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En RDC, une « volonté manifeste d’instaurer un régime de terreur »

La province du Katanga, dans le sud du pays, ancien fief de l’opposant numéro un au régime, Moïse Katumbi, fait les frais du durcissement de la politique de Joseph Kabila.

Les Congolais n’avaient plus l’habitude que le pouvoir – ou une émanation de celui-ci – tienne ses promesses. Le 1er novembre dernier, le vice-président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), Norbert Basengezi, déclarait que le calendrier électoral ardemment voulu serait publié avant la fin de la semaine. Voilà qui est chose faite. Dimanche 5 novembre, Corneille Nangaa, le président de la Céni, a annoncé que les élections présidentielle et législatives se tiendront le 23 décembre 2018. « Soit plus de deux ans après la fin du deuxième et dernier mandat du président de la République, Joseph Kabila, officiellement terminé le 19 décembre 2016 » note le correspondant du Monde à Kinshasa, Pierre Benetti.

Soit, également, plus d’un an après la date prévue par l’ « accord du 31 décembre », conclu entre la majorité présidentielle et l’opposition, fin 2016, d’après lequel les deux scrutins devaient avoir lieu fin 2017. C’était sans compter les manœuvres du chef de l’Etat, au pouvoir depuis 2001, qui n’a cessé de tergiverser et repousser le calendrier électoral, malgré les protestations des Nations unies (ONU), de l’Union européenne (UE) et des Etats-Unis, qui avaient financé les élections de 2006 et espéraient une première transition véritablement démocratique dans le pays. La population écope donc d’une année supplémentaire – au minimum – d’excès de la part du pouvoir en place.

Procès bidon

Une mauvaise chose, en particulier si l’on est opposant au régime et que l’on se trouve dans la région du Katanga, dans le sud du pays. « C’est très tendu là-bas » confiait récemment Raph Kabengele, conseiller politique et diplomatique de Félix Tshisekedi. Ce dernier, fils de l’ancien président de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) et opposant historique à Joseph Kabila, Etienne Tshisekedi – décédé en début d’année –, en déplacement à Lubumbashi, il y a quelques semaines, a fait les frais de la politique anti-opposition du régime. Alors qu’il se rendait dans la capitale du Katanga pour rencontrer ses partisans et y tenir un meeting, les forces de l’ordre l’en ont tout simplement empêché.

« A mon époque, les opposants pouvaient organiser sans accroc leurs manifestations » regrette Moïse Katumbi, ex-gouverneur de la province et candidat déclaré à la succession de M. Kabila. « En 2011, malgré des instructions contraires, j’avais autorisé Etienne Tshisekedi, qui séjournait alors en Afrique du Sud, à venir entamer sa campagne électorale à Lubumbashi. » Il faut croire que le pouvoir central n’est pas aussi indulgent avec la diversité politique. M. Katumbi lui-même, parce qu’il jouit d’une forte popularité dans la région et est pressenti pour rafler la présidentielle – lorsqu’elle se tiendra –, subit les méthodes du clan Kabila.

Dès 2014, tandis que le chef de l’Etat commence à esquisser la volonté de se maintenir au pouvoir, Moïse Katumbi prend ses distances vis-à-vis de lui et intègre les rangs de l’opposition. Dont il ne tarde pas à devenir l’un des leaders. Résultat : très vite, à Kinshasa, on décide de durcir le ton, non seulement à son encontre, mais à l’encontre de tous ceux qui choisissent de le suivre. Et les têtes tombent. Comme celle de l’ex-député de la majorité présidentielle, Vano Kalembe Kiboko, opposé au projet de révision constitutionnelle de Joseph Kabila, arrêté et inculpé début janvier 2015 pour « incitation à la haine tribale ».

Car en plus de mettre la main sur le Katanga, foyer de contestation politique, de manière parfois violente, le pouvoir utilisera la justice pour écarter ses opposants. En juin 2016, Moïse Katumbi est ainsi victime d’un procès bidon, tenu à l’issue d’une affaire immobilière montée de toute pièce – comme le reconnaitra la juge Chantal Ramazani Wazuri quelques semaines après –, qui le contraint à l’exil pour échapper à la prison. A la place, le régime embastillera plusieurs de ses proches, dont son ancien directeur de cabinet, Huit Mulongo, et plusieurs gardes du corps. Fin octobre, les avocats de ces derniers demandaient d’ailleurs leur libération, pour manque de preuves factuelles.

« Nous ne voulons pas d’effusion de sang »

« Lubumbashi est devenu un coin où l’opposition n’a plus droit de cité » explique à Afrique Media le député Christian Mwando, à la tête de l’Union nationale des démocrates fédéralistes (UNADEF) et ancien ministre provincial de Moïse Katumbi. « C’est une volonté manifeste [de la part du pouvoir] d’instaurer un régime de terreur […], cela passe par la démystification des leaders de l’opposition pour décourager la population » ajoute-t-il. Une méthode qui fonctionne visiblement. La province du Katanga, affirme le média spécialiste de l’Afrique, « ressemble de plus en plus à une ’no-go zone’ pour les opposants », ceci en raison d’une décision administrative qui interdit toute manifestation publique jusqu’à nouvel ordre.

Et mieux vaut l’observer. Le 30 octobre dernier, quatre civils et un policier sont morts au cours d’une échauffourée entre opposants à Joseph Kabila et forces de l’ordre, en marge d’une manifestation organisée dans les rues de Goma (Nord-Kivu) par plusieurs associations militantes. Dont l’une d’elles, Lutte pour le changement (Lucha), indiquait sur sa page Facebook : « La résistance contre le régime sanguinaire et prédateur de Kabila a bel et bien commencé. Les violences de la police contre la population […] ce lundi à l’aube ont poussé la population à ériger des barricades dans différents quartiers. En ce moment, la police et même l’armée sont déployées en grand nombre et tirent sur tout ce qui bouge. »

La crainte de voir de tels incidents se multiplier est grande ; les anti-Kabila ne sont pas près d’abandonner leur lutte pour le départ du chef de l’Etat. D’autant plus qu’ils se sentent floués par l’annonce de la Céni, le 5 novembre dernier, que certains accusent de complaisance à l’égard du régime. Quelques jours avant, Moïse Katumbi, qui a annoncé son retour en RDC pour le mois prochain, avertissait d’ailleurs Joseph Kabila sur les risques qu’il faisait encourir au pays en bafouant sans cesse la volonté populaire. « S’il n’y a pas d’élections avant la fin de l’année, il devra lâcher son poste de président le 20 décembre. Sinon il trahira le peuple. » L’opposant numéro un d’alerter : « Nous ne voulons pas d’effusion de sang au Congo. »

Si elle a conscience du danger, l’opposition, pourtant, ne désarme pas. Plusieurs organisations politiques et de la société civile appellent à des manifestations contre le calendrier électoral retenue par la Céni. Des rassemblements d’ores et déjà émaillés d’arrestations arbitraires, mais qui ont le soutien de l’ONU. Son émanation en RDC, la Monusco, par la voix de son président Maman Sidikou, « exhorte ainsi les autorités congolaises à respecter les libertés fondamentales telles que stipulées dans la Constitution congolaise, dont la liberté de réunion et de manifestation. » En guise de réponse, le commissaire provincial de la Police Nationale Congolaise a promis que « tout attroupement de plus de 5 personnes [serait] dispersé (…) sans pitié… »

Julien Beranger

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La Chine sans œillères
Journaliste, écrivain, professeur d’université, médecin, essayiste, économiste, énarque, chercheur en philosophie, membre du CNRS, ancien ambassadeur, collaborateur de l’ONU, ex-responsable du département international de la CGT, ancien référent littéraire d’ATTAC, directeur adjoint d’un Institut de recherche sur le développement mondial, attaché à un ministère des Affaires étrangères, animateur d’une émission de radio, animateur d’une chaîne de télévision, ils sont dix-sept intellectuels, qui nous parlent (...)
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