Au programme des présidentielles, par Michel Husson.





Regards, décembre 2006.


Depuis plusieurs années, le corps social manifeste son rejet du néo-libéralisme sous des formes variées, les trois dernières en date étant le Non au référendum, les émeutes en banlieue et le mouvement anti-CPE. Mais il paraît que l’offre électorale disponible devrait nous conduire à un face-à -face Sarkozy-Royal qui ne traduit pas, c’est le moins qu’on puisse dire, ce rejet massif. Expliquer ce grand écart n’est évidemment pas facile. Mais cette question peut être éclairée par un rapide examen des démarches programmatiques.

Côté libéral, la situation est indécise et ne devrait pas être clarifiée par la démagogie électorale. Il y a en effet deux manières pour la droite de tirer les leçons de l’échec du CPE. L’une d’entre elles consiste à sauter par-dessus l’obstacle et de se donner directement comme objectif une remise en cause frontale du droit du travail. La seconde serait d’explorer les voies d’un compromis entre la flexibilisation du marché du travail et un renforcement formel des garanties sociales. Le débat qui parcourt actuellement les sphères libérales sur le contrat de travail (unique ou pas ?) est un bon exemple de ces hésitations. Il est frappant également de constater que certains libéraux pensent, comme le soulignait déjà le rapport Camdessus, qu’on ne peut aller beaucoup plus loin sur la voie des allégements de cotisations sociales. On tombe ici sur une autre contrainte de tout projet néo-libéral : il doit baisser le coût du travail tout en prévoyant des filets de sécurité ; mais ceux-ci ne doivent pas être trop coûteux pour un Etat que l’on veut « alléger ». C’est pourquoi un tel projet combine forcément plusieurs points d’application : le coût du travail, les dépenses publiques mais aussi le budget de la Sécu. Dans ce panorama, les propositions de Sarkozy et Fillon, centrées sur l’idée de « libre choix », semblent privilégier la piste d’une individualisation accrue du rapport salarial.

Côté social-libéral, le projet du PS part des mêmes considérants : il faut être compétitif et flexible. Il ne peut donc proposer autre chose qu’une combinaison différente entre flexibilisation et sécurisation, avec une augmentation du Smic (qui ne s’écarte pas vraiment de son évolution passée), des mesures dites de sécurisation des parcours professionnels, et un vague projet de réforme fiscale. Aucune leçon ne semble avoir été tirée de la déclaration calamiteuse de Jospin expliquant que l’Etat ne peut rien. L’intervention gouvernementale se réduirait à l’organisation de « grandes conférences entre partenaires sociaux » sur tous les sujets à propos desquels le PS se garde d’avancer un objectif précis, qu’il s’agisse des salaires ou de la durée du travail. Force est de le constater : la pression du mouvement social sur le PS n’a pas été suffisante pour qu’il se sente obligé de reprendre, au moins de manière rhétorique, un certain nombre de ses aspirations. La désignation de Ségolène Royal marque de ce point de vue l’échec durable des courants du PS qui avaient cru pouvoir jouer un rôle de relais interne.

La gauche radicale propose de rompre avec le néo-libéralisme et la cohérence de ce projet repose sur une idée simple : on ne peut rien changer à la situation actuelle sans modifier profondément la répartition des richesses. Pourquoi ce programme n’est-il pas aujourd’hui perçu largement comme le prolongement naturel des mobilisations et des révoltes ? L’une des principales raisons est nous sommes face à une droite particulièrement dure et dangereuse. Comme aux dernières élections régionales, le PS peut sembler être le meilleur outil pour battre cette droite, sans d’ailleurs que ce « vote utile » implique un soutien enthousiaste à son action passée et à son programme. Plus la droite est dure, plus la gauche peut se permettre d’être molle, parce qu’elle peut se présenter, à bas prix, comme un moindre mal. Telle est sans doute la clé du paradoxe. Mais l’expérience des deux dernières décennies devrait montrer que c’est un calcul à courte vue : faute de véritable alternative, la gauche molle prépare l’alternance et le retour d’une droite encore plus remontée. Pour reprendre le jargon des économistes, cette gauche est substituable à la droite à court terme, mais l’une et l’autre sont complémentaires à moyen terme. Pour rompre ce cycle infernal, un bon programme ne suffit pas : la gauche radicale doit convaincre largement qu’elle est capable - et désireuse - de bousculer cette redoutable mécanique.

Michel Husson


- Source : Hussonet http://hussonet.free.fr






COMMENTAIRES  

23/11/2006 10:42 par vladimir

Le sort reservé a l’article suivant est symptomatique de la situation
Les adhérents des partis représentent un centième de la population
i
bellaciao.org/fr/article.php3 ?id_article=37166
indication Google page vide

http://www.page2007.com/?p=1791
http://liege.indymedia.org/news/2006/11/13407.php
annonce sur REZO des copains avec lien et censuré par Bellaciao
le meme type d’article aurait pu etre ecrit par un syndicaliste lucide sur le syndicalisme en France.
Ce constat a ete refusé par les initiateurs parisiens de l’Alternative Unitaire qui ont fait quasiment un copié collé du Programme du PCF paru en mars 2006 et qui se sont refusé a veritablement prendre en compte les aspirations avancées par les mouvements sociaux de ces dernieres années. ;tant au niveau des objectifs (refus de la precarité ,demande implicite du revenu garanti,priorite a l’ecologie contre l’ideologie du travail etc) que du mode de fonctionnement transparence exigence de la democratie et fin des manipulations.Ceux qui ont initiés ca ont cru que la dynamique du Non etait suffisante pour ne pas obliger tout le monde a une nouvelle pratique politique qui n’oublie personne et cesse de privilegier les habitudes d’une gauche d’appareils syndicaux et politiques .L’exigence de la parité,de la democratie directe,du controle des processus et des pratiques est en contradiction avec les pratiques anciennes qui sont encore dominantes chez les mediatises.

26/11/2006 16:28 par les marques

On assiste depuis quelques jours à une savante entreprise de destruction d’une dynamique en laquelle un certain nombre d’entre nous avions vu une petite lueur d’espoir ... Je n’ai pas envie de juger des responsabilités des uns ou des autres, de tel ou tel parti ou individu, nous sommes confrontés à une responsabilité que nous devons prendre collectivement, militants, élus et organisations politiques ... Et l’on redécouvre, avec effroi, que l’individu, militant ou sympathisant , de base, n’est rien face à des logiques qui le dépassent ... Logiques de Parti, comme les jouent le PCF ou la LCR, logiques de personalisation-starisation qui servent les égos de tel ou telle ...
Je voudrais rappeler, comme l’ont fait un certain nombre d’orateurs à Montpellier, que l’objectif n’est pas que tel ou tel EGO , qu’il soit individuel ou de parti, soit devant les caméras, puisque une victoire devrait marquer la fin du cirque présidentiel, mais de (re)donner l’envie de voter à gauche à tous les paumés, tous les exclus, tous ceux que la machine rejette … le vrai objectif, il est peut être dans ces législatives qui suivront dans la foulée … Prendre le risque de "dissoudre" l’espoir nait en 2005 c’est prendre le risque criminel que ceux à qui vous aurez dit, "attendez encore un peu, que nous nous entendions sur la répartions des places, pour l’instant nous n’avons rien à vous dire qui ne puisse attendre 5 petites années …" n’entendent plus que les sirènes des fascistes … parce qu’elles leur parlent, parcequ’elles dénoncent le parlementarisme comme un systéme ou l’on se répartit les petits avantages ... et que seriez vous, vous aussi, en train de faire ???
dans cette hypothése, que je n’ose même pas envisager ( quoique … ) vous ( tous … ) ne seriez plus simplement imbéciles dans votre soif de cirque politico-médiatique … non , vous seriez définitivement criminels …
Vous n’auriez rien à dire aux 3 millions de mal-nourris …
Vous n’auriez rien à dire aux centaines de milliers de "pas logés"
Vous n’auriez rien à dire aux 8 millions de pauvres …
Vous n’auriez rien à dire aux 50 % de la population qui se définissent comme appartenant aux classes populaires …
Vous n’auriez rien à dire , si ce n’est "patientez" … ce que dit la social-démocratie européenne depuis 25 ans ... ce que dit l’église catholique depuis 2000 ans ... patientez, le paradis, c’est pour un de ces jours, pour aprés, quand toutes les conditions seront remplies ... aprés ...
Vous ne vaudriez pas mieux que les sociaux-libéraux …
Il vous reste quelques jours …
Pour en finir avec la lutte de places ...
Pour faire naitre l’espoir ...

Signez ce texte ici ... il reste peu de temps ...
Mais l’urgence est là ...
Motivés, motivés ...

10/12/2006 19:35 par FredSud37

Si vous ne l’avez pas encore vue, je vous invite vivement à regarder la vidéo du discours tenu par Jean-Luc Mélenchon le 17 novembre dernier à Montpellier et qui est disponible : ICI.

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