auteur Jeffrey SACHS

Pas de guerre américaine contre l’Iran : lettre ouverte au Conseil de sécurité des Nations unies

Jeffrey SACHS

La menace actuelle d'une attaque américaine n'est pas le résultat d'un échec des négociations de la part de l'Iran. Au contraire, elle trouve son origine dans le rejet par les États-Unis de négociations qui avaient déjà abouti.

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil de sécurité, Le président des États-Unis profère de graves menaces de recours à la force contre la République islamique d'Iran si celle-ci ne se plie pas aux exigences américaines. Ses actions risquent de déclencher une guerre régionale majeure qui serait dévastatrice. Lorsqu'on lui a demandé s'il souhaitait un changement de régime, il a répondu que « cela semblait être la meilleure chose qui puisse arriver ». Lorsqu'on lui a demandé pourquoi un deuxième porte-avions américain avait été envoyé dans la région, le président Trump a répondu : « au cas où nous ne parviendrions pas à un accord, nous en aurons besoin... si nous en avons besoin, il sera prêt ». Ces menaces constituent une violation de l'article 2(4) de la Charte des Nations unies, qui stipule que « tous les Membres s'abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l'emploi de la force contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance (…)

La « diplomatie économique » : un pilier essentiel de la guerre hybride ouverte des Etats-Unis (Common Dreams)

Jeffrey SACHS

Il ne s'agit certainement ni de diplomatie ni de coercition. C'est une guerre menée par des moyens économiques, le tout visant à provoquer une crise économique et des troubles sociaux susceptibles d'entraîner la chute d’un gouvernement.

John Maynard Keynes a écrit, dans son ouvrage célèbre Les Conséquences économiques de la paix (1919), : « Il n’existe pas de moyen plus subtil ni plus sûr de renverser les fondements mêmes de la société que de pervertir la monnaie. Ce processus mobilise toutes les forces occultes des lois économiques au service de la destruction, et ce, d’une manière que personne sur un million n’est capable de déceler. » Les États-Unis ont perfectionné cet art de la destruction en instrumentalisant le dollar et en recourant à des sanctions économiques et à des politiques financières pour provoquer l'effondrement des monnaies des pays ciblés. Le 19 janvier, nous avons publié « La guerre hybride américano-israélienne contre l'Iran » , décrivant comment les États-Unis et Israël mènent des guerres hybrides contre le Venezuela et l'Iran au moyen d'une stratégie coordonnée de sanctions économiques, de coercition financière, de cyberopérations, de subversion politique et de guerre de l'information. (…)

La russophobie européenne et le rejet de la paix par l’Europe : un échec de deux siècles

Jeffrey SACHS

Jeffrey D. Sachs est professeur d’université et directeur du Centre pour le développement durable à l’université Columbia, ainsi que président du Réseau des solutions pour le développement durable des Nations Unies.

L’Europe a maintes fois refusé la paix avec la Russie alors qu’un règlement négocié était possible, et ces refus se sont avérés profondément contre-productifs. Du XIXe siècle à nos jours, les préoccupations sécuritaires de la Russie ont été perçues non comme des intérêts légitimes à négocier dans le cadre d’un ordre européen plus large, mais comme des transgressions morales à combattre, contenir ou ignorer. Ce schéma s’est perpétué sous des régimes russes radicalement différents – tsariste, soviétique et post-soviétique – suggérant que le problème ne réside pas principalement dans l’idéologie russe, mais dans le refus persistant de l’Europe de reconnaître la Russie comme un acteur de sécurité légitime et égal. Mon argument n’est pas que la Russie ait été entièrement bienveillante ou digne de confiance. Il s’agit plutôt du constat que l’Europe a systématiquement appliqué deux poids, deux mesures en matière de sécurité. L’Europe considère son propre recours à la force, la (…)

Lettre ouverte au chancelier Friedrich Merz : la sécurité est indivisible – et l’histoire a son importance

Jeffrey SACHS
Monsieur le Chancelier Merz, Vous avez évoqué à plusieurs reprises la responsabilité de l'Allemagne en matière de sécurité européenne. Cette responsabilité ne peut être assumée par des slogans, une mémoire sélective ou la banalisation progressive du discours belliqueux. Les garanties de sécurité ne sont pas des instruments à sens unique. Elles fonctionnent dans les deux sens. Il ne s'agit pas d'un argument russe, ni américain ; c'est un principe fondamental de la sécurité européenne, explicitement inscrit dans l'Acte final d'Helsinki, le cadre de l'OSCE et des décennies de diplomatie d'après-guerre. L'Allemagne a le devoir d'aborder ce moment avec sérieux et honnêteté historiques. À cet égard, les récents discours et choix politiques sont dangereusement insuffisants. Depuis 1990, les principales préoccupations de la Russie en matière de sécurité ont été à plusieurs reprises rejetées, diluées ou directement violées, souvent avec la participation active ou l'acquiescement de (…)

Trump veut recréer le mandat britannique en Palestine

Jeffrey SACHS, Sybil FARES

Le président américain fait pression pour qu'une résolution de l'ONU rétablisse presque entièrement la structure du mandat d'il y a 100 ans, en remplaçant simplement le Royaume-Uni par les États-Unis comme autorité de contrôle.

L'administration Trump fait pression cette semaine au Conseil de sécurité de l'ONU (CSNU) pour qu'une résolution élaborée par Israël soit adoptée, visant à éliminer la possibilité d'un État palestinien. Cette résolution a trois objectifs. Elle établit le contrôle politique des États-Unis sur la bande de Gaza. Elle sépare Gaza du reste de la Palestine. Et elle permet aux États-Unis, et donc à Israël, de déterminer le calendrier du retrait supposé d'Israël de Gaza, ce qui signifie qu'il n'aura jamais lieu. Il s'agit là d'impérialisme déguisé en processus de paix. En soi, cela n'a rien de surprenant. Israël dirige la politique étrangère américaine au Moyen-Orient. Ce qui est surprenant, c'est que les États-Unis et Israël pourraient bien s'en tirer à bon compte avec cette parodie, à moins que le monde ne s'exprime avec urgence et indignation. Le projet de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies établirait un Conseil de paix dominé par les États-Unis et le Royaume-Uni, (…)