Jeffrey SACHS
Il ne s'agit certainement ni de diplomatie ni de coercition. C'est une guerre menée par des moyens économiques, le tout visant à provoquer une crise économique et des troubles sociaux susceptibles d'entraîner la chute d’un gouvernement.
John Maynard Keynes a écrit, dans son ouvrage célèbre Les Conséquences économiques de la paix (1919), :
« Il n’existe pas de moyen plus subtil ni plus sûr de renverser les fondements mêmes de la société que de pervertir la monnaie. Ce processus mobilise toutes les forces occultes des lois économiques au service de la destruction, et ce, d’une manière que personne sur un million n’est capable de déceler. »
Les États-Unis ont perfectionné cet art de la destruction en instrumentalisant le dollar et en recourant à des sanctions économiques et à des politiques financières pour provoquer l'effondrement des monnaies des pays ciblés. Le 19 janvier, nous avons publié « La guerre hybride américano-israélienne contre l'Iran » , décrivant comment les États-Unis et Israël mènent des guerres hybrides contre le Venezuela et l'Iran au moyen d'une stratégie coordonnée de sanctions économiques, de coercition financière, de cyberopérations, de subversion politique et de guerre de l'information. (…)
Michael PARENTI
Michael Parenti, figure emblématique de la gauche américaine qui a marqué des générations de militants, d’universitaires et de citoyens, est décédé samedi à Berkeley, en Californie. Il avait 92 ans. Parenti a écrit pour Consortium News ce qui semble être son dernier article, consacré aux horreurs de la Première Guerre mondiale. Publié le 28 mai 2018, jour du Souvenir aux États-Unis, il est republié ici en attendant l’hommage que Consortium News prépare.
Se remémorant ces années de fureur et de carnage, le colonel Angelo Gatti, officier d'état-major de l'armée italienne (front autrichien), écrivait dans son journal :
« Toute cette guerre n’a été qu’un tissu de mensonges. Nous sommes entrés en guerre parce que quelques hommes au pouvoir, des rêveurs, nous y ont précipités. »
Non, Gatti, mon cher , ces quelques hommes ne sont pas des rêveurs ; ce sont des intrigants . Ils nous dominent. Vois comment leurs contrats d’armement se transforment en fortunes personnelles, tandis que la jeunesse est réduite en poussière : plus de sang, plus d’argent ; cette guerre est bonne pour les affaires.
Ce sont les riches vieillards, les « pauci » , « les rares », comme Cicéron appelait les oligarques du Sénat qu'il servit fidèlement dans la Rome antique. Ce sont ces quelques-uns, qui forment ensemble un bloc d'industriels et de propriétaires terriens, qui pensent que la guerre apportera des marchés plus vastes à l'étranger et la discipline (…)
Jacques-Marie BOURGET
En écoutant les propos ahurissants d'Emmanuel Macron, lors de ses voeux adressés aux Armées, on tremble. Impossible de se coucher sans avoir regardé si un agent de Poutine ou Poutine lui-même n'est pas caché sous votre lit prêt à vous égorger. Il est surprenant que ce délire présidentiel n'ait pas provoqué des hurlements de protestation, non seulement de la part des "pacifistes", mais simplement de citoyens non encore touchés par cette contagion guerrière.
« La première victime de la guerre c’est la vérité ». C’est très pédant de citer Eschyle -le tragédien grec vieux de cinq siècles avant notre ère- en commençant cet article dont l’objet est de parler de l’air du temps. Mais aucune plume n’a écrit mieux depuis. Et si j’évoque le son des canons, alors que vous l’ignorez peut-être, c’est que nous sommes en guerre. C’est ce que j’ai cru comprendre en écoutant Emmanuel Macron présenter ses vœux à l’Armée française. Dans les accents du président j’ai entendu une mélodie de la trompette de Déroulède, ce forcené du XIXe siècle, prêt à déclencher une bataille par jour et à envoyer tous les hommes mourir au front, sauf lui. Donc Macron veut, très vite, plus de chars, d’avions de canons de drones et autres ferrailles mortelles parce que, a-t-il répété, la guerre n’attend pas : elle marche déjà aux pas de nos portes. D’ailleurs le président anticipe, montre l’exemple en expédiant 15 chasseurs alpins tricolores occuper les défenses d’un (…)
Gérard COLLET
Ou comment un pouvoir accumulant les échecs tente de trouver une lampée d’oxygène grâce à une recette éculée
Introduction
Ainsi, voici sous quels auspices nos dirigeants nous font commencer l’année 2026 !
La séquence ouverte par le chef d'état-major Fabien Mandon en novembre, puis reprise au vol par le président Macron et dans une certaine mesure par la ministre de la Défense, constitue ce que l'on peut sans hésiter appeler une marche à la guerre.
Cette démarche nous est évidemment présentée comme une nécessité absolue, vitale, imposée de l'extérieur par une puissance malfaisante.
Mais l'histoire nous apprend que les guerres se présentent toujours sous cet habit là, et ce n’est que beaucoup plus tard, beaucoup trop tard, que les véritables raisons se révèlent tout autres, et que l’on feint de découvrir que prix à payer était beaucoup plus élevé qu’on avait pu le croire.
La perspective d’une guerre constitue un fait absolument majeur dans la vie d'une nation, le plus (…)
Jeffrey SACHS
Jeffrey D. Sachs est professeur d’université et directeur du Centre pour le développement durable à l’université Columbia, ainsi que président du Réseau des solutions pour le développement durable des Nations Unies.
L’Europe a maintes fois refusé la paix avec la Russie alors qu’un règlement négocié était possible, et ces refus se sont avérés profondément contre-productifs. Du XIXe siècle à nos jours, les préoccupations sécuritaires de la Russie ont été perçues non comme des intérêts légitimes à négocier dans le cadre d’un ordre européen plus large, mais comme des transgressions morales à combattre, contenir ou ignorer. Ce schéma s’est perpétué sous des régimes russes radicalement différents – tsariste, soviétique et post-soviétique – suggérant que le problème ne réside pas principalement dans l’idéologie russe, mais dans le refus persistant de l’Europe de reconnaître la Russie comme un acteur de sécurité légitime et égal.
Mon argument n’est pas que la Russie ait été entièrement bienveillante ou digne de confiance. Il s’agit plutôt du constat que l’Europe a systématiquement appliqué deux poids, deux mesures en matière de sécurité. L’Europe considère son propre recours à la force, la (…)