L’art français de la guerre au XXI° siècle

Ou comment un pouvoir accumulant les échecs tente de trouver une lampée d’oxygène grâce à une recette éculée

Introduction

Ainsi, voici sous quels auspices nos dirigeants nous font commencer l’année 2026 !

La séquence ouverte par le chef d’état-major Fabien Mandon en novembre, puis reprise au vol par le président Macron et dans une certaine mesure par la ministre de la Défense, constitue ce que l’on peut sans hésiter appeler une marche à la guerre.

Cette démarche nous est évidemment présentée comme une nécessité absolue, vitale, imposée de l’extérieur par une puissance malfaisante.

Mais l’histoire nous apprend que les guerres se présentent toujours sous cet habit là, et ce n’est que beaucoup plus tard, beaucoup trop tard, que les véritables raisons se révèlent tout autres, et que l’on feint de découvrir que prix à payer était beaucoup plus élevé qu’on avait pu le croire.

La perspective d’une guerre constitue un fait absolument majeur dans la vie d’une nation, le plus fort, le plus dramatique, le plus déstabilisant. Or cette perspective a été relativement peu commentée, bien souvent sur des points secondaires, formels, plutôt que sur l’aspect existentiel de la guerre. Et elle fut bien vite reléguée à l’arrière plan.

Il apparaît également que la manière dont les femmes et les hommes au pouvoir ont agi en la matière fait très peu de cas de la démocratie ; le chef de l’État a toujours choisi de parler à la première personne pour énoncer des mots lourds de conséquences, qui relèvent en principe de la représentation nationale, sinon sur le plan constitutionnel, au moins sur le plan de la démocratie réelle.

Il ne sera évidemment pas question ici de contester l’idée que la guerre soit parfois inévitable, et qu’il faille parfois s’armer matériellement et moralement pour y faire face.
Il ne s’agit pas non plus d’innocenter la Russie de l’agression qu’elle a commise.

Il est simplement et principalement question de rappeler que la guerre ne peut décemment pas être présentée comme un simple épisode contrariant, une parenthèse à laquelle il faut se résigner et qui malheureusement peut éventuellement avoir pour effet négatif de « perdre ses enfants ».

Il s’agit de dénier aux autorités le droit de minimiser la catastrophe fondamentale que représente l’entrée en guerre dans le but de la rendre acceptable.

Une fois établie l’horreur de cette perspective, il s’agit de dire que tout doit être mis en œuvre, tout, pour parvenir à une autre issue que la guerre. Ce qui suppose bien entendu, diplomatie, négociation, prise en compte des intérêts des parties adverses, et parfois concessions.

Et il s’agit de rappeler que tout retour historique sur les guerres anciennes aussi bien que récentes, montre que les arguments idéologiques, religieux, patriotiques, ont toujours été des paravents commodes, des alibis pour masquer des intérêts privés, d’ordre économique, financier, industriel, voire personnel, pour lesquels les peuples ont dû se sacrifier.

Le bilan coût bénéfice si l’on n’ose parler ainsi, n’est jamais fait que très longtemps après, trop tard.

Le décor après le duo Mandon – Macron

Le menton en avant

Ainsi donc, cette fois-ci, nous y sommes.
Après une longue approche, toute en finesse et en progressivité, notre classe dirigeante éclaircit enfin sa pensée et son projet. Aller vers la guerre. Il ne s’agit plus simplement et vaguement d’allusions au fait qu’il faudrait peut-être « envoyer des mecs là-bas », comme l’annonçait Macron avec dilettantisme [1].

En effet, le pas de deux interprété au côté du chef d’état major qu’il a si soigneusement parrainé et fait grimper au grand galop jusqu’au plus haut échelon, est à tel point scénarisé qu’on ne sait si en rire ou en pleurer. Inutile de souligner, dans ces conditions, que la seule question est de savoir s’il a intimé à Mandon l’ordre de faire la déclaration provocante, ou s’il s’est contenté de la valider.

Cette séquence à deux voix du mois de novembre 2025 est un véritable bijou illustrant le cynisme, l’hypocrisie doublée d’une arrogance déplacée, et un contentement de soi immature et déshonorant qui sont décidément la marque du prétendant à l’olympe.

Il ne s’agit plus en effet de nous habituer insensiblement au vocable « guerre » en l’accommodant tantôt à la sauce COVID [2], tantôt à celle de la prévention du terrorisme ou de la criminalité. Non, cette fois-ci, c’est bien de la mobilisation des armées que parlent notre président et son aide de camp, d’un ton pénétré de gravité, où le calcul est parfaitement perceptible.

Et au travers de ses interventions, la délectation de M. Macron à se glisser dans le rôle de chef de guerre est évidente. Comme tout dirigeant en grand mal de légitimité, il trouve là le dernier refuge, le plus mâle, le plus incontestable, d’autant que tout éditorialiste s’évertue à lui accorder les coudées franches dans ce domaine « régalien » par excellence, celui bien sûr de Richelieu, de Louis Le Grand, de Napoléon et pourquoi pas de Philippe Pétain qu’il reconnaît si aisément admirer…

Ne lui reste plus qu’à enfiler le battle-dress de George W. Bush sur le Charles de Gaulle pour joindre le ridicule à l’inquiétant.

Contrairement à ce qui nous a été dit et répété – par la ministre des armées entre autres – , les quelques mots de Fabien Mandon n’étaient pas « sortis de leur contexte ».
Le projet Mandon-Macron fut lentement énoncé à l’aide de mots soigneusement pesés, appuyés de regards à la ronde qui se voulaient lourds de sens. Il n’y avait pas à s’y méprendre, même si le sourire indéfinissable du CEMA paraissait quelque peu décalé.
Il est d’ailleurs éclairant de se rappeler qu’en juillet 2017, le président n’hésitait pas à « accepter » la démission de Pierre de Villiers, qui avait eu le tort de signaler l’insuffisance du budget des armées.
L’incohérence est donc une autre qualité notoire à mettre au crédit de notre Chef des Armées.

Quoi qu’il en soit, après ce numéro de duettistes souligné par des promenades en commun en cabriolet, il est parfaitement clair qu’il n’y a là aucune fausse note, que rien ne fut laissé au hasard ; voilà bien l’engrenage dans lequel s’engage notre gouvernant en fin de parcours, sans majorité gouvernable, et sans le moindre appui populaire.
Réarmement tous azimuts, extension du budget militaire, alignement moral de l’ensemble du pays, voici la ligne politique destinée à remettre la France d’aplomb et à la réunifier dans ce bon vieux projet qui sent bon le sang qui doit abreuver nos sillons [3]

A y regarder de plus près, pourtant, ce bel élan ne peut tromper que les sourds illettrés et les enfants en bas âge.

Si la nécessité impérieuse de nous mobiliser nous est bien affirmée, rien ne permet de cerner les contours et les conséquences d’un aventurisme confondant et improvisé.

La menace est en grande partie construite, l’adversaire ramené à la personnalité unique de son dirigeant présenté comme un assoiffé de conquêtes, et les éventuels « intérêts vitaux » de la Russie sont superbement ignorés.

Car d’une certaine manière, V. Poutine ne déguise pas la vérité : il n’a pas déclaré la guerre à l’Europe [4] ; il n’a jamais parlé de le faire. Et nulle alliance militaire ne la liait encore à l’Ukraine. Quelles que soient les bonnes raisons pour lesquelles quelques nations européennes décideraient de s’engager dans un conflit préventif, c’est bel et bien elles qui feraient le choix de cet affrontement… une position unanime semblant pour l’instant hors d’atteinte.
Et il est évident que les déclarations de M. Macron, comme de K. Starmer ou de F. Merz

sont de de nature à faire monter la pression. Il est évident que la livraison éventuelle d’armes stratégiques susceptibles d’atteindre Moscou constituerait un pas décisif.

Par ailleurs, une fois la posture belliqueuse de la France énoncée par son président, aucun but de guerre n’est clairement décrit. Le ton martial et décidé se contente de suggérer l’intention de faire renoncer la Russie à tous ses objectifs propres sans prendre acte de la situation tactique, tandis que les gesticulations semblent vouloir inciter l’Ukraine au maximalisme.
De plus, nombre de commentateurs soulignent le ridicule d’une menace assez vaine, notre armée actuelle ne possédant guère les moyens d’intervention que nécessiterait un tel objectif.
Rien n’est dit de ce que qu’impliquerait l’objectif de chasser la Russie d’Ukraine – et dans les versions extrêmes de la Crimée… Cet objectif entraînerait très certainement des offensives stratégiques sur le sol russe, c’est à dire une menace vitale non feinte pour ce pays.

Dans le flou désolant des discours guerriers, on voit se succéder des arguments contradictoires, qui suggèrent tantôt la préparation déterminée d’une Russie prête à attaquer les pays de l’Otan, tantôt la possibilité de la faire reculer simplement en « envoyant des mecs là-bas ».
Qui suggèrent à la fois la folie impériale de Poutine et ses réactions incontrôlables, mais qui laissent entendre qu’il laisserait pourtant au hangar son arsenal nucléaire en cas d’attaque de son territoire.

Car il y a là en effet un fameux éléphant dans le couloir : la puissance nucléaire de la Russie est traitée par-dessus la jambe, elle n’entre dans aucun des raisonnements affichés par les politiques, et elle est balayée d’un revers de main par les commentateurs mainstream.
Ce qui semble donc suggérer que le concept même de dissuasion n’a plus cours… alors qu’il est la base de notre doctrine, ou du moins de celle qui nous est enseignée depuis toujours et pour laquelle nous avons tant investi.

Les postulats que cache cette attitude

Au fond, les discours, si profonds semblent-ils et si autorisés, s’articulent et se divisent autour de quelques credo rebattus et contestables.

Ces postulats sont parfois énoncés clairement, mais la plupart du temps à peine suggérés de manière subliminale.

Ils sont en tous cas souvent simplistes, biaisés et dangereux.

On y trouve immanquablement l’idée que l’affaire de l’Ukraine est un réédition de Munich, et le poncif selon lequel la paix s’obtient par la menace, et non pas par des démarches pacifiantes. Pourtant, rien n’a jamais prouvé qu’une posture plus ferme lors de la célèbre conférence eût fait reculer Hitler, dont l’ambition guerrière sans limite ne faisait déjà plus aucun doute.

La référence perpétuelle à Munich pourrait fort bien n’être qu’un alibi simpliste, voire une manifestation de la culpabilité d’élites politiques conscientes des compromissions que leurs prédécesseurs acceptèrent alors, allant jusqu’à la collaboration pure et simple avec l’ennemi.

Derrière ce premier axiome de la doxa vient celui de la force protectrice.

La « menace », déclare par exemple le géopolitologue Frédéric Encel face à une intervieweuse célèbre [5], « ne coûte rien et peut rapporter gros ». C’est évidemment faux.

Si élégant dans sa simplicité, si fort dans son origine latine, l’aphorisme Si vis pacem para bellum paraît de bon sens : S’il l’on veut la paix, il faut s’armer.

Cependant, ce postulat n’est guère questionné, alors qu’un contre-argument saute aux yeux : les pays plus belliqueux et les plus dangereux se révèlent bien souvent être précisément ceux qui se sont armés [6]. Et l’armement n’est pas davantage un gage de paix que le second amendement de la constitution américaine n’est un gage de paix civile.

Les exemples sont légion, et l’on s’étonne que le dicton fonctionne encore. Mais le plus pur et le plus « abouti » est évidemment celui de l’Allemagne hitlérienne, que son sur-armement conduisit à un désastre absolu.

La menace pourrait bien n’être qu’un argument rhétorique faisant immanquablement monter le degré d’affrontement, et basculer l’enjeu sur le plan guerrier.
Il faut relire l’histoire, on y reviendra.

Un corollaire de cette vision du monde est l’idée du ramollissement des générations actuelles. Mais il y a là aussi une très vieille rengaine, celle des anciens répétant : « Ce qu’il leur faudrait, c’est une bonne guerre » !
Or le libéralisme exacerbé a depuis plusieurs décennies entraîné des cohortes de jeunes à l’excellence, à la performance, au management… lui faut-il donc changer de paradigme et les transformer soudain en combattants ?
L’ère du libre échange pacifiant et libérateur est-elle donc achevée ?

Par ailleurs, il n’y a pas que les jeunes générations qui soient sujettes à ce redoutable endormissement : il y a bien longtemps que les généraux et les maréchaux eux-mêmes ne mènent plus leur troupes sabre au clair sur un beau cheval blanc. Et il n’a échappé à personne que ceux-là mêmes qui appellent de leurs vœux au réarmement démographique ne prêchent plus par l’exemple. Se privant ainsi de l’honneur insigne de sacrifier leurs enfants sur l’hôtel de l’adhésion de l’Ukraine à l’Otan.

Un troisième argument, central, porte sur la défense de nos valeurs face à la barbarie : civilisation et progrès seraient nos apanages ; ils seraient germe dans l’Ukraine agressée, ne demandant qu’à éclore grâce à notre appui, mais totalement étrangers à la Russie.

Nous serions l’avant-garde de la civilisation, et c’est à ce titre que nous serions menacés.

Nous aimerions la paix, la sérénité, la démocratie, le commerce équitable et la liberté de circulation des biens et des personnes.

Hélas ! autour de nous existeraient des régimes maléfiques désireux de faire disparaître ce que nous représentons, et de prendre notre place de manière violente [7].

Instruits de ces axiomes nous voici donc, selon nos deux grands chefs militaires, à l’orée de la guerre « de haute intensité ». Ce qu’ils déplorent évidemment, poussant l’humanisme jusqu’à regretter que nous devions y « perdre nos enfants ».

Mais alors, quelle devrait être la réaction du corps social à cette effarante nouvelle ?
Devrions-nous prendre pour argent comptant l’analyse qui nous est assénée, accepter les démarches inconnues entreprises par notre diplomatie, gober tout crus les mots de M. Macron, de M. Mandon, ceux de Mme Van der Leyen et maintenant ceux du secrétaire de l’OTAN, observateur neutre s’il en est ?

Il s’avère pourtant que leurs analyses ne sont pas unanimement partagées, que dans les rangs des oppositions – nationales comme extérieures – des voix s’élèvent pour les contester, et que des doutes fondés pèsent sur la neutralité, l’objectivité, le désintéressement et la lucidité des hérauts du « réarmement ».

Et cependant, tout se passe comme si l’on avait entériné une catastrophe inéluctable, tout se passe comme si l’on avait pris acte de l’impuissance des peuples à s’opposer à la possible apocalypse.

Les partis d’opposition émettent certes quelques réserves, mais l’on reste dans le discours convenu, et la prudence électoraliste reste de mise [8]. Les éditorialistes dans leur quasi totalité font leur miel des bruits de bottes et des déclarations tonitruantes, et bien peu de voix s’élèvent pour dénoncer l’aberration que constitue cette chronique d’une catastrophe annoncée.
Le gouvernement est au garde-à-vous.

Si c’est bien de la gauche que viennent les critiques les plus nettes [9], Jean-Luc Mélenchon lui-même se contente d’admonester le CEMA sur la forme, de pointer « les échecs de notre diplomatie », et la page d’accueil du site web de LFI ne mentionne pas le sujet...

Bref, aucun disciple de Jaurès ne monte sur la tribune.

Il semble d’ailleurs que la prise en mains de l’information par les catégories possédantes, via les milliardaires engendrés par l’hypertrophie de la tech et de la finance, ne laisse guère de possibilité d’expression dissidente, si ce n’est les fameux « réseaux sociaux » ou s’expriment quelques esprits libres, vite catalogués complotistes.

Mais la cacophonie de ceux-ci ne produit guère plus qu’un bruit de fond émiettant les opinions.

Et d’ailleurs, ces « influenceurs » sont également en danger d’être recrutés au service des intérêts dominants comme l’illustre le projet de 8° front de B. Netanyahu.

La vraie Guerre

Il faut dire les mots

Alors, confrontés à cette fatalité, tentons de nous rafraîchir la mémoire au sujet des réalités guerrières, tentons de dépasser les images d’Épinal enluminées de vestes à brandebourgs.

Car, pour appeler au réarmement moral et à la guerre, il ne faudrait pas se contenter de discours martiaux, de démonstrations discutables sur les intentions de l’ennemi désigné, et de budget de fabrication d’armes dispendieuses qui dans le meilleur des cas ne serviront à rien, et dans le pire serviront au pire.

Pour appeler au réarmement moral dans un pays avancé, démocratique, et respectueux de ses propres valeurs, il faudrait également prendre en compte, et le dire, ce qu’est réellement une guerre, au lieu d’en faire un combat abstrait qui pourrait hélas, parfois, occasionner de tristes mais glorieuses disparitions d’enfants.

Il semble que cela ne puisse être fait que par ceux qui ont traversé quelques décennies, par ceux qui ont lu quelques ouvrages et les ont compris, par ceux dont les parents ou les grands-parents ont su faire part de leurs souvenirs, et des conséquences des affrontements précédents.
Ceux-ci ont pu constater que la civilisation occidentale, instruite des Religions du Livre, de l’esprit des Lumières, de la philosophie grecque, allemande, française, de la musique, de la littérature, poussée par son aspiration à la démocratie inspirée par Athènes, ont commis bien davantage de destructions sur la terre que tout autre culture, que tout autre nation.
Inutile d’en faire la liste, tout le monde les connaît, des guerres intestines jusqu’aux guerres de conquête, aux guerres coloniales, pour culminer en apothéose dans la dévastation de l’Europe entière.

Il ne faut pas oublier l’histoire. Il faut relire les journaux de guerre. Il faut écouter les récits, il faut réviser les chiffres.

Car les arguments fallacieux pour enrôler de jeunes gens n’ont jamais manqué, ils ont toujours été les mêmes. Grandiloquents, héroïques, dissimulatoires, mensongers, dangereux.

On a, à chaque désillusion, feint de tirer les leçons de ces errements, mais chaque occasion fait renaître les mêmes réflexes.

Les guerres d’aujourd’hui ou de demain, contrairement à ce que pensent beaucoup de jeunes gens, et à ce que susurrent les éditorialistes, produisent les mêmes horreurs que les précédentes.

Elle produisent les mêmes horreurs parce que ce ne sont pas les outils et les armes de la guerre qui sont en cause, mais bien le processus même de la guerre, incontrôlable, sans pitié, absolu [10].

Il faut se retourner sur les expériences françaises les plus récentes : Indochine, Algérie, et oser en faire le bilan humain, le confronter au but poursuivi, aux résultats obtenus, aux mensonges qui les ont permises, et à ceux qui s’en sont suivi.

La France doit être prête à perdre ses enfants, nous a donc dit le nouveau chef d’état-major, Fabien Mandon. Nous a dit le nouveau chef d’état-major, sous couvert de l’assentiment implicite de son Chef, feignant la sincérité, la lucidité et le courage. Nous a dit le nouveau CEMA, parodiant les accents des grandes heures, évoquant le douloureux mais glorieux martyr au nom de la patrie.

Mais derrière ce masque de sincérité où l’on croit voir la figure du père sévère mais courageux, juste et clairvoyant, le nouveau chef d’état-major ment. Il ment par omission, sa sincérité et son courage ne sont que langue de bois dissimulant l’essentiel.

En évoquant la disparition symbolique et glorieuse de enfants de France, il omet de dire que c’est là le moindre des drames en germe dans la guerre qu’il nous prédit, dans la guerre à laquelle entre les mots il appelle, à laquelle en tout état de cause il prépare le terrain.

Mais il faudrait les dire tous

Il omet de dire comme toujours, que la guerre n’est pas cette abstraction dans laquelle des enfants « sont perdus ». Il feint de ne pas savoir – peut-il l’ignorer ? – que la guerre relègue d’emblée au second plan toute valeur humaniste pour ne laisser subsister que la nécessité, l’obéissance forcée, la peur, le martyr patriotique et la force des armes. Il feint devant l’assemblée des maires, devant la presse avide, et devant la nation, de ne pas savoir, de ne pas voir de ses yeux, que la guerre est toujours, et de nos jours encore, la suspension de toute civilisation pour un temps indéterminé.

La guerre détruirait tout ce que nous avons produit, tout ce que nous avons espéré. Elle réduirait à néant les efforts humanistes et civilisationnels, les efforts philosophiques pour dépasser notre nature. Elle ferait disparaître tout ou partie des enfants que nous avons élevés et des petits enfants qui leur sont nés. Elle réduirait à néant notre croyance dans la capacité à vivre en paix.

Le Chef d’état major feint de ne pas savoir que les enfants de France qui ne mourraient pas fourniraient dix fois plus encore de blessés, d’estropiés, d’amputés, d’assourdis, de disparus sans laisser de corps identifiables ; que ceux qui auraient réchappé reviendraient moralement brisés, pervertis et avilis par la guerre, après avoir été acculés à l’ignoble dilemme : mourir ou tuer. Que parmi les morts, on devrait compter les victimes de « Tirs amis », inévitables « effets collatéraux » [11]. Que ceux qui reviendraient peineraient à retrouver une place dans La Paix, si toutefois celle-ci revenait un jour.
Que le sacrifice qui leur aurait été demandé ne serait jamais reconnu vraiment, comme le découvrirent tant d’amputés des deux guerres mondiales, tant d’anciens combattants de l’Indochine, de l’Algérie, tant de GI’s revenus du Vietnam.

Que dans les situations terribles où ils seraient pris, le danger couru, le risque mortel incessant, le courage et l’endurance tiendraient lieu de justification unique à tous les actes inhumains et à tous les buts inavoués [12]. Que nombre d’entre eux pourraient être transformés en tortionnaires, en pilleurs, en incendiaires ou en violeurs, comme cela se voit dans toutes les guerres qui nous entourent, dans toutes les guerres passées.

Le nouveau chef d’état-major embellit à dessein la nature de la guerre pour la rendre acceptable, pour la rendre concevable, et M. Macron lui emboîte le pas fièrement, jamais en mal d’une dissimulation. Et l’on comprend bien que cette hypocrisie fait logiquement partie de la préparation des esprits [13].

Les horreurs de la guerre ont déshonoré toutes les armées de tous les pays, en tous temps. Ces errements inévitables, inhérents à la guerre, sont toujours masqués avec obstination et cynisme, et tant qu’il est possible, derrière les actes de bravoure eux aussi réels [14] ; ils n’émergent que lorsqu’il n’est plus temps, et après de longues luttes.

Il faut des peines, des douleurs, des combats interminables pour obtenir l’ouverture des archives, pour recueillir les témoignages pathétiques, conduisant à d’hypocrites « plus jamais ça ».

Cela infuse lentement dans les esprits, rendant impossible le retour de la guerre pour la génération en cours.
Mais cela s’estompe dans les générations suivantes, permettant à de nouveaux dirigeants inconséquents de se lancer dans les mêmes aventures, de refaire les mêmes erreurs, d’énoncer les mêmes impostures mortifères. .

Eh oui, « Il faut dire les choses », M. le Chef d’État Major des Armées. Mais il faut les dire toutes.

Taire ces évidentes horreurs en s’adressant à la nation, en manipulant l’opinion, en engageant l’avenir, consiste à cacher que la guerre possède sa logique propre. Devant elle, les dirigeants eux-mêmes – militaires comme politiques – deviennent impuissants, jouets des événements, prisonniers de leurs mots inconséquents. On ne revient pas sur un ultimatum, on n’efface pas une déclaration de guerre. Et dès lors, toute raison, toute alternative disparaît devant l’ampleur des enjeux et l’immensité de l’horreur entreprise.

Soudain, ni le coût humain, ni le désastre social, démographique, écologique, économique, budgétaire, n’ont de poids.

La « Guerre totale » du docteur Goebbels conduisit les dirigeants allemands, les fiers soldats, et la population entière vers l’abîme sans aucune possibilité de retour.

Le chef d’état major, comme l’improvisé chef des armées, M. Macron, ignorent-ils donc le danger des mots qu’ils emploient, l’imprévisibilité explosive et irréversible des pas accomplis vers la guerre ?
N’ont-ils rien retenu d’utile de livres d’histoire que sans doute ils ouvrirent ? La culture tant louée d’E. Macron serait-elle incomplète ?
Si nos dirigeants ignorent cela, ils ne sont pas à leur place. S’ils le savent, ils sont alors coupables d’une manipulation terrifiante et impardonnable de l’opinion.

La Guerre est le lieu où « nos enfants », de jeunes gens donc, préalablement entraînés à l’obéissance sans faille « nécessaire à l’ouvrage guerrier », sont soudain plongés dans un univers d’où toutes les règles apprises, à l’école, à la maison, à l’église et dans la famille sont exclues [15].
Ici l’on souffre, l’on s’enterre et l’on a peur.
Ici l’on détruit, l’on dynamite, l’on pulvérise.
Ici l’on tue, l’on poursuit pour annihiler…

Ici l’on n’a pas le choix puisque l’on a appris à obéir sans connaître les vraies raisons ni les véritables buts de l’action, ici l’on n’a pas le choix puisque l’on est plongé dans un creuset où règnent de nouvelles règles, et qu’ici l’on doit tuer ou risquer d’être tué.
Ici, tant que tout se passe « bien », tout ce qui est adverse doit être détruit sans états d’âme. Et si par malheur cela tourne « mal », il faudra détruire aussi tout ce qui est nôtre : nos ponts, nos barrages, nos ressources, nos routes [16]

Ce n’est pas là une fiction défaitiste, ce n’est que la réalité que toutes les guerres du passé comme celles qui se déroulent aujourd’hui ont montré et redémontré.

Comment se résigner à aller vers cela sans avoir d’abord tout essayé ?

Propagande, prétextes et alibis

La propagande en route

Vue dans sa réalité crue, la guerre est donc l’aboutissement le plus absurde d’une crise.
Pour la préparer, il faut cependant obtenir le consentement, sinon l’enthousiasme des peuples.

Alors, afin d’obtenir ce consentement absurde et délétère, la propagande se met en route.

Et l’on retrouve les clivages classiques, la gauche appelant plutôt à des approches pacifiantes – l’Humanité titre :’Le Choix de l’escalade guerrière’ – tandis que la droite semble divisée, et que le centre au pouvoir accepte ce pari. A l’exception de l’ineffable et imprévisible Luc Ferry.

Comme le démontre l’association ACRIMED [17], il faut quitter les médias principaux pour trouver un son de cloche différent. Il faut presque s’engager dans ce que ces mêmes média englobent dans la sphère complotiste ou pro-Poutine pour entendre d’autres voix.

Or il faut bien qu’il existe une raison structurelle pour que ces médias dominants, en toutes occasions, qu’il soient privés ou publics, se rangent quasi unanimement du côté des pouvoirs en place, pour expliquer cet unanimité et cette adaptabilité [18].

Dans le chapitre propagandiste, on retrouve évidemment le réarmement moral et le réarmement démographique, qui sont aussi deux constantes de la droite réactionnaire et militariste, comme ce fut le cas sous le régime de Vichy [19]

Bien entendu, ce réarmement et ces pas vers la guerre ne présentent selon eux aucun aspect belliqueux, ils ne sont que des réflexes de défense animés par une ferme volonté de paix.
A-t-on jamais vu, d’ailleurs, un pays s’armer en revendiquant des intentions belliqueuses [20] ?

Quoi qu’il en soit, la préparation des esprits à une possible guerre n’a nullement attendu les événements d’Ukraine : une instance telle que l’École de Guerre Économique la réclame depuis de longues années. Le projet qui nous est aujourd’hui présenté comme une réaction à une conjoncture particulière et imprévue est en réalité enraciné très profondément et de longue date [21].

Et pour cette « Stratégie du choc », le travail lancinant de réintroduction du mot « Guerre » dans le langage politicien instrumentalisa successivement, le terrorisme (M. Valls), le Covid (M. Macron déjà en mars 2020), et les innombrables crises économiques… 

Pour revenir au sinistre numéro de duettistes Macron & Mandon, on doit constater que l’ensemble de la prestation constitue une remise au goût du jour de la Fenêtre d’Overton destinée à polariser le débat public de manière indirecte. En effet, on sait le rôle joué par M. Macron dans la récente nomination du nouveau chef d’état-major, et l’on peut imaginer qu’il ne l’a pas choisi sans quelque peu évaluer ses positions.

Et comme dans toute guerre, la première victime est l’information : interdiction de toute expression venant de l’adversaire, choix des faits, truquage des nouvelles, déformation des perspectives.

Le début de la guerre en Ukraine, ou plutôt l’instant que l’on a voulu présenter comme début, marque aussi de manière précise le début de la volonté de contrôle de l’opinion.

Une requête sur la désinformation dans le cas de la guerre d’Ukraine ne produit d’abord que des réponses dénonçant la « Guerre hybride » menée par la seule Russie, comme si les nations démocratiques s’étaient toujours interdit tout mensonge, toute dissimulation, toute intoxication.
Pour trouver des échos plus crédibles et équitables, il faut presque nécessairement quitter les media principaux, et prendre le risque de parcourir ceux qui seront immanquablement considérés officiellement comme « complotistes ». Le cas du sabotage des gazoducs « Nordstream 2 » est un exemple spectaculaire de cette duplicité, tous les media « Main stream » ayant emboîté le pas à la version incohérente dénonçant la Russie, et aucun d’eux n’ayant jamais fait amende honorable de manière satisfaisante ; cette version est donc restée dominante dans l’opinion [22].

L’effacement de l’information provenant de Russie fut immédiate et totale [23].

Il s’en suivit un bridage et une déformation de l’information en provenance de la zone de belligérance, privant du même coup les citoyens de toute information sur les déclarations de la partie « adverse » et sur l’état des opinions, et nous enfonçant dans l’ornière de l’information à sens unique, signature de toutes les guerres.

Diabolisation de l’ennemi et simplifications de l’histoire

La guerre est donc la pire des choses, l’horreur absolue, la négation de la civilisation. Certes, mais est-elle évitable, et comment démonter les arguments de propagande qui la présentent comme un avenir inéluctable, sans possibilité aucune de réformer nos relations avec l’est du continent ?

Il n’est possible de commettre les horreurs de la guerre que si l’on s’est préalablement convaincu que l’on combattait le démon. Il faut donc inventer ou construire, faire croire à l’existence du démon.

Dans ce cas précis, tout commence par une ostracisation de la Russie sous couvert de poutinophobie, et l’on voit se mettre en place la diabolisation d’un ennemi la plupart du temps réduit à une personnalité, plus tangible, plus aisément détestable. Cela a pour effet – sinon pour but – d’introduire l’affect dans une problématique géopolitique, et d’esquiver ainsi les analyses politiques. La méthode a fait ses preuves [24].

Certes, la Russie est l’agresseur, et a transgressé le droit international [25]. Certes, des éléments de l’armée russe ont franchi la frontière ukrainienne en février 2023.

Mais aucune guerre ne surgit brusquement du néant, toute guerre s’inscrit dans une longue histoire à rebondissement, ou chaque offensive s’appuie sur des ressentiments savamment exploités par ceux qui ont intérêt au conflit. Et la rhétorique guerrière est passée maîtresse dans l’art de choisir le point de départ d’un affrontement, et de le choisir de manière à disqualifier d’emblée l’adversaire.

Nous savons pertinemment que le 24 février 2022 n’est pas le commencement de l’histoire. Nous savons pertinemment que le drame couvait au sein de la guerre du Donbass, et fut abordé en particulier lors des accords de Minsk [26]. Les puissances européennes et singulièrement la France et l’Allemagne traitèrent ces accords sans grande conviction, et la question de l’adhésion à l’OTAN ne fut pas considérée comme fondamentale.

Il semble donc indispensable de rappeler que les conflits naissent très rarement sur un terrain vierge.

Ainsi l’histoire dominante raconte-t-elle que de traîtres japonais attaquèrent la plus paisible des nations sans que rien ne le justifie. Cette tromperie, qui fut en décembre 1941 d’une redoutable efficacité est restée ancrée dans bien des mémoires, témoignant de la grandeur d’âme US face à la duplicité de son adversaire.
Or ce demi-mensonge glisse sous le tapis l’embargo complet décrété dès l’été 1941 par Washington sur le pétrole et l’acier, ainsi que le gel des avoirs japonais sur le sol américain. Autrement dit l’étouffement économique du pays et l’exigence de sa capitulation aux condition des intérêts US [27].

La menace à l’est et l’hypertrophie de l’armement


S’agissant maintenant du « risque » représenté par la Russie – pour reprendre les mots employés par le CEMA – souvenons-nous que la génération d’après la capitulation de l’Allemagne fut bercée, dès les années 50, du danger représenté par l’URSS. Hors même de la période du Maccarthysme, le communisme était alors largement perçu comme le « mal absolu » [28].

Si les États-Unis pensaient en 1945 disposer de l’arme de dissuasion totale, ils durent rapidement déchanter lors de la première expérience nucléaire soviétique [29]. Leur obsession fut dès lors de conserver toujours une longueur d’avance. Cette obsession se traduisit rapidement par un développement de l’armement, lequel conduisit rapidement à une hypertrophie de ce secteur industriel.
Cette démesure – et le lobbying forcené qui s’ensuivit – alla de pair avec une dénonciation obstinée et en largement fantasmée de la « menace à l’Est ». A tel point que le président Eisenhower lui-même, peu soupçonnable de sympathie pour le régime communiste, crut bon de mettre en garde le peuple américain contre le risque – pour le coup réel – de l’influence du « Lobby militaro-industriel » (17 janvier 1961) [30].
Cette « menace soviétique » ne se concrétisa jamais autrement que par une mainmise jalouse sur le « glacis » constitué par les pays restés dans l’orbite soviétique aux termes des conférences de Moscou et de Yalta, et de leur occupation par l’armée rouge. Et aucun des innombrables chars soviétiques imaginés par la propagande ne menaça jamais le « rideau de fer ».

L’effondrement du bloc communiste, de l’URSS elle-même, puis la disparition de facto du Pacte de Varsovie semblait donc pouvoir clore cette ère de méfiance. Mais tel ne fut pas le cas, ce qui suggère au minimum que la menace communiste n’était pas la véritable raison de cette défiance, mais bien plutôt un alibi facile.

Le concept de « menace russe » vient donc de loin, et n’a pas attendu l’invasion de l’Ukraine [31].
Et du reste, la mise en avant d’un contexte conflictuel et angoissant peuplé d’ennemis irréductibles et pervers s’étend insidieusement à la Chine, à l’Iran, et plus récemment à l’Algérie toute proche.

Une obsession dans un entourage peuplé d’ennemis irréductibles

Pour ce qui est de la France, on peut ajouter que la volonté d’un « réarmement moral » apparaît depuis de nombreuses années dans des sphères proches des pouvoirs politiques et de l’armée elle-même [32].

Enfin, il semble juste de dire dans le contexte de tension qui se développe, qu’en effet la Russie ne nous a pas attaqués, et ne nous a pas non plus déclaré la guerre. C’est bien l’Europe, sous la houlette de Mme Van der Leyen – outrepassant éventuellement ses compétences – , et singulièrement la France de M. Macron, qui ont décidé que l’attaque contre l’Ukraine nous concernait et nous menaçait à terme, alors qu’aucune alliance militaire ne nous liait à ce pays.

Par ailleurs, n’étant pas à une contradiction près, éditorialistes et « analystes » n’hésitent pas à nous avertir de l’invasion imminente de l’Europe tout en moquant l’inefficacité de l’organisation russe, et cela alors même que l’armée russe piétine devant l’armée Ukrainienne depuis bientôt 3 ans, sans démontrer une supériorité flagrante.

Et il semble alors évident que la promesse faite à l’Ukraine – et sans cesse réitérée – d’un soutien financier et matériel indéfectible, les mesures de rétorsion, et les nombreux mensonges (Voir note 14) et imprécations proférées contre la Russie, son régime et ses dirigeants, permettent de comprendre pourquoi ce pays devient progressivement et inévitablement notre ennemi.
Les déclarations de MM. Mandon et Macron sont autant de pas dans ce sens.

Petite genèse de la marginalisation de la Russie

Or il semble bien que la relégation de la Russie soit beaucoup plus profonde que les alibis agités à nos yeux, de l’idéologie néfaste du communisme à la personnalité dangereuse de M. Poutine.

En effet, rien n’a été fait depuis la fin de la seconde guerre mondiale pour rapprocher les deux parties de l’Europe, et tout au contraire a été fait pour dresser une barrière culturelle en grande partie fictive. Tandis que les populations de l’Europe occidentale étaient biberonnées au plan Marshall, au cinéma américain, à la folk-music, et que l’« anglais » envahissait notre langue, alors que dès l’enfance jeans, chewing-gum et westerns berçaient notre quotidien, bien peu de d’images et de sons nous parvenaient de l’est du continent… et ces aperçus étaient généralement négatifs et méprisants, pendant comme après l’épisode communiste.

La manière dont la Russie a été obstinément gommée des commémorations de la victoire contre le nazisme est à cet égard très significative, alors que l’effort déterminant revenait bel et bien à l’Armée Rouge, et que les pays de l’est avaient été les principales victimes [33]

Tout se passa comme si l’Europe occidentale, sidérée de l’autodestruction dont elle s’était rendue coupable et de son incapacité à y résister, restait fascinée par l’Amérique, et inapte à prendre en mains son destin s’en remettait aux fantasmes dominateurs des USA. Ses élites, percluses de culpabilité devant leur défaite, devant leur soumission au nazisme, ne pouvaient alors qu’emboîter le pas à la vision atlantiste.
Et aucune nation, même après la chute de « l’Empire soviétique » ne sut ensuite sortir de la vision négative et méfiante vis à vis de la désormais Russie [34].
L’on peut ajouter pour conclure que le cataclysme des deux guerres mondiales a amené l’Europe à tenter de mettre fin à ses ardeurs suicidaires en s’efforçant de réconcilier des ennemis mortels avérés – Allemagne et France en particulier. Mais que pas le moindre effort n’a été fait, depuis l’effondrement du communisme qui nous avait été présenté comme le nouvel ennemi irrémédiable, pour construire un équilibre pacifique sur tout le continent.

Le prétexte majeur : la Démocratie

Reste enfin l’argument de fond, ressassé depuis l’origine du conflit ouvert : c’est à la défense de « Nos Valeurs » que nous devons être prêts à sacrifier nos enfants, et en tout premier lieu à la défense de La Démocratie, qui serait notre apanage et le garant de la primauté de notre civilisation.

Or l’ensemble des événements de la fin de de la Seconde Guerre, ainsi que les nombreux conflits qui ont émaillé l’après guerre, nous démontrent qu’une démocratie est parfaitement capable du pire dès que la guerre est enclenchée.

Il est inutile de revenir sur les innombrables horreurs qui lui sont dues, de Tokyo et Hiroshima jusqu’à la destruction de Gaza, en passant par la guerre d’Algérie, la crucifixion du Vietnam, du Cambodge, de l’Irak et de la Libye, et des nombreux conflits actuellement en cours.

Certains épisodes, comme celui du déclenchement de la guerre contre l’Irak par l’administration de G.W. Bush sont resté ancrés dans les esprits comme des monuments de cynisme.

Inutile de rappeler que ces faits ont tous été commis au nom de la liberté, de la démocratie, et de la civilisation …

On peine alors à croire que nos dirigeants soient si fortement attachés aux valeurs de la démocratie.


Il faudrait donc balayer d’emblée l’argument de la défense de la « démocratie », qui est lui-même foulé aux pieds dès le premier pas vers la guerre.

Cette simple affirmation ne résiste d’ailleurs pas une seconde lorsqu’on observe la manière dont sont conduits ces pas.
En France même, les premières allusions à la situation en Ukraine ont conduit le président à énoncer en public, face caméra bien entendu, des formules où domine le « Je », guère compatible avec la démocratie parlementaire.

Car même en V° République, une déclaration de guerre n’est constitutionnellement pas de la responsabilité unique et personnelle du président [35].
Il et ainsi parfaitement emblématique que toutes les déclarations guerrières dont nous parlons soient faites au mépris du gouvernement en place, au mépris de l’Assemblée élue, sans parler du mépris du peuple lui-même.

En effet s’il est un sujet majeur dans la vie d’une nation, s’il est un sujet qui concerne tous les citoyens, et principalement ceux qui ont des enfants et qu’on invite à accepter de les perdre, il est parfaitement évident que jamais au grand jamais ce sujet ne sera soumis au peuple d’une manière ou d’une autre.

Ce sujet, qui plus est, n’a fait l’objet d’aucun programme politique, ni celui de l’élection présidentielle, ni celui de l’élection législative.

En conséquence seule une nouvelle interrogation du peuple dans cette circonstance pourrait se prétendre démocratique.

Une nation dans laquelle la décision de faire la guerre ou de ne pas la faire repose entre les mains d’un individu sans expérience, sans histoire, sans descendance, conduit par un ego d’une hypertrophie ridicule et dangereuse… est tout simplement un déni absolu de démocratie.

C’est donc une totale mystification que cette décision soit prise au nom de la défense de nos valeurs démocratiques.

Pour couronner le tout, la dérive inégalitaire sous ce régime politique, conduit à concentrer entre des mains privées un pouvoir politique et médiatique important.
Un clou de plus au cercueil de la Démocratie.

Sur un plan plus terre-à-terre, il est clair que dès le déclenchement d’une guerre la démocratie n’est plus qu’un mot. Les exigences opérationnelles priment d’emblée sur toute autre considération et toute opposition devient défaitisme et traîtrise. L’information doit être contrôlée et censurée.

Dès le début des hostilités, dès l’envoi des premiers « enfants » sur un front, tout discours pacifiste, tout discours sur la vérité des faits serait escamoté, toute image déplaisante considérée comme défaitiste, tout discours d’opposition condamné comme une trahison au profit de l’ennemi.

Enfin, l’on sait que des hommes et des femmes avides de pouvoir ont existé à toutes les époques, et ne disparaissent pas avec la démocratie. Et « il faut dire les mots » comme le suggérait notre CEMA, celle-ci n’intéresse ces ambitieux que dans la mesure où elle leur permet d’accéder au pouvoir.
Leur seule préoccupation ultérieure est alors de le préserver. Toute occasion leur est bonne, et la guerre en est une excellente depuis toujours.

Plus loin de nous, l’exemple en est donné par la séquence tristement caricaturale de l’impensable lettre de Netanyahu au président israélien, demandant sa grâce au motif de « l’Union nationale » !

Les raisons de fond

La « nature humaine »

« La guerre est dans la nature de l’Homme ! »
Voilà bien une manière de « naturaliser » la guerre, et de couper court à tout raisonnement et à toute considération politique.

Or si une certaine agressivité est sans doute inhérente à notre espèce, il n’est pas vrai que la guerre est dans la nature de l’homme en tant qu’individu [36]. Aucun individu informé et sain d’esprit ne peut l’envisager sereinement [37].

La guerre n’est au fond que le produit des formes d’organisation sociale des groupes humains et des relations entre ces groupes, et l’un des buts que s’est donnée la civilisation est précisément d’éviter l’autodestruction – autant que faire se peut, et de tenter de contenir cette agressivité en la ramenant à des formes symboliques.

Dans les sociétés actuelles, c’est au niveau diplomatique, et donc localement au niveau politique, que peuvent être domptés les instincts belliqueux, de même que c’est au niveau politique qu’ils peuvent être ravivés, mis en scène, exacerbés. L’histoire nous l’apprend, nous le percevons tous.
Cette question majeure agite la philosophie depuis que l’histoire existe, et il peut sembler à tout esprit sain que le « progrès » devrait tout d’abord s’attacher à éviter les conflits majeurs, bien davantage qu’à améliorer la productivité, les profits, ou à promouvoir l’IA [38].

C’est donc une question fort ancienne, mais dont l’actualité et l’urgence ne font que croître avec le pouvoir de destruction dont nous dote l’innovation militaire. Nous savons tous in petto qu’un seuil impensable fut franchi à Hiroshima, celui qui fit dire à l’un des pilotes de l’US Air Force : « God, what have we done ! » Et les guerres en cours ne démentent pas cet effet du « progrès ».

Cette menace existentielle, nous le savons aujourd’hui, est décuplée par l’augmentation de la rapidité des armements stratégiques et tactiques, qui rend indispensable l’automatisation des ripostes… voire des anticipations. De plus, quiconque s’est heurté à l’aveuglement de la machinerie informatique, à ses inévitables erreurs de fonctionnement… et aux possibilités de piratage de ses algorithmes, ne peut que trembler devant l’absurdité croissante de la situation.

Fi donc des explications naturalistes, et vive la civilisation, la diplomatie, et le droit international, seul espoir de coexistence entre nations.

Désordre du Monde et profiteurs de guerre en tous genres

Mais, hélas, il existe des forces et des intérêts qui œuvrent à jouer avec le feu et à rendre les populations résignées à cette fatalité inéluctable. Ces manœuvres peuvent certes provenir d’agresseurs patentés déjà dans le collimateur, mais elles peuvent également provenir du camp du bien, qui prétend percevoir une menace, qui se prétend pacifique et entend nous défendre en anticipant l’attaque. Les exemples fourmillent dans notre passé récent, et hélas dans notre présent comme chacun le sait.

Or il n’échappe à personne que les tensions se multiplient à une vitesse croissante.
Des conflits éclatent en d’innombrables régions, d’autres semblent en germe, et nous pressentons tous que cela ne peut être le fait du hasard.

Que se produit-il donc dans le monde qui puisse ainsi semer la discorde ?

Le désordre global qui sème la guerre depuis le Vénézuéla jusqu’au Soudan, en passant par le Congo et le Moyen-Orient, peut difficilement être imputé à la seule Russie de Poutine, même si une certaine rhétorique s’y emploie. Comme elle s’emploie aussi à diaboliser la Chine ou l’Iran [39].

La marche à la guerre qui nous est prônée au cœur de l’Europe n’est sans doute pas non plus uniquement due à la Russie ; il s’agit plutôt comme on l’a vu d’une menace construite, relayée par les média, souvent étayée par des indices peu probants, voire par des mensonges flagrants. Elle tient probablement bien davantage à cette conjonction trouble où se rencontrent de très nombreux et puissants intérêts privés, et au dérèglement d’un ordre international qui s’appuyait sur une domination monopolistique globale et tyrannique. Cet ordre perçu comme inique par un nombre grandissant de pays est désormais bousculé par l’ascension de la Chine, de l’Inde, des Brics, et par la perte d’influence de l’Europe et des USA.

A une longue période de domination par un occident en possession des savoirs scientifiques et industriels, disposant d’accès privilégiés aux ressources de la planète via les tentacules du néocolonialisme, d’un système bancaire et monétaire omnipotents et d’un surarmement indépassable, fait place une remise en question de ce partage inique des ressources, des aptitudes techniques et des moyens de pression pour préserver ces privilèges [40].

On comprend bien que la maîtrise stratégique [41] des ressources minérales, des voies maritimes, des technologies et des systèmes bancaires constitue le réel enjeu, avec en dernier ressort la supériorité des armes, de quelque type qu’elles soient. Vieille histoire, ravivée ces jours-ci par l’attaque du Vénézuéla.

Il est crucial de constater que loin d’être essentiellement matérielle, cette régression est également morale, les puissances occidentales n’hésitant pas à fouler aux pieds les valeurs dont elles se prévalaient lors de leur toute-puissance. Allant même depuis peu jusqu’à la disqualification des instances internationales qu’elles avaient elles-mêmes mises en place, et dont elles imposaient les décisions – manu militari si nécessaire – lorsqu’elles en étaient les principales forces d’influence.

Crucial car ce « double langage », très mal perçu dans tout le reste du Monde, mine également la confiance au sein même des pays donnés en exemple de la démocratie libérale.

Alors, quelles raisons exactes peuvent pousser certains dirigeants européens, certains cadres dirigeants de la Commission européenne, à prétendre entreprendre une guerre dont les buts ne sont pas explicités, et qui est au dessus de leurs moyens, ou mortifère ?
Quels intérêts pratiques et non pas moraux ou idéologiques, peuvent donc motiver les classes dirigeantes élues, ou les lobbies sous-jacents dont les intérêts sont purement trébuchants (vente d’armes, ressources de l’Ukraine, hypothétique main d’œuvre ukrainienne, …) ?

On peut penser bien entendu aux profits de l’armement. Cela peut sembler trivial et anecdotique, mais les chiffres donnent le vertige, et l’on imagine que ce vertige saisit aussi les industriels du secteur lorsqu’ils découvrent le nombre de zéros que l’Union européenne, sous la houlette de Mme Van Der Leyen, se déclare prête à trouver au fond des tiroirs qui naguère étaient réputés vides.
L’on sait pertinemment que pour la France en particulier, ce secteur industriel reste un fleuron [42].

Là ne peut pas être la seule raison majeure du bellicisme… cependant on ne doit pas balayer d’un revers de main le rôle déterminant des marchands d’armes dans les belles guerres mondiales...

Les magazines spécialisés se font d’ailleurs volontiers l’écho de l’embellie de ce marché – pour s’en réjouir souvent – mais jamais ne hasardent l’hypothèse que le complexe militaro-industriel que dénonçait Eisenhower a toutes raisons de pousser de toutes ses forces dans le sens d’une pérennisation voire d’une amplification des guerres en cours.

Et le reste

Mais les raisons de fond comprennent très certainement d’autres lignes de force.

Il se trouve en effet que la mise en coupe réglée de la planète qui prévalait jusqu’alors assura une légitimité durable aux classes dirigeantes et aux classes possédantes, via l’augmentation du niveau de vie des populations.
Car, grâce à ces richesses prélevées dans les contrées conquises [43], les classes privilégiées purent s’approprier la « part du lion », tout en laissant des reliefs suffisants pour apaiser les électeurs.
Or voici que la remise en cause à l’échelle planétaire du partage des fruits de la croissance, met en cause par ricochet les équilibres internes à chaque pays avancé. Les classes possédantes n’entendant pas, comme on le sait, renoncer à leurs prébendes, ne trouvent d’autre issue que de contraindre les classes moyennes et prolétaires, de réduire les services publics, de privatiser les biens communs, de délocaliser leurs investissement rendus possibles par leurs profits.

On assiste donc à un discrédit des pouvoirs « démocratiques » sur fond d’appauvrissement des classes défavorisées et des classes moyennes, de corruption, d’incapacité à lutter contre le banditisme organisé, tout cela aggravé par le « séparatisme » éhonté des favorisés.
Voici donc, dans chaque pays « avancé » les équilibres internes détruits, avec les effets politiques bien connus de tous.

Car la réaction des pouvoirs en place pour contrôler « l’ordre public » et préserver leur ascendant, consiste bien entendu à renforcer les moyens policiers, à durcir les cadres juridiques, et in fine à se tourner vers la guerre, ciment coercitif des sociétés malades [44].
Le cas du « trumpisme » est emblématique de cette situation, où le pouvoir finit par échoir entre des mains hasardeuses et réactionnaires, où la stabilité sociale du pays semble en grand danger, et qui rend l’agression armée omniprésente.

Il illustre également le rapport entre problématiques économiques et stratégiques d’un côté, et émergence de la guerre comme solution, comme le démontre l’appétit insatiable qui convoite désormais aussi bien le Groenland que le Vénézuéla, dans l’intention de – feindre de – préserver l’ « American way of life ».

Et ce qui est ostensible outre-Atlantique devient perceptible en Europe.
Le populisme de droite, adepte des solutions rapides, simplistes et contraires aux valeurs fondatrices de la « démocratie occidentale » fleurit alors à toute latitude et longitude.

Et puis… on ne peut pas exclure, hélas, la passion des hommes ambitieux pour la guerre, achèvement de leur soif de pouvoir. Elle est connue de César à Georges Bush, en passant par Louis le Grand, Napoléon, Bismarck et tant d’autres…

On ne peut exclure non plus que la culpabilité rentrée des sphères dirigeantes, porteuses des lourds héritages de la cécité diplomatique, de l’incompétence militaire, de la propension éternelle à la collaboration, joue également un rôle. Les élites politiques et militaires françaises étant probablement interloquées par la seconde guerre mondiale, qui vit leurs prédécesseurs collaborer avec l’ennemi jusqu’à l’ignoble, foulant aux pieds tous leurs devoirs.

Ajoutons à cela l’absence de grands penseurs apaisés et de forces de paix organisées et actives, la complicité d’une sphère médiatique avide d’événements percutants, majoritairement dépendante d’intérêts privés et d’un effarant conformisme… et la mise en place d’un discours belliqueux sans distanciation est assurée.

Gardons-nous de ce discours hasardeux et de ses conséquences désastreuses.

Conclusion

Le Président, emboîtant le pas martial de son CEMA, a donc pris l’initiative de déplacer vers l’acceptation de la guerre la « fenêtre d’Overton » de ce qui est dicible au sein de la société française.
Si les mots employés ont été largement commentés par la presse toujours avide de formules spectaculaires, fort peu de voix se sont élevées pour souligner le danger de ces mots, pour contester l’analyse et son contexte, et moins encore pour remettre en mémoire ce que signifie exactement « faire la guerre » , dont les générations actuelles n’ont que peu idée, et qui se nomme dévastations, massacres, hémorragie de dépenses destructrices, régression de la civilisation. Oui, « Il faut dire les mots ».

Or les axiomes du discours de MM Mandon et Macron sont largement contestables, les parallèles historiques parfaitement simplistes, et les mots « de vérité » elliptiques.

La volonté de reprise en mains de l’opinion – et de sa jeunesse en particulier, la tentation d’appeler à une « Union nationale » autour d’un pouvoir en grande difficulté sont en revanche parfaitement perceptibles.

De plus, bon nombres d’intérêt trébuchants jamais évoqués peuvent également être soupçonnés.

Alors il semble bien que, comme ce fut souvent de cas dans l’histoire, les classes dirigeantes perçoivent soudain, dans le désordre croissant du monde, qu’une « Bonne guerre » pourrait leur être profitable, et remettre au pas les dissensions multiples.

Les paroles belliqueuses ne s’accompagnent d’aucun but de guerre précis, d’un silence total sur les escalades envisageables. La possibilité d’une catastrophe se met lentement en marche.

Cela s’appelle la marche à la guerre.

Et la machine infernale une fois en route, la propagande se met de la partie ; alibis, prétextes, mensonges si nécessaire s’accumulent.
Les mots prononcés par les détenteurs du pouvoir, dangereux mouvements de menton, paroles maladroites, inconséquentes, rendent chaque jour plus difficile une issue non guerrière.

Il faut alors, il faudrait alors, de Grandes Voix, de grands mouvements d’opinion, une lucidité soudaine des moyens d’information principaux pour contrecarrer la résignation, pour conjurer le danger.

Or une évidence fait son chemin dans les esprits : c’est bien un dérèglement général des relations internationales qui conduit à ce périlleux chemin. Les récents événements qui font la Une des journaux, des éditoriaux et envahissent la toile sont une confirmation de cette hypothèse.

Combien d’efforts ont été faits pour réduire les écarts entre nations ? Pour aplanir les contentieux ?
Pourquoi donc ce que nous avons su faire au niveau des nations en construisant des structures publiques de santé, d’éducation de transports, d’énergie, en tentant d’égaliser les écarts de richesses, de faire disparaître la pauvreté, d’approcher l’égalité inscrite dans les droits de l’homme, pourquoi tout cela n’a-t-il pas été entrepris à un niveau supérieur ?

Le Monde est donc au carrefour d’un dilemme existentiel : prendre le risque d’affrontements guerriers dont on sait les débordements possibles, ou accepter enfin de considérer que la vision impériale, exigeant la domination d’une partie du Monde au profit de la partie la plus armée, préfigure un cataclysme inédit, porteur de conséquences eschatologiques….

Gérard COLLET

[1’De toute façon, dans l’année qui vient, je vais devoir envoyer des mecs à Odessa’, aurait-il glissé en « off » (hors micro) à l’Élysée, le 21 février 2024.
Les journalistes du Monde rapportent que le président aurait lâché cette phrase d’un ton détaché, résigné. 

[2Récapitulatif de l’usage du mot par Emmanuel Macron.
26/09/2017 : « perdre nos débats dans une guerre civile européenne ».
16/03/2020 : « nous sommes en guerre ! En guerre sanitaire, certes... »

25/03/2020 : « lorsqu’on engage une guerre, on s’y engage tout entier »
24/06/2024, au sujet des oppositions politiques « extrêmes » : « Le pays explose ou c’est la guerre civile »
20/02/2025 : « je vais vous dire, on est en guerre quelque part... »

Juillet 2025 : une allusion transparente qui préfigure le discours de Mandon : « accepter de payer le prix de notre liberté »
12/11/2025 : « La guerre d’aujourd’hui se joue dans l’espace, et la guerre de demain commencera dans l’espace... »

[3Alors même que tous les fondements du patriotisme ont été détruits par le libéralisme capitaliste qu’incarne Macron : Frontières, industrie stratégique, fuite des milliardaires, capitaux délocalisés, retour au sein de l’OTAN…

[4Voir l’interview de F. Encel, note 4.

[5Frederic Encel chez Apolline de Malherbe sur BFM :
https://youtu.be/wCZivYMKM0E?si=O1HMvahpG3BAgBbL

[6L’attaque déclenchée par l’armée des Etats Unis sur le Venezuela en est la dernière illustration flagrante.

[7Il y a là un refoulé évident : puisque c’est ce que nous avons fait dans les siècles précédents, il est clair que d’autres ne pensent qu’à le faire à leur tour. Il n’existe pas d’autres moyens de côtoyer ses voisins.

[8L’Opinion note par exemple au sujet des réactions du RN : le RN esquive et cible l’« ennemi intérieur ».
Voir : https://www.lopinion.fr/politique/polemique-sur-les-propos-du-general-mandon-le-rn-esquive-et-cible-l-ennemi-interieur

[9L’ancienne ministre Ségolène Royal s’est aussi vivement opposée à la déclaration de Fabien Mandon. « Non monsieur le Chef d’État-major des armées, la France n’acceptera pas de perdre ses enfants au profit d’un pouvoir en dérive qui, comme l’écrivait Machiavel est tenté de “déclencher une guerre pour éviter des troubles intérieurs, et qui finit toujours par accélérer sa propre perte” ../.. le rôle de la France, membre du Conseil de Sécurité de l’Onu, c’est d’agir pour la Paix en Ukraine en obtenant une force internationale de stabilisation »

[10Victor Hugo, parlant de la guerre en Vendée dans « Quatre-vingt Treize », fait dire au général commandant l’insurrection vendéenne : ’La bonté d’une guerre se juge à la quantité de mal qu’elle fait’...

[11Selon les sources, 10 à 15 % des « enfants perdus à la guerre » auraient été atteints par des tirs amis.
Voir : https://www.lefigaro.fr/international/2010/08/25/01003-20100825ARTFIG00598-le-fleau-des-tirs-amis-frappe-les-soldats-francais.php

[12Cela est bien mieux dit par Alexis Jenni dans son ouvrage « L’art français de la guerre », prix Goncourt 2011.

[13Le site « Lecolonel » explique cyniquement et clairement ce qui doit plutôt être caché !
Voir : https://lecolonel.net/2025/11/19/analyse-sur-les-propos-du-general-fabien-mandon-cema-une-triple-faute-strategique-politique-et-institutionnelle/

[14Car l’admirable courage de certains combattants ne peut être loué à l’aune seule de ce courage, sans jamais demander : pourquoi faire, dans quel but, pour quel résultat, et sous quelle contrainte ?

[15La décivilisation jusqu’à pervertir toutes les fois religieuses, en associant nos dieux à nos errements et en tentant de faire croire qu’ils sont de notre côté.

[16On peut par exemple lire le discours à l’assemblée de M. de Lamartine au sujet de la guerre d’Algérie, Séance du 10 juin 1846 : https://hoggar.org/2013/08/02/discours-dalphonse-de-lamartine-sur-lalgerie-a-lassemblee-nationale/

[18Le cas caricatural historique en est fourni par le basculement de la presse française du patriotisme au pétainisme, puis du pétainisme au gaullisme, au travers des péripéties de la seconde guerre mondiale.

[19Son fameux slogan sur les valeurs fondamentales du redressement de la France est resté célèbre.

« L’ État français fait un usage politique du familial contre la République, ses héritages et ses principes, mais aussi, dans le contexte de la défaite, contre les femmes accusées d’avoir oublié leur « rôle naturel » de procréatrices nationales, de mères et d’épouses. » Voir : https://books.openedition.org/pur/121296?lang=fr
Ph. Pétain fut d’ailleurs admis à l’Académie des sciences morales et politiques.
Voir : https://books.openedition.org/pur/121296?lang=fr
Voir aussi : https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9armement_moral

[20L’Allemagne nazie elle-même, lorsqu’elle envahit la Pologne, prétendit répondre à l’attaque de soldats polonais contre une station de radio… (https://www.radiofrance.fr/franceinfo/podcasts/les-infox-de-l-histoire/gleiwitz-31-aout-1939-l-infox-qui-a-declenche-la-seconde-guerre-mondiale-4229490)

[21Voir note 24. On peut également mentionner le point de vue de M. Attali : « on rêve donc d’entendre dire que nous sommes en guerre économique ». Voir : https://www.attali.com/geopolitique/la-crise-economique-est-une-guerre-comme-les-autres/
Rappelé ici : https://www.legrandsoir.info/vivement-la-grande-guerre-economique.html

[22« Quand, en septembre 2022, on découvre un sabotage des gazoducs Nord Stream sous la mer Baltique, les médias accusent la Russie comme un seul homme, nonobstant les incohérences de la thèse. »
Voir : https://www.marianne.net/societe/medias/recit-mediatique-le-faux-mystere-du-sabotage-des-gazoducs-nord-stream

[23Le 1° mars 2022, Thierry Breton suivant Ursula Van der Leyen prône une exclusion totale et inédite sur l’ensemble des supports (télévision, le satellite, le streaming, les applications, l’IPTV et les fournisseurs d’accès à Internet.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Interdiction_des_m%C3%A9dias_russes_RT_et_Sputnik_par_les_autorit%C3%A9s_europ%C3%A9ennes

[24Les successifs gouvernements israéliens ont par exemple feint de penser que la disparition du diabolique Yasser Arafat mettrait fin à la résistance palestinienne. Ce slogan imbécile et pervers devint un credo de la population israélienne avec l’efficacité que l’on connaît.

[25Mais il est totalement paradoxal de mettre en avant ce trait juridique – incontestable – alors même que des puissances se prévalant de principes démocratiques telles que les USA ou l’état d’Israël bénéficient d’un silence complice voire d’un assentiment lorsqu’elles portent la guerre dans les pays voisins. Le paroxysme étant atteint lorsque le président des États Unis s’enorgueillit de faire enlever le président du Vénézuéla après avoir bombardé » Caracas…

[26Le format « Normandie » est le cadre d’un dialogue diplomatique de fond sur les questions liées au Donbass entre les chefs d’État des quatre pays – Angela Merkel, Emmanuel Macron, Petro Porochenko et Vladimir Poutine – ou entre leurs ministres des Affaires étrangères – Sigmar Gabriel, Jean-Yves Le Drian, Pavlo Klimkin, Sergueï Lavrov. Les décisions adoptées dans le format Normandie sont ensuite examinées et approuvées au sein du Groupe de contact trilatéral.

[27Pour une description plus large du contexte, voir : https://www.lhistoire.fr/pearl-harbor-la-responsabilit%C3%A9-am%C3%A9ricaine

[28Pour un résumé des relations USA – URSS :
USA et URSS, Gurian, Waldemar, dans : Politique étrangère
https://www.persee.fr/doc/polit_0032-342x_1949_num_14_5_2790

Gurian Waldemar : politologue, professeur de sciences politiques à l’Université Notre-Dame (Indiana). Fondateur de la revue ’The Review of Politics’ (Source IdRef)

[29Le 29 août 1944.

[30« Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu’elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d’une désastreuse ascension d’un pouvoir illégitime existe et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques. Nous ne devrions jamais rien prendre pour argent comptant. »

https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMDictionnaire/1846

[31L’histoire récente des relations avec la Russie, nous rappelle les faits suivants : envahie par Napoléon, écrasée par les Allemands en 191616, envahie par Hitler en 1941. On doit aussi rappeler que l’OTAN, alliance militaire conçue contre l’URSS, constitue une menace bien réelle auquel aucun pacte de défense adverse ne s’oppose plus.

[32Voir le cas de J. Attali en note 12, et le cas de L’École de guerre économique, créée en octobre 1997 par Jean Pichot-Duclos, général et ancien directeur de l’école interarmées du renseignement reconverti auprès de la société-parapluie du Ministère de la Défense, Défense conseil international, où il a créé la branche d’intelligence économique.
https://portail-ie.fr/analysis/4017/management-de-lopinion-publique-pour-la-haute-intensite

[33On se souvient que l’invitation de la Russie aux commémorations a toujours posé problème…
« Débarquement : l’absence de la Russie aux commémorations scelle son statut de paria »
Voir : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2078283/debarquement-normandie-russie-commemorations-france

[34« Du XIXe siècle à nos jours, les préoccupations sécuritaires de la Russie ont été perçues non comme des intérêts légitimes à négocier dans le cadre d’un ordre européen plus large, mais comme des transgressions morales à combattre, contenir ou ignorer. Ce schéma s’est perpétué sous des régimes russes radicalement différents – tsariste, soviétique et post-soviétique – suggérant que le problème ne réside pas principalement dans l’idéologie russe, mais dans le refus persistant de l’Europe de reconnaître la Russie comme un acteur de sécurité légitime et égal. »
Jeffrey Sachs : Voir https://www.cirsd.org/en/news/european-russophobia-and-europes-rejection-of-peace-a-two-century-failure

[35L’alinéa 1 de l’article 35 de la Constitution dispose que ’La déclaration de guerre est autorisée par le Parlement’. Cette disposition, qui n’a jamais donné lieu à application, ne doit pas masquer le rôle essentiel du Président en matière de défense, qui est une des marques de la Constitution de la Ve République.
Cependant les « OPEX » semblent de son ressort… Or ces Opex font en elles-mêmes partie de « l’engrenage » susceptible de conduire à la guerre, comme on peut l’imaginer dans le cas de l’Ukraine.

[36Nos ancêtres proches, chimpanzés et macaques sont eux-mêmes capables d’agressivité impressionnante, mais ils ont su mettre en place des comportements d’apaisement, et ne frôlent jamais l’autodestruction.

[37Mais ce n’est souvent qu’a posteriori que nous sommes capables de le comprendre. Lorsque les dégâts sont lointains et ne nous concernent pas directement, nous sommes soudain capables d’en mesurer l’ineptie.

[38Voir Hobbes et le pouvoir radical, Locke et sa relativisation ; pour les deux, la Paix comme objectif.

[40Privilèges que l’occident fit trop longtemps semblant de croire un apanage civilisationnel indépassable.

[41Cf : L’Impérialisme selon Lénine, mail à moi-même du 21 décembre.

[42Selon le site Vie Publique : « Le bilan de l’année 2024 des prises de commande s’élève à 21,6 milliards d’euros. La France se positionne au rang de deuxième nation exportatrice mondiale, la France ayant presque triplé ses exportations majeures vers d’autres États européens entre 2015-2019 et 2020-2024.

[43L’exploitation dite « néocoloniale » étant la version moderne du pillage colonial.

[44La redécouverte du Service National par Macron en est une belle illustration.


COMMENTAIRES  

09/01/2026 09:35 par diogène

Anatole France avait déjà bien résumé :

« On croit mourir pour la patrie
on meurt pour des industriels »

L’Humanité du 18 juillet 1922 (p. 2-10).

Rien de changé, si ce n’est que l’IA amplifie et accélère la réaction en chaine qui est déclenchée.

09/01/2026 13:06 par robess

gerard .si votre article est salutaire ....votre coup de pied de l ane a la FI est de trop !!! jlm ayant été le premier a reagir très vivement le lendemain dans une déclaration filmée très visible sur les resaux sociaux et sur internet ...votre procés d intention est malvenu et malhonnete !!!

09/01/2026 15:12 par Vincent

"Le chef d’état major, comme l’improvisé chef des armées, M. Macron, ignorent-ils donc le danger des mots qu’ils emploient, l’imprévisibilité explosive et irréversible des pas accomplis vers la guerre ?
N’ont-ils rien retenu d’utile de livres d’histoire que sans doute ils ouvrirent ? La culture tant louée d’E. Macron serait-elle incomplète ?
Si nos dirigeants ignorent cela, ils ne sont pas à leur place. S’ils le savent, ils sont alors coupables d’une manipulation terrifiante et impardonnable de l’opinion. "

Ils savent et sont coupables, il n’y a aucune raison d’en douter ; pas plus qu’il n’y a toutefois de raisons de douter de leur inculture manifeste. Terrifiants et impardonnables sont des adjectifs adéquats pour les qualifier.

"Une nation dans laquelle la décision de faire la guerre ou de ne pas la faire repose entre les mains d’un individu sans expérience, sans histoire, sans descendance, conduit par un ego d’une hypertrophie ridicule et dangereuse… est tout simplement un déni absolu de démocratie."

Certes. Mais quelle démocratie ? Celle qui s’assoit sur les referendum ? Celle qui laisse impunément un seul homme commettre des crimes et proférer des mensonges, exactement comme s’il était un monarque absolu ou un empereur ? Vaste blague en vérité.
Nous serons "citoyens" le jour où, en outre, nous voterons nous mêmes les lois. Nous ne sommes qu’à peine électeurs-consommateurs.
Et encore, l’écrasante majorité se comporte en vérité plutôt comme un troupeau de proies. Ils achètent Coca-Cola, Unilever et Mondelez, et s’abstiennent massivement de voter en laissant toute la place à un Macron (qui, c’est important de le souligner, ne nous conduit vers la guerre que parce qu’il en a reçu l’ordre), comme les agneaux ne comprendront jamais ce qu’est ce camion qui les conduit vers l’abattoir, pas plus qu’ils ne se savent riches de deux délicieux gigots chacun, sans parler des côtelettes.

Au delà des excellentes considérations de ce texte, et en "conspirationniste" qui s’assume, je vois aussi dans la guerre qui vient le moyen de mettre en œuvre un projet globaliste totalitaire, dont on pourra toujours me dire qu’il ne relève que d’un fantasme.
L’empire a besoin à la fois de dépeupler et de changer radicalement les institutions.
La seconde guerre mondiale a conduit à Bretton-Woods, la prochaine conduira à l’avènement de la monnaie numérique.
Celui qui douterait que son corollaire sera le parachèvement du totalitarisme, peut aller re-voter Macron et crier "vive NotrEurope" (parce que c’est notre projeeet), avec enthousiasme.

Le Covid a été un ballon d’essai parfaitement concluant : la peur convainc une très vaste majorité que se soumettre au totalitarisme le plus abject, et même devenir cobaye malgré-soi, relèverait de la plus stricte nécessité.
On sait que les peuples ne s’opposeront pas plus aux mesures exceptionnelles, même très mortifères, qui viendront agrémenter l’état de guerre ; celle-ci peut du coup être "naturellement" mortifère sans que cela ne soit un problème.

Bref tout ceci et tout ce qui vient est non seulement mécanique, mais planifié.
Et si à l’époque on butait un Jaurès, eh bien aujourd’hui on bute des Marleix et des Denécé, et on censure des Baud, en toute impunité et dans le plus grand des calmes.
Et puis quoi ? Qui s’oppose ? Qui s’intercale ? Avec quels moyens ? Avec quelles forces ?

Les paysans Français ne sont pas en train de s’opposer à ce que leurs sillons soient abreuvés de sang : ils réfléchissent surtout en termes de profits. Voilà pour le "bon sens".
La gauche française, elle, ne s’oppose pas vraiment à l’idée d’être réduite à la lâcheté la plus ordinaire pour pouvoir simplement continuer d’exister à la télé et aux yeux d’une opinion publique puérile et dont le QI a littéralement (été) fondu.
Aaah ! mais il reste quand même LFI et les discours de JLM. C’est vrai que ça fait du bien.
Mais ça nous fait une belle jambe ; comme ça fait une belle jambe à Maduro d’être resté fidèle aux principes du chavisme, et comme ça a fait une belle jambe à Jaurès d’être lucide sur la guerre qui venait.
Il n’existe pour l’heure aucun mouvement d’opposition à la guerre, aucune mobilisation. Rien.

L’inertie fera son œuvre, et les futurs livres d’histoire, comme depuis "La Guerre des Gaules" glorifieront encore les criminels victorieux.
Quel gamin en UE - ou dans le monde - grandit en sachant que les E.U n’ont perdu que 186 000 hommes sur le théâtre européen, pendant que les Soviétiques perdaient 27 000 000 de personnes pour vaincre le nazisme ?
Quel futur livre d’histoire, pensez-vous, mentionnera l’échelle des inégalités qui prévalent aujourd’hui, à la veille de la guerre qui précisément en effacera toute mention ?
...

09/01/2026 19:29 par Patrice

Et aucune nation, même après la chute de « l’Empire soviétique » ne sut ensuite sortir de la vision négative et méfiante vis à vis de la désormais Russie [34].
L’on peut ajouter pour conclure que le cataclysme des deux guerres mondiales a amené l’Europe à tenter de mettre fin à ses ardeurs suicidaires en s’efforçant de réconcilier des ennemis mortels avérés – Allemagne et France en particulier. Mais que pas le moindre effort n’a été fait, depuis l’effondrement du communisme qui nous avait été présenté comme le nouvel ennemi irrémédiable, pour construire un équilibre pacifique sur tout le continent.

Et pourtant, l’on pouvait espérer que... vers 2002 de notre erre (sic !)...
Par le plus grand des zazards (mort au ’h’ !)(mais il n’y a pas de hasard), un morceau de journal est tombé d’un vieux livre... Se prenait-il pour le clinamen ? Allez, je vous offre sa numérisation. Lisez tout. 2002 ! C’est marrant. Comme l’infini, l’éternité, et toute cette sorte de choses, la Paix est d’un ennui, mes gefratoj – pardon ! – mes frères et mes sœurs ! Mais d’un ennui ! Mortel ! Et puis, c’est si gai de faire compliqué. Hein ? Pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué ? ★

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