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Assemblée nationale. Commission d’enquête « Souveraineté et indépendance énergétique de la France »

Audition de M. Henri Proglio, ex-PDG d’EDF le 13 décembre 2022.

Henri PROGLIO

Henri Proglio est président d’honneur d’EDF. Il en a été le PDG entre 2009 et 2014.
Il donne ici un témoignage terrible. On pourrait croire à un faux. Mais la vidéo dont le texte ci-dessous est la transcription en prouve la véracité :
https://www.youtube.com/watch?v=D3T0bAsUBXE
On écoutera également avec profit la discussion qui a suivi entre M. Proglio et les députés.
LGS

" En 2009, j’ai été très fier d’arriver à la tête d’une formidable entreprise avec un chiffre d’affaires d’un petit 90 milliards, connue dans le monde entier pour sa pertinence et son efficacité, avec des caractéristiques financières très satisfaisantes. EDF est le premier opérateur européen et probablement mondial si on excepte la Chine. EDF a été le résultat d’une formidable aventure, d’une vision, et d’une volonté, celle d’un gouvernement qui en 1946 a considéré que l’énergie, et donc l’électricité, était un élément essentiel de la vie économique, et qu’il était donc important de la considérer comme stratégique.

Le gouvernement de l’époque s’est lancé trois défis majeurs :
-  le défi de l’indépendance énergétique,
-  le défi de la compétitivité du territoire,
-  le défi du service public de l’électricité accessible à tous, avec la même qualité et au même prix.

C’était un défi incroyablement exigeant adossé à un choix technologique clair : l’hydraulique et le nucléaire.Il y a eu une vision à long terme et une volonté claire d’aboutir et c’est ça qui a donné naissance à cette aventure industrielle.
EDF était un architecte ensemblier et l’opérateur du service public de l’électricité. C’était un système intégré, cohérent et optimisé comprenant la production, le transport et la distribution. Au début du XXIe siècle, EDF est exportateur d’énergie, avec une électricité la moins chère d’Europe (deux fois et demi moins cher que l’Allemagne), un contrat de service public qui fait référence dans le monde et elle donne à la France un atout formidable en matière de gaz à effet de serre.
Les paris ont été relevés, il n’y avait plus qu’à tout détruire... C’est chose faite ! Puisqu’on était arrivé à l’asymptote, comment en sommes-nous arrivés à la situation actuelle ? Je vois deux acteurs principaux : l’Europe et le gouvernement français.

Toute la réglementation européenne depuis 10 ans ne vise que la désintégration de l’entreprise EDF. Cette Europe qui a pris comme axe idéologique quasi-unique la concurrence qui bien sûr, « fait le bonheur des peuples »... On voit ce que ça donne en matière d’énergie.

Cela s’est traduit concrètement pour EDF par la mise en concurrence des barrages. Formidable idée, un barrage étant essentiellement un outil d’optimisation du système électrique puisque c’est le seul moyen de stockage intelligent et efficace qu’on ait aujourd’hui. Un barrage sert d’abord à stocker beaucoup plus qu’à produire. La mise en concurrence consistait à supprimer le stockage. C’est génial. Les barrages appartiennent à l’État et sont gérés par EDF. L’État avait envisagé d’obéir à la doctrine européenne et de mettre en concurrence les barrages. Rien n’a encore été conclu, mais rien n’est réglé. On reste en lévitation... On sera sanctionné sans doute.

La deuxième loi géniale, c’est la loi NOME (Nouvelle Organisation du Marché de l’Électricité) qui consiste à imposer à EDF la vente à prix cassé, puisque inférieur au coût de revient, de 25 % de sa production électronucléaire à ses propres concurrents pour qu’ils puissent vendre leur énergie aux clients d’EDF. Ça a très bien fonctionné, ils sont devenus riches. C’est d’une pertinence absolue et je l’ai dénoncé pendant des années avec l’efficacité que vous voyez.

Pour couronner le tout, il fallait définir un prix de marché qui a été indexé sur le prix du gaz. Pourquoi, alors qu’on n’en utilise pas ? Parce que les Allemands utilisent le gaz et que toute la démarche est allemande et que la réglementation européenne est allemande.

L’Allemagne a choisi l’industrie comme axe majeur de son économie et l’Ostpolitik pour son développement. C’est clair et cohérent pour l’Allemagne. Ils ont tenté leur Energiewende (la transition allemande) qui s’est transformée en catastrophe absolue puisqu’elle s’est traduite par un affaiblissement des opérateurs allemands quasi en ruines. Comment voulez-vous que ce pays qui a fondé sa richesse, son efficacité, sa crédibilité sur son industrie accepte que la France dispose d’un outil compétitif aussi puissant qu’EDF à sa porte ? L’obsession des Allemands depuis 30 ans, c’est la désintégration d’EDF. Ils ont réussi !
Le deuxième acteur est la politique nationale française. Là, on a assisté à la recherche pathétique d’un accord électoral avec un parti antinucléaire. On en voit les prémisses dès 1997-1998 avec l’abandon de la filière des réacteurs à neutrons rapides qui remettait en cause la logique du système nucléaire français. Ensuite, il y a eu la formidable campagne de communication de Fukushima avec les 20 000 morts qui n’ont jamais existé puisqu’on a confondu le tsunami et l’accident. Et puis l’apogée avec la campagne de 2012 avec son cortège de joyeusetés. La fermeture annoncée de 28 réacteurs nucléaires, rien que ça, qui s’est transformée par l’engagement de fermeture de Fessenheim, et l’abaissement à 50 % de la part du nucléaire dans le mix électrique

J’ai assisté à la mise au point d’une théorie absurde qui m’a été imposée avec beaucoup d’insistance par les pouvoirs publics : la théorie de la décroissance électrique. Il fallait considérer que la demande électrique allait baisser en France et que par conséquent il fallait diminuer la puissance du nucléaire surpuissant. Conséquences : baisse des efforts de recherche, le désalignement des stratégies des entreprises dépendant de l’État, AREVA, CEA et EDF mus par des courants divergents, avec comme corollaire l’affaiblissement global du système et les difficultés de recrutement qu’on a connu dans ce paysage où le nucléaire était considéré comme infâme et sans avenir. Voilà la situation. Rien n’est jamais désespéré mais les choses ont été très abîmées.

Je me suis battu sans relâche pour obtenir l’ARENH à 42 euros alors que mes interlocuteurs proposaient 39 euros voire 36 euros. Aucune évolution n’a évidemment été prise en compte depuis. Ce prix a été fixé par voie autoritaire au bout d’un combat très inégal puisque j’ai essayé de défendre le bon sens, donc j’étais dans le mauvais camp. Le principe même de ce prix de cession était absurde. Le principe pour un industriel d’accepter de céder sa propre production à ses concurrents virtuels qui n’ont aucune obligation de production eux-mêmes. C’est quand même surréaliste. On a fait la fortune de traders, pas d’industriels. On n’a pas de concurrents ou si peu. Quelques éoliennes dispersées aux quatre vents et quelques champs photovoltaïques, vous voyez l’aspect risible du sujet. Et vous voyez des campagnes de communications de ces traders qui prétendent vendre de l’énergie verte. On a assisté à ça pendant des années avant que le client qui s’est laissé abuser finisse par se rendre compte du fait qu’il n’avait plus de garantie. Où est le service public de l’électricité qui nous a tant et tant récompensé ? Pourquoi l’avoir abattu ? Pourquoi est-ce à l’État aujourd’hui de faire les compensations nécessaires pour que les gens à faible revenu puissent accéder à l’électricité ? Tout ça était prévu !

J’ai vécu tous les chantages. Le seul chantage qui m’obsède est l’intérêt de la France. Je voudrais qu’on réponde simplement à cette question : pour qui et à quoi servent ces règlementations ? Quel est le but ? On me répondait : « on fait le bonheur du peuple ! La libre concurrence ! » Mais il y a un seul producteur, camarade ! Il était clair que ça allait se traduire par un désastre. On y assiste aujourd’hui.

Le chiffre de 50 % de nucléaire dans le mix énergétique s’est construit totalement au doigt mouillé en disant : on va baisser la part du nucléaire de 75 % à 50 %. Personne ne l’a jamais estimé autrement que comme ça ! On en a déduit qu’il fallait réduire le nombre de réacteurs... Par contre, personne n’a jamais su d’où venaient les autres 50 %... Il y a bien l’hydraulique qui est une très belle énergie renouvelable stable. Le reste du renouvelable, c’est l’expérience allemande. Ils ont investi 500 milliards d’euros dans le renouvelable. 500 milliards d’euros ! On en voit l’efficacité...
EDF était le chef de file du nucléaire français. Le gouvernement de l’époque a dit « pas du tout, c’est le Premier ministre » (Jean-Marc Ayrault). Il organisait des réunions à Matignon de répartition des rôles du nucléaire à l’international. Ubu roi... J’ai assisté à des réunions hautes en couleurs. J’ai alerté sur les dangers de l’ARENH suite au rapport Champsaur et j’ai eu une réponse politique : « je comprends, je comprends,... ». Il arrive un moment où la décision l’emporte sur la réflexion. Cette mesure (l’ARENH) était inique et était destinée à casser une entreprise comme EDF. Je déplore qu’elle ait été acceptée par le gouvernement français sous la pression bruxello-allemande.

En 2012 Angela Merkel m’a dit : « Je suis une scientifique d’Allemagne de l’Est, je crois totalement au nucléaire » mais il fallait qu’elle bâtisse un accord de coalition. Elle a donc ouvert une négociation avec les Verts conservateurs allemands. Chez les Allemands il y a des Verts conservateurs et des Verts de gauche, ce ne sont pas les mêmes. Pour boucler ces négociations, elle a lâché le nucléaire. Elle me l’a dit : « Je l’ai fait pour des raisons politiques, pas du tout techniques, ni scientifiques ». L’Allemagne est consciente de ses propres intérêts. Personne en Allemagne ne parle du couple franco-allemand. Il n’y a qu’en France qu’on parle du couple-franco-allemand.

Je pense qu’on n’a rien lâché contre le sacrifice d’EDF. Je n’ai pas connaissance de contreparties. Je ne vois pas pourquoi la France ne prend pas l’initiative, comme l’Espagne et le Portugal, de sortir du marché européen de l’énergie ».

Henri PROGLIO

 https://www.youtube.com/watch?v=D3T0bAsUBXE

COMMENTAIRES  

21/01/2023 20:16 par John

Bêtise, ambition ou trahison de nos élites dirigeantes ?
Pour ma part je penche pour la trahison (des intérêts du pays) par ambition.

22/01/2023 06:22 par calame julia

La libre concurrence ne peut exister me semble-t-il si les parties
sont pareillement configurées. Or, ici il n’en est rien. La France ne
pouvant être concurrente avec aucun autre pays en Europe.

23/01/2023 12:12 par GE13

Proglio cherchait à fusionner Véolia et EDF. Ce prédateur ne me semble pas être le meilleur défenseur du service piblic en France. Les ennemis d’EDF, propriété de la nation, étaient des acteurs internes tout autant que les prédateurs capitalistes. En interne Roussely, PS proche de Jospin, a pu compter sur la trahison de la direction de la CGT énergie de l’époque. Sarkozy a pu achever le travail lors d’un tête à tête à la "Lanterne" avec un huiste delaCGT...Hue qui appellera à voter...Macron. N’oublions pas le scandale du comité d’entreprise au profit du PCF...

23/01/2023 12:14 par GE13

Proglio cherchait à fusionner Véolia et EDF. Ce prédateur ne me semble pas être le meilleur défenseur du service piblic en France. Les ennemis d’EDF, propriété de la nation, étaient des acteurs internes tout autant que les prédateurs capitalistes. En interne Roussely, PS proche de Jospin, a pu compter sur la trahison de la direction de la CGT énergie de l’époque. Sarkozy a pu achever le travail lors d’un tête à tête à la "Lanterne" avec un huiste delaCGT...Hue qui appellera à voter...Macron. N’oublions pas le scandale du comité d’entreprise au profit du PCF...

23/01/2023 12:23 par calahan

Affligeant pour Les gouvernements français successifs, pour l’U.E et pour L’Allemagne.
Voici une belle démonstration que l’économie de marché fonctionne pas trop mal pour les brosses à dents mais pour ce qui relève de l’énergie, c’est un truc qu’il vaut mieux oublier.

J’étendrai volontiers ce raisonnement à l’eau à l’alimentation ou encore au logement afin de priver la cupidité et la bêtise (qui d’ailleurs vont souvent de pair) des secteurs stratégiques qui ne devraient jamais être confronté à "la prédation".

(la spéculation est une hérésie quand elle touche aux conditions humaines de base comme l’énergie, l’eau, l’alimentation où encore un toit à mon sens)

23/01/2023 14:24 par Jean-Yves Leblanc

Merci au GS de publier ce magnifique témoignage de H. Proglio. C’est d’autant plus méritant que, sur un sujet aussi fondamental que l’avenir énergétique du pays (condition première de sa vie économique et du niveau de vie de ses citoyens), la gauche est particulièrement discrète. Comme si ce qui touche à l’énergie, au développement, à l’industrie n’intéressait plus nos "révolutionnaires" d’aujourd’hui.

Proglio, ex-patron de Véolia puis d’EDF tout comme Le Floch-Prigent, ex-pdg de GDF, sont des hauts cadres du capitalisme français. N’est-ce pas un comble que ce soit de la bouche de ces gens là que viennent aujourd’hui de véritables analyses, un souci du service public et une critique sévère de l’UE et du libéralisme ? Tandis qu’à gauche on patauge dans le fondamentalisme écolo-bobo et on détourne le regard de la faillite énergétique. Ainsi, depuis des décennies nous avons tourné le dos à l’esprit du CNR, abandonnant le développement industriel et énergétique au profit de rodomontades genre règle verte, zéro nucléaire et 100% "renouvelable" qu’on peut par exemple lire pages 13 et 14 de la version abrégée de l’Avenir En Commun.

Plus généralement, depuis plusieurs années, sur les sujets qui infligent aux classes populaires davantage d’autoritarisme et davantage d’austérité (le COVID, la pénurie énergétique, le climat et maintenant la guerre), les principales critiques argumentées et scientifiquement pertinentes viennent essentiellement de "réacs de droite", anti-communistes recuits, mais compétents en science, en physique ou en médecine. Les forces supposées défendre le peuple ne comptent plus de Joliot-Curie, ne s’occupent plus de progrès social, économique et technique mais juste de "progressisme" sociétal. Elles méprisent les usines et le monde réel marquant leur "opposition" à Macron par de délirantes surenchères pour plus de confinement, plus de vaccins, plus de réductions de CO2, plus de fermetures de centrales nucléaires, plus de gaspillage dans le "renouvelable" ... et plus de bellicisme anti-russe.

23/01/2023 17:10 par koursk

La jet set et ses milliardaires laissent au secteur public de ses territoires otaniens les activités peu rentables ou compliquées *** S’il y a des secteurs d’activité laissés au public, c’est uniquement pour servir de vache à lait au privé *** La jet set impose au secteur public la sous-traitance privée, ou les partenariats public-privé, où les branches bénéficiaires vont au privé et celles déficitaires sont laissées au public *** Extraire de l’uranium, l’exploiter dans des centrales sont des processus compliqués que le privé ne veut pas avoir à gérer *** En revanche, le privé veut le monopole des transactions sur l’électricité produit fini, obligeant par exemple l’opérateur public à lui vendre sa production à perte, pour se faire de plantureuses marges en revendant à prix d’or au ’client’ *** Proglio n’allait pas étaler ces réalités quand il était pdg edf, et compromettre sa belle carrière avec ses millions en salaire, primes, revenus boursiers, retraites chapeau... *** D’autant que parmi les parlementaires qui l’interrogent, certains se laissent eux-mêmes griser par des lobbies qui leur promettent de futures carrières haut de gamme dans le privé, s’ils arrivent à faire présenter et faire voter des textes de lois en faveur des grandes fortunes *** Tant que la jet set et ses multimilliardaires règneront sur l’otaneuro zone, on ne peut pas échapper aux malversations de ce genre, et dans tous les secteurs de la société *** Ils ont ruiné les finances publiques de l’otanie et en conséquence, aucun gouvernement de la zone ne peut leur tenir tête*** Si la Russie et la Chine toléraient une telles corruptions, les finances publiques des deux états en seraient fortement affaiblies, au point de ne plus pouvoir tenir tête à l’otanie en matière de défense, de géostratégie, et de coopérations avec d’autres pays *** La dislocation des deux grands pays, reste l’objectif de la jet set WASP qui méprise au plus point les Slaves et Asiatiques *** La Chine et la Russie ne risquent rien, tant que les états des deux grands pays sont riches en or et donc puissants, et que les états contrôlent la totalité de l’activité économique.

23/01/2023 20:15 par Xiao Pignouf

@JYL

les principales critiques argumentées et scientifiquement pertinentes viennent essentiellement de "réacs de droite", anti-communistes recuits, mais compétents en science, en physique ou en médecine.

Des noms s’il vous plaît.

24/01/2023 08:18 par CN46400

@ GE13
C’est quoi le pb du CE (CCAS) de Edf ?
Pour l’histoire, rappelons qu’en 46 le représentant du PS (Ramadier) n’a voté la nationalisation des 1500 entreprises électriques que si pendant 50 ans on leur assurait le versement de 1% du CA de EdF. Marcel Paul a suivi, sous condition que le personnel jouisse de la même largesse. Et en 97 (50 ans), Jospin (gauche plurielle) n’a pas osé supprimer cet avantage au salariés, mais l’a éliminé pour les capitalistes dont une bonne partie étaient morts.....
Mais que penser du silence actuel des anti-nucs sur ce pb comme sur d’autres comme l’arrêt de Superphénix en 97, de Astrid en 21, et du plafond de 50% du nucléaire de Hollande-Macron qui a débouché sur la cata actuelle (EdF n’exporte plus)....

27/01/2023 11:39 par GE13

À CN46400
les cocos huistes ont surfacturé au oeuvres sociales d’EDF (le 1%) des prestations en faveur de l’huma, etc le jugement a condamné une ancienne CGTiste, devenue sénatrice, qui avait un emploi fictif pendant des années...payée sur le dos des salariés. La direction actuelle de la CGT énergie semble rompre avec l’attitude collabos des 3 mandats précédents.ouf...

24/02/2023 07:59 par Antivert

Tant pis si ce message est détesté de tous (raison pour laquelle je n’utilise pas mon pseudo usuel) - l’idéologie verte est tellement prégnante que je ne connais personne qui ose clamer haut et fort "je suis anti-écologiste" (ce ne peut être que de la folie ou de la provocation, n’est-ce pas). Je suis anti-vert mais, craignant l’opprobre de gens que par ailleurs j’apprécie, je ne l’affirme en général qu’à demi-voix, auprès de camarades très proches (ou de mon épouse). Même la ligne officielle de mon parti (pas français) condamnerait les lignes qui suivent.

Je crois à la science et à la technologie (y compris nucléaire). Certes, celles-ci sont mises à profit par le capital pour accroître leurs profits, depuis des siècles, mais la science et la technologie restent le moteur du développement des forces productives et, en dernière analyse, de l’histoire.

Je suis donc fermement, totalement, anti-écologiste. L’écologie est une idéologie réactionnaire. Mon hypothèse est que le succès de cette idéologie obscurantiste est dû au fait que des pans entiers du capital, touchés par la crise, ne pouvaient plus continuer à investir massivement dans le capital constant et voyaient leurs profits diminuer (ça s’appelle la baisse tendancielle du taux de profit), et ont dût donc modifier la composition organique du capital, produire "bio", transformer l’industrie et l’agriculture en affaires locales, avec davantage de travailleurs à exploiter pour moins de machines, façon élégante et simple de revenir en arrière historiquement et d’augmenter les profits. Oui, mais les produits coûtent alors plus cher. Comment dans une grande concurrence libre et non faussée vendre au peuple des produits plus chers, des salades cultivées avec des engrais merdes de cochon ramassées à la main ! Il suffit de développer l’idéologie du bio. Moi, je suis pour l’agriculture INDUSTRIELLE (évidemment contrôlée par le peuple quant à la qualité de la production et à l’utilisation des sols ).

Idem pour l’énergie : posons partout des panneaux verts et de grosses éoliennes vertes., tant pis si l’énergie est plus chère. La preuve que les écologistes sont des réactionnaires inconsistants est qu’ils SONT RESPONSABLES D’UNE BONNE PARTIE DE LA PRODUCTION DE CO2. Eh oui, sans eux, on aurait davantage d’énergie nucléaire partout, et moins d’énergies fossiles. Ecolos, Total, même combat !

Sans doute y a-t-il un réchauffement climatique d’origine anthropique, mais les solutions en sont technologiques, en avant et pas en arrière (par exemple des réseaux de trains à grande vitesse permettant de sillonner la planète rapidement et bon marché - même si je n’ai rien contre l’aviation - utopie décrite dans la "nébuleuse Andromède" de Efremov, et technologiquement à portée de main). Par contre, ce qui nous sauvera du réchauffement, ce ne sera certainement pas les solutions des écolos qui sont déjà responsables de l’utilisation massive d’énergies fossiles vu leur haine viscérale du progrès et du nucléaire.

Enfin, ces sales bouses vertes - crétins ou alliés des patrons ou les deux - veulent la sobriété, que les travailleurs consomment moins ! Et oui, non seulement, ils veulent que la production soit plus chère mais aussi que la valeur de la force de travail soit moindre (càd la valeur de l’ensemble des marchandises nécessaires à la reproduction de la force de travail). Si le travailleur se chauffe à 16°, et qu’il consomme donc moins d’énergie, et ben on peut le payer moins (en valeur réelle - pas forcément en euros vu l’inflation). S’il se contente de porter des robes de bure bio teintées à la bouse de vache locale en circuit court équitable, en fabriquant lui-même sa poudre à lessiver avec les fientes de ses poules, on n’a presque plus besoin de le payer. "Rien n’est trop beau pour la classe ouvrière"

Et bien NON, je crois que le progrès de l’humanité c’est, oui, la maîtrise scientifique de l’humanité sur la nature (là, mes ennemis les verts sortent leurs crucifix). Bien sûr, il ne s’agit pas de faire n’importe quoi pour maximiser les profits, càd de scier la branche sur laquelle on est assis (en rendant les sols improductifs, etc). Mais je crois en l’abondance, partagée, en la fin de la rareté. C’est la condition de la fin de l’exploitation de l’homme par l’homme. Et les écolos ne font que retarder ce moment. Le nucléaire en est le meilleur exemple.

Donc, avançons et ne nous laissons pas abuser par ces mythes réactionnaires. Vive l’industrie, vive le nucléaire (contrôlé par le peuple dans un état socialiste puis dans la société communiste - d’abord les nouvelles technologies déjà accessibles, neutrons rapides etc, puis demain ou après-demain la fusion ), vive le développement des forces productives.

24/02/2023 09:05 par babelouest

@ Antivert
Je prendrai exactement le contrepied de vos dires. Ayant bien analysé pas mal de choses, et ayant confronté ces réflexions à ceux de pas mal de mes amis, j’oserai appeler de mes vœux ce mot détesté par excellence : LA DÉCROISSANCE. Oser affirmer, et réaffirmer que le progrès apporte le malheur. Que le productivisme est le Grand Piège à la fois du capitalisme financier, et du capitalisme politique (à la chinoise par exemple). Retrouver (ou trouver selon les endroits) le grand bonheur de vivre en société, parmi les gens de notre quartier ou notre village. Retrouver l’humain, l’effort commun bénévole tel qu’il existait encore largement il y a 50-60 ans. Abolir le prolétariat. Et son contraire la finance. Renvoyer dos à dos Adam Smith et Karl Marx.

Eh bien, le croirez-vous ? Tout naturellement l’écologie se remettra en place tout simplement, sans grands mots, sans tapage.Oh cela ne viendra pas comme ça : il faudra du temps (ce qu’aujourd’hui on refuse), il faudra des efforts communs, il y aura des heurts.Mais la fin sera belle !
https://jbl1960blog.files.wordpress.com/2023/02/la-signification-de-largent-david-graeber-2014-traduction-r71-pdf-de-jbl-fevrier-2023.pdf

24/02/2023 13:01 par Assimbonanga

On va voir le développement des forces productives en pleine sécheresse... Pour refroidir les centrales nucléaires, c’est ça qui va être rigolo. Et on verra si le prix des fruits et légumes ne va pas augmenter si les sols sont stériles par manque d’eau. En attendant, les ploucs continuent de pomper pour remplir leurs bassines, tandis qu’ils drainent dès qu’il y a un surplus d’eau en zone humide. Sans doute, ces apprentis sorciers se croient-ils les plus forts...

Julien, le marais et la libellule. De nouveau disponible en replay. Un documentaire vraiment attachant.

Les moyens technologiques de l’être humain lui permettent de faire toutes les conneries. Par contre, après, quand c’est fait. C’est un cercle vicieux.

24/02/2023 14:39 par Assimbonanga

Antivert est pour l’agriculture INDUSTRIELLE (évidemment contrôlée par le peuple quant à la qualité de la production et à l’utilisation des sols ). C’est là où le bât blesse car l’agriculture appartient à des propriétaires privés. Ils reçoivent les subventions, ils engrangent les défiscalisations et, arrivés au bout, ils sont propriétaires d’un exorbitant patrimoine. Que contrôle le peuple dans cette histoire ?

Je crois qu’il ne faut pas confondre les écologistes et les choix politiciens d’installer des champs industriels de capteurs ou d’éoliennes. C’est le capitalisme qui dévoie l’idée écologiste, qui la kidnappe pour continuer le même système industriel et financier à base d’investissements, de dividendes et de profits. On ne peut pas confondre un écologiste militant et un macroniste start-upper. C’est trop stupide.

PS rien ne nous sauvera du réchauffement, en fait. C’est parti ! Désolée de plomber l’ambiance. Quant aux "bonnes idées" pour "récupérer" l’eau de pluie ou de la douche, ce ne sont que des manières de retirer l’eau du circuit naturel. On est foutus, Antivert ! Tu peux donner son pseudo habituel. Personne ne t’insulte !

24/02/2023 16:33 par Antivert

Merci Assimbonanga pour ces opinions contradictoires, argumentées de façon respectueuse. Je n’en ai guère l’habitude lorsque j’évoque mes opinions "anti-vertes".

Deux réponses techniques :
* les centrales nucléaires peuvent être refroidies à l’eau de mer - l’énergie produite est largement suffisante pour dessaliniser ;
* il est évident que je ne prône pas l’agriculture industrielle dans un monde où les moyens de production - y compris les terres - appartiennent à des propriétaires privés. Le dépassement du capitalisme pour moi implique le dépassement de l’écologisme, mais le dépassement de l’écologisme requiert également le dépassement du capitalisme.

Sinon, je suis effaré par l’omniprésence de la propagande écologiste. Dans mon pays, on ne peut regarder un journal télévisé de 30 minutes sans avoir au moins 1/3 de propagande verte (sans déchet, rénouvelable, etc, etc.). Il me semble difficile de nier que l’idéologie dominante aujourd’hui est verte. Et l’idéologie dominante n’est autre que l’idéologie de la classe dominante. Je crois avec donné des hypothèques quant au ralliement massif de la bourgeoisie à cette couleur que je n’apprécie guère (sauf dans la jungle vénézuélienne, mais c’est une autre histoire ;-) ).

24/02/2023 19:12 par Assimbonanga

@Antivert, l’idéologie dominante est ultra libérale, mais le constat dominant est incontournable : c’est le désastre écologique, où que tu regardes ! Les pollutions sont omniprésentes, le plastique, les nanoparticules, les rejets toxiques, la chute de la biodiversité, l’assèchement des sols, la fonte des glaces, les extractions, les mines, la déforestation, l’artificialisation des sols. Les médias seraient criminels d’étouffer la vérité. L’agriculture industrielle tue. Les crimes contre l’humanité sont écologiques. Non, je t’assure, tu ne peux pas y échapper. Mais c’est dur à vivre, évidemment.

25/02/2023 11:29 par Antivert

Assimbonanga a écrit : "Les médias seraient criminels d’étouffer la vérité."

Ah ben, ils se gêneraient, tiens. Ce serait bien la première fois !

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