RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

Interview : « En à peine un an, la perception de la Russie a changé au Moyen-Orient »

Ancien responsable du monde arabo-musulman au service diplomatique de l’AFP, René Naba vient de publier un ouvrage sur l’Arabie saoudite (1). Il y décrypte les enjeux du prochain déplacement, prévu fin mars, de Barack Obama au « royaume des ténèbres », dans un contexte tendu par les crises syrienne et ukrainienne.

HD. Dans quel contexte Barack Obama effectue-t-il sa visite en Arabie saoudite ?

RENÉ NABA. Ces dernières semaines, la conjoncture internationale s’est considérablement modifiée au détriment de ce que j’appelle « l’islamoatlantisme », c’est-à-dire l’alliance de l’islam wahhabite et des pays de l’OTAN. La rébellion syrienne, soutenue par l’Arabie saoudite, a subi d’importants revers en perdant, par exemple, la ville de Yabroud. Toute la région côtière va être sécurisée au profit du gouvernement syrien. S’y ajoutent le camouflet diplomatique en Crimée et la guerre qui couve entre les Saoudiens et les Qataris.

HD. La Russie joue-t-elle un rôle plus important au Moyen-Orient ?

R.N. Mahmoud Abbas, président de I’Autorité palestinienne, a déclaré récemment : « Ne faites jamais confiance aux Américains. Si vous voulez récupérer vos droits, adressez-vous aux Russes. En moins d’un an, il y a eu une modification de la perception de la Russie au Moyen-Orient. En Égypte, le général Al Sissi renoue actuellement avec Moscou, et les États-Unis n’y peuvent rien. Souvenez-vous que les Saoudiens, via l’ex-patron des services de renseignements, Bandar Ben Sultan, avaient proposé, entre autres et en vain, 14 milliards de dollars (10,15 milliards d’euros) d’achat d’armes russes pour que Poutine lâche Bachar Al Assad. Le soutien indéfectible que la Russie a apporté à la Syrie porte en quelque sorte ses fruits.

HD. Cette visite intervient dans un climat de grande tension entre le Qatar et l’Arabie saoudite...

R. N. L’Arabie saoudite n’a pas supporté de voir des États arabes, comme l’Égypte, porter au pouvoir par les urnes des mouvements islamistes comme les Frères musulmans. C’est contraire aux principes héréditaires qui régissent la transmission du pouvoir à Riyad. Vous avez eu le même phénomène en Turquie, pays non arabe mais sunnite. Le Qatar a encouragé partout ce processus, que ce soit en Libye ou en Tunisie. Ensuite, il y a un problème de légitimité. Pour les Saoudiens, un dirigeant arrivé au pouvoir par un coup d’État, comme ce fut le cas de l’ex-émir du Qatar, Hamad Al Thani, n’est pas légitime. Pour Barack Obama, cette guerre entre les deux monarchies est un désastre absolu : de fait, la seule instance régionale de coopération interarabe (la Ligue arabe – NDLR) est neutralisée.

HD. La question énergétique est étrangement absente des analyses des crises qui secouent la région...

R. N. La guerre en Syrie a débuté en partie pour des raisons énergétiques. En prévision du bombardement de l’Iran, initiative soutenue par l’Arabie saoudite, le Qatar avait tenté de convaincre Bachar Al Assad de laisser passer un pipeline pour que le gaz qatari puisse contourner le détroit d’Orrnuz, contrôlé par l’Iran, et alimenter l’Europe via la Turquie. La Syrie avait refusé, entre autres parce que cela allait à l’encontre des intérêts de deux de ses plus fidèles alliés, l’Algérie et la Russie. Le grand problème de l’Europe actuellement, et la crise en Ukraine en fait la démonstration, c’est que son ravitaillement en gaz dépend fortement de l’Algérie et de la Russie, qui ne sont pas dans la sphère d’influence de l’OTAN.

HD. L’Arabie saoudite se rapproche d’Israël. Les États-Unis vont-ils demander aux Saoudiens une reconnaissance officielle de l’État hébreu ?

R. N. Les Saoudiens ne reconnaîtront pas Israël dans l’immédiat, mais les signes se multiplient. Ils ont, par exemple, toléré que la protection des frontières des Émirats arabes unis soit confiée à une société israélienne. C’est aussi des Israéliens qui s’occupent de la sécurité à l’aéroport de Djedda, via une filiale de la société étrangère, G4S. Potentiellement, les Israéliens peuvent avoir accès aux empreintes digitales et aux données biométriques de la plupart des fidèles qui se rendent en pèlerinage à La Mecque. Les Saoudiens vont vouloir négocier leur éventuelle reconnaissance d’Israël avec les États-Unis, parexempleen trouvant une porte de sortie honorable au conflit syrien et des garanties à la suite du rapprochement en cours avec l’Iran.

Edition du 27 mars 2014, Disponible en kiosque http://www.humanite.fr/mot-cle/lhumanite-dimanche

Entretien réalisé par Marc de Miramon

»» http://www.renenaba.com/interview-en-a-peine-un-an-la-perception-de-la...
URL de cet article 24978
  

L’Eglise et l’école, de Marceau Pivert
La laïcité séduit au XIXe siècle une bourgeoisie soucieuse de progrès et d’efficacité. Les socialistes en font également leur cheval de bataille. La séparation de l’Église et de l’École puis de l’Église et de l’État en 1905 en est le symbole, mais ce fragile compromis est bientôt remis en cause. Face à une contestation grandissante, la bourgeoisie et l’Église s’allient pour maintenir l’ordre social, politique et moral. Depuis les années 1920, leur offensive conjointe reprend une à une les conquêtes laïques. La (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

"Le Maire Daley et d’autres officiels du gouvernement pendant les émeutes des années 60 ont prouvé leur préférence pour la propriété plutôt que l’humanité en ordonnant à la police de tirer pour tuer sur les pilleurs. Ils n’ont jamais dit de tirer pour tuer sur des assassins ou des trafiquants de drogue"

Dick Gregory (1932-2017)

La crise européenne et l’Empire du Capital : leçons à partir de l’expérience latinoaméricaine
Je vous transmets le bonjour très affectueux de plus de 15 millions d’Équatoriennes et d’Équatoriens et une accolade aussi chaleureuse que la lumière du soleil équinoxial dont les rayons nous inondent là où nous vivons, à la Moitié du monde. Nos liens avec la France sont historiques et étroits : depuis les grandes idées libertaires qui se sont propagées à travers le monde portant en elles des fruits décisifs, jusqu’aux accords signés aujourd’hui par le Gouvernement de la Révolution Citoyenne d’Équateur (...)
Comment Cuba révèle toute la médiocrité de l’Occident
Il y a des sujets qui sont aux journalistes ce que les récifs sont aux marins : à éviter. Une fois repérés et cartographiés, les routes de l’information les contourneront systématiquement et sans se poser de questions. Et si d’aventure un voyageur imprudent se décidait à entrer dans une de ces zones en ignorant les panneaux avec des têtes de mort, et en revenait indemne, on dira qu’il a simplement eu de la chance ou qu’il est fou - ou les deux à la fois. Pour ce voyageur-là, il n’y aura pas de défilé (...)
43 
"Un système meurtrier est en train de se créer sous nos yeux" (Republik)
Une allégation de viol inventée et des preuves fabriquées en Suède, la pression du Royaume-Uni pour ne pas abandonner l’affaire, un juge partial, la détention dans une prison de sécurité maximale, la torture psychologique - et bientôt l’extradition vers les États-Unis, où il pourrait être condamné à 175 ans de prison pour avoir dénoncé des crimes de guerre. Pour la première fois, le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, Nils Melzer, parle en détail des conclusions explosives de son enquête sur (...)
11 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.