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Bordiguisme et social-démocratie !

«  Aujourd’hui, les vieux textes de Marx-Engels qui conseillaient aux dirigeants ouvriers de ne pas perdre la tête et de demeurer inébranlablement sur la voix révolutionnaire, sont plus actuels que jamais.

«  C’est faute d’avoir perdu complètement cette claire vision de classe, à laquelle tous les partis faussement «  communistes » ou socialistes, ont substitué le défaitisme petit-bourgeois social-démocrate, critiqué sans pitié par Marx-Engels, que le prolétariat international est impuissant de nos jours, dans un monde où la force seule a voix au chapitre. »

UN POSITIONNEMENT POLITIQUE TRES «  PARTITISTE »

C’est Roger Dangeville qui écrit cela en 1975 dans l’introduction par laquelle il présente divers textes de Marx-Engels relatifs à la social-démocratie allemande.

Sur le site «  Smolny », sa bibliographie «  consiste essentiellement en textes dont Roger Dangeville n’est pas l’auteur mais qu’il a contribué à rendre accessibles par ses traductions nouvelles, parfois inédites, ses introductions ou notes - sans jamais masquer son positionnement très «  partitiste » puisque Dangeville défendait des principes bordiguistes (2) en filiation avec le P.C.International où il avait milité auparavant, c’est-à -dire avant d’entamer ce travail éditorial de publication de textes de Marx principalement. »

Roger Dangeville poursuivait :

LA VIOLENCE DE L’ETAT POLICIER

«  C’est la raison pour laquelle le prolétariat lui-même réagit si souvent de façon petite-bourgeoise, en l’absence d’une véritable organisation de classe, et que l’on applique partout les méthodes bismarckiennes : frapper fort l’adversaire que l’on a isolé et diffamé au nom de la morale et du citoyen pour l’écraser sous le poids de la violence de l’Etat policier, toute action parce que faite à l’ombre de l’Etat ou de la force armée étant bonne, c’est-à -dire légalisée.

«  Qui plus est, ce sont toujours l’Etat et la société qui se disent agressés et parlent de se défendre, et l’on déchaîne la meute sur le trouble-fête.

«  La répression est toujours massive et organisée, et elle ne manque jamais de prendre à témoin l’esprit conformiste et bien-pensant de la benoîte classe moyenne - c’est-à -dire de la nation - soit l’esprit servile des sujets-citoyens.

«  Dès lors, l’Etat de droit, chrétien, démocratique ou «  fasciste » comme l’appellent les idéologues, mais simplement bourgeois pour les marxistes, fait tuer ses adversaires politiques jusque dans les prisons... et on assassine avec la conscience du devoir accompli...

LA QUESTION MYSTIFICATRICE DE LA DEMOCRATIE

«  En Allemagne, montre Dangeville, plus clairement que dans d’autres pays de capitalisme moins concentré, la question mystificatrice de la justice, de la liberté, du droit, de la démocratie apparaît pour ce qu’elle est sous le capitalisme - une phrase creuse, tout en étant simplement un problème de rapports de force et d’énergie révolutionnaire ici ou contre-révolutionnaire là . »

Selon lui, les dirigeants sociaux-démocrates avaient déjà lâché pied une première fois devant les foudres de Bismarck au moment de la promulgation de la loi anti-socialiste (1879) par peur.

Et, dit-il, Engels d’expliquer qu’ils étaient contaminés par l’esprit de servilité et de soumission, «  ce vieux poison du philistinisme borné et de la veulerie petite-bourgeoise » : «  il se trouve qu’au premier choc après les attentats et la loi anti-socialiste, les chefs se sont laissés gagner par la panique - ce qui prouve qu’eux-mêmes ont vécu beaucoup trop au milieu des philistins et se trouvent sous la pression de l’opinion petite-bourgeoise. »

La loi avait atteint son but mystificateur, conclut-il.

LA LOI EST UNE VIOLENCE POTENTIELLE

Dangeville reprend : «  La loi est une violence potentielle, qui couve et n’éclate que si la paralysie due à la terreur cesse. Dès que l’adversaire bouge de nouveau, alors la loi (la violence potentielle) devient cinétique, entre en mouvement, et c’est la violence répressive... »

«  Quelle est l’attitude du marxisme ? », interroge-t-il.

Au moment de la promulgation de la loi anti-socialiste, Engels dit simplement : Considérons le rapport de force entre Bismarck et nous ? Et après avoir constaté que «  nous sommes dans le rapport de 1 à 8 », il conclut : il faudrait être fou pour rechercher maintenant le contact (et le heurt) ; nous l’établirons lorsque nous aurons une chance de l’emporter, «  mais le parti révolutionnaire ne peut jamais se soumettre moralement, dans son for intérieur - par peur philistine - à la légalité ou à la terreur. »

Il ne considère jamais que l’emploi de la violence est une simple rétorsion à une autre violence, mais aussi un moyen indispensable d’initiative politique...

LA PEUR FAIT PARTIE DES REFLEXES NATIONAUX

«  La social-démocratie allemande, poursuit Dangeville, est née dans un climat ardent de lutte de classe dans un pays où domine la terreur policière et bureaucratique et où la peur fait partie des réflexes nationaux petits bourgeois.

«  Dans leurs écrits, dit-il, Marx-Engels montrent que ces phénomènes n’ont rien de spécifiquement allemand, mais dépendent de l’intensité de l’exploitation capitaliste...

«  La réponse à ce phénomène universel contemporain se trouve dans les directives données par Marx-Engels aux dirigeants du parti social-démocrate allemand, et leurs conseils sont plus actuels que jamais, aujourd’hui où tous les prétendus partis ouvriers mènent une politique crassement sociale-démocrate, qui n’était jamais celle de Marx-Engels eux-mêmes...

Bismarck, dit-il, avait encore pu mystifier la social-démocratie, à partir d’une base matérielle - bonapartiste - historiquement déterminée.

LA BOURGEOISIE ALLEMANDE N’AVAIT PAS FAIT SA REVOLUTION

En effet, comme la bourgeoisie allemande n’avait pas fait sa révolution, les rapports sociaux, économiques et politiques n’étaient pas radicalement bourgeois en Allemagne après l’unité de 1871, de sorte qu’en face de la défaillance de la bourgeoisie, le prolétariat avait encore certaines tâches bourgeoises progressistes à mettre en oeuvre (droits démocratiques d’association, de presse, de réunion, etc.) avant de pouvoir instaurer son programme et son règne.

Bref, il fallait encore tout un processus révolutionnaire progressiste pour que la bourgeoisie qui, avec l’unité, avait connu un grand essor économique et social, règne politiquement aussi.

Après la chute de Bismarck en 1891, la bourgeoisie était en fait au pouvoir en Allemagne, et l’Empereur, se prenant pour l’homme fort des puissances du passé, se mit à menacer la social-démocratie d’un coup d’Etat et d’une réédition de la loi anti-socialiste, qui ne pouvaient plus être qu’une parodie de la loi anti-socialiste, étant donné les nouveaux rapports de forces où les forces semi-féodales n’étaient pratiquement plus au pouvoir et les forces capitalistes n’y étaient pas encore solidement installées.

LES SOCIAUX-DEMOCRATES SE LAISSERENT MYSTIFIER

«  C’est alors, dit Dangeville, que les sociaux-démocrates se laissèrent véritablement mystifier et changèrent leur programme révolutionnaire en programme de réforme démocratique, légalitariste et pacifique, et devinrent des révisionnistes.

«  Certes, ils ne le crièrent pas sur les toits, tant qu’Engels vécut - au reste, il fallait qu’ils trompent les masses...

«  Le crime impardonnable des sociaux-démocrates fut alors qu’ils abandonnèrent définitivement les principes révolutionnaires, s’installant dans la légalité pour ne plus en bouger, même lorsque le rapport des forces fut bientôt en leur faveur dans le pays et que la crise sociale décisive était enfin arrivée. Ils couronnèrent leur trahison en acceptant la violence de leurs classes dominantes et en envoyant le prolétariat prendre une part active au carnage de la guerre impérialiste. »

LA REVOLUTION ECLATE ENFIN EN 1918

La révolution si longtemps attendue par Marx-Engels éclate enfin en 1918, rappelle Roger Dangeville.

Le formidable prolétariat allemand se battit comme jamais le prolétariat d’un pays pleinement développé ne l’avait fait jusque-là  : durant près de quinze ans, il lutta pour renverser le capitalisme dans sa forteresse européenne.

«  La défaite, constate Dangeville, n’est pas due au manque de combativité des masses allemandes qu’Engels tenait toujours pour supérieures à leurs chefs.

«  Elle est due à la trahison de la social-démocratie - maudite depuis lors - qui fit échouer l’occasion unique en Allemagtne. La victoire y eût sans doute été décisive pour le reste de l’humanité : en faisant pencher la balance en faveur du prolétariat, déjà victorieux en Russie. »

C’est que Marx-Engels attendaient beaucoup du prolétariat allemand.

«  Il saute aux yeux, dit Marx, que le prolétariat allemand est le théoricien du prolétariat européen, comme le prolétariat anglais en fut l’économiste et le prolétariat français son politicien. »

LE THEORICIEN DU PROLETARIAT EUROPEEN

Déjà , en effet, sous la direction théorique de Marx-Engels, la Ligue des communistes allemands avait lancé dans Le Manifeste du Parti communiste de 1848 le programme d’une société nouvelle et crié aux classes dirigeantes en place : «  Malheur à toi, ô bourgeoisie ! »

Le spectre du communisme qui hantait l’Europe et le monde trouvait une base scientifique, développée jusque dans le détail par Le Capital, et une organisation politique et militante efficiente dans la Première Internationale, conduite par Marx-Engels.

La social-démocratie allemande, poursuit Dangeville, réalisa de manière exemplaire pour les ouvriers de tous les pays du monde la formule lancée par Marx-Engels dans Le Manifeste : la constitution du prolétariat en classe autonome et distincte de toutes les autres, donc en parti, sur la base du socialisme scientifique comme condition sine qua non au succès de la lutte révolutionnaire contre la bourgeoisie et de l’érection du prolétariat en classe dominante par la conquête du pouvoir politique...

MARX-ENGELS N’ONT PAS DONNE LEUR SANCTION

L’organisation n’est pas une forme neutre, mais dépend de son orientation, révolutionnaire ou opportuniste. La marge entre ces deux cours est extrêmement mince au commencement, lorsque le parti se cherche, hésite ou oscille parfois, et tout le recueil, dit Dangeville, montre la lutte acharnée de Marx-Engels pour contrecarrer les tendances opportunistes et imposer le cours révolutionnaire.

«  Ce recueil, poursuit-il, réfute à chaque page l’affirmation éhontée selon laquelle Marx-Engels ont donné leur sanction au cours opportuniste qui a conduit la social-démocratie allemande à la trahison de 1914 : tant qu’ils vécurent, tous leurs efforts ont consisté, à l’inverse, à dénoncer la moindre déviation ou marchandage de principe qui pouvait porter le parti dans cette direction.

«  La social-démocratie a porté les heurts de classe jusque sur le terrain de la théorie, et le marxisme l’a emporté sur toutes les autres idéologies, bourgeoises, petites bourgeoises et ouvriéristes...

LE RôLE DE LENINE

Dangeville sollicite Lénine : «  Depuis lors, dit Lénine, le combat est mené au nom du marxisme jusqu’à ceux-là mêmes qui le combattent.

«  C’est dans la social-démocratie que l’adversaire insidieux a commencé à mener la lutte théorique pour démontrer d’abord que le marxisme était lacunaire, dépassé et erroné, puis, ne parvenant pas à vaincre sur ce terrain, il s’est mis à revendiquer le marxisme pour colmbattre les marxistes orthodoxes, révolutionnaires.

«  Lénine a mené toute sa lutte sur le fonds de sa polémique contre le révisionnisme, et l’on a bien tort de parler de léninisme, puisqu’il ne pensait qu’à restaurer le marxisme tout court... »

Dangeville montre que la révolution russe sortit de l’ombre une partie importante de l’oeuvre de Marx-Engels jusqu’à ce que Staline, avec ses thèses anti-marxistes, s’en prit d’abord à Engels, puis, ne pouvant se permettre d’aller bien loin dans cette voie, jugea qu’il valait mieux tuer par le silence ce qui le gênait le plus.

«  Les méthodes utilisées par les dirigeants sociaux-démocrates opportunistes et révisionnistes refleurirent de plus belle lorsque la IIIe Internationale se mit à dégénérer. »

Roger Dangeville cite en exemple le fait qu’en 1932, les Editions de Moscou annonçaient la parution de la correspondance de Marx-Engels et des principaux dirigeants du mouvement allemand, ce qui était assurément une contribution importante à la connaissance de la social-démocratie allemande et de ses rapports avec le marxisme.

MARX-ENGELS GENANTS

«  Dès le premier volume, dit Dangeville, on pouvait être méfiant : Riazanov qui avait consacré sa vie à dénicher les textes de Marx-Engels afin de les publier en oeuvres complètes venait d’être liquidé par Staline (3) et, dans la préface, il était accusé d’avoir dissimulé les textes au lieu de les publier.

«  Sur les deux volumes annoncés, il n’en parut qu’un seul, sur la période de 1870-1886 : la correspondance devenait gênante pour les nouvelles positions de Moscou - et le second volume de 1887 à 1895 ne parut jamais.

«  Cet exemple d’un combat qui jette dans la balance l’homme et ses principes a été amorcé par la social-démocratie allemande et s’est généralisé de nos jours.

«  Il témoigne de l’intensité de la lutte autour de la théorie révolutionnaire de Marx-Engels. Leurs principes ne sont-ils pas du feu ? »

Michel Peyret

19 octobre 2011

Note 1 : Bien évidemment, comme je l’ai fait pour d’autres textes et auteurs, je laisse à Roger Dangeville la responsabilité de ses prises de position, mais j’ai, pensé souhaitable de donner à connaître des appréciations et analyses d’un autre courant de réclamant du marxisme

Note 2 : Bordiga :http://fr.wikipedia.org/wiki/Amadeo_Bordiga ;
Bordiguisme :http://fr.wikipedia.org/wiki/Bordiguisme
Note3 : concernant Riazanov, voir mon article : «  Je voudrais vous raconter leur histoire. »

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