Huit ans avant leur rencontre les téléphones de Caroline Lang étaient inscrits dans le carnet d’Epstein.

C’est juré craché sur la Roche de Solutré : Jack Lang et sa fille Caroline n’ont rencontré Jeffrey Epstein qu’en 2012. C’est ce que répète en crédo l’ancien ministre de la Culture et de l’Education Nationale dans sa célèbre langue de Blois. Pour être précis il ajoute que si cette rencontre a eu lieu, lors d’un repas partagé au domicile de l’agent pédocriminel 22 avenue Foch, c’est pour répondre à une invitation lancée par Woody Allen. Pourquoi pas, le cinéma avant toute chose. Notons que l’examen des mails et SMS de Caroline Lang, ceux échangés avec Epstein ou ses secrétaires, nous indiquent que ce dîner n’a pu avoir lieu qu’entre le premier janvier et ... avril. En effet, les documents produits par la Justice des États-Unis nous informent que le 23 avril 2012, Caroline Lang et Epstein se connaissaient déjà. Ce mois précis une « assistant » du criminel annonce à « Caroline » que le maître va débarquer à Paris, et qu’il souhaite la rencontrer, d’abord le 12 mai, puis « le date » est repoussé au 13. Sans doute un jour porte bonheur. Ainsi « le dîner chez Epstein » ne peut s’être déroulé qu’entre le premier de l’an et avril 2012. Pourquoi pas. Trois mois sont suffisants pour que des suffisants se connaissent ! Jeffrey ayant été libéré d’un premier accroc - la prison en 2009 -, c’était dès lors un homme aussi fréquentable que libre. Trois années ? Le temps d’une innocence retrouvée.

De 2012 à 2019, moment où l’ami des Lang va retourner en prison pour y croiser le suicide, Caroline et Jeff ont énormément « échangé », comme on l’écrit en novlangue : 4559 occurrences ont été comptées par les vétilleux fonctionnaires de la Justice étasunienne. De bien proches amis ces amateurs d’art. D’ailleurs mademoiselle Lang termine ses mails envoyés au pédophile par des « Big Kiss ». Kiss me, même deadly, c’est toujours doux à entendre quand on aime le cinéma. Caroline partage beaucoup du temps de Jeffrey avec papa Jack et maman Monique : ouverture spéciale du musée d’Art Moderne à Chaillot, pour y admirer l’œuvre de Philippe Parreno. Mobilisation toute aussi exclusive d’un conservateur de Pompidou pour visiter les lieux loin de ces touristes si mal élevés. Parfois Caroline se fait agent immobilier et souhaite participer à la revente, dans les marais, de « l’hôtel des Ambassadeurs ». Bijou que le père de son amie Sophie Duménil entend revendre, lui qui vient d’acheter ce sobre chez soi contre 38 millions d’euros. Constatons-le, le malheur n’est que chez les riches. Pour rester chez les fortunés, évoquons un dîner donné place des Vosges, autre lieu d’opulence, au domicile des Lang. L’invitation est lancée par Monique, la maman qui précise à Epstein l’adresse de son « homme », lapsus amusant puisque l’épouse de Jack confond son domicile et son mari, son home avec son homme. La vie amicale de Jeffrey et des Lang n’est plus qu’un long fleuve d’amitié canalisé par des œuvres d’art forcément sublimes et des paradis de pierre mis en vente.

Une énigme dans toute cette limpidité : les numéros privés de Caroline figurent dans le carnet d’adresses de Jeff dès 2004 ! Deux à New York, portable et fixe, et l’autre privé à Paris ? La réponse est simple, amateurs de listes bien remplies, c’est à la suite d’un ouï-dire qu’Epstein a eu l’idée de coucher Caroline dans sa mémoire de papier, sans la connaître. Personnellement mon téléphone figure bien dans le carnet des employés d’Orange. Et je n’ai jamais eu le plaisir de les rencontrer... Scripter Caroline n’était donc qu’un acte prémonitoire, la synchronicité de Jung.

C’est lors de l’inauguration de la Grande Arche de la Défense, le 14 juillet 1989 que Jack va frôler le destin de Jeffrey. Robert Maxwell, sponsor privé numéro un de l’Arche est là, champagne en main. Cet ancien député travailliste anglais, propriétaire du quotidien Daily Mirror, est aussi le père de Ghislaine, qui sera la compagne damnée d’Epstein. Elle dort aujourd’hui dans une prison de Floride, condamnée à 20 années de cellule. Lors de cette rencontre au sommet d’une colline parisienne, Lang a-t-il vanté les mérites de sa Caroline ? On l’ignore. Mais le hasard veut qu’elle se retrouve employée du Mirror Group Newspapers à Londres.

L’agent du Mossad, Robert Maxwell aura un avenir qui va durer moins longtemps. Après avoir aidé ses compagnons du service secret israélien à capturer le scientifique félon Mardochaï Vanunu, en cavale depuis son poste de Dimona, berceau d’une bombe atomique qui n’existe pas. Vanunu, qui a craqué, est prêt à divulguer des secrets du nucléaire israélien. En fuite à Londres, Maxwell et sa force spéciale le retrouvent et lui collent une prostituée du Mossad dans le lit. La divine va convaincre ce naïf de partir en voyage à Rome. Là, Vanunu sera rattrapé et rapatrié en Israël où il va rester 20 ans en prison.

Comme on ne peut gagner tout le temps, Maxwell perd. Et c’est beaucoup d’argent. Pour retrouver une santé financière, le magnat en carton envisage, puisque l’URSS qu’il connait bien vient de tomber, d’acheter à un oligarque militaire une arme de destruction massive. Afin de la revendre à un pays du Moyen Orient, forcément ennemi d’Israël. Pour le Mossad c’est le tilt de fin de partie. Avec le feu vert de la CIA, Maxwell est assassiné à bord de son yacht, le « Lady Ghislaine » et jeté dans l’eau des Canaries. Cet agent exemplaire sera enterré à Jérusalem dans le « Carré des Justes ». C’était payé le juste prix.

Jacques-Marie BOURGET

(Commentaires désactivés)