 à 34 % en 2008. À côté de la bourgeoisie traditionnelle se développe une petite bourgeoisie intellectuelle, avec une surreprésentation des professions de l’information, des arts et des spectacles et des étudiants. Paris intra-muros concentre à elle seule 26 % de ces dernières à l’échelle du pays. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus d’employés ou d’ouvriers dans la capitale. Mais ils sont sous-représentés par rapport au reste de l’Île-de-France, ou même au reste du pays. À Paris, 20 % de la population des ménages sont des ouvriers ou des employés, contre 33 % en France. Il ne reste que quelques quartiers, (…)
Pierre DUQUESNE
Examiné à partir d’aujourd’hui, le texte encadrant les loyers ne défend pas assez les locataires modestes, dénoncent les associations. Et tout reste à faire pour que la garantie universelle des loyers soit une vraie sécurité sociale du logement.
Cécile Duflot s’attend à un débat long et animé. 1 300 amendements ont été déposés avant le début de l’examen à l’Assemblée nationale, aujourd’hui, de son projet de loi pour l’accès au logement et un urbanisme rénové (Alur). « Sa volonté est d’aller au bout du débat, dit-on à son cabinet, car elle assume que son texte n’est pas un alignement de mesures techniques mais un texte politique » pour « rapprocher l’évolution des loyers de celle des revenus » et instaurer « une régulation du marché ».
Voilà pour l’ambition, partagée par l’ensemble des associations de locataires après dix ans de flambée des prix. Car, à regarder de près les outils mis au point par le ministère, on peut se demander si le remède ne va pas être pire que le mal.
Une « mécanique inflationniste » ?
L’encadrement des loyers, tel qu’il est prévu par le texte, « contient une mécanique inflationniste », avait dénoncé avant l’été la Confédération syndicale des familles. Également « très dubitatif » sur ce (…)
Pierre DUQUESNE
Après l’agression dans un camp de Roms, ce week-end, à Saint-Denis, le collectif
Romeurope alerte sur le climat de tension qui monte depuis des mois autour des bidonvilles, sur fond de dérapages politiques, comme celui de Christian Estrosi encore ce mardi matin.
Armés de barres de fer, de battes de base-ball, et casqués, une quinzaine d’individus ont débarqué, dans la nuit de vendredi à samedi, dans un camp de Roms situé à proximité du Stade de France, à Saint-Denis. Bilan : deux victimes, dont une souffrant d’une fracture du crâne et encore entre la vie et la mort. S’agit-il d’un « règlement de comptes », comme l’a d’abord annoncé la préfecture, ou, comme l’a confié une source citée par l’AFP, « d’une expédition punitive » ?
Climat d'intolérance
« Une chose est sûre, ce n’est pas la première fois que l’on assiste à une agression de ce type, réagit Laurent El Ghozi, porte-parole du collectif Romeurope. Cela fait des mois que monte un climat d’intolérance envers les Roumains et les Bulgares vivant dans des bidonvilles. » Fin juin, à Rosny-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, près de 200 personnes, dont le maire UMP de la ville, Claude Capillon, marchent jusqu’à l’entrée d’un camp de Roms derrière une banderole : « L’expulsion, c’est (…)