Quantcast
RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes


Cette misère galopante que fait en France hurler l’hiver

Je prends souvent le métro, notamment les ligne 1 et 9. Je suis comme vous de plus en plus révolté. Je n’ai jamais autant croisé de personnes dans une détresse extrême. Le froid arrivant, des femmes, des hommes affamés, à qui on ne donne plus d’âge tant ils sont esquintés par la vie, abrutis par les piquettes infâmes qu’ils ingurgitent pour se réchauffer et oublier leur condition, se réfugient dans les stations ou les couloirs du métro... Ces stations où peu à peu, la RATP plus soucieuse de son image que compatissante, remplace les banquettes classiques par des sièges "anti-SDF". Des jeunes femmes, des jeunes hommes, certains errant sur les quais, blancs comme des zombies, bavant, hagards, et qui nous interpellent pour réclamer un euro, un ticket restaurant ou quelque chose à manger. A Nation, chacun peut croiser cette vieille femme à moitié nue, crasseuse, couchée à même le sol, en plein milieu d’un couloir et que nous contournons tous pudiquement... Par sa ruine, toute dignité lui a été retirée. Elle est pour moi le symbole cruel de la démission ou de l’indifférence de l’État français. J’ai appelé le SAMU social... Elle a disparu un moment puis est revenue au même endroit, propre sur elle... pour combien de temps ?

Rien que pendant la petite demi-heure de métro me menant de St Augustin à Nation, pas moins d’une dizaine de personnes en haillons ont sillonné la rame pour réclamer de quoi bouffer ou une aide à trouver un refuge, un toit. Toutes disent ne plus avoir droit à rien. Les voyageurs baissent la tête, scrutent leur portable au moment où la main se tend. Je sors une pièce de 2 euros et la dépose dans un verre en plastique qu’une femme maigre, sale, les traits creusés, les cheveux en bataille, le regard halluciné, me tend en tremblant. Cette jeune femme ne doit pas avoir 30 ans ! Des voyageurs me jettent un regard de travers. D’autres font semblant de ne rien voir. Tout le monde se tait. Personne d’autre dans la voiture n’a donné un centime. Je ne leur jette pas la pierre. Des tas de bonnes raisons peuvent les retenir et puis on ne peut pas donner à tout le monde, et ce tout le monde a tellement grossi ces derniers temps que c’en est effrayant !

Mon voisin de gauche, un jeune homme noir avec un bonnet sur la tête, semble vouloir me dire quelque chose. Nos regards se croisent et nous échangeons quelques mots sur les conditions qui font basculer un être humain dans la misère la plus abjecte. On est d’accord : ça n’arrive pas qu’aux autres et les politiques violemment antisociales menées successivement sont les seules responsables et les grandes coupables de cette explosion de misère. Et qu’on ne me parle surtout pas de faibles comparés aux forts, ni de fainéants opposés aux entreprenants, la civilisation n’est pas la jungle... Tant qu’une Nation laisse crever certains de ses enfants sur le bas-côté, elle est indigne de ce nom. Et ces enfants qui n’ont plus l’air de rien, il suffit de les regarder pour les voir. Ils sont partout, non seulement dans le métro, mais aussi sous les porches, dans un renfoncement d’immeuble, sur un trottoir, sur les grilles d’aération du métro, emballés dans des cartons pour échapper au froid de l’hiver.

Oui, elle galope cette misère humiliante puisque comme le reprochait en son temps Victor Hugo au gouvernement en scandant : "Vous n’avez rien fait tant que le peuple souffre ! Vous n’avez rien fait tant qu’il y a au-dessous de vous une partie du peuple qui désespère ! Vous n’avez rien fait, tant que ceux qui sont dans la force de l’âge et qui travaillent peuvent être sans pain ! tant que ceux qui sont vieux et qui ont travaillé peuvent être sans asile ! tant que l’usure dévore nos campagnes, tant qu’on meurt de faim dans nos villes...". Plus de cent cinquante ans après, je ne changerai pas un mot de ce discours puissant du grand Hugo, toutefois aujourd’hui j’y ajouterai : non seulement vous n’avez rien fait mais vous avez beaucoup défait et continuez à défaire !

Ce n’est pas la charité que ces femmes et ces hommes demandent, non, c’est la solidarité et la dignité qu’ils réclament et qu’un État juste se doit de garantir au peuple par des droits inaliénables, en n’oubliant jamais, comme le proclamait un poète latin (*), né esclave, au 1er siècle avant JC, que "le comble de la misère est une vieillesse pauvre". La protection sociale est l’une des plus hautes vertus d’un État. Sans elle, nul pays n’est en droit de se dire civilisé.

Michel TAUPIN

»» https://www.facebook.com/Michel.Taupin.M/posts/10156109381251435
URL de cet article 32545
   
Même Auteur
30 ans d’Humanité, ce que je n’ai pas eu le temps de vous dire
Michel TAUPIN
Quel plaisir de lire José Fort ! Je pose le livre sur mon bureau. Je ferme les yeux. Je viens de l’avaler d’une traite. Comme je le trouve trop court, je décide de le relire. Même à la seconde lecture, il est captivant. Cette fois, j’imagine ce qu’aurait été ce bouquin illustré par son compère Georges Wolinski comme c’était prévu. Ç’aurait été tout simplement génial. Des tarés fanatiques ne l’ont pas permis. La bêtise a fait la peau de l’intelligence et de l’élégance. De l’élégance, José Fort n’en manque pas. (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Je n’accepte plus ce que je ne peux pas changer. Je change ce que je ne peux pas accepter.

Angela Davis


Lorsque les psychopathes prennent le contrôle de la société
NdT - Quelques extraits (en vrac) traitant des psychopathes et de leur emprise sur les sociétés modernes où il s’épanouissent à merveille jusqu’au point de devenir une minorité dirigeante. Des passages paraîtront étrangement familiers et feront probablement penser à des situations et/ou des personnages existants ou ayant existé. Tu me dis "psychopathe" et soudain je pense à pas mal d’hommes et de femmes politiques. (attention : ce texte comporte une traduction non professionnelle d’un jargon (...)
40 
Cette épuisante sensation de courir dans l’eau (plaidoyer pour rompre définitivement avec le PS)
Vous avez déjà essayé de courir dans l’eau ? Epuisant n’est-ce pas ? Au bout de quelques pas, je me dis que j’irai plus vite en marchant. Alors je marche. Comme je n’ai jamais pris la peine de me chronométrer, je ne sais ce qu’il en est réellement, mais la sensation d’aller plus vite et plus loin est bien là. Et quoi de plus subjectif que le temps ? Préambule défoulant : Socialistes, j’ai un aveu à vous faire : je ne vous supporte plus. Ni vos tronches, ni vos discours, ni vos écrits, ni vos (...)
58 
La crise européenne et l’Empire du Capital : leçons à partir de l’expérience latinoaméricaine
Je vous transmets le bonjour très affectueux de plus de 15 millions d’Équatoriennes et d’Équatoriens et une accolade aussi chaleureuse que la lumière du soleil équinoxial dont les rayons nous inondent là où nous vivons, à la Moitié du monde. Nos liens avec la France sont historiques et étroits : depuis les grandes idées libertaires qui se sont propagées à travers le monde portant en elles des fruits décisifs, jusqu’aux accords signés aujourd’hui par le Gouvernement de la Révolution Citoyenne d’Équateur (...)
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.