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D’une oppression … l’autre

La date, relativement lointaine, à laquelle se réfèrent ces remarques, est celle d’une scène qui s’est déroulée au Parlement néo-zélandais de Wellington. A cette date, les élections dans ce pays, le 14 octobre 2023, avaient vu la victoire du Parti national (droite), qui avait inauguré une série de mesures discriminatoires à l’encontre de la minorité maorie. Le 12 décembre, lors d’une session du Parlement, le speaker (président de la Chambre) avait alors donné la parole à la jeune (21 ans) députée maorie Hana-Rawhiti Maipi-Clarke, membre d’un parti d’opposition.

Cette députée avait commencé son discours en maori. Ce discours avait plutôt l’air d’un poème traditionnel, récité de manière scandée. Puis, brusquement, sans crier gare, ce poème s’était mué en un haka enflammé, avec gestuelle des bras, de la tête et du corps entier (comme l’exécutent les joueurs de rugby des All Black). Ce haka avait alors été repris par les spectateurs des tribunes, ainsi que par (au moins) un autre député assis à la gauche de Maipi-Clarke, car on voyait ses lèvres bouger et accompagner les paroles de sa collègue. Puis Maipi-Clarke avait repris son discours en maori et l’avait ensuite traduit en anglais, en dénonçant les mesures discriminatoires à l’encontre de sa nation, et en faisant profession de foi de ses idéaux. A la fin, les spectateurs des tribunes avaient entonné un chant traditionnel maori et plusieurs députés étaient venus saluer Maipi-Clarke, souvent de manière très chaleureuse, en l’embrassant - à tous les sens du terme (baisers et enlacement dans les bras).

Remarque 1. Ce qui était frappant, dans cette scène, c’étaient les contrastes. Contraste d’abord entre la longue chevelure, noire de jais, de la jeune femme, et son sobre costume blanc (veste et pantalon), chacun de ces éléments donnant d’ailleurs du relief à l’autre. Contraste aussi entre son anglais qui (pour autant que je puisse en juger) est un anglais distingué, presque ce que les Britanniques appellent le "Queen’s English" (l’anglais de la reine), c’est-à-dire l’anglais parlé dans les hautes sphères de la société, et le haka déclamé en maori. On voit alors le calme visage de la députée se métamorphoser, ses yeux s’écarquiller, sa bouche se tordre, ses traits s’animer jusqu’à enlaidir son visage sous l’empire de la passion. On la dirait changée en Erinnye (déesse de la vengeance) ou en Gorgone, figure de la mythologie grecque, dont l’une des représentantes, Méduse, à la chevelure formée de serpents, avait un regard qui médusait ses auditeurs. [C’est-à-dire qui les changeait en pierre, et, dans le sens actuel confère l’immobilité de la pierre, ce qui semble être le cas des députés néo-zélandais...].

Remarque 2. Ce qui est aussi frappant, c’est que ce haka retrouve ici son esprit originel. En effet, jusque là, il n’était connu des spectateurs et téléspectateurs français que comme cri de guerre poussé rituellement par les All Blacks (les joueurs de rugby néo-zélandais) au début de chacun de leurs matchs internationaux. Il y a, dans ce folklore, une grande part d’instrumentalisation malhonnête. En effet, le rugby est un sport initialement britannique, joué d’abord par les descendants blancs des colons anglais de Nouvelle-Zélande. Et ce cri (scandé en maori, y compris par les joueurs de souche européenne) est destinée à leur conférer un caractère sauvage censé intimider leurs adversaires. Ce qui, simultanément, n’a jamais fait cesser les discriminations et brimades des gouvernements néo-zélandais envers les Maoris...

Remarque 3. Cette surprenante et symbolique initiative n’est pas sans rappeler celle d’autres femmes, à commencer, dans le même pays, par l’ancienne Première ministre travailliste, Jacinda Ardern. Après l’attentat de Christchurch (ville de Nouvelle-Zélande) commis le 15 mars 2019 par le terroriste australien d’extrême-droite Brenton Tarrant, attentat qui avait coûté la vie à 51 personnes de confession musulmane, Jacinda Ardern était alors allée rendre visite à la communauté musulmane de son pays, coiffée d’un foulard islamique.

Remarque 4. Dans cet ordre d’idées, il n’est pas possible de ne pas faire le rapprochement avec la représentante d’un autre peuple, également opprimé par le gouvernement de droite d’une puissance occupante. Je veux parler d’Ahed Tamimi, jeune Palestinienne de Cisjordanie qui, âgée de 16 ans, s’était rendue célèbre en giflant un soldat israélien. Elle avait, pour cela, écopé d’une peine de prison et avait d’ailleurs eu des gestes de protestation bien auparavant, et la présente guerre de Gaza n’a pas fait cesser son militantisme. Et à quelques mois près, elle a sensiblement le même âge qu’Hana-Rawhiti Maipi-Clarke. La valeur n’attend pas le nombre des années...

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