RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

Arrêter un journaliste à la fois et instaurer la démocratie en Afghanistan (Counterpunch)

Les forces dirigées par les Etats-Unis ont vraiment frappé un grand coup dans la promotion du concept de la «  démocratie » à l’occidentale.

La force de coalition (ISAF) et le service de renseignement du gouvernement afghan ont, à eux deux, arrêté et détenu trois journalistes. Rahmatullah Nekzad, journaliste indépendant pour Al Jazeera et Associated Press, Mohammed Nader, correspondant et cameraman pour Al Jazeera, et Hojatullah Mojadadi, directeur d’une radio locale afghane, ont été détenus sans charges pour le «  crime » d’avoir noué des contacts avec les Talibans. Nekzada et Nader ont été détenus pendant trois jours par les forces US. Mojadadi a été détenu six jours par les autorités afghanes.

Tous les trois ont finalement été libérés grâce aux pressions internationales et suite aux appels du président afghan Hamid Karzai pour la libération des deux journalistes détenus par les forces de l’OTAN.

L’armée US était contrarié par le fait que le journaliste d’AP et Al Jazeera, Nekzad, avait noué des contacts avec les forces Talibanes. En fait, dans le communiqué de presse initial de l’OTAN, il a été dit qu’il était «  soupçonné d’aider les médias et la propagande Talibans, en filmant leurs attaques contre les élections. » Ce qui signifie en clair qu’il avait réussi à pénétrer dans «  le camp adverse » pour donner à voir ce qui se passait réellement en Afghanistan. Nader était accusé de faire de la propagande pour les Talibans.

Pour expliquer la détention des deux hommes, l’ISAF a dit «  les insurgés emploient la propagande, souvent diffusée par les agences de presse, comme un moyen de pression et, souvent, pour intimider la population afghane. Il est de la responsabilité des Forces de la Coalition et des Forces Afghanes d’empêcher les activités de ces réseaux de propagande des insurgés. »

Le gouvernement afghan n’a fourni aucune explication pour la détention du directeur de radio Mojadadi, et les trois hommes ont été libérés sans charges retenues contre eux.

Le moment choisi pour précéder à ces arrestations - au beau milieu des élections législatives largement annoncées mais totalement corrompues, que les Talibans cherchaient à déstabiliser - révèlent les intentions des Etats-Unis : empêcher toute couverture honnête de cette mise en scène qui est avant tout destinée aux public américain pour donner l’impression que tout l’argent dépensé et tout le sang versé ont servi à quelque chose.

Bien-sûr, ce n’est pas la première fois que les forces US ou des forces de la coalition ont arrêté des journalistes en Afghanistan. Selon le Comité pour la Protection des Journalistes, nombre de journalistes ont été arrêtés ou détenus en Afghanistan au cours des neuf années de guerre. Certains ont été rapidement libérés, mais d’autres ont connu des sorts funestes qui constituent probablement des messages envoyés aux autres journalistes présents dans le pays. Jawed Ahmad, correspondant pour la CTV du Canada, a été emprisonné dans les conditions sévères et mystérieuses de la prison de la base aérienne de Bagram pendant 11 mois, pour être finalement libéré sans charges contre lui. (Peu après sa libération, il a été abattu dans la rue. A ce jour, les coupables n’ont pas été retrouvés). Sami al-Haz, autre correspondant d’Al Jazeera, a été emprisonné après avoir été arrêté en train de traverser la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan en décembre 2001, et il a passé six ans à Guantanamo, sans charges, avant d’être libéré.

Apparemment, si vous ne donnez pas uniquement la version américain sur l’Afghanistan, si vous faites l’effort de donner l’opinion de «  l’autre camp », et surtout sur vous travaillez pour Al Jazeera, vous êtes un ennemi potentiel, et vous risquez l’arrestation et une détention arbitraire. Ou pire : rappelez-vous la guerre en Irak, les États-Unis ont bombardé les bureaux d’Al Jazeera à Bagdad au cours des premiers jours de l’invasion, en tuant plusieurs membres du personnel, et Bush a même envisagé de faire sauter le siège de l’organisation située dans les Emirats Arabes Unis.

C’est ça la démocratie que nous instaurons en Afghanistan ?

Peut-être que l’armée US a tellement l’habitude d’avoir affaire à une presse servile avec ses journalistes porteurs de laissez-passer pour la salle de presse du Pentagone, et des journalistes américains embarqués dans la zone de guerre prêts à répéter comme des perroquets la ligne officielle du parti servi par d’aimables fonctionnaires de l’armée, et qui acceptent la censure, que les responsables ne comprennent même plus ce qu’un journaliste est censé faire, à savoir : chercher la vérité et présenter l’ensemble des données à ses lecteurs. Dans le même temps, comme on a pu le constater avec l’arrestation et la détention au Koweït du lanceur d’alerte, le soldat Bradley Manning, dire la vérité constitue un délit lorsque des crimes de guerres sont commis par des responsables. Le mensonge perpétuel est intrinsèque à la culture militaire.

Lorsqu’on examine les choses de plus près, la plupart de ce qui se fait passer pour du journalisme dans les médias de masse aux Etats-Unis n’est que de la propagande. Ceux d’entre nous qui font encore un véritable métier de journaliste, comme ceux de ce modeste magazine, sont aux yeux de l’armée, du FBI et d’une bonne partie de la classe politique, et peut-être même d’une bonne partie de l’opinion publique, des traîtres.

Il est cependant pathétique de penser que le gouvernement des Etats-Unis nous dit que nous combattons en Afghanistan pour y promouvoir la démocratie alors que nos forces emprisonnent les journalistes qui ne font que leur métier.

Ces journalistes ne sont même pas Américains. Je veux dire que, si vous êtes un journaliste américain et que vous accompagnez des combattants Talibans pour filmer leurs embuscades contres des soldats US, j’arrive à comprendre que l’armée US puisse vous considérer comme une sorte de traître. Mais les correspondants d’Al Jazeera ne sont pas des Américains, et leur organisation, basée dans les Emirats Arabes Unis, est neutre dans le conflit afghan. Comme pendant la Deuxième Guerre Mondiale, on s’attendrait à voir des journalistes Suisses et Espagnols, pays neutres dans ce conflit, faire leur métier dans les deux camps.

Arrêter des journalistes pour avoir fait leur métier, à l’étranger ou à l’intérieur du pays, est un mauvais présage. C’est un pas de plus vers l’abîme totalitaire.

J’ai croisé l’autre jour une voiture avec un autocollant qui disait «  Vétéran de l’Afghanistan ». Un deuxième autocollant, décoré de camouflages du désert, disait «  Les soldats US : c’est leur courage qui garantit vos libertés »

Je ne crois pas, non.

Dave Lindorff

http://www.counterpunch.org/lindorff09272010.html

Traduction VD pour le Grand Soir

URL de cet article 11618
  
AGENDA

RIEN A SIGNALER

Le calme règne en ce moment
sur le front du Grand Soir.

Pour créer une agitation
CLIQUEZ-ICI

Éric Laurent. Le scandale des délocalisations.
Bernard GENSANE
Ce livre remarquable est bien la preuve que, pour l’hyperbourgeoisie, la crise n’est pas le problème, c’est la solution. Éric Laurent n’appartient pas à la gauche. Il est parfois complaisant (voir ses livres sur Hassan II ou Konan Bédié). Mais dans le métier, on dit de lui qu’il est un " journaliste d’investigation " , c’est-à -dire … un journaliste. Un vrai. Sa dénonciation des délocalisations, par les patronats étatsunien et français en particulier, est puissamment documentée et offre une (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Si notre condition était véritablement heureuse, il ne faudrait pas nous divertir d’y penser.

Blaise PASCAL

Le DECODEX Alternatif (méfiez-vous des imitations)
(mise à jour le 19/02/2017) Le Grand Soir, toujours à l’écoute de ses lecteurs (réguliers, occasionnels ou accidentels) vous offre le DECODEX ALTERNATIF, un vrai DECODEX rédigé par de vrais gens dotés d’une véritable expérience. Ces analyses ne sont basées ni sur une vague impression après un survol rapide, ni sur un coup de fil à « Conspiracywatch », mais sur l’expérience de militants/bénévoles chevronnés de « l’information alternative ». Contrairement à d’autres DECODEX de bas de gamme qui circulent sur le (...)
103 
Ces villes gérées par l’extrême-droite.
(L’article est suivi d’un « Complément » : « Le FN et les droits des travailleurs » avec une belle photo du beau château des Le Pen). LGS Des électeurs : « On va voter Front National. Ce sont les seuls qu’on n’a jamais essayés ». Faux ! Sans aller chercher dans un passé lointain, voyons comment le FN a géré les villes que les électeurs français lui ont confiées ces dernières années pour en faire ce qu’il appelait fièrement « des laboratoires du FN ». Arrêtons-nous à ce qu’il advint à Vitrolles, (...)
40 
Lorsque les psychopathes prennent le contrôle de la société
NdT - Quelques extraits (en vrac) traitant des psychopathes et de leur emprise sur les sociétés modernes où ils s’épanouissent à merveille jusqu’au point de devenir une minorité dirigeante. Des passages paraîtront étrangement familiers et feront probablement penser à des situations et/ou des personnages existants ou ayant existé. Tu me dis "psychopathe" et soudain je pense à pas mal d’hommes et de femmes politiques. (attention : ce texte comporte une traduction non professionnelle d’un jargon (...)
46 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.