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Auteur : Michel WEBER

Les « Gilets jaunes », la Russie, et le début de la fin (du pétrole)

Michel WEBER
« La pensée bourgeoise dit toujours au Peuple : “Croyez-moi sur parole ; ce que je vous annonce est vrai. Tous les penseurs que je nourris ont travaillé pour vous. Vous n’êtes pas en état de repenser toutes leurs difficultés, de repasser par leurs chemins, mais vous pouvez croire les résultats de ces hommes désintéressés et purs. De ces hommes marqués d’un grand signe, ces hommes qui détiennent à l’écart des hommes du commun pour qui ils travaillent, les secrets de la vérité et de la justice.” (*) » À bien y regarder, point n’est besoin de longues discussions pour baliser un phénomène social dont les enjeux ne sont que trop évidents. Ne suffirait-il pas, en effet, de considérer que la démocratie est le mode de gouvernement du peuple, par le peuple, et pour le peuple, pour jeter un peu de lumière blafarde sur ce qui se trame dans notre souterrain ? Analytiquement, on peut bien sûr reposer les questions qui fâchent. Elles portent sur la nature du début et de la fin, et sur le modus operandi qui est censé mener (...) Lire la suite »

L’impossible militantisme de gauche au XXIe siècle

Michel WEBER
Les militants « de gauche » sont maintenant confrontés à la quasi-impossibilité de faire valoir leur point de vue par quelque action que ce soit [1]. Tout ce qu’ils ont fait, font, ou feront sera, d’une manière ou d’une autre, retenu contre eux. Comment en est-on arrivé là ? Avant de faire l’inventaire des entraves actuelles au militantisme de gauche, un bref rappel historique n’est pas inutile pour comprendre la longue descente aux enfers d’un courant de pensée qui fut pourtant, pendant une centaine d’années, disons de 1844 à 1944 [2], la force vive d’un peuple désormais insoumis. Au moment même où le Programme du Conseil national de la Résistance est adopté dans la clandestinité (le 15 mars 1944), Hayek publie sa Route de la servitude, qu’il a pavée de 1940 à 1943. Son message ? Ce n’est pas parce que le communisme vient, hélas, de remporter une victoire contre le fascisme (et à quel prix !) qu’il faut baisser les bras. Ce n’est pas parce que l’idéal communiste est plus vivace que jamais dans l’imaginaire (...) Lire la suite »
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Pouvoir, sexe et climat

Michel WEBER
« Les meilleurs livres [politiques] sont ceux qui vous disent ce que vous savez déjà. » - (Orwell, 1949) Pourquoi le Trône de fer — dont le titre original est A Song of Ice and Fire — de George Raymond Richard Martin (1948–), et tout particulièrement son adaptation par HBO (« Home Box Office », une chaîne de télévision payante US-américaine), rencontre-t-il un succès quasiment planétaire ? À cause de la créativité de l’auteur, magistralement mise en image par des producteurs richement inspirés ? Parce que la vie « post-moderne » suscite, plus que jamais, un besoin de fantastique, de rêve et de mystère ? Ou plutôt car cette fiction politique agit comme révélateur de la crise que nous traversons ? Une crise dont les ramifications apparaissent totalement imprévisibles, et qui met en évidence les vices de la finance, la vacuité du politique et la factualité du changement climatique. Les meilleurs livres politiques — écrivait en substance Orwell — sont « ceux qui vous disent ce que vous savez déjà [1] ». Il s’agit (...) Lire la suite »

Capitalisme, technoscience et santé mentale

Michel WEBER
Le génocide est bien le rêve des pouvoirs modernes. (Foucault, La Volonté de savoir [1] On suggère le lien existant entre capitalisme, technoscience et manipulation mentale en s’attardant sur l’électrification des « chaînes de soins ». On insiste particulièrement sur le court-circuit immédiat qui eut lieu entre la découverte de l’activité électrique des systèmes musculaire et nerveux central et la volonté de les manipuler. Trois étapes scandent l’argument : la définition du capitalisme, de son lien avec la technoscience, et l’exploration du rapport historique qui existe entre électroscience et santé mentale. 1. Le capitalisme biocidaire Le capitalisme est notoirement difficile à définir. Historiquement, il est intrinsèquement lié au libéralisme dont les deux faces, politique et économique, sont inséparables. Pratiquement, il nomme simplement le système social qui attribue tous les avantages politiques aux détenteurs du capital et aucun (ou le moins possible) au prolétariat. Rien de plus facile pour le (...) Lire la suite »

Le partenariat transatlantique de commerce et d’investissement : un traité cryptique aux origines oubliées et aux conséquences secrètement totalitaires

Michel WEBER
Quel sphinx de ciment et d'aluminium a défoncé leurs crânes et dévoré leurs cervelles et leur imagination ? Moloch ! Solitude ! Saleté ! Laideur ! Poubelles et dollars impossibles à obtenir ! Enfants hurlant sous les escaliers ! Garçons sanglotant sous les drapeaux ! Vieillards pleurant dans les parcs ! Moloch ! Moloch ! Cauchemar de Moloch ! Moloch le sans­amour ! Moloch mental ! Moloch le sévère juge des hommes ! Allen Ginsberg, « Howl », II, 1956 [25] Le partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (« Transatlantic Trade and Investment Partnership ») mériterait plus d’attention qu’on ne lui accorde, et pour cause. D’abord, les négociations entre l'Union européenne et les États-Unis ne sont ni plus ni moins que secrètes et ce qui en filtre demande un travail de traduction qui n’est pas à la portée du non spécialiste. Lorsque les médias à l’ordre interrompent brièvement leur silence à son propos, ils se font un devoir de reprendre le mantra néolibéral. Aucun dissensus n’est admis, ce qui (...) Lire la suite »

Le prix Nobel de la paix pour M. V. Poutine ?

Michel WEBER
La pensée, aidée en cela par les contingences de la vie quotidienne, procède généralement pragmatiquement par oppositions. D’une part, elle établit des distinctions exclusives qui peuvent sembler naïves ; d’autre part, elle a tendance à renforcer ces exclusives en obligeant à choisir l’une ou l’autre des deux propositions. Si on tente d’appliquer ce mode de pensée à certaines réalités politiques contemporaines, on obtient toutefois le tableau paradoxal suivant. De deux choses l’une. Ou bien le prix Nobel de la paix doit être attribué, toutes affaires cessantes, à M. Poutine (1952–) car, à l’instar de luminaires politiques tels que MM. Kissinger, Carter et Obama, son impérialisme atavique mérite d’être récompensé par les oligarques occidentaux, tout ébaudis d’un tel caractère martial, aussi trempé dans le fiel du KGB que celui de G. H. W. Bush le fut dans le miel de la CIA. C’est l’option des néoconservateurs eux-mêmes, qui donneraient beaucoup pour placer un tel personnage à la tête de l’État US-américain. Il (...) Lire la suite »

Peurs et angoisses en politique - A propos de Davos

Michel WEBER

Le néolibéralisme ne cherche ni à convaincre ni à persuader l’électeur, mais bien à séduire un consommateur désarmé face à une crise tentaculaire dont les modalités plus ou moins apparentes lui échappent largement. Il s’en remet aux histoires de grand-mère rebaptisées « story-telling » ou, plus simplement encore, à la stratégie du bouc émissaire, musulman pour la circonstance.

Afin de convaincre, il faut exposer les vraies raisons pour lesquelles un renouveau politique est urgent. La crise actuelle n’est pas simplement économique, énergétique ou écologique ; c’est une crise terminale. Le système néolibéral – la « démocratie de marché » – n’y survivra pas, il se métamorphosera en une forme de totalitarisme dont la silhouette se dessine clairement dans les pays atlantistes. (1) L’espèce humaine pourrait elle-même s’éteindre : si on en croit l’expertise des biologistes qui cherchent à comprendre l’impact du réchauffement climatique sur l’évolution de l’habitat humain, on serait en effet à quinze ans à peine de l’effondrement définitif. (2) Même si les scientifiques peuvent se tromper, ce qui est fréquent, une nouvelle application du pari de Pascal s’impose : ou bien, comme tout le laisse supposer, les prévisions les plus optimistes indiquent qu’il faut agir maintenant ou jamais ; ou bien, comme on ne peut s’empêcher de l’espérer, le climat se stabilisera et toutes les actions entreprises (...) Lire la suite »
Une société sans guerre(s) est peu probable. Une société capitaliste sans guerres est impossible.

Pourquoi la guerre ?

Michel WEBER

Une société sans guerre(s) est peu probable. Une société capitaliste sans guerres est impossible.On peut le montrer très facilement en systématisant les éléments d’analyses parfois épars que l’on retrouve chez Orwell et Mumford, mais également chez des auteurs contemporains comme Noam Chomsky, Jacques Pauwels et Annie Lacroix-Riz. (Afin de proposer une démonstration courte, je n’examine pas la définition du capitalisme par la "croissance".)

Le pourquoi de la croissance, c’est la possibilité de mettre en œuvre une politique d’obsolescence sous ses formes cardinales. Force est cependant de constater que l’obsolescence ne parviendrait pas, à elle seule, à rencontrer le défi de la surproduction — qui est énorme et qui demande un moyen bien plus radical, un moyen qui travaillera à la fois en amont et en aval, un moyen qui formatera et le producteur et le consommateur. Ce moyen, c’est la guerre. Je ne parle pas de la guerre économique que tous les acteurs sont censés se livrer en permanence ; je ne parle pas non plus de la guerre sociale larvée dans laquelle vivent les individus conformes et atomisés (à la Machiavel ou à la Hobbes) ou de la guerre des classes (de Marx et Engels) ; je parle de la guerre en tant que production industrielle capitaliste. On ne trouvera rien de métaphorique ici. La stricte corrélation qui existe entre capitalisme et guerre a été pressentie entre autres par Karl Marx, Jean Jaurès, Georges Sorel et William James (...) Lire la suite »

L’inévitable retour du fascisme ?

Michel WEBER

Tocqueville (1835) a indiqué que la démocratie de marché pouvait facilement donner naissance à un totalitarisme mou. Depuis Mumford (1932), on sait que la technoscience donnera volontiers un peu de rigueur au tropisme fasciste. Où en sommes-nous ?

La crise qui se propage de proche en proche depuis 2008 est une crise qui est essentiellement politique et, en tant que telle, elle demande une réponse politique. De fait, les observateurs avertis peuvent discerner la multiplication des signes d’une dérive fasciste, à la fois au niveau de la base et à celui du sommet de la pyramide sociale. D’une part, les idées fascistes sont de plus en plus courantes dans les milieux défavorisés (qui sont eux-mêmes en croissance rapide) ; d’autre part, elles sont de plus en plus explicites chez les technocrates — mais sous une forme tellement aseptisée qu’on pourrait, il est vrai, croire à leur parfaite innocuité. Il est donc fort piquant de remarquer que le grand public est parfaitement ignorant de ce retour de l’extrême-droite. Il pressent certes l’imminence de l’effondrement sociétal mais il n’a absolument pas conscience de la nature exacte du danger. La réouverture de camps de concentration ou même la généralisation des conflits régionaux semble passer (...) Lire la suite »