Thème Guerre/Paix/Armement

L’anatomie de la fermeté

Ramzy Baroud

Mobilisation populaire, autonomie stratégique et les racines de la résistance iranienne : : Au-delà de la matrice du pouvoir conventionnel

En analysant l'offensive militaire actuelle contre l'Iran, le discours dominant occidental recourt invariablement à une méthodologie froide et basée sur des données. Il enregistre le volume total d'avions furtifs, calcule la précision des munitions de haute altitude et mesure le poids économique des régimes de sanctions à multiples niveaux. Dans cette perspective hautement linéaire, la guerre est considérée comme un fait accompli : un affrontement entre « l'armée la plus puissante du monde » et un État lourdement sanctionné et structurellement isolé. Cependant, ce cadre échoue systématiquement à expliquer une réalité empirique évidente. Malgré des décennies d'étranglement économique, de guerre cybernétique sophistiquée, d'assassinats ciblés de ses principaux dirigeants politiques et militaires, et de bombardements cinétiques directs, la nation iranienne n'a pas capitulé. Elle n'a pas renoncé à son autonomie stratégique, ni ne s'est enfoncée dans le chaos intérieur. Pour (…)
11 

La défaite de Poutine

Vincenzo COSTA

Poutin n'a pas été vaincu par les Ukrainiens ni par les Européens. La Russie ne perdra pas cette guerre. Cependant, le projet de Poutine d'une Russie européenne est terminé : il a échoué.

Lorsque nous parlons de « Poutine », nous ne devons pas penser à un individu isolé, mais plutôt à un phénomène historique qui a surgi après l'échec de la tentative de réforme d'Eltsine. Durant cette période, la Russie a subi un effondrement démographique et économique ; ses vastes ressources sont tombées entre les mains de quelques oligarques, la criminalité et la mafia régnaient en maîtresses, et le pays se trouvait au bord d'une désintégration encore plus dévastatrice après la dissolution de l'URSS. C'est ainsi qu'est né « Poutine » : non seulement une personne, mais un projet qui englobait deux objectifs stratégiques fondamentaux devant être poursuivis simultanément : Protéger l'intégrité et la souveraineté de la Russie face aux forces de désintégration internes et externes ; Intégrer la Russie à l'Europe. En mars 2000, Poutine est même allé jusqu'à envisager la possibilité que la Russie adhère à l'OTAN. La raison de ces rapprochements était évidente : l'adhésion à (…)

Comment Téhéran est en train d’épuiser le temps de la guerre

Pepe ESCOBAR

L'Histoire appellera la stratégie de l'Iran "comment faire tourner l'horloge dans une guerre". Téhéran se retient délibérément face à Washington parce que le temps – et les marchés pétroliers – sont de son côté.

Commençons par quatre variables clés qui sont en jeu à cette croisée des chemins de plus en plus dangereuse. Un. Capacités nucléaires. Le Majlis – le Parlement iranien – s'est réuni mardi soir, au début de la nouvelle ère de Mojtaba, qui a commencé vendredi dernier après les rites funéraires finals du défunt et assassiné Guide suprême, l'ayatollah Khamenei, à Mashhad. Les 290 membres ont approuvé à l'unanimité deux résolutions. La première exige du gouvernement – sous la présidence de Pezeshkian – d'"accélérer les capacités nucléaires". Cela peut être interprété soit comme une impulsion à l'enrichissement de l'uranium, soit comme quelque chose de bien plus disruptif. La seconde résolution rejette tout engagement avec les États-Unis sur les termes convenus précédemment. Traduction : même s'il y avait un mémorandum d'entente (MoU) renouvelé – de facto rompu par Trump en sortant du sommet de l'OTAN à Ankara –, les conditions seraient bien plus dures pour les Américains. (…)

Un Trump peut en cacher un autre

Olivier FOREAU

Pendant longtemps, nous n’avons vu que son côté sombre. Mais à mesure qu’il trahit son électorat, Donald Trump est devenu peu à peu une figure plus proche de nous, à la fois sensible et rassurante. L’an dernier déjà, son soutien participatif à l’anéantissement de Gaza, ses meurtres en série dans les Caraïbes, avaient montré combien au fond de lui-même, il partage nos valeurs. Depuis qu’il kidnappe des dirigeants et les menace de mort, un vent d’espoir s’est levé parmi les partisans de la démocratie, bluffés par son approche disruptive de l’émancipation des peuples. N’était-il pas naturel de compter sur lui pour réaliser notre rêve de toujours, à savoir rayer l’Iran de la carte ?

Des Lumières aux anti-Lumières Comme nombre de gouvernements que nous avons en horreur (Cuba, Chine, etc.), le régime iranien est issu d’un vaste soulèvement populaire : c’est dire si d’emblée, il ne prenait pas le chemin de la démocratie. Jusqu’à ce soulèvement inconsidéré, les masses baignaient dans l’euphorie, sous la houlette bienveillante et progressiste du Shah, et de sa police politique formée aux techniques de torture les plus modernes. Certes il s’agissait d’une monarchie, mais tellement brutale et corrompue qu’au bout du compte, elle ne différait pas fondamentalement d’une démocratie comme la nôtre : de l’aveu général, le pays était en voie d’européanisation, c’est-à-dire de soumission complète aux intérêts US. Mais en 1979, le rêve tourne court. Sous l’impulsion fanatique des mollahs, les vieux démons ressurgissent : conservatisme, repli sur soi, antiaméricanisme... Livré à lui-même, le peuple choisit l’oppression (comme il le fait toujours). Les femmes perdent leur (…)

Au 1000è jour de l’effroyable génocide en cours contre la population de Gaza, quels constats tirer ?

Daniel VANHOVE
Ils sont nombreux à l’évidence, et impossible de tous les énumérer ici. Mais, avant toutes choses et qui nous concerne directement, celui d’un silence criminel de nos autorités, les plaçant de facto et en lettres de feu du mauvais côté de l’Histoire. En réaction, l’opposition croissante de citoyens aux ‘’valeurs’’ auxquelles nos chancelleries ont recours depuis des années et qui ne sont qu’une hypocrisie pour maquiller leur duplicité. Si cela peut paraître secondaire voire anodin à certains, les effets à terme sont pourtant importants, parce qu’ils décrédibilisent dorénavant l’habituelle parole moralisatrice de l’Occident global. La Palestine documente ainsi largement l’inanité de croire encore aux ‘’valeurs’’ de liberté, égalité, justice,... – à géométrie très variables – occidentales. Drapés dans d’arrogants discours, nos gouvernements ont été ramenés aux réalités de terrain par la résistance et la résilience palestinienne, les mettant face à leurs creuses déclarations. (…)