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Julian Assange & l’affaire Suédoise : Dépositions et témoignages à la police (Nordic News Network)

Introduction à la version française : Pour la première fois en français, voici la traduction de l’intégralité des dépositions & témoignages recueillis en 2010, relatifs à « l’Affaire Assange en Suéde » - point de départ de la longue campagne contre Assange et Wikileaks. Il convient de rappeler que :
  • Une des deux femmes (Sofia) a refusé de signer sa déposition et semble avoir disparu de la circulation.
  • Les deux femmes ont échangé des SMS (lus par les avocats de la défense, mais la police suédoise a refusé de les transmettre) se félicitant mutuellement de leur conquête.
  • L’affaire a fuité immédiatement dans la presse suédoise et un tabloïd a employé le terme de « viol ».
  • Le test de dépistage mentionné dans les dépositions a bien été effectué et l’affaire fut rapidement classée par la procureure générale de Stockholm et Assange autorisé à quitter le pays.

Ce n’est que plus tard que la procureure Marianne Ny, sans nouvel élément au dossier, décide de mener une « enquête préliminaire » pour voir s’il y aurait lieu d’engager un procès ou pas... L’affaire n’a d’ailleurs jamais dépassé le stade d’enquête préliminaire, qui sera ouverte puis classée, puis ré-ouverte, puis re-classée, puis ré-ouverte, puis re-classée - pendant 9 ans.

Ce document contient des traductions d’entrevues effectuées par le police portant sur des accusations d’inconduite sexuelle portées contre Julian Assange en août 2010. Pour plus d’informations sur cette affaire, voir : www.nnn.se/nordic/assange.htm

Aux protocoles des entretiens originaux en suédois a été jointe la copie du mandat d’arrêt (Häktningspromemoria) fuité sur Internet en janvier 2011. L’authenticité de ce document n’a pas été mise en doute ; il est disponible à l’adresse suivante : www.nnn.se/nordic/assange/docs/memoria.pdf

Il y a douze entrevues : trois avec les principaux concernés et neuf avec divers témoins.

Liste des interviewés :

  • Principaux concernés :
    Sofia Wilén ; Anna Ardin ; Julian Assange
  • Témoins :
    Donald Boström ; Johannes Wahlström ; Petra Ornstein ; Hanna Rosquist ; Kajsa Borgnäs ; Katarina Svensson ; Marie Thorn ; Joakim Wilén ; Seth Benson

Les interviews de Julian Assange, Johannes Wahlström et Donald Boström ont été enregistrées et les transcriptions originales comprennent toutes les verbalisations prononcées, y compris les bruits contemplatifs (par exemple ’mm’ et ’eh’), les répétitions, les formulations peu claires, etc. Tous ces détails apparemment inutiles ont été expurgées des traductions suivantes ; pour en vérifier l’exactitude, comparez avec les originaux en suédois.

Les neuf autres protocoles sont des résumés de ce qui a été dit, rédigés par l’agent chargé de l’entrevue. Pour une analyse des limites de ces entrevues, voir la section intitulée ’Mépris total de l’objectivité’, à la page 15 du document Suspicious Behaviour (Comportement suspect), qui se trouve à l’adresse : www.nnn.se/nordic/assange/summary.htm

Copyright ©2012 par Nordic News Network

Source : NORDIC NEWS NETWORK www.nnn.se/nordic/assange.htm

Traduction « une bonne fois pour toutes, il fallait que ce soit fait » par VD, relu par un autre VD, pour le Grand Soir avec probablement un peu moins de fautes et de coquilles que d’habitude

LIENS AJOUTES POUR LA VERSION FRANCAISE :

Sofia Wilén

[Ndt de la version française  : Sofia Wilén est la plus « mystérieuse  » des deux plaignantes. Surgie de nulle part et disparue sans laisser de traces. Elle a refusé de signer le compte-rendu qui suit et déclaré que la police a tenté de lui faire dire ce qu’elle ne voulait pas dire.]

Date : 20 août 2010
Interrogée par l’agent : Irmeli Krans
Type d’entrevue : En personne ; non enregistré
Type de protocole : Résumé rédigé par l’agent ; révisé le 26 août 2010

Contexte général
Sofia dit qu’elle a vu une interview de Julian Assange à la télévision il y a quelques semaines, qui est connu pour être responsable de la publication par WikiLeaks de documents militaires américains en Afghanistan. Sofia le trouvait intéressant, courageux et admirable. Au cours des deux semaines suivantes, elle a suivi attentivement les reportages, lu de nombreux articles et regardé des interviews. Un soir, alors qu’elle cherchait sur Google le nom de Julian Assange, elle a découvert qu’il avait été invité en Suède pour faire une présentation organisée par la Fraternité social-démocrate (’Broderskapet’). Elle a envoyé un courriel à l’attachée de presse de Broderskapet, Anna Ardin, dont elle a trouvé les coordonnées sur le site web, et lui a demandé s’il venait en Suède et, dans ce cas, si elle pouvait assister à sa présentation. Elle a offert d’aider pour les détails pratiques, et en échange d’être autorisée à y assister. Anna Ardin a répondu qu’elle transmettrait son message aux responsables.
Cependant, Sofia n’a reçu aucune réponse, et soudain, un jour, elle a vu une annonce avec l’heure et le lieu. La présentation devait avoir lieu au siège de la Confédération suédoise des syndicats à Norra Bantorget, le samedi 14 août. Le vendredi, elle a téléphoné aux responsables et leur a demandé si elle pouvait y assister. On lui a répondu qu’elle avait été l’une des premières à présenter une demande, de sorte que tce serait probablement possible. Elle a pris un jour de congé et s’est rendue au lieu de rencontre le samedi. En voyant une femme debout à l’extérieur qu’elle a présumé être Anna Ardin, Sofia s’approcha d’elle et se présenta. Anna a dit à Sofia qu’elle était sur la liste et qu’elle était la bienvenue. Au même moment, l’orateur, Julian Assange, est arrivé en compagnie d’un homme d’une trentaine d’années. Elle a eu l’impression que cet homme était l’attaché de presse de Julian. Julian regarda Sofia avec une expression amusée. Elle avait l’impression qu’il pensait qu’elle n’était pas à sa place, avec son pull en cachemire rose vif au milieu de ces journalistes vêtus de gris.

La présentation
Elle s’est assise à l’extrêmité droite, au premier rang de la salle de réunion. L’orateur se tenait à l’avant gauche. Tous les autres dans la salle semblaient être des journalistes. Une demi-heure avant le début de la présentation, Anna a demandé à Sofia si elle pouvait l’aider en allant acheter un câble pour l’ordinateur de Julian. Il manquait un câble et Sofia avait offert son aide. Sofia est allée voir Julian pour savoir de quel type de câble il avait besoin. Il a expliqué de quel type et l’a aussi écrit sur un bout de papier. Elle a pris le papier et l’a mis dans sa poche.
Julien a dit avec raillerie : ’Tu n’as même pas regardé la note’. Elle a répondu qu’elle n’en avait pas besoin, car il lui avait déjà expliqué de quel type de câble il s’agissait.
Elle a pris un taxi pour se rendre au magasin Webhallen sur la rue Sveavägen, mais il était fermé. Il était 10 h 30 et le magasin n’ouvrait pas avant 11 h. Mais c’est à ce moment-là que la présentation devait commencer, alors Sofia est devenue un peu stressée. Le chauffeur de taxi l’a conduite à la place Hötorget, où elle a acheté deux versions du câble, au cas où. Elle est rentrée à temps et avait le bon câble, mais n’a pas été remerciée par Julian pour l’aide apportée. La présentation s’est bien déroulée.

Le déjeuner
Après la présentation, de nombreux journalistes ont interviewé Julian. Sofia est restée parce qu’elle avait très envie de lui parler. Elle a demandé à Anna si c’était possible, et Anna a dit que Julian se tiendrait devant l’entrée du bâtiment afin d’être accessible au public au cas où quelqu’un voudrait lui poser des questions. Sofia est sortie et s’est assise à l’ombre, en attendant la fin des entretiens. Dehors, il y a eu d’autres entrevues. Sofia s’est approchée de nouveau de l’entrée et a entendu dire que les gens de Broderskapet allaient inviter Julian à déjeuner. Sofia a demandé si elle pouvait venir ; après tout, elle les avait aidés avec le câble. Elle a été invitée à se joindre à eux et a marché avec Anna, Julian, son entourage et deux membres de Broderskapet jusqu’à un restaurant sur la rue Drottninggatan en face de Central Bathhouse. Elle s’est retrouvée assise à côté de Julian et a commencé à parler avec lui. Il la regardait de temps en temps pendant le déjeuner. A un moment, alors qu’il avait du fromage sur son pain, elle lui a demandé s’il le trouvait bon ; il lui a ensuite tendu le pain pour lui laisser prendre une bouchée. Plus tard, pendant le déjeuner, il a fait remarquer qu’il avait besoin d’un chargeur pour son ordinateur portable. Elle a dit qu’elle pouvait en obtenir un pour lui ; après tout, elle avait obtenu le câble pour lui plus tôt. Il a mis son bras autour de son dos et lui a dit : ’Oui, tu m’as trouvé un câble’. Sofia trouvait cela flatteur, car il était évident qu’il flirtait maintenant avec elle.
Les autres sont partis après le déjeuner, ne laissant que Sofia, Julian et le compagnon de Julian. Ils sont tous partis ensemble acheter un câble électrique pour l’ordinateur de Julian. Kjell & Co. n’en avaient pas ; ils se sont donc dirigés vers Webhallen sur la rue Sveavägen, mais il était à nouveau fermé.
Ils sont retournés sur la rue Sveavägen en direction de la place Hötorget et ont discuté de ce qu’ils allaient faire ensuite. Le compagnon de Julian lui a demandé s’il voulait venir l’aider à déplacer des meubles pour ses parents et Sofia lui a offert une visite au Musée suédois d’histoire naturelle, où elle travaillait. Il a été décidé que Julian accompagnerait Sofia au musée, et son compagnon les a quittés. Julian et Sofia sont entrés dans la station de métro Hötorget où elle lui a acheté un ticket journalier, car il a dit qu’il n’avait ni carte d’abonnement ni argent. Ils ont pris le train en direction de Mörby Centrum et sont descendus à la gare de l’Université de Stockholm. A la gare, un homme a reconnu Julian et lui a dit combien il l’admirait.

Le Muséum d’histoire naturelle
Sur le chemin de la station de métro de l’université, Julian s’est arrêté pour caresser quelques chiens, ce que Sofia a trouvé charmant. Une fois dans le musée, ils sont allés dans la salle du personnel où Julian s’est assis et a commencé à surfer sur Internet ; il était à la recherche de tweets sur lui-même. Ils attendaient un film qui devait être projeté au théâtre Cosmonova à 18 heures.
Un collègue de Sofia les a fait entrer dans le théâtre, et Julian a tenu la main de Sofia. Dans l’obscurité du théâtre, il a commencé à l’embrasser. Quelques retardataires sont arrivés et se sont assis derrière eux, alors ils se sont assis à l’arrière. Là, Julian a continué à l’embrasser ; il a caressé ses seins sous le pull, a détaché son soutien-gorge, a déboutonné son pantalon, a caressé ses fesses et a sucé ses tétons. Il a murmuré que l’accoudoir le gênait.
Quand les lumières se sont allumées, elle était assise sur ses genoux et il a essayé de remettre son soutien-gorge. Elle trouvait embarrassant de s’asseoir à la vue de ses collègues, dont elle savait qu’ils auraient pu tout voir.
Ils sont sortis par la cour intérieure et elle est allée aux toilettes. Quand elle est sortie, il était allongé sur le dos et se reposait sur une table de pique-nique ; il a dit qu’il était épuisé. Il était attendu à une « fête de l’écrevisse  » [tradition culinaire suédoise - NdT] à 20 h et voulait dormir pendant 20 minutes avant de partir. Ils se sont étendus côte à côte sur l’herbe, lui avec un bras autour d’elle. Il s’est endormi et elle l’a réveillé au bout de 20 minutes. Ils ont traversé la pelouse, en croisant des vaches et des oies [des bernaches du Canada - Ndt]. Il lui tenait la main ; c’était agréable à tous égards, et il a dit : ’Tu es très attirante... à mes yeux...’. Pendant la représentation au Cosmonova, il a aussi dit qu’elle avait de beaux seins. Elle lui a demandé s’ils se reverraient. Il a dit oui, bien sûr, après la fête de l’écrevisse.
Elle l’a accompagné jusqu’à la station de métro Zinkensdamm, d’où il a pris un taxi jusqu’au domicile d’Anna Ardin où la fête devait avoir lieu. Il l’a serrée dans ses bras et lui a dit qu’il ne voulait pas se séparer d’elle ; il l’a encouragée à recharger son téléphone portable. Elle est retourné chez elle à Enköping, et est arrivée à son appartement à 23h00. Quand elle a rechargé son téléphone, il y avait un message vocal de Julian ; il l’avait appelée à 22h55 avec un message lui demandant de le rappeler quand son téléphone serait chargé. Elle a rappelé à 23h15 et s’est rendue compte qu’il était toujours à la fête de l’écrevisse. Elle avait des crampes d’estomac à cause d’un sandwich qu’elle avait mangé sur le chemin du retour et lui avait dit qu’elle voulait aller se coucher. Il a insinué que ce n’était pas dû à la nourriture, mais plutôt à des sentiments de culpabilité.

Lundi
Le Dimanche, elle a appelé Julian deux fois, mais son téléphone était éteint. Lundi, elle a raconté à ses collègues de travail ses expériences du week-end. Ils étaient d’avis que Julian s’était sûrement senti rejeté par elle et c’est pourquoi il n’avait pas rappelé, que c’était maintenant à elle de prendre l’initiative. Elle l’a appelé et il a répondu. Elle a demandé s’ils pouvaient faire quelque chose ensemble. Il a dit qu’il assisterait à une réunion qui pourrait durer jusqu’à 20h30, mais qu’il pourrait l’appeler plus tard. Il a aussi posé des questions sur son estomac. Il a insinué qu’elle avait menti au sujet de ses crampes d’estomac, et en le disant il a fait référence à elle à la troisième personne. Elle a promis de l’attendre, après la fin de son travail à 19h. Elle est allée à Kungshallarna pour manger des sushis. Après elle s’est promenée en ville et s’est retrouvée dans la vieille ville vers 21h. Comme il ne l’avait toujours pas contactée, elle l’a appelé et lui a demandé ce qui se passait. Il a dit qu’il était en réunion sur Hornsgatan Street, et qu’il voulait qu’elle y vienne. Elle pris l’adresse et y est allée. Mais elle n’a pas réussi à trouver l’adresse, alors elle a appelé Julian et un homme qui parlait suédois a répondu et lui a expliqué qu’elle devait entrer par une entrée latérale. Elle l’attendait devant lorsqu’il est sorti avec un autre homme ; ils se sont dit au revoir et semblaient très heureux.
Julian et Sofia ont marché le long de la rue Hornsgatan jusqu’à Slussen, et de là jusqu’à la vieille ville. Ils étaient assis au bord de l’eau près de Munkbroleden et il a fait des remarques sur les filles assises là, ’seules et abandonnées’, qui ’avaient besoin d’être sauvées’. Ils se sont couché et ont entamé une séance de pelotage très intense. Entre autres choses, il a mis ses mains sous son pull et quand ils ont quitté la zone, elle a remarqué que les gens les regardaient. Ils ont décidé d’aller chez elle. Ils sont entrés dans le métro où sa carte n’était plus valide ; elle l’a fait passer en utilisant sa propre carte à deux reprises. Ils ont pris le train pour Enköping depuis la gare centrale ; elle a payé les billets de 107 SEK chacun (environ 8 USD). Il a dit qu’il ne voulait pas utiliser sa carte de crédit, pour éviter d’être tracé. Ils se sont assis à l’arrière du train, face au sens de la marche. Julian a connecté son ordinateur à Internet et a commencé à lire des articles sur lui sur Twitter, en utilisant son ordinateur et son téléphone portable.
Il faisait plus attention à l’ordinateur qu’à elle. Elle lui avait suggéré de prendre une chambre d’hôtel, mais il a dit qu’il voulait voir ’des filles dans leur habitat naturel’.

Enköping
Il faisait noir quand ils sont descendus du train et ils sont passés devant de vieux bâtiments industriels où il est allé uriner. Elle aussi. Quand ils sont arrivés à son appartement, elle est allée dans la chambre avant lui pour ranger un peu avant qu’il n’y vienne. Ils ont enlevé leurs chaussures et l’ambiance entre eux n’était plus aussi chaleureuse. La passion et l’excitation avaient disparu. Ils se sont embrassés dans la chambre, mais elle voulait se brosser les dents. Il était minuit, il faisait nuit noire dehors, et ils se sont brossés les dents ensemble, ce qui paraissait banal et ennuyeux.
Quand ils sont retournés dans la chambre à coucher, Julian s’est placé devant Sofia, l’a attrapée par les hanches et l’a poussée de façon démonstrative sur le lit, comme pour montrer qu’il était un vrai homme. Il s’est déshabillé et il y a eu des préliminaires sur le lit. Ils étaient nus et il frotta son pénis contre sa région génitale sans la pénétrer, mais en se rapprochant de plus en plus de son vagin. Elle a serré ses jambes parce qu’elle ne voulait pas avoir de rapports sexuels sans protection. Ils ont continué pendant des heures et Julian n’a pas pu avoir une érection complète. Julian n’avait pas envie d’utiliser un préservatif.
’Soudain, Julian a dit qu’il allait dormir un peu. Elle s’est sentie rejetée et choquée. C’était si abrupt : Ils s’étaient livrés à de très longs préliminaires, et puis - rien. Elle a demandé ce qui n’allait pas ; elle n’a rien compris. Il a tiré la couverture sur lui, s’est détourné d’elle et s’est endormi. Elle l’a laissé et a pris sa couverture en laine polaire parce qu’elle avait froid. Elle est restée éveillée, se demandant ce qui s’était passé, et a envoyé des SMS à ses amis. Il était allongé à côté d’elle, ronflant. Elle a dû s’assoupir, car, plus tard, elle s’est réveillée et ils ont fait l’amour. Auparavant, elle avait récupéré des préservatifs et les avait déposés sur le sol près du lit. Il a accepté à contrecœur d’utiliser un préservatif, bien qu’il ait murmuré qu’il la préférait, elle, au latex. Il n’avait plus de problème d’érection. À un moment donné, lorsqu’il l’a prise par derrière, elle s’est retournée pour le regarder et lui a souri et il lui a demandé pourquoi elle souriait, ce qui la faisait sourire. Elle n’a pas aimé le sous-entendu de sa voix.
Ils se sont endormis, et quand ils se sont réveillés, ils ont peut-être eu à nouveau des rapports sexuels ; elle ne se souvient pas vraiment. Il lui a ordonné de lui apporter de l’eau et du jus d’orange. Elle n’a pas aimé recevoir des ordres dans sa propre maison, mais elle s’est dit : ’allez, ça fait rien’ et est allée les chercher malgré tout. Il voulait qu’elle sorte et qu’elle achète plus de petit-déjeuner. Elle ne voulait pas le laisser seul dans l’appartement - elle ne le connaissait pas vraiment très bien - mais elle l’a quand même fait. Quand elle a quitté l’appartement, il était allongé nu dans son lit et jouait avec l’un de ses téléphones. Avant de partir, elle a dit : ’Sois sage’. Il a répondu : ’Ne t’inquiète pas, je ne suis jamais sage’. À son retour, elle lui a servi du porridge d’avoine, du lait et du jus. Elle avait déjà mangé avant qu’il ne se réveille, et avait parlé avec un ami au téléphone.

L’agression
Ils se sont assis sur le lit et ont parlé, et il lui a encore enlevé ses vêtements. Ils ont de nouveau eu des rapports sexuels et elle s’est soudainement rendu compte qu’il avait placé le préservatif uniquement sur le gland de son pénis ; mais elle l’a laissé faire. Ils se sont assoupis et elle s’est réveillée et l’a senti la pénétrer. Elle a aussitôt demandé : ’Portes-tu quelque chose ?’, et il a répondu : ’Toi’. Elle lui a dit : ’Tu as intérêt à ne pas avoir le SIDA’, et il a répondu, ’Bien sûr que non’. ’Elle sentait qu’il était trop tard. Il était déjà en elle et elle l’a laissé continuer. Elle n’a pas eu la force de lui dire une fois de plus. Elle avait parlé de préservatifs toute la nuit. Elle n’a jamais eu de rapports sexuels non protégés auparavant. Il a dit qu’il voulait éjaculer en elle ; il n’a pas dit quand il l’a fait, mais il l’a fait. Cela a beaucoup coulé par la suite.
Elle lui a dit : Et si je tombe enceinte ? En réponse, il a simplement dit que la Suède est un bon pays pour avoir des enfants. Elle a dit en plaisantant que, si elle se retrouvait enceinte, il devra lui rembourser son prêt étudiant. Dans le train pour Enköping, il lui avait dit qu’il avait dormi dans le lit d’Anna Ardin après la fête des langoustes. Elle a demandé s’il avait eu des rapports sexuels avec Anna. Il a dit qu’Anna aimait les filles, qu’elle était lesbienne. Mais maintenant elle sait qu’il a fait la même chose avec Anna. Elle lui a demandé avec combien de personnes il avait eu des rapports sexuels, il lui a répondu qu’il n’avait pas compté. Il a également dit qu’il avait passé un test de dépistage du SIDA trois mois auparavant et qu’il avait eu des rapports sexuels avec une seule fille par la suite, mais que cette fille avait également passé un test du SIDA et n’était pas infectée. Elle lui a fait des commentaires sarcastiques d’un ton léger. Elle pense qu’elle essayait de minimiser, dans son propre esprit, l’importance de ce qui s’était passé. Lui, par contre, ne semblait pas s’en soucier. Quand il a appris le montant de son prêt étudiant, il a dit que, s’il devait payer autant d’argent, elle devrait accoucher. Ils ont plaisanté sur le nom de l’enfant, Afghanistan. Il a également dit qu’il devrait toujours avoir sur lui des pilules abortives qui sont en fait des pilules de sucre.
Son téléphone a sonné et il a eu une réunion avec Aftonbladet le mardi à midi. Elle lui a expliqué qu’il ne pourra pas être à la réunion à l’heure et il a décalé d’une heure toutes ses réunions de la journée. Puis ils se sont rendus à la gare à bicyclette, avec elle assise sur le porte-bagages. Elle a payé son billet pour Stockholm. Avant qu’ils ne se séparent, il lui a dit de garder son téléphone allumé. Elle lui a demandé s’il l’appellerait, et il a dit qu’il le ferait.

Par la suite
Elle est rentrée chez elle à vélo, s’est douchée et a lavé les draps de lit. Comme elle n’était pas allée au travail à l’heure, elle s’est déclarée malade et est restée à la maison toute la journée. Elle voulait tout nettoyer et tout laver. Il y avait du sperme sur les draps, elle trouvait ça dégoûtant.
Elle est allée aussi à la pharmacie et a acheté une pilule du lendemain.
Lorsqu’elle a parlé à ses amis par la suite, elle a compris qu’elle avait été victime d’un crime. Elle s’est rendue à l’hôpital Danderyd, puis à l’hôpital Söder où elle a été examinée et où des échantillons avec un kit de viol ont également été prélevés.

Rapport médico-légal
Sofia donne son accord pour l’établissement d’un rapport médico-légal.

Conseiller juridique
Sofia souhaite se faire représenter par un avocat qu’elle désignera ultérieurement.

Commentaire de l’intervieweur
Au cours de l’entretien, Sofia et moi avons été informés que Julian Assange avait été arrêté in absentia. Après cela, Sofia a eu du mal à se concentrer, et j’ai donc décidé qu’il valait mieux mettre fin à l’entretien. Mais Sofia a mentionné qu’Assange était en colère contre elle. Il n’y avait pas assez de temps pour obtenir de plus amples renseignements sur les raisons de sa colère contre elle ou sur la façon dont la colère s’est exprimée. Nous n’avons pas non plus eu le temps de discuter de ce qui s’était passé par la suite. L’interview n’a pas été relue à Sofia ni lue par elle pour approbation, mais Sofia a été informée qu’elle pourrait le faire à une date ultérieure.

Note sur la date et l’heure du document
Le vendredi 20 août 2010. J’ai eu un entretien avec la plaignante Sofia Wilén dans le cadre de l’affaire no 0201-K246314-10 au poste de police de Klara. L’entrevue a commencé à 16h21 et s’est terminée à 18h40. L’entrevue [protocole] a ensuite été rédigée au moyen du programme de traitement de texte du système informatique DurTvå.
L’entrevue devait être révisée le jour ouvrable suivant, le lundi 23 août 2010. Cela n’a pas été possible parce qu’on m’a refusé l’accès à l’entrevue que j’avais menée.
Après un échange de courriels, le superviseur Mats Gehlin m’a demandé de créer et de signer une nouvelle interview dans DurTvå, ce qui a été fait le 26 août avec les changements nécessaires. Malheureusement, la date et l’heure de ce document correspondent à l’heure à laquelle les modifications ont été apportées, car cela est fait automatiquement par le système DurTvå.


Anna Ardin

Date : 21 août 2010
Interrogée par l’agent : Sara Wennerblom
Type d’entrevue : Par téléphone ; non enregistré
Type de protocole : Résumé par l’agent chargé de l’entrevue

[Note de la traduction française  : il convient de noter qu’Anna Ardin a fourni plus tard à la police, en guise de pièce à conviction, un préservatif déchiré qui ne contenait aucune trace d’ADN – ni d’elle, ni de Julian Assange...]

Anna déclare qu’elle est employée comme attachée de presse et secrétaire politique pour le parti chrétien-démocrate suédois Broderskapet. Anna dit qu’elle a travaillé à la préparation d’un séminaire qui devait avoir lieu le 14 août, auquel Julian Assange avait été invité à prendre la parole. Comme Anna devait être absente du 11 au 14 août, elle a prêté son appartement à Assange. Mais Anna est rentrée plus tôt à Stockholm, le vendredi 13 août, car elle avait beaucoup à faire pour le séminaire. Anna et Assange ne s’étaient jamais rencontrés auparavant en personne, mais seulement de façon professionnelle par courriel et par téléphone.
Vendredi, Assange et Anna sont sortis dîner ensemble. Ils avaient convenu qu’Assange continuerait de résider dans l’appartement d’Anna, malgré son retour un jour plus tôt. Après avoir dîné en ville, ils sont retournés à l’appartement d’Anna et ont bu du thé.
En réponse à ma question, Anna a répondu que ni elle ni Assange n’avaient pris d’alcool pendant la soirée. Pendant qu’ils s’asseyaient et buvaient du thé, Assange a commencé à lui caresser la jambe. À ma question, Anna répond qu’Assange ne lui avait pas fait d’avances plus tôt dans la soirée, sauf maintenant, ce qu’Anna a d’abord pris favorablement. Mais dès le début, elle l’a trouvé ’désagréable’, car Assange était brusque et impatient.
Selon Anna, ’tout est allé si vite’. Il lui a arraché ses vêtements et, ce faisant, a tiré sur son collier et l’a cassé. Anna a essayé de se rhabiller, parce que tout allait si vite et qu’elle se sentait mal à l’aise ; mais Assange les a immédiatement enlevés de nouveau. Anna affirme qu’en fait, elle sentait qu’elle ne voulait plus aller plus loin, mais qu’il était trop tard pour dire à Assange d’arrêter, car elle avait « laissé faire jusqu’à là  ». Elle pensait qu’elle ’n’avait qu’elle-même à blâmer’. Elle a donc permis à Assange d’enlever tous ses vêtements.
Puis ils se sont allongés sur le lit, Anna sur le dos et Assange sur elle. Anna a senti qu’Assange voulait tout de suite insérer son pénis dans son vagin, ce qu’elle ne voulait pas parce qu’il ne portait pas de préservatif. Elle a donc essayé de tordre ses hanches sur le côté et de serrer ses jambes pour empêcher la pénétration. Anna a essayé à plusieurs reprises d’attraper un préservatif, mais Assange l’en a empêchée en lui tenant les bras et en lui écartant les jambes tout en essayant de la pénétrer avec son pénis sans préservatif. Anna dit qu’elle a fini par être au bord des larmes parce qu’elle était maintenue fermement et qu’elle n’a pas pu attraper un préservatif, et qu’elle a senti que ’ça pouvait mal finir’. À ma question, Anna me répond qu’Assange devait savoir qu’Anna essayait d’attraper un préservatif et qu’il lui a donc tenu les bras pour l’empêcher de le faire.
Au bout d’un moment, Assange a demandé à Anna ce qu’elle faisait et pourquoi elle serrait ses jambes. Anna lui a alors dit qu’elle voulait qu’il porte un préservatif avant de la pénétrer. Assange a alors relâché les bras d’Anna et s’est mis un préservatif qu’Anna lui a apporté. Anna a senti une forte réticence tacite de la part d’Assange à utiliser un préservatif, ce qui lui a donné l’impression qu’il n’avait pas mis le préservatif qu’elle lui avait donné. Elle a donc tendu la main vers le pénis d’Assange pour s’assurer qu’il avait bien mis le préservatif. Elle a senti le rebord du préservatif était là où il devait être, à la base du pénis d’Assange. Anna et Assange ont recommencé à avoir des relations sexuelles et Anna dit qu’elle pensait qu’elle ’voulait juste en finir’.
Peu de temps après, Anna constate qu’Assange se retire d’elle et commence à ajuster le préservatif. D’après le bruit, d’après Anna, il a semblé qu’Assange a enlevé le préservatif. Il l’a pénétré de nouveau et a continué le coït. Anna a encore une fois touché son pénis et, comme auparavant, a senti le bord du préservatif à la base du pénis ; elle l’a donc laissé continuer.
Peu de temps après, Assange a éjaculé en elle et s’est retiré. Quand Assange a retiré le préservatif de son pénis, Anna a vu qu’il ne contenait pas de sperme.
Quand Anna a commencé à bouger son corps, elle a remarqué que quelque chose ’coulait’ de son vagin. Anna comprit assez vite que ce devait être le sperme d’Assange. Elle l’a signalé à Assange, mais il l’a nié et lui a répondu que ce n’était que sa propre humidité.
Anna est convaincue que lorsqu’il s’est retiré d’elle la première fois, Assange a délibérément cassé le préservatif à son extrémité et a continué à copuler jusqu’à l’éjaculation. A ma question Anna répond qu’elle n’a pas regardé de près le préservatif pour voir s’il était cassé de la manière dont elle le soupçonnait ; mais elle croit qu’elle a toujours le préservatif à la maison et elle va vérifier pour voir. Elle déclare également que les draps de lit utilisés à cette occasion ne sont toujours pas lavés dans son panier à linge.
Anna déclare qu’elle et Assange n’ont plus eu de rapports sexuels après l’événement susmentionné. Cependant, Assange a continué à résider avec elle jusqu’à hier (vendredi 20 août). Selon Anna, Assange lui faisait des avances sexuelles tous les jours après le soir de leur premier rapport sexuel, par exemple en touchant ses seins. Anna a repoussé Assange à chacune de ces occasions, ce qu’Assange avait accepté. Un jour (le mercredi 18 août), il a soudainement enlevé tous les vêtements du bas de son corps, puis s’est frotté le bas du corps et son pénis en érection contre Anna. Anna déclare qu’elle trouvait ce comportement étrange et désagréable et qu’elle s’était donc installée sur un matelas à même le sol et y avait dormi plutôt que sur le lit avec Assange. La nuit suivante, Anna est restée chez une amie parce qu’elle ne voulait pas être avec ou près d’Assange à cause de son comportement étrange. Elle a également déclaré après le mercredi 18 août qu’elle ne voulait plus qu’Assange habite dans son appartement, ce qu’il n’a fait que vendredi [hier], lorsqu’il a pris ses affaires et rendu sa clé.
À ma question, Anna me répond qu’Assange habitait avec elle, mais qu’ils couchaient rarement ensemble parce qu’Assange était debout toute la nuit, travaillant avec son ordinateur. Quand il s’allongeait pour dormir, vers 7 h du matin, c’était l’heure où Anna se levait d’habitude.
A ma question Anna répond qu’elle connaissait Sofia, parce qu’elle avait été en contact avec Anna avant le séminaire susmentionné et qu’elle était dans l’auditoire lors de la présentation. Selon Anna, Sofia avait acheté des câbles électriques pour Assange et s’était jointe à Anna et Assange pour le déjeuner après le séminaire. Anna a remarqué qu’Assange avait flirté avec Sofia pendant le déjeuner et a compris qu’ils avaient par la suite entamé une sorte de relation, car Assange avait téléphoné à Sofia plus tard dans la soirée pendant la fête des écrevisses chez Anna.
Hier, Anna a reçu un courriel de Sofia qui se demandait comment elle pouvait contacter Assange, car elle avait quelque chose d’important à lui dire. Anna a immédiatement compris de quoi il s’agissait ; elle a contacté Sofia qui lui a raconté ce qui lui était arrivé - qu’elle et Assange avaient eu des rapports sexuels, qu’il ne voulait pas utiliser un préservatif, etc. Sofia voulait aller plus loin et se rendre à la police et Anna a décidé de la suivre, principalement en guise de soutien.
Anna affirme qu’elle a déjà entendu dire de diverses sources qu’Assange ’poursuit toute femme qui croise son chemin’. Compte tenu de la réputation d’Assange, Anna a estimé qu’il était très important d’utiliser un préservatif lors de leurs rapports sexuels, c’est-à-dire la veille du séminaire.
Anna affirme qu’elle s’est sentie très mal après l’occasion où elle et Assange ont eu des rapports sexuels, principalement parce qu’elle craignait d’avoir été infectée par le SIDA ou une autre maladie sexuelle. Anna déclare qu’elle avait consenti à avoir des rapports sexuels avec Assange, mais qu’elle ne l’aurait pas fait si elle avait su qu’il ne portait pas de préservatif.
Anna a contacté le centre de santé et on lui a donné un rendez-vous pour un test la semaine prochaine.
Anna consent à ce que la police obtienne des antécédents médicaux.Pour l’instant, Anna ne désire aucun contact avec un service d’aide aux victimes d’actes criminels, mais elle communiquera avec nous si elle en ressent le besoin.

Interview lue à Anna et approuvée par elle.


Julian Assange

Date : 30 août 2010
Interrogé par l’agent : Mats Gehlin
Également présents : Officier de police Ewa Olofsson comme témoin
Leif Silbersky, conseiller juridique de Julian Assange
Gun von Krusenstjerna, interprète
Type d’entrevue : En personne ; enregistrement audio
Type de protocole : Transcription textuelle avec tous les énoncés en anglais traduits en suédois (légèrement édité dans la traduction vers l’anglais)
Abréviations : JA, Julian Assange ; MG, Mats Gehlin ; LS, Leif Silbersky ; GK, Gun von Krusenstjerna

MG : Le magnétophone est maintenant en marche. L’entrevue sera transcrite... L’entrevue entière, chaque mot, sera écrit.
JA : J’ai une question.
MG : Attendez. Et comme nous l’avons mentionné, vous êtes soupçonné et serez officiellement notifié de ce soupçon, qui le crime d’abus de pouvoir. La notification officielle est formulée comme suit : « Pendant la période du 13 au 14 août 2010, dans la résidence d’Anna Ardin à Tjurbergsgatan à Stockholm, Assange a agressé Anna Ardin lors d’un acte de coït - qui a commencé et s’est déroulé sous la condition expresse qu’un préservatif serait utilisé - en endommageant délibérément le préservatif et en continuant la copulation jusqu’à l’éjaculation dans son vagin. »
LS : C’est tout ?
MG : Oui.
JA : S’agit-il d’un ou de deux incidents ?
MG : Un seul.
JA : Le 13, le 14 [inaudible].
GK : Le soir, ou... ?
MG : Pendant cette période, entre le 13...
JA : Entre... O.K.
MG : Voilà donc la question : Quelle est votre réponse à cette accusation ?
LS : Correct ou incorrect ?
JA : J’essaie de comprendre exactement ce qu’il a dit.
GK : Pouvez-vous répéter la question ?
MG : Je peux essayer... L’agression aurait eu lieu parce que vous avez détruit le préservatif.
JA. O.K.
MG : Et que vous l’auriez fait intentionnellement.
JA : Oui. Autrement dit, il y a plusieurs préservatifs ?
MG : Oui, dans ce contexte - non, dans ce contexte, il s’agit d’un seul préservatif à une occasion.
JA : D’accord, c’est donc un incident...
GK : Un préservatif.
JA : Entre le 13 et le 14 vous dites que j’ai intentionnellement endommagé un préservatif pendant le coït.
LS : Correct. Quelle est votre réponse à cela ?
JA : Ce n’est pas vrai.
MG : D’accord. Pour que vous puissiez raconter votre version de cette soirée, est-il vrai que vous et Anna avez dîné ensemble ?
JA : Quel jour ?
MG : Le 13.
JA : C’était quel jour de la semaine ?
LS : Je peux vérifier... Le 13 août était un vendredi.
MG : Et puis la question est : Avez-vous connaissance - si l’on peut dire les choses ainsi - d’une occasion où vous avez eu des rapports sexuels ensemble ?
JA : Avant de répondre, dois-je supposer que cela sera communiqué à Expressen ? [NdT : allusion au fait que le tabloïd suédois Expressen venait de titrer sur Assange recherché pour viol ]
MG : Par nous ? Je ne vais rien communiquer. Et les seuls présents à cet entretien, c’est nous trois, plus une sténographe qui rédigera la transcription. Et je suis le seul à avoir accès au dossier. Donc si ça sort à Expressen, vous pouvez vous en prendre à moi.
JA : Et si l’affaire continue ?
MG : Oui, après cet entretien, le procureur décidera si l’affaire doit être poursuivie ou classée.
JA : (Inaudible) déclarations précédentes (inaudible) toutes les déclarations précédentes.
MG : D’où ?
JA : De ce bureau.
MG : Ce fut diffusé par l’intermédiaire d’un réviseur qui fait office de censeur pour tout ce qui concerne l’enquête.
JA : Donc il en sera de même avec ce que je dirai ici ?
MG : Oui, mais selon la loi sur le secret, rien de ce qui s’est passé ne sera rendu public. Aucun nom ne sera divulgué. Ça marche comme ça : Sur chaque document, tout ce qui ne peut être rendu public est noirci. Mais en vertu de la loi, elle doit faire l’objet d’un contrôle de confidentialité, et nous sommes tenus de rendre public tout ce qui, selon la loi, n’a pas à faire l’objet d’un contrôle de confidentialité [sic].
JA : Donc, cette partie de la conversation, par exemple, sera publiée ?
MG : Si ce n’est pas à votre détriment.
JA : Et qui décide ça ?
MG : Notre service juridique.
LS : Je pense que vous devriez répondre, parce que s’ils vous accusent de quelque chose et que vous ne répondez pas, ils devront accepter ce que la jeune femme dit. Vous devez vous défendre en donnant votre version. Dans le cas contraire, il sera porté à votre connaissance que vous n’avez pas répondu, auquel cas le procureur sera tenu de porter l’affaire devant les tribunaux.
JA : O.K.
LS : Mais si vous répondez, le procureur aura à la fois votre version et celle de la jeune femme, et devra se demander : Puis-je prouver qu’il l’a fait ?
JA : Et quelle partie de ma version dois-je fournir ?
MG : Encore une chose : Vous avez le droit de faire une pause pendant l’entretien, et nous éteignons le magnétophone. Cela s’applique à la discussion que nous avons en ce moment, parce que l’entrevue n’est en fait censée porter que sur le crime supposé.
LS : C’est encore plus facile que ça... Soit vous avez détruit le préservatif intentionnellement, comme le dit la jeune femme, soit c’était un accident, soit aucun préservatif n’a été utilisé. Telles sont les alternatives possibles. Alors, donnez votre version à la police comme réponse.
JA : Tout ce que je dis...
MG : Voulez-vous faire une pause pour que nous puissions en discuter en profondeur, afin que vous vous sentiez plutôt à l’aise avec la procédure ?
LS : Voulez-vous discuter...
JA : Nous devrions peut-être avoir une discussion.
LS : D’accord, on fait une pause.
MG : Nous faisons une pause pour clarifier la procédure d’entrevue ; il est 17h55.

(Pause)

MG : L’entrevue reprend à 18h02... Si je peux m’exprimer ainsi : Vous avez nié avoir commis le crime et ma question est donc la suivante : êtes-vous au courant d’un événement au cours duquel un préservatif s’est déchiré lors d’une relation sexuelle avec Anna ?
JA : Non.
MG : Avez-vous eu... ?
JA : J’ai entendu cette accusation.
MG : Vous avez entendu cette accusation. De qui ?
JA : Vendredi, le 20, le jour même où la police a été contactée, j’ai parlé avec Anna et elle m’a accusé de plusieurs choses. Et il y avait aussi un certain nombre de fausses déclarations. Au cours de cette conversation, elle a lancé une accusation similaire ; elle a dit que j’avais enlevé un préservatif pendant le rapport sexuel. C’est la première fois que j’ai entendu cette accusation.
MG : Est-il vrai que vous avez eu une relation sexuelle, vous et Anna ?
JA : Oui, nous avons eu une relation sexuelle à partir de ce vendredi 13, pendant quelques jours. Nous avons dormi dans le même lit jusqu’au vendredi suivant.
MG : Quel était le type de relation sexuelle ; y en a-t-il eu plusieurs ?
JA : Oui.
MG : Un préservatif a-t-il été utilisé à l’une de ces occasions ?
JA : La première fois ; et nous avons fait l’amour plusieurs fois le 13 et le 14. Et après, les autres jours aussi, nous avons eu une relation sexuelle.
MG : Les relations sexuelles qui ont suivi, ont-elles aussi impliqué un coït ?
JA : Non, c’était plus... nous nous sommes caressés.
MG : Nous parlons donc d’une seule fois où il y a eu coït ?
JA : Oui, nous avons eu des rapports le 13 et le 14.
MG : C’était une fois, ou plusieurs fois ?
JA : Plusieurs fois.
MG : Et la première fois, c’était avec un préservatif ?
JA : Oui.
MG : Et qui voulait utiliser un préservatif ?
JA : Je ne sais plus.
MG : Et pourquoi un préservatif n’a-t-il pas été utilisé lors des actes de coït qui ont suivi ?
JA : Il a été utilisé avec les actes de coït qui ont suivi.
MG : D’accord, j’ai mal compris. Donc vous avez eu des rapports sexuels, et toujours avec un préservatif ?
JA : Oui, c’est exact.
MG : L’accusation semble être qu’un préservatif a été endommagé après le coït ; et Anna affirme qu’à une occasion, lorsque vous avez sorti votre pénis, on aurait dit au début que vous l’aviez retiré. Mais quand vous l’avez réintroduit, elle a testé avec sa main et a senti que vous portiez encore le préservatif. Puis vous avez éjaculé et, entre autres choses, elle a senti qu’elle avait du sperme en elle. Et elle a aussi regardé le préservatif, et il n’y avait pas de sperme dans le préservatif. La question qui se pose à vous est donc la suivante : est-ce une situation que vous reconnaissez d’une manière ou d’une autre ?
JA : Non. Une fois, Anna a montré le lit, qui avait un endroit mouillé, et a dit : « Regarde ça. C’est toi ? » J’ai dit : ’Non, ça doit être toi’. Et il n’y a plus eu de discussion à ce sujet, pas un mot - jusqu’à l’accusation de vendredi dernier, une semaine après.
MG : On parle toujours de la première occasion...
JA : Et pendant ce temps, à part une nuit, Anna et moi avons dormi dans le même lit. Tous les soirs sauf le mardi soir et le jeudi soir. Jeudi soir, Anna a dit qu’elle sortait quelques heures pour rendre visite à un journaliste qui avait écrit quelque chose sur moi et qui vivait dans le même quartier, ou dans le même complexe résidentiel ou à proximité. Mais elle n’est pas revenue ce soir-là.
MG : Vous souvenez-vous de ce que vous avez fait avec le préservatif ?
JA : Non.
MG : Et vous ne vous souvenez pas non plus d’un préservatif endommagé ?
JA : Non. Je n’ai pas non plus cherché de préservatif endommagé.
MG : Utilisez-vous un préservatif habituellement ?
JA : Oui, habituellement ; pas toujours, mais habituellement.
MG : Et vous dites que vous n’avez pas vérifié, ou que vous ne vous souvenez pas de ce que vous avez fait avec le préservatif. Est-ce que c’est exact ?
JA : Oui, c’est exact.
MG : Que faites-vous normalement ?
JA : Je n’ai pas d’habitude particulière pour ce que je fais avec les préservatifs.
MG : Non... Comment avez-vous connu Anna ?
JA : Quand je repense à cette situation, ce n’était pas une occasion inhabituelle pour moi et je n’avais aucune raison de soupçonner que je serais accusé de quoi que ce soit par la suite. Non, il n’était question d’aucune accusation, d’aucune sorte. Je ne me souviens donc pas vraiment quand j’ai entendu la première accusation avant vendredi. Je n’ai pas repensé à cette soirée et à cette nuit en détail.
MG : Non.
JA : Vous m’avez demandé comment j’ai connu Anna. Pour venir en Suède, il m’a fallu obtenir un soutien diplomatique pour quitter l’Angleterre - en raison de la situation sécuritaire entre mon organisation et le Pentagone. Les contacts politiques en Suède m’ont donc suggéré d’être invité par les démocrates-chrétiens à faire une présentation. Une invitation officielle serait envoyée (inaudible) et l’Angleterre, afin de voyager en sécurité de l’Angleterre à la Suède. Et j’ai cru comprendre qu’Anna Ardin était attachée de presse pour Broderskapet au sein des démocrates chrétiens.
MG : Une correction : Ce ne sont pas les chrétiens-démocrates, mais plutôt les sociaux-démocrates (inaudible).
GK : Désolé, désolé, je m’excuse de l’erreur sur le parti.
MG : Oui.
GK : Excusez-moi, désolé. Les Sociaux-Démocrates.
JA : Elle a été contactée par Peter - je ne me souviens pas de son nom de famille. Je crois que c’est le président de Broderskapet, et un homme bien. Anna m’a offert son appartement et a également participé à l’organisation de la conférence de presse vendredi dernier.
MG : Et à quelle date êtes-vous venu en Suède ?
JA : Je ne suis pas sûr. Peut-être le 12 - entre le 10 et le 12.
MG : Cette accusation – sans vouloir chipoter - mais je dois quand même demander. Anna a une image claire de ce qui s’est passé, en particulier sur le fait d’entendre un bruit provenant du préservatif.
JA : Anna Ardin ne m’a jamais parlé de cet incident, ni à personne d’autre que je connaisse. J’ai eu une référence très brève et complètement différente - autre chose que ce que vous dites maintenant - le vendredi 20.
MG : Qu’est-ce que vous croyez qu’Anna voulait dire en montrant du doigt cet endroit mouillé ?
JA : A l’époque, je n’en avais aucune idée. Peut-être qu’elle essayait de montrer à quel point le sexe avait été amoureux.
MG : Mais elle a dit que ça venait de vous.
JA : Oui. Elle a dit : ’Ça vient de toi ?’
MG : Alors pourquoi a-t-elle dit ça si vous aviez un préservatif ?
JA : Ça, je ne le sais pas.
MG : Avez-vous vérifié le préservatif avant ?
JA : Avant quoi ?
MG : Avant de mettre le préservatif, pour ainsi dire.
JA : Non, je n’ai pas l’habitude de les inspecter en détail avant de les mettre. Il n’y avait rien d’inhabituel. Mon comportement n’avait rien d’anormal. Je n’ai donc pas inspecté le préservatif d’une manière particulière, et je ne l’ai pas complètement ignoré non plus.
MG : Qui a mis le préservatif ?
JA : Je ne me souviens pas.
MG : Vous ne vous souvenez pas non plus qui l’a enlevé ?
JA : Moi, probablement, Il est inhabituel pour une femme d’enlever le préservatif.
MG : Alors, vous avez dit que vous avez fait l’amour. Vous avez encore couché ensemble ce soir-là ?
JA : Nous avons fait plusieurs pauses, puis nous avons recommencé avec le même préservatif.
MG : C’était donc un épisode prolongé de rapports sexuels ?
JA : Oui.
MG : Combien de temps, à peu près ?
JA : Quelques heures ; je ne sais pas combien.
MG : Avez-vous apporté vous-même le préservatif chez Anna, où l’avez-vous obtenu ?
JA : Je pense qu’il était à Anna.
MG : Vous vous souvenez où elle gardait le préservatif ?
JA : Non.
MG : Comment avez-vous mis la main sur le préservatif ?
JA : Je ne sais pas qui a mis le préservatif, donc je ne peux pas le dire.
MG : Mais vous ne vous souvenez pas exactement comment vous avez eu le préservatif ?
JA : Non, je ne me souviens pas. Mais comme je viens de le dire, c’était une soirée ordinaire. Je n’avais aucune raison de soupçonner que j’aurais besoin de me rappeler tous les détails de cette nuit-là.
MG : Comment était votre relation sexuelle après cette nuit-là ?
JA : Elle était encore assez chaleureuse. Une fois après ça, Anna a eu deux orgasmes. Nous avons dormi dans le même lit.
MG : Et si j’ai bien compris, vous n’avez plus eu de rapports sexuels par la suite ?
JA : C’est exact.
MG : Et rien ne s’est passé pendant la période où vous avez vécu avec elle après la première nuit ?
JA : Non, il n’y a pas eu de rapports sexuels, c’est exact. Mais d’autres activités sexuelles, oui.
MG : Avez-vous déjà été rejeté par Anna ?
JA : De quelle façon ?
MG : Qu’elle a refusé une avance sexuelle de votre part ?
JA : Oui, parfois, mais ce n’était pas significatif. Non, rien d’inhabituel.
MG : Si nous retournons à la première nuit : Vous avez éjaculé ?
JA : Oui...
MG : Leif, une question... ?
LS : J’ai quelques questions.
MG : Oui.
LS : A quelle heure de la journée avez-vous eu des rapports sexuels, à quelle heure environ ?
JA : Tard le soir et tôt le matin.
LS : Vous diriez à quelle heure environ - trois, quatre, cinq... ?
JA : Entre 23h et 5h.
LS : D’accord. Vous avez bu de l’alcool ?
JA : Non.
LS : Ni vous ni elle ?
JA : Je ne me souviens pas d’avoir bu une quantité significative. On a peut-être bu du vin blanc au dîner. Mais ce n’était pas une soirée où nous avons beaucoup bu.
LS : Est-ce que l’un de vous était ivre ?
JA : Pas assez pour être remarqué. Je l’aurais remarqué si l’un de nous était ivre.
LS : Quand avez-vous entendu Anna vous parler pour la première fois du problème dont nous discutons aujourd’hui ?
JA : Je n’ai jamais entendu parler de ce problème directement par Anna. Aujourd’hui, c’est la première fois que j’en ai une description exacte.
LS : Donc, pendant toute la semaine où vous avez vécu avec Anna, du vendredi au vendredi, et où vous avez eu plusieurs rapports sexuels, elle n’a rien dit au sujet d’un préservatif déchiré ?
JA : Non, rien du tout.
LS : D’accord. Je n’ai pas d’autres questions.
MG : Une autre question me vient à l’esprit : Qui a pris l’initiative des avances envers l’autre ?
JA : Anna.
MG : Comment est-ce arrivé ?
JA : Elle a dit que je devrais dormir dans son lit.
MG : Et c’est au lit que les choses ont commencé ?
JA : Oui, c’est exact.
MG : L’un de vous a-t-il fait des avances avant d’aller au lit ?
JA : Non.
MG : Anna a dit quelque chose ?
JA : Non, elle a dit quelque chose, mais rien d’inhabituel.
MG : Et qu’entendez-vous par ’inhabituel’ ?
JA : Des choses auxquelles on pouvait s’attendre d’un amant.
MG : Et quels étaient alors vos projets quand le moment est venu d’aller au lit ?
JA : Après qu’Anna ait... ?
MG : Non, avant.
JA : Avant.
MG : Vous dites qu’elle vous a invité dans son lit.
JA : Oui, c’est exact.
MG : Où aviez-vous prévu de dormir avant qu’elle ne vous invite dans son lit ?
JA : Soit par terre, soit... Je ne sais pas. C’est l’appartement d’Anna, après tout.
MG : Depuis combien de temps résidiez-vous dans l’appartement d’Anna avant son retour ce soir-là ?
JA : Je suis resté dans l’appartement un jour quand Anna était absente. J’ai eu les clés trois ou quatre jours avant. J’avais accès à l’appartement, mais je n’y avais pas dormi. Anna a dit que... Non, je ne veux pas en parler, parce que je ne crois pas que ça ait quelque chose à voir avec cette affaire. Je ne veux rien dire de privé si ça n’a rien à voir avec l’affaire.
MG : Des questions complémentaires ? D’accord, avez-vous quelque chose à dire avant qu’on mette fin à l’interrogatoire ?
JA : Oui.
MG : Allez-y.
JA : J’ai été contacté par un ami commun d’Anna et moi le vendredi 20. C’était une femme nommée Sonja qui était à l’hôpital. Elle a parlé d’ADN et de la police - et j’ai été très bouleversé d’entendre cela. Personne n’a allégué quoi que ce soit. Ce serait une longue histoire si j’en parlais. Cela ne semble pas pertinent.
MG : D’accord, nous concluons donc l’entretien.
JA : Nous pouvons toujours continuer si nécessaire. Mais l’essentiel, c’est que moi et d’autres personnes, nous avons entendu un tas de mensonges incroyables, et entendu que je devais rencontrer Sonja samedi après-midi pour discuter de la question. Anna n’avait pas d’accusations, et personne n’avait l’intention d’aller à la police et ainsi de suite. C’est ainsi que je m’attendais à ce que les choses en restent là jusqu’à la publication d’Expressen.
MG : D’accord, alors. L’entretien est terminé. Il est 18h37.


Donald Boström

Date : 20 septembre 2010
Interrogé par l’agent : Mats Gehlin
Également présent : Officier de police Ewa Olofsson comme témoin
Type d’entrevue : En personne ; enregistrement audio
Type de protocole : Transcription textuelle (légèrement modifiée pour la traduction anglaise)
Abréviations : DB, Donald Boström ; MG, Mats Gehlin ; EO, Ewa Olofsson

MG : Bon, il s’agit de vos contacts avec Julian Assange.
DB : Ouais.
MG : Pour commencer, j’aimerais que vous nous racontiez comment vous avez connu Julian et quand vous l’avez rencontré pour la première fois.
DB : J’ai rencontré Julian pour la première fois ce printemps, c’est-à-dire au printemps 2010. Je ne me souviens pas exactement de quel mois, mais c’était en rapport avec son interview pour Aftonbladet par un journaliste nommé Johannes Wahlström. J’ai ensuite appris par Johannes et Aftonbladet que Julian viendrait en Suède et on m’a demandé si je voulais participer à une réunion...
Julian a donc eu une présentation assez importante en Suède à travers une audience importante - une interview dans Aftonbladet. C’est peut-être ce qui l’a poussé à se rendre en Suède à l’époque. Il pensait aussi à la Suède en tout cas, en raison de la liberté d’expression et de la presse, des lois qui existent... On m’a demandé si je voulais participer à une réunion dans le cadre de sa visite ici... avec Julian et quelques journalistes. J’ai dit oui bien sûr. Comme beaucoup d’autres, j’étais curieux et intéressé de savoir de quoi il s’agissait.
Nous avons donc eu une rencontre avec lui, avec un certain nombre de journalistes qui avaient reçu la même invitation. En ce moment il y a une coopération journalistique autour de WikiLeaks. Les médias les plus récents qui sont joints sont Der Spiegel, The Guardian à Londres et le New York Times... D’autres journaux et chaînes de télévision sont également impliqués. Et en Suède, il y avait quelque chose d’embryonnaire qui pourrait se développer en quelque chose de similaire. Un certain nombre de journalistes de divers milieux de travail, dont des organisations de médias comme la télévision publique suédoise et Aftonbladet, ont également participé à ces discussions. C’était donc extrêmement intéressant, bien sûr.
Puis Julian est reparti à l’étranger, puis il est revenu. Puis nous avons eu une autre réunion, nous avons poursuivi la discussion. Pour réussir, nous nous sommes demandés ce que nous devions faire, comment nous devions le faire et ce que nous voulions faire. Si je me souviens bien, aucune décision n’a été prise et aucune organisation n’a été créée...
Il n’y avait donc rien de formel ; c’étaient juste des discussions. Mais je me souviens que tous les journalistes suédois pensaient à peu près la même chose - qu’on voit du matériel qui vaut son pesant d’or pour un journaliste, alors bien sûr nous voulons voir les sources. Et c’était l’occasion d’obtenir les sources, littéralement - pour un grand nombre de sujets, pas seulement ceux qui sont déjà connus. Dans ce cas, en tant que journalistes, nous évaluerions l’intérêt général et, sur cette base, nous publierions peut-être quelque chose. Cela signifie qu’il ne faut pas tout publier - comme le fait habituellement WikiLeaks - mais choisir un angle journalistique suédois plus usuel. Et sur ce point, nous étions presque tous d’accord.
Mais il n’en est rien sorti. Julian s’est de nouveau rendu à l’étranger, et il y a eu cette collaboration avec Der Spiegel, le New York Times et The Guardian... À peu près les mêmes médias ont examiné certains documents, et nous avons commencé à discuter de la possibilité de faire un projet similaire en Suède avec d’autres documents. Aftonbladet, la télévision publique suédoise et d’autres journalistes ont participé à ces discussions. Cela n’a jamais démarré - aucun document à examiner, aucune recherche lancée, pas encore. Mais c’est toujours dans l’air. Après que cette tempête [c.-à-d. les allégations sexuelles] se soit calmée, peut-être que ça reprendra, peut-être pas. J’ai rencontré Julian à trois reprises lorsqu’il était en Suède et nous avons discuté de ces questions, beaucoup d’autres et moi-même.
MG : La première fois, c’était donc au printemps ?
DB : Oui, au printemps.
MG : D’accord.
DB : Et la deuxième fois, c’était aussi avant l’été.
MG : Et la troisième fois, c’est à ce moment-là qu’il devait faire la présentation ?
DB : Exact. Il avait été invité par Broderskapet et, à ce propos, Anna Ardin m’avait appelé. Je ne l’avais jamais rencontrée auparavant, mais nous nous sommes vite bien entendus. C’est parce qu’il y avait un intérêt énorme de la part des médias, et elle se demandait si elle pouvait me transmettre toutes les demandes de renseignements des médias au cas où il y aurait vraiment beaucoup... Alors quand ils l’appelaient, ce qui arrive à l’organisation qui invite, elle les redirigeait souvent vers moi.
MG : OK.
DB : Et j’ai mentionné que j’avais plus d’expérience des médias qu’elle - je connais beaucoup de journalistes qui l’appelaient. J’ai donc dit que je pouvais le faire, sans me rendre compte du temps que cela prendrait. Je crois donc que beaucoup de gens pensaient que j’étais une sorte de coordinateur des médias pour WikiLeaks, mais ce n’était pas le cas... J’ai simplement aidé - aidé Anna et Broderskapet à s’organiser pour la conférence [rires]...
Je connais Peter Weiderud depuis des années. Nous nous sommes rencontrés dans des contextes internationaux. Je suis principalement correspondant à l’étranger... Peter Weiderud est président de la Broderskapet et est également très engagé dans les questions internationales ; nous nous sommes donc parfois rencontrés au parlement suédois, etc. Mais lorsque cet événement a eu lieu, Anna a été désignée pour agir comme attachée de presse. C’est alors qu’elle m’a téléphoné et m’a demandé si elle pouvait me transmettre les demandes des médias [rires]. Je lui ai dit qu’elle pouvait. Et puis un assez grand cirque a commencé à s’organiser autour de ce séminaire, il y a eu beaucoup d’intérêt. Et puis un autre cirque a commencé une semaine plus tard quand Anna et l’autre femme sont allées vous voir. À ce moment-là, mon numéro de téléphone était déjà connu des médias du monde entier, alors c’était l’heure de la prochaine tempête...
MG : Disons le chose comme ceci : Quand tout cela a commencé, ces allégations... Quelles réactions avez-vous reçues de Julian ? Vous étiez en contact avec lui à l’époque, si j’ai bien compris.
DB : Oui, je l’étais. Mais il y a une histoire qui va de pair... J’avais des contacts quotidiens avec Anna et Julian dans le cadre du séminaire ; et Anna et moi étions habituellement en contact plusieurs fois par jour. Comme il y avait beaucoup d’intérêt de la part des médias, nous avons eu beaucoup de contacts.
Et avant que tout cela ne commence [c’est-à-dire les allégations] Anna m’a appelé et m’a dit : ’Ce que j’ai dit avant n’est pas vrai. En fait, on a couché ensemble, Julian et moi.’ Auparavant, elle avait dit qu’ils ne l’avaient pas fait. Sans que personne ne le demande, elle avait plaisanté en racontant que Julian vivait dans son appartement et dormait dans son lit, mais que « nous n’avions pas eu de rapports sexuels. Bien sûr qu’il a essayé,  » a-t-elle dit, « mais j’ai refusé...  »
Mais un jour, le téléphone a sonné, je crois que c’était jeudi, et j’ai pu entendre de sa voix qu’il y avait quelque chose de grave. Alors elle m’a dit : ’Ce que j’ai dit n’est pas vrai, on a fait l’amour.’ Aha, j’ai dit, et j’ai été un peu surpris [inaudible] m’appelle et me raconte ça. Et puis elle me dit que l’autre femme, Sofia, l’a appelée et a dit que Julian avait été chez elle et avait couché avec elle. C’était consensuel dans les deux cas.
Je vous répète ce qu’Anna m’a dit ; je ne connais que sa version en fait.
Nous avons eu beaucoup de conversations, et je vous dis tout cela en réponse à votre question... parce qu’il y a un contexte à raconter.
Alors elle m’a dit que Julian et Sofia s’étaient rendus à Enköping et qu’ils avaient eu des rapports sexuels consensuels, appelez ça comme vous voulez, jusqu’au matin. Et puis Anna a dit : ’Sofia m’a dit que Julian continuait à avoir des rapports sexuels avec elle le matin sans protection, sans préservatif. Et elle ne voulait pas et a protesté, mais Julian a continué et été au bout de la relation sexuelle sans protection, malgré les protestations de Sofia,’ a dit Anna. D’accord, j’ai dit ; j’étais bien sûr sans voix en entendant cela. ’Et je dois dire que nous avons aussi fait des préliminaires sexuels chez moi, et en plein milieu de l’acte ou [inaudible] il a endommagé le préservatif,’ dit-elle. Elle n’a pas dit ’enlevé’.
Mon esprit s’est attaché à ce mot - ’endommagé’. C’est tellement étrange... Soit vous portez un préservatif, soit vous ne le portez pas, soit vous prenez - ouais...
C’est pourquoi je me souviens exactement de cette description - et elle m’a dit que « soudain, il a détruit le préservatif et a continué contre ma volonté. » Encore une fois, j’étais extrêmement déconcerté et je ne pouvais rien dire ; j’étais juste un peu choqué, bien sûr, que cela se soit produit.
Voilà donc le contexte ; et je crois qu’Anna est très, très crédible - ou je l’ai toujours pensé. Je ne me suis donc pas contenté de l’ignorer, j’ai contacté Julian immédiatement et je l’ai confronté à ce problème. Quelque chose du genre : ’Qu’est-ce qui se passe ?’ Et sa réaction a été une réaction de choc ; il ne comprenait rien. Son histoire était tout le contraire, bien sûr. Il a dit que Sofia n’avait pas protesté, que c’était juste [inaudible], qu’ils s’amusaient. J’ai vraiment essayé de le presser : ’As-tu enlevé le préservatif, l’as-tu détruit ?’ Il n’a même pas compris la question, c’est un fait.
C’était donc deux versions complètement différentes - et je n’en ai tiré aucune conclusion personnelle d’aucune sorte...
Mais c’est le contexte, et c’est pourquoi je savais ce qui allait se passer - parce que c’est alors qu’Anna a dit : ’Sofia m’a demandé d’aller à la police avec elle, et j’ai décidé de la suivre et de la soutenir dans cette démarche. Mais nous n’avons pas l’intention de porter plainte contre Julian ; nous voulons juste y aller et raconter nos histoires.’ Et puis je me suis demandé : Est-il possible de raconter son histoire sans que cela ne devienne une plai... Oui, ce genre de détails techniques ; mais je ne les ai pas poursuivis en détail. Quoi qu’il en soit, c’est ce qu’elle a dit.
Elle y est donc allée avec Sofia, et nous nous sommes appelés au téléphone plusieurs fois.
Nous nous sommes envoyés des SMS à ce sujet. Et j’ai aussi appelé Julian plusieurs fois. Elles voulaient que Julian se fasse tester pour le SIDA, sinon elles allaient déposer une plainte contre lui. C’est comme ça qu’elles ont présenté les choses. Elles ne voulaient pas parler à Julian, elles-mêmes. Mais Julian a dit qu’il avait parlé avec Sofia et il croyait que les choses avaient été exagérées. Mais j’ai dit à Julian : ’ Les jeunes femmes veulent que tu fasses un test du SIDA ; et si tu le fais, elles ne porteront pas plainte. Mais si tu ne le fais pas, elles porteront plainte.’ J’ai donc simplement transmis le message ; j’étais le messager...
Anna m’appela de nouveau et m’a dit : ’Maintenant que nous sommes allées à la police, Sofia a raconté son histoire ; et comme j’étais assise là, j’ai ajouté une phrase.’ C’est exactement ce qu’elle a dit mot pour mot, si je me souviens bien. Aha, j’ai dit, et c’était quoi cette phrase ? Eh bien, la phrase était : ’Je pense que Sofia dit la vérité parce que j’ai vécu quelque chose de similaire ’, a dit Anna. Et puis elle m’a parlé du préservatif, c’est pour ça que je pensais que c’était vrai.
Je ne connais rien aux détails techniques de la police, mais Anna a dit : ’Parce que tout d’un coup nous étions deux femmes avec une déclaration sur le même homme, c’est devenu [une affaire à examiner] et donc une plainte formelle, même si nous n’avions pas déposé de plainte.’ Et c’est devenu une plainte. Par conséquent, je connaissais déjà la réaction de Julian, et maintenant nous en venons à votre question.
MG : Je vois.
DB : Il a été choqué et n’a rien compris. C’était sa première... Et puis il y a eu deux versions : D’abord, il n’y avait pas eu de sexe. Puis il y a eu du sexe, mais il s’était passé quelque chose qu’Anna ne voulait pas qu’il se passe. Et maintenant, troisièmement, c’est une question de viol, même. De mon point de vue, j’ai donc vu trois versions différentes du même événement.
MG : Si nous disons - ... Vous avez alors - ... Julian est venu ici plus tôt - ... Avez-vous, avez-vous une idée ou une connaissance de ses activités avec les femmes en général ?
DB : Eh bien, une connaissance... Nous n’avons jamais parlé en privé et nous ne nous sommes jamais associés en privé.
MG : Non.
DB : Alors ce qu’il a fait exactement et avec qui, je ne sais pas. Mais il y a une impression générale, bien sûr, c’est qu’il attire un grand nombre de femmes. Je veux dire, c’est vraiment remarquable. C’est une sorte de phénomène rock-star... L’homme le plus célèbre du monde... Je veux dire, aux yeux de certaines personnes, il était l’homme le plus célèbre du monde. Extrêmement intelligent - c’est séduisant, bien sûr - et il défie le Pentagone et ainsi de suite... Cela impressionne beaucoup de gens, et j’ai vu beaucoup de femmes - je peux dire que l’écrasante majorité des femmes qui se sont approchées de lui sont complètement tombées...
Elles sont complètement sous son charme - vraiment - et j’en ai tiré la conclusion qu’il s’en est parfois servi, on peut le dire. Mais exactement avec qui, combien et quoi - que je ne sais pas.
MG : Non. Il... vous avez... donc il... sa réaction, si on dit... Que pense-t-il de cette attention de la part des femmes ?
DB : Je pense qu’il le vit comme quelque chose de positif... Comme une expérience positive. Et le commentaire d’Anna quand elle m’a appelé et m’a dit, ’Donald, ce n’est pas vrai, ce que j’ai dit avant. Nous avons eu des rapports sexuels’... Et puis elle ajoute, conformément à ce que je viens de dire : ’J’étais fière comme un paon - l’homme le plus génial du monde dans mon lit et vivant dans mon appartement.’
MG : Hmm.
DB : C’est donc le même thème et c’est pourquoi j’ai dit, en réponse à votre question, que je crois que Julian trouve cette attention positive, très positive.
MG : Hmm. Les événements entourant la résidence de Julian avec Anna...
DB : Oui.
MG : Savez-vous quelque chose à ce sujet ?
DB : Oui. J’allais dire que c’est moi qui le sais, car c’est juste avant l’arrivée de Julian qu’Anna m’a appelé pour la première fois. Et puis, ce n’était pas lié aux médias - nous n’avions jamais parlé auparavant - mais : ’Bonjour, je m’appelle Anna Ardin et je participe à l’organisation de ce séminaire. Je pars faire une tournée de campagne électorale, donc mon appartement sera vide. Julian est donc le bienvenu pour y vivre ’, dit-elle. ’Pouvez-vous lui dire ça ?’ De plus, Broderskapet économiserait sur les frais d’hôtel, et Julian préférerait habiter dans un appartement plutôt que dans un hôtel. J’ai donc transmis le message et il a accepté l’offre avec plaisir ; j’ai donc mis les deux en contact, tout simplement.
L’idée était que Julian reste jusqu’à vendredi, je crois. Le séminaire devait avoir lieu le samedi et Anna devait rentrer à la maison le samedi ; je pense que c’était le plan initial. Mais elle est rentrée vendredi. Puis il y a eu une petite discussion sur l’endroit où Julian allait passer la nuit et ainsi de suite. Mais si j’ai bien compris, ils sont sortis dîner, puis ils sont rentrés chez elle, et ils ont donc décidé que Julian allait rester dans son lit. C’était donc aussi simple que cela : Anna s’est rendue compte que son appartement allait être vide, qu’il pouvait être utilisé ; et elle l’a offert à Julian, puis il y a vécu pendant une semaine de plus.
MG : Oui. Avez-vous eu des contacts avec Anna cette semaine-là ?
DB : Oui.
MG : C’est-à-dire, après le séminaire.
DB : Oui. Après le séminaire, nous y sommes allés - c’était le samedi. Ils se sont rencontrés un vendredi et le séminaire a eu lieu le samedi. Ensuite, nous sommes allés déjeuner ; c’est quelque chose qui, je crois, a également été mentionné dans les médias. Il y a eu un petit groupe qui s’est attardé après, quand tous les journalistes sont progressivement partis et qu’il ne restait plus que quelques personnes. Il y avait aussi une femme que j’avais vue pendant le séminaire, que je ne reconnaissais pas et je ne savais pas qui elle était. Alors, par politesse, je lui ai dit bonjour et lui ai demandé si elle était aussi membre de Broderskapet et ainsi de suite. ’Non, pas du tout,’ a-t-elle. ’J’ai juste demandé si je pouvais aider.’ Puis j’ai compris qu’elle était l’une d’entre elles - on peut les appeler groupies, ou harceleuses, ou celles qui sont attirées par son aura de star... Rien de plus que cela, et elle nous a suivi jusqu’à déjeuner avec nous.
MG : Qui a fait en sorte qu’elle vous rejoigne pour le déjeuner ?
DB : Oui, c’est une bonne question. Mais ça s’est passé comme ça  : Broderskapet remercie tout le monde pour le séminaire et les invite à déjeuner, et elle est juste assise là.
MG : Donc vous ne savez même pas si elle était invitée ?
DB : Non, mais elle a dit qu’elle avait téléphoné à Anna et lui avait demandé si elle pouvait l’aider. Anna a donc en quelque sorte accepté de l’inclure dans le groupe. Je ne sais pas ce qu’elle a fait pour nous aider, mais on a accepté sa présence...
Elle ne s’est donc pas imposée ; elle... Ensuite j’ai été le premier à finir le déjeuner et à passer à autre chose. Mais avant, Peter Weiderud a dit - parce que c’était dans les médias - que maintenant c’est la saison des écrevisses et que Julian était venu de l’étranger, c’est la saison des écrevisses, alors il devrait avoir l’occasion de goûter à quelques écrevisses suédoises. Alors Anna a commencé à passer des coups de fil – c’était le samedi, après le séminaire - Anna a appelé quelques amis et a dit, qu’à cela ne tienne, organisons une fête des écrevisses pour Julian. Elle a donc téléphoné et délégué des tâches - peux-tu acheter ceci, peux-tu acheter cela. C’est à peu près la dernière chose que j’ai entendue avant de dire merci et de partir...
Et puis il a eu la fête des écrevisses le soir, vers 19h.
MG : Comment avez-vous été invité, avez-vous déjà été invité à déjeuner ?
DB : Oui, tout à fait. J’étais invité à l’époque. Ce n’était pas un grand rassemblement, juste une petite fête... Entre autres, il y avait deux personnes du Parti Pirate qui sont venues, qu’Anna avait contactées ; car l’idée était que Julian soit logé chez eux. C’est pour cela qu’ils sont venus - pour pouvoir se rencontrer et être présentés. Et il y avait aussi quelques amis d’Anna.
MG : Revenons un peu au déjeuner et à Sofia qui vous suivait... Quelle a été votre impression de Sofia pendant le déjeuner ?
DB : Je pensais qu’elle était... Oui, le meilleur terme auquel je puisse penser est ’spéciale’. En gros, elle n’a rien dit, si je me souviens bien. Elle a juste dit qu’elle avait appelé Anna et lui avait demandé si elle pouvait l’aider ; et elle a dit qu’elle travaillait au Musée suédois d’histoire naturelle. C’est à peu près tout ce que je l’ai entendue dire, et... Je n’ai donc pas beaucoup pensé à elle ; mais puisque vous me le demandez, alors oui : une personne spéciale.
MG : A-t-elle discuté avec Julian pendant le déjeuner ?
DB : Oui, ils se sont assis côte à côte et se sont dit quelque chose et ont fait quelque chose l’un avec l’autre ; mais je ne me souviens d’aucun détail... La seule image que j’ai est celle d’une personne assise et éblouie par Julian... Et comme je le disais, Julian vit cela comme quelque chose de positif. C’est à peu près le tableau que j’ai, car je ne fouille pas dans la vie privée des gens, et... Mais à ce propos, il y a un autre détail auquel j’ai aussi pensé. C’était – je parlais régulièrement avec Anna - et elle plaisantait à propos de Julian, disant que c’était un type spécial. Soudain, il était simplement parti au milieu de la nuit, et il s’avère qu’il était assis dans la salle de bains avec son ordinateur... Elle plaisante de bon cœur, d’une manière amusée. Et parfois, nous nous racontions des choses semblables.
Mais à la fête des écrevisses, elle était assise à côté de Julian et elle a dit, elle en a reparlé  : ’Où as-tu disparu hier soir ?’. À ce moment là, je ne pensais pas qu’ils avaient une relation quelconque. J’ai vraiment cru Anna - c’est une femme forte [inaudible] - de sorte que... Mais cela a attiré son attention, et il l’a regardée - j’étais assis juste à côté d’eux. Elle a dit « Et je me suis réveillée et tu n’étais plus dans le lit, et j’avais l’impression d’avoir été larguée,  ». Et ce mot m’a un peu effrayé : Pourquoi aurait-elle eu l’impression d’avoir été ’larguée’ si elle ne l’avait pas... ? Et j’ai remarqué par la suite que le mot est revenu, qu’elle...
MG : C’était-ce la veille du séminaire, alors ?
DB : Non, c’était après le séminaire. Oui, c’est exact ; le vendredi soir avant le samedi...
C’est à ce moment-là que Julian devait déménager [de l’appartement d’Anna]. Mais au lieu de cela, ils sont sortis dîner, sont rentrés et ont décidé qu’il resterait. Ils ont donc partagé le lit. Et puis elle m’avait raconté en riant comment lui - un type étrange qui disparaît et s’assoit dans la salle de bains avec son ordinateur. Mais envers lui, il y avait un autre sentiment - qu’elle se sentait abandonnée. Et j’ai réagi à cela parce que ce n’est pas ce que vous ressentez si vous n’avez pas de relation ou quelque chose comme ça, n’est-ce pas ? Et pour autant que je sache, ils n’avaient aucune relation. C’était pendant la fête de l’écrevisse, et ils se sont assis et en ont parlé tranquillement pendant un moment, parce que c’était...
Oh, c’est vrai ! Et puis elle a aussi plaisanté en disant que Julian avait disparu avec une ’fille quelconque’, [inaudible] les médias. Parce que ceux qui l’avaient appelée lui avaient demandé si Julian et ainsi de suite. Mais non, ’Il a disparu avec une ’fille quelconque’’, et je n’ai pas compris ce qu’elle voulait dire. Mais elle voulait dire qu’après le déjeuner dont nous venons de parler, Julian et Sofia étaient allés au musée, au cinéma, etc. Mais il est revenu pour la fête des écrevisses.
MG : Y a-t-il autre chose que vous avez entendue lors de la fête des écrevisses ?
DB : Eh bien, la seule chose qui pourrait être pertinente... En fait, je n’ai pas beaucoup participé.
Principalement, je me suis assis et j’ai mangé ; j’adore les écrevisses [rires]. Je me suis donc beaucoup concentré sur la nourriture.
Mais je sais qu’il y a eu une discussion sur l’endroit où Julian allait dormir. S’il rentrait avec ce couple, comme prévu. Il y avait un autre ami d’Anna, et il y avait Anna. Mais je ne comprenais pas qu’il avait déjà été décidé à ce moment là, à table, que Julian allait rester chez Anna cette nuit-là. Je n’ai pas participé à cette discussion, mais c’est ce que j’ai compris, pour que... Encore une fois, j’ai été parmi les premiers à partir, et les autres sont restés et... Puis lui et Anna sont montés et y ont dormi, d’après ce qu’on m’a dit.
MG : Avez-vous eu l’impression que Julian flirtait avec une femme en particulier à la fête des écrevisses ?
DB : Pas que je sache. Peut-être qu’il l’a fait en cachette, ou comment dire, Mais je n’ai rien remarqué.
MG : Non.
DB : Le classique - que l’homme court après la femme, ou quelque chose comme ça...
MG : Non.
DB : Non. Je me souviens qu’il avait plutôt l’intention de continuer à rencontrer Anna, parce que ce qu’il a dit, c’est : ’Je pense qu’il vaut mieux que je dorme ici. C’est le plus simple.’
Il a conçu une explication formelle, pour ainsi dire - c’est-à-dire au lieu de déplacer des bagages et ainsi de suite... C’était mon impression. Mais, en fait, je n’ai pas été trop observateur au cours de ce rassemblement. Je sais que j’ai mangé plus que les autres [rires]. [Inaudible] Oui.
MG : Et si on le dit comme ça : Sofia, avez-vous eu des contacts avec Sofia, avez-vous rencontré Sofia ailleurs qu’au déjeuner ?
DB : Non. C’était la dernière fois que je... Je ne lui ai pas parlé. Je ne l’ai pas vue.
MG : Avant cela, aviez-vous eu des contacts avec Sofia ?
DB : Non. C’était au séminaire. J’ai vu quelqu’un au séminaire qui avait l’air spécial, c’est-à-dire que j’ai remarqué, mais... Tout le monde semblait avoir un rôle à jouer. Il y avait des journalistes, des techniciens et des organisateurs. Et il était très évident qu’elle n’avait aucun rôle à jouer. Alors je me suis assis et j’ai réfléchi : Réfléchis... Qui peut-elle être ; peut-elle être membre du Parti Pirate, peut-elle être... ? Ouais, tu sais, des trucs comme ça.
Et soudain, elle était debout à côté de Julian... C’est pour cela que je me suis présenté  ; puis j’ai compris : ’D’accord, c’est une de ses admiratrices’, pour ainsi dire.
MG : Alors revenons un peu à ça, un peu, que Julian devait rester chez Anna.
DB : Oui.
MG : C’est là qu’il a été décidé combien de temps il resterait avec Anna ?
DB : Non, pas que je sache. J’ai cru comprendre qu’il était censé déménager le vendredi, comme je l’ai mentionné ; c’était le plan. Et puis il est resté, et puis je n’ai jamais entendu parler d’une autre limite de temps. Pas que je sache. S’ils se sont dits quelque chose... Mais je ne crois pas. Ce que vous voulez peut-être dire, c’est qu’au cours de cette semaine - vers mercredi et après, je crois - Anna m’a dit qu’elle voulait qu’il déménage. D’accord, mais dis-lui, j’ai dit. Et puis elle a dit. ’Je lui ai dit, mais il ne veut pas partir.’ Et puis je l’ai confronté avec ça.
EO : Julian ?
DB : J’ai parlé à Julian - qu’il était temps de déménager, qu’Anna veut que tu déménages, qu’elle te l’a dit. Et encore une fois, il a été surpris et a dit qu’elle n’avait pas dit un mot à ce sujet... Et encore une fois, je peux... Alors j’en ai... deux - c’est comme des enceintes stéréo, où un canal dit une chose et l’autre dit autre chose. Mais personne n’a mentionné d’échéance, sauf un jour particulier [inaudible]. ’Non, maintenant je veux que tu bouges’... Elle m’a dit. Et j’ai transmis ce message à Julian - le moment est venu. Et il faudra attendre le vendredi, je crois, pour qu’il déménage.
MG : Où s’installe-t-il alors ?
DB : Bonne question. Je ne sais pas, je ne sais pas. Je pense que vous devriez demander à Johannes, peut-être que vous l’avez déjà fait. Je n’ai pas participé à l’organisation de son logement, à aucun moment...
MG : Non. Savez-vous si vous en avez eu, si vous avez entendu Anna parler de Sofia ou si, en d’autres termes, si elle a parlé de Sofia avant cette histoire de tests du SIDA et tout ça ? A-t-elle mentionné Sofia ?
DB : Non, la seule chose que j’ai entendue, c’est ce que je viens de dire, c’est qu’elle l’appelait une ’fille quelconque’... Avec un haussement d’épaules, ou elle a essayé de plaisanter en disant que Julian avait disparu avec une ’fille quelconque’. je n’ai rien entendu d’autre.
MG : OK.
DB : On pourrait peut-être demander à ses amies comment elle... Celles qui lui sont proches. Non, il était donc assez clair qu’elle m’avait donné l’impression – je parle d’Anna - que sa manière de me traiter était agréable, digne de confiance, directe, rafraîchissante d’une certaine manière. Mais j’ai compris plus tard qu’il s’était passé beaucoup d’autres choses - que l’impression que j’avais eue n’était pas correcte...
MG : Non.
DB : Ne correspondait pas à la réalité.
DL : Non.
DB : Donc, hmm...
MG : Alors, comment et quand cela s’est-il produit... C’est-à-dire, quand elle vous a appelé et vous a dit ceci... que des choses s’étaient passées avec cette Sofia... Et que vous, même alors, elle vous a dit ce qui était vrai et que... Quelle était votre impression d’elle quand elle a raconté ce qu’elle a dit qu’elle avait vécu ?
DB : J’ai eu l’impression - en partie, j’étais bien sûr déconcerté par le fait que tout à coup l’image a complètement changé... Mais je crois que j’avais l’impression qu’elle était crédible, et il y avait un peu de cela - on a tendance à croire une femme qui a été maltraitée. C’est ainsi, d’une certaine façon ; c’est un peu... C’était donc mon impression immédiate...
Mais en même temps, j’ai commencé à penser : Comment est-ce possible ? Car, s’ils ont des rapports sexuels, consensuels selon elle, et qu’il se passe quelque chose qu’elle vit comme une agression, comment peut-elle néanmoins organiser une fête des écrevisses, le laisser rester dans son appartement, partager un lit et ainsi de suite ? J’ai senti qu’il y avait quelque chose qui ne collait pas. J’avais donc l’impression qu’elle était une personne crédible, mais il y avait quelque chose dans son histoire qui ne collait pas.
MG : Non.
DB : Mais j’ai aussi décidé de ne pas creuser. C’est à vous de le faire, pour ainsi dire [rires].
MG : Oui [rires].
DB : Ce sont donc à peu près les deux impressions que j’ai, en parallèle : une jeune femme crédible, une jeune femme forte qui sait ce qu’elle veut, mais quelque chose qui ne colle pas. Et c’est un peu renforcé par le fait que j’avais maintenant trois versions de ce qui s’est passé... Et Julian dit toujours la même chose : ’Je ne comprends rien’...
EO : Puis-je poser une question ?
MG : Bien sûr.
EO : Quand vous avez parlé à Anna, elle a dit qu’elle avait été victime d’une agression sexuelle. Avez-vous une idée de ce à quoi elle a réellement été soumise - ou de Sofia ?
DB : Oui.
MG : D’après l’histoire d’Anna.
DB : Oui, je comprends, d’après l’histoire d’Anna. Quand elle m’a appelé et m’a dit ’nous avons eu des rapports sexuels’ et cela s’est produit, elle n’a en aucun cas laissé entendre qu’elle avait été victime d’agression sexuelle. En fait, elle ne voulait même pas aller à la police. Mais elle a dit : ’Je veux y aller, j’ai promis à Sofia que j’irais avec elle pour la soutenir’ - non pas qu’elle avait une raison d’y aller, elle-même. J’ai donc l’impression qu’elle n’a rien vécu de très grave, mais qu’elle s’est mise en colère. Grosso modo : Ne détruis pas le préservatif, mais ce n’était pas une agression. C’était mon impression, parce qu’elle ne voulait pas aller à la police pour elle-même.
Puis elle m’a rappelé et m’a dit, comme je l’ai dit, que parce qu’elle avait renforcé l’histoire de Sofia avec sa propre phrase, l’affaire est devenue plus solide, comme elle l’a dit. C’est exactement ce qu’elle a dit... Mais ce n’était pas son affaire à elle. Si elle s’est ensuite adressée à vous et fait valoir ses arguments, je ne sais pas. Mais [j’explique ce qu’elle m’a dit], parce que c’était votre question.
EO : Oui, oui, bien sûr.
DB : Alors, elle a beaucoup atténué le ton en disant qu’il s’agissait de quelque chose de désagréable ou de quelque chose qui l’a mise en colère - et qu’elle n’avait pas l’intention de déposer une plainte ou d’aller plus loin dans cette affaire.
MG : Mais c’est donc devant vous, avant que... Il semble que...
DB : C’était le jeudi, alors...
MG : Et quand se rend-elle à la police - vous le savez ?
DB : Oui, je crois que c’est vendredi qu’elle va à la police. Et je crois que c’est samedi que Julian est arrêté par contumace. Donc, oui, le vendredi après-midi, Anna m’a téléphoné assez souvent, ou nous nous sommes téléphonés beaucoup de fois ce vendredi-là. Puis elle a dit : ’Maintenant Sofia est avec la police. Maintenant j’ai vu la police’, et on parle à nouveau de tests de dépistage du SIDA... Donc, le vendredi, en particulier, il y a eu un trafic téléphonique assez intense... Mais elle m’a donné l’impression d’y être allée pour dire ce que je viens de vous dire, et elle est une amie qui soutient Sofia. Juste pour...
MG : Ce qu’elle vous a dit - qu’avez-vous ressenti ?
DB : Je suppose que c’est bien ce que je ressentais - ou je la croyais, tout simplement... Car lorsque cela est sorti, j’ai reçu un appel d’Aftonbladet ; et j’ai décidé que je ne voulais rien dire dans les médias. Je ne voulais pas être entraîné là-dedans. Ce n’est pas mon histoire, pour ainsi dire... Je n’étais pas présent à ces occasions... et ainsi, de sorte que... Mais je sais que j’ai tout de suite dit à Aftonbladet que mon impression d’Anna était ce que je vous ai dit - qu’elle semblait être une jeune femme crédible. Je me souviens que j’ai dit cela à Aftonbladet... Mais néanmoins, il y a des choses à propos de l’histoire qui ne tiennent pas debout...
MG : Avez-vous déjà parlé de femmes avec Julian ? Avez-vous déjà parlé avec lui , c’est-à-dire...
DB : Oui, je comprends la question. Oui.
MG : Ce passage sur la façon dont il est poursuivi [par les femmes], comment il est poursuivi tout le temps... Avez-vous eu, disons, des discussions éthiques avec lui ?
DB : Oui, oui.
MG : Et avez-vous eu, eh bien, disons, des conversations éthiques avec lui ?
DB : Oui... Précisément parce qu’il y a un nombre incroyable de femmes. Cela ne prend que quelques secondes  ; c’est très visible. Et quand c’est comme ça, je crois qu’il faut garder les choses sous contrôle, pour diverses raisons. Il y a alors des moyens éthiques et moraux de, pour ainsi dire, - . Mais je ne peux pas vraiment donner mon opinion, parce que je ne sais pas ce qu’il a fait ou pas, pour ainsi dire, vous comprenez...
C’est comme... D’un côté, c’était : si c’est comme ça, il faut s’y prendre avec beaucoup, beaucoup de tact. Faire en sorte qu’aucune jeune femme, vous savez... D’un autre côté, nos discussions ont davantage porté sur les aspects sécuritaires - qu’il s’est présenté lui-même, ce qui, je pense, est au moins en partie exact, comme un homme traqué. Il n’est pas si populaire aux États-Unis. Selon des sources fiables que j’ai lues en plusieurs endroits, il y a plus d’une centaine de personnes qui [inaudible] Pentagone essayant de déchiffrer ses codes...
Il y a une chasse - et le plus important, il contrôle du matériel que les Etats-Unis pensent dangereux pour eux... Mais pas seulement les Etats-Unis. C’était la même chose en Islande, et il y a d’autres pays...
C’est donc une source de renseignements sans pareille. C’est pourquoi il est intéressant d’un point de vue journalistique de [inaudible] jusqu’aux véritables sources. Il n’est donc pas difficile de conclure qu’il s’agit d’un phénomène que de nombreuses personnes veulent arrêter. Je ne crois pas que quiconque essaiera de l’attaquer physiquement ; mais il y a d’autres choses qui peuvent être faites.
Et même si cela peut sembler conspirationniste, il y a eu de nombreux épisodes au cours de l’histoire où on a fait appel à une fille avec une jupe courte. Il n’y a pas si longtemps, il y a eu un cas en Russie... Et nous avons parlé de cette affaire. Nous avons également parlé de Vanunu, le scientifique israélien qui a révélé la possession d’armes nucléaires par Israël. C’était la même chose : ils ont envoyé une fille dans sa chambre d’hôtel, et ce fut la fin. Ensuite, ils ont pu l’expatrier en Israël et ainsi de suite.
Nous avons donc parlé de tout cela, et il y avait deux aspects. L’un d’eux était de traiter les jeunes femmes comme il se doit. L’autre, c’est que maintenant, il devenait quelqu’un qui pouvait s’attendre à être soumis à diverses... C’est de cela que nous parlions, en ces termes.
MG : Oui, et qu’a-t-il répondu à cela ?
DB : Je me souviens seulement qu’il a dit qu’il comprenait... C’était probablement comme ça. Mais j’ai aussi eu l’impression - je ne me souviens pas des mots exacts - qu’il pensait maîtriser la situation, que parce qu’il comprenait le problème, il pensait...
MG : Pensez-vous qu’il y ait une raison de penser cette affaire en ces termes ?
DB : Je ne pense pas. Pas vraiment, si on peut penser différemment. Donc, si on pense au Pentagone, à la CIA, etc... Non, je ne crois pas. Je ne crois pas du tout à ce genre de conflit.
MG : Julian a-t-il discuté de cette possibilité ?
DB : Non, en fait, il ne l’a pas fait. Il a dit que c’était une campagne de diffamation. Mais il ne sait pas d’où cela vient - ou il se réfère simplement à ce qui se passe dans la presse mondiale entière. ’Assange’ plus ’viol’ reçoit plusieurs millions de visites sur le web. C’est donc une gigantesque campagne de diffamation, dit-il, mais... Non, je ne crois pas qu’il pense que la CIA soit derrière tout ça...
Pas dans ce cas-ci. Mais il a également dit - il a reçu des conseils de prudence des agences de renseignement , car il y a des indications que de tels plans existent...
Mais cela ne s’applique pas nécessairement dans cette affaire ci... Ensuite, il y a toujours des choses qu’on ne sait pas, mais... Si c’est juste une question, alors non, je ne crois pas que ce soit quelque chose de plus vaste. Je crois que c’est plus privé, plus personnel.
MG : Oui. Vous avez dit que vous aviez également parlé à Julian à propos d’Anna à ce sujet.
DB : C’est exact.
MG : A-t-il dit quelque chose sur ce qui s’était passé ? C’est-à-dire, est-ce qu’il a dit : ’Non, non, je ne comprends rien’... mais est-ce qu’il a ajouté quelque chose sur ce qui s’était passé ?
DB : Oui, en partie. Pas beaucoup. C’était juste, ’Je ne comprends pas de quoi vous parlez, parce que nous avons eu des rapports sexuels exactement comme d’habitude’...
Et j’ai aussi dit qu’Anna avait dit que Sofia avait protesté haut et fort : ’Non, ne continue pas’... Et puis il s’est indigné plusieurs fois. J’en ai parlé avec lui plusieurs fois et à chaque fois il s’est indigné. Il ne l’a absolument pas fait, affirme-t-il avec insistance - ou qu’elle ne l’a pas fait. Et il dit aussi que c’est un mensonge pur, pur...
Et puis il dit qu’ils n’ont eu que des rapports sexuels normaux, et ce qui a également été mentionné dans la presse, que ’Nous avons plaisanté sur le nom qu’on donnerait au bébé’ et ainsi de suite...
MG : A-t-il dit s’il portait un préservatif ou non ?
DB : Avec Sofia, pas de préservatif... Quant à l’autre occasion, pourquoi endommager un préservatif. À ce sujet, il a dit que non, il ne l’avait pas endommagé. Il a dit qu’ils ont simplement continué comme d’habitude... Il s’agissait donc de rapports sexuels protégés à cette occasion... Des rapports sexuels consensuels, protégés, et il n’avait pas endommagé le préservatif d’une façon quelconque. C’est la version qu’il m’a donnée.
MG : Comment - que savez-vous de la vie privée de Julian ? Connaissez-vous sa vie en général ? Est-il marié, a-t-il des enfants ?
DB : Je sais très, très peu de choses. La plupart proviennent d’articles de presse... Certaines personnes ont essayé d’explorer ses antécédents. Je sais très, très peu de choses. Mais je sais qu’il n’est pas marié et qu’il a au moins quatre enfants, je crois. Il parle très peu de sa vie privée. Cela me convient ; je n’ai pas besoin de discuter de questions privées. Ce n’est pas notre rôle, mais plutôt... Et à ma connaissance, il n’a pas de résidence permanente ; il n’a pas de base permanente, il circule.
MG : Hmm. A-t-il déjà exprimé le désir d’avoir plus d’enfants ?
DB : Pas à moi... Ce n’est pas un homme qui parle de sa vie privée...
MB  : Non. [Silence.] Oui, Ewa ?
EO : Je vois plusieurs choses ici. Oui, est-ce que Julian avait, parlait-il de sa vie future, voulait-il s’installer ici en Suède, ou... ?
DB : Oui, c’est ça.
EO : Qu’en pensait-il ?
DB : Son idée - telle qu’il me l’a exprimée, ou à d’autres en tout cas - était de s’installer en Suède. Faire une demande de permis de travail et de résidence, comme il l’a fait... Il a donc envoyé la demande, ça je le sais. Ensuite, il envisageait de créer une publication en Suède et, pour ce faire, d’obtenir une licence d’édition et d’être l’éditeur responsable en vertu du droit suédois. Et avec cela, la Suède deviendrait une sorte de base pour sa vie et son travail. Mais plus de détails sur la façon dont il vivrait... bon, quelques-uns. Mais il s’agissait d’une planification purement professionnelle. Un permis de travail et de séjour, une licence de publication, une publication, et la Suède deviendrait une sorte de base d’accueil pour ces activités. Et cela montre une orientation vers l’avenir, c’est ainsi qu’il fonctionne.
Ses liens avec la Suède seraient renforcés et s’inscriraient dans une perspective à plus long terme et plus...
Et c’est l’impression claire que j’ai... Oui, et c’était l’orientation, et il poursuit probablement toujours ce plan...
EO : Oui, précisément. Ça m’est venu à l’esprit : Êtes-vous toujours en contact avec Anna [inaudible] ?
DB : Non. Nous en avons eu un peu, je vais vérifier quand la dernière fois - donc, au milieu de l’agitation, et nous sommes restés en contact pendant un certain temps après. Ensuite, c’était de plus en plus rare. J’ai téléphoné plusieurs fois, mais elle n’a pas répondu. C’était après l’arrivée de Claes Borgström. Et je pense que j’ai conclu - parce que nous avions une bonne relation... Dans l’un de ses derniers SMS, elle a écrit : « Nous nous faisons confiance, n’est-ce pas ?  » Ma conclusion est donc qu’elle craignait que je ne parle à la presse - et en particulier à Aftonbladet parce que j’ai beaucoup de contacts à Aftonbladet - et qu’elle a donc mis fin donc à nos communications pour éviter les fuites. J’imagine bien que l’avocat a dit : ’Ne parlez pas aux journalistes, même s’ils sont amis.’ C’est ce que je dirais. La dernière fois, elle n’a pas répondu. A la place, il y a eu quelques messages SMS, et puis... Oui, depuis plus d’une semaine ou plus, elle n’a même pas envoyé de SMS.
EO : Et vos contacts avec Julian ces jours-ci ?
DB : Je ne l’ai pas vu depuis une dizaine de jours et je ne l’ai pas rencontré. Mais nous avons parlé, il y a peut-être quatre, trois, quatre jours... De temps en temps, en quelque sorte.
EO : Et parce qu’il sait, parce que vous avez suivi les évènements, parlez-vous beaucoup de son affaire, de cette enquête préliminaire en cours ? Il en parle, il vous pose des questions ? Avez-vous un dialogue...
DB : Oui. Mais ce n’est pas tellement un dialogue, c’est plutôt qu’il exprime ses pensées, par exemple que rien ne se passera avant les élections [nationales suédoises]... Je crois qu’il y pense beaucoup. Nous ne parlons pas si souvent ; mais les fois où nous avons parlé, il mentionne cette affaire. Bien sûr, il se sent - il exprime son insatisfaction [inaudible], il se sent injustement traité. Pour prendre un exemple concret qui revient souvent : Il y a eu une affaire de meurtre dans les journaux, au sujet d’une jeune femme de Malmö, Nancy, qui a été tailladée à mort avec une bouteille, je crois. Le tueur a été arrêté et condamné à huit ans de prison. Après la sentence, la photo du meurtrier a été rendue floue, pixélisée. Mais la photo de Julian, qui n’est qu’un suspect, ne l’était pas. Il a donc l’impression qu’il se passe systématiquement quelque chose d’anormal, et il fait souvent des commentaires à ce sujet... Oui, et ainsi de suite, pour ainsi dire.
MG : A qui fait-il le plus confiance en Suède ? Qui est la personne en qui il a le plus confiance ?
DB : Cela varie probablement un peu. Mais si je devais nommer une personne, ce serait probablement Johannes Wahlström. Je pense qu’ils s’entendaient très bien aux États-Unis quand Johannes a interviewé Julian.
MG : Avez-vous eu des contacts, comment ont-été vos contacts avec Johannes depuis... ?
DB : Depuis le début ?
MG : Oui, ou plus exactement - non, disons depuis que cette affaire a éclaté.
DB : En gros, Johannes a toujours été à l’étranger. Maintenant, je ne peux pas dire si nous avons parlé au téléphone une ou deux fois, plus quelques messages SMS. En d’autres termes, il y en a eu très peu, des contacts à basse fréquence... Ce n’est pas quelque chose qui s’est développé, où les gens se sont allés réunis, pour dresser des plans. C’est plutôt quelque chose qui s’est déroulé comme ça. Le dernier SMS de Johannes date d’hier. Mais je n’ai pas répondu ; je n’avais pas l’énergie... Il peut rentrer à la maison et voir par lui-même [rires]. C’est donc à ce niveau, en d’autres termes...
MG : Et avant - c’est-à-dire, le connaissiez-vous depuis longtemps avant cette affaire, ou... ?
DB : Non. Je l’ai rencontré une fois à Jérusalem, avec beaucoup d’autres journalistes. C’est pour ça que je savais qui il était. Puis il m’a interviewé une fois sur le Moyen-Orient pour un journal. C’est la première fois que je l’ai rencontré et que je lui ai parlé. La troisième fois que je l’ai rencontré, c’était lors de ma première rencontre avec Julian Assange.
MG : Et où était-ce ?
DB : Je crois... [Inaudible]. J’ai peut-être raté quelque chose. Oui, je l’ai rencontré. J’ai aussi écrit [inaudible]. Si vous écrivez sur le Moyen-Orient, il y a souvent des étincelles... Même moi, j’en ai fait l’expérience. Beaucoup d’étincelles, et je lui ai parlé à ce sujet. Donc, c’est quelqu’un que j’ai connu et avec qui je me suis associé et ainsi de suite. Mais j’ai rencontré Johannes à plusieurs reprises en relation avec Julian et WikiLeaks... Beaucoup plus. Tout à coup, je peux dire que oui, je le connais... Mais ce n’est que récemment...
MG : Y a-t-il quelque chose que vous pensez que nous aurions dû vous demander, que vous voulez ajouter ?
DB : Je crois que j’ai tout couvert. Mais il y a ceci : J’ai l’impression qu’il y a tellement de versions d’un même événement... J’y ai pensé... Et j’en suis sûr... Et Anna assise à côté de Julian et se sentant abandonnée. Cela s’est également fixé dans mon... Pourquoi a-t-elle ressenti ça ?
EO : Juste une chose : lors du coup de fil, jeudi, quand Anna...
DB : Oui.
EO : Et puis vous avez parlé à Julian... Etait-il alors connu qu’il avait eu des rapports sexuels avec Sofia et Anna, ou étiez-vous focalisé sur Sofia ?
DB : Quand Anna a appelé, je crois que c’était jeudi... Jusque-là, elle avait plaisanté en disant : ’Il n’a pas réussi à coucher avec moi’, et ainsi de suite... Mais jeudi, elle a dit : ’Moi aussi j’ai couché avec Julian... Ce que j’ai dit n’était pas vrai.’ Il s’est donc avéré qu’ils avaient eu des relations sexuelles... Et la raison pour laquelle elle l’a dit est que Sofia l’avait appelée et lui avait parlé de sa nuit avec Julian... Ainsi, en l’espace d’une minute environ, j’ai compris qu’elles avaient toutes les deux eu des rapports sexuels avec Julian - mais aussi que le sexe était consensuel...
EO : Mais ensuite, vous avez confronté Julian avec ce... Lui avez-vous aussi parlé des jeunes femmes ?
DB : Je lui ai dit explicitement, précisément ce qu’Anna m’a dit. Je l’ai dit tout de suite... A propos du préservatif endommagé, et pourquoi as-tu continué quand Sofia a dit non, a protesté...
MG : Oui. Cela nous amène à cette question : Savez-vous si Julian a eu des contacts avec les jeunes femmes... après... ?
DB : Pas après le dépôt de la plainte. Mais le vendredi où les femmes sont allées voir la police [inaudible] ; je pense que c’était un vendredi. Avant cela, Anna me téléphonait souvent et m’a dit que tout ce qu’elles voulaient, c’était qu’il passe un test de dépistage du SIDA ; alors, nous ne porterons pas plainte, a-t-elle dit.
D’accord, j’ai dit. J’appellerai Julian et je le lui dirai, et c’est ce que j’ai fait. Alors j’ai appelé Anna, et Anna m’a appelé.
Puis j’ai rappelé Julian et il m’a dit : ’Mais maintenant, j’ai eu une longue conversation avec Sofia’, a-t-il dit vendredi. ’Et elle (inaudible) pas de problème’. Autrement dit, elle n’allait pas voir la police, et ils étaient tout à fait d’accord. Est-ce vrai, ai-je demandé, parce que je viens de parler à Anna et que j’ai eu une impression complètement différente. Elles sont en route pour voir la police [inaudible]. ’Non,’ a-t-il dit, ’nous étions d’accord, c’était très amical, très agréable.’
Et il y est revenu à plusieurs reprises : ’Je lui en ai parlé vendredi et elle a dit ceci et cela.’ Je ne sais pas s’ils ont eu des contacts après cela, mais je ne pense pas.
MG : Bien.
EO : Pas de questions.
MG : Dans ce cas, nous mettrons fin à l’entretien à 12h17.


Johannes Wahlström

Date : 20 septembre 2010
Interrogé par l’agent : Ewa Olofsson
Également présent : Le policier Mats Gehlin comme témoin
Type d’entrevue : En personne ; enregistrement audio
Type de protocole : Transcription textuelle (légèrement modifiée dans la traduction vers l’anglais)
Abréviations : JW, Johannes Wahlström ; EO, Ewa Olofsson ; MG, Mats Gehlin

L’entrevue commence par une discussion sur la question de savoir s’il y aura ou non une diffusion dans la presse ou si elle sera publiée d’une autre manière. La réponse fournie est que le service juridique de la police décidera de la part de l’entrevue à classer ou à rendre publique.

EO : Y a-t-il autre chose que vous...
JW : Non. Passons à la suite.
EO : Je voudrais vous demander de commencer par nous parler de vos contacts avec Julian Assange, à la fois en relation avec et avant son arrivée en Suède.
JW : J’ai travaillé avec Julian Assange sur une mission de la télévision publique suédoise, avec un travail en cours dont je ne suis pas autorisé à parler... Je ne sais pas exactement quand je l’ai rencontré, mais disons une semaine avant son arrivée en Suède, je l’ai rencontré en Angleterre.
Puis il est allé en Suède et je suis revenu ici un jour ou douze heures plus tard, à peu près. Ou... vous avez dit, des contacts avant qu’il ne vienne ici.
EO : Précisément. Comment dites-vous - associé à, avez-vous été impliqué dans sa tâche ici en Suède ?
JW : Comme ?
EO : Genre, étiez-vous en Angleterre pour le rencontrer dans le cadre de sa tâche ici ?
JW : J’étais en Angleterre et je l’ai rencontré sur une mission de la télévision publique suédoise.
EO : Avez-vous pris des dispositions pour sa visite ici en Suède ?
JW : Non.
EO : Rien ?
JW : Ça dépend de ce que vous voulez dire.
EO : Je veux dire son logement, sa tâche ici, peut-être quelques interviews.
JW : Non, mais je connaissais sa tâche, ses conditions d’hébergement, etc. Et j’ai aidé à arranger des contacts, c’est ce que je peux dire - en partie avec Broderskapet qui est ensuite venu pour l’inviter en Suède. À ce propos, j’ai eu un contact par e-mail avec Anna Ardin, qui était l’attachée de presse de Broderskapet, et l’est probablement encore. Pour des raisons pratiques, elle m’a envoyé ses billets d’avion. À part cela, elle et les autres de Broderskapet se sont occupé de toutes les questions pratiques ; je ne sais pas comment leur administration interne fonctionne... Comme on me l’a expliqué, ils l’invitaient à un séminaire et couvraient ses frais de subsistance pendant quelques jours par la suite.
EO : D’accord. Puis vous êtes retourné en Suède - une demi-journée, avez-vous dit, après Julian. L’avez-vous contacté dès votre retour en Suède ?
JW : Oui. Je suis revenu le soir, si je me souviens bien, alors nous nous sommes contactés le matin...
EO : Vous vous souvenez quand ?
JW : Je pourrais regarder dans mon agenda... On peut compter à l’envers... Mais vous devez sûrement avoir vos propres dossiers sur la date de son arrivée en Suède, de sorte que...
EO : Le séminaire a eu lieu samedi.
JW : Samedi... Donc, c’était soit le jeudi, soit le vendredi. Probablement, je suis rentré jeudi soir, ou tard ce soir-là ; nous nous sommes donc rencontrés vendredi. Oui : Je suis revenu dans la nuit du 11, puis je l’ai rencontré jeudi... Puis, si je me souviens bien, nous nous sommes rencontrés tous les jours jusqu’à mon départ de Suède, la semaine suivante.
EO : Quel jour êtes-vous parti ?
JW : [Se racle la gorge.]
EO : Je suis tatillon.
JW : Je ne me souviens pas si c’était le 18 ou le 19... Je crois que je suis parti le soir du 18 août... J’ai quitté la Suède et j’ai été absent jusqu’au 15, c’est-à-dire il y a à peine quelques jours.
EO : Oui. Je vois.
[Silence]
EO : Puis, à partir du moment où vous êtes venu en Suède le 12, ou le 11, c’est le 12 quand vous vous contactez... Comment vous êtes-vous rencontrés, dans quel contexte ?
JW : Nous avons participé à un certain nombre de réunions, de nature journalistique je dirais.
EO : Étiez-vous aussi présent à la réunion du samedi 14... avec Broderskapet ?
JW : Oui, je l’étais.
EO : Quelle était votre impression de Julian, comme personne ?
JW : Mon impression de Julian, comme personne... Eh bien, c’est une personne très intelligente. On peut dire qu’il est amical et chaleureux... Peut-être pourriez-vous plutôt poser quelques questions précises, si vous le souhaitez ; il serait plus facile pour moi de répondre à vos questions.
EO : Je pense simplement que vous vous êtes rencontrés beaucoup, et assez fréquemment pendant un certain temps. Alors, est-ce que vous avez appris à vous connaître...
JW : Sur le plan personnel ?
EO : Oui, précisément. Plus que dans un cadre de travail ?
JW : Oui. Je dirais que j’ai une idée de ce qu’il est en tant que personne, oui... Je pense pouvoir dire que... Il est quelqu’un qui, à certains égards, est très compétent et très doué. Mais à d’autres égards - il peut, par exemple, avoir de la difficulté à trouver son chemin s’il se promène en ville, parce qu’il s’implique tellement dans la conversation, et... il a une façon de faire ressortir une sorte de bonne volonté ou appelez ça comme vous voulez. Parce que... Je ne sais pas, il y a certaines personnes qui ont une sorte d’aura qui donne envie d’être gentil avec eux - quelque chose comme ça. Et il est lui-même très gentil, pour dire les choses simplement...
EO : Hmm...
JW : Vous m’avez demandé si j’étais présent à la réunion avec Broderskapet.
EO : Oui, effectivement.
JW : On peut en parler. Mais j’aimerais également dire quelque chose qui est lié à ce cas particulier et aux questions qui s’y rapportent...
Lorsque nous étions à Londres, j’ai noté quelque chose qui, pour moi, était assez étonnant, parce que nous, les journalistes, n’avons pas l’habitude, pour ainsi dire, d’être aussi célèbres que dans le monde de la musique, ou ce genre de choses. Mais j’ai découvert très vite que Julian a suscité une sorte d’intérêt de la part des jeunes femmes - et en particulier des femmes que je m’attendais à être, pourrait-on dire, plus professionnelles.
Je parle maintenant de ce qui s’est passé à Londres. Elles se sont collées à lui, pour ainsi dire... Il s’agissait de journalistes de publications très prestigieuses qui se comportaient, eh bien, un peu comme des écolières quand elles le voyaient. Elles gloussaient, essayaient de l’embrasser. Elles essayaient de poser leurs mains sur sa cuisse. Oui, ça m’a paru très, très étrange.
EO : Comment a-t-il réagi ?
JW : Il était relativement impassible. Je suppose qu’il souriait et qu’il trouvait la situation amusante ; je pense qu’il aimait cela. Mais je me souviens d’une occasion particulière où nous étions en réunion ; il s’agissait d’une réunion informelle, mais néanmoins d’une réunion liée au travail - le genre de chose qu’on fait avec un verre de vin à la main. Il y avait peut-être une quinzaine de personnes assises là, et nous discutions de toutes les questions relatives à nos rôles professionnels, et qui touchaient à certains documents avec lesquels nous travaillions. Et deux femmes qui travaillaient aussi dans le journalisme sur ce projet se sont assises très rapidement juste à côté de lui ; et il était évident qu’elles étaient en compétition pour voir qui capterait son intérêt. Mais il semblait plus intéressé à discuter d’éthique journalistique, de politique et de ce genre de questions. Mais il m’a semblé très étrange, je peux vous le dire - d’autant plus que je savais qui étaient ces deux femmes, et qu’elles étaient en mission journalistique.
EO : Est-ce que vous en avez parlé avec Julian plus tard ?
JW : Oui, je lui en ai parlé plus tard, et j’ai noté qu’il n’a pas clairement rejeté les avances de ces femmes. Et sans connaître les détails, ce qui s’est passé ou non, je lui ai dit en toute bonne foi que je pensais qu’il devait être extrêmement prudent. Car dans sa situation exposée, il ne peut pas savoir s’il a affaire ou non à une personne en qui il peut avoir confiance. Dans le jeu politique dans lequel il s’est engagé, et avec lequel il est familier, il est loin d’être inhabituel ou impensable que quelqu’un veuille lui créer des problèmes précisément par le biais des contacts sexuels.
Je lui ai donc parlé à quelques reprises et j’ai eu une longue et sérieuse discussion avec lui à ce sujet lorsque nous sommes venus en Suède. C’était probablement vendredi, je suppose.
EO : Et pourquoi cette discussion longue et sérieuse ?
JW : Eh bien, c’était juste que... J’ai remarqué qu’il y avait trop de groupies féminines - si je peux me permettre de le dire sans mépriser personne - autour de lui et que, même s’il ne faisait que parler avec elles, il baissait en quelque sorte sa garde d’une manière qu’il ne ferait pas en parlant avec vous ou moi. C’était simplement ce genre de discussion.
Il y a de nombreux exemples dans l’histoire où des personnalités très connues, surtout des personnalités controversées, ont vécu ce genre de choses. Je pense notamment à Mordechai Vanunu - je ne sais pas si vous le connaissez. C’est lui qui a révélé le secret des armes nucléaires d’Israël il y a près de vingt ans. Après avoir révélé le secret des armes nucléaires, il a rencontré une jeune fille qu’il trouvait très gentille et jolie, etc. Elle a flirté très intensément avec lui et lui a demandé s’il aimerait se joindre à elle pour un voyage en Italie. Il l’a fait, puis il a été drogué et transporté dans une boîte en Israël où il a passé vingt ans en prison. Elle s’est avérée être un agent du Mossad.
Ce que Julian Assange et son organisation ont fait n’est en rien moins grave dans le contexte de la politique mondiale que ce que Mordechai Vanunu a fait. [Assange] était au courant de cette affaire ; il ne l’ignorait pas. Mais j’ai pensé qu’il était important de mentionner le risque pour lui.
EO : Lorsque vous avez eu cette conversation, est-ce qu’il avait déjà eu une relation ici, en Suède ou à Londres, dont vous étiez au courant ?
JW : Je ne connaissais aucun détail sur ses relations. Je ne voyais que la façon dont les jeunes femmes affluaient autour de lui.
EO : Je vois. Vous dites avoir été en contact avec Anna Ardin par courriel. Vous vous connaissiez avant ?
JW : Non, nous ne nous connaissions pas avant.
PÉ : Comment avez-vous établi le contact ?
JW : Je ne sais vraiment pas, mais je soupçonne que ses supérieurs lui ont probablement demandé de m’envoyer les billets... Ce n’est pas quelque chose que je veux aborder, parce que cela n’a rien à voir avec cette entrevue.
EO : Avez-vous eu des contacts depuis votre retour en Suède ?
JW : La première fois que je l’ai rencontrée, c’était le samedi matin, c’est-à-dire quelques heures avant le séminaire de la Confédération syndicale suédoise.
EO : Je vois.
JW : ... Comme je l’ai dit, j’ai aidé Julian Assange pour quelques questions pratiques. En partie, il s’agissait de transmettre les billets et en partie, je voulais savoir où il allait être quand il serait ici.
Comme c’est Broderskapet qui l’avait invité, ils se sont chargés d’organiser son logement. Puis j’ai découvert qu’il y avait un appartement vacant qui appartenait à l’attachée de presse de Broderskapet qui allait être absente - jusqu’à samedi, si ma mémoire est bonne. Pour avoir un endroit où il pouvait séjourner. Après cela, eux ou quelqu’un d’autre lui trouveraient un autre endroit où rester.
Ce serait plus facile si vous m’aidiez avec la date, parce que je ne m’en souviens pas tout à fait et je n’ai pas pensé à tout cela au cours du dernier mois, car j’étais à l’étranger. Mais je me souviens très clairement qu’Anna Ardin était rentrée à Stockholm un jour plus tôt. Quel jour, je ne sais plus si c’était jeudi ou vendredi. Je suppose que c’était vendredi... Oui, c’était bien vendredi. Elle voulait rencontrer Julian, étant donné qu’il vivait dans son appartement. Mais ce n’était pas un problème, parce qu’elle avait un autre endroit où aller. Et ce jour-là, nous avons eu une réunion avec le représentant de Broderskapet ; c’est lui qui m’a parlé de tout cela.
EO : Oui, c’est lui qui l’a dit...
JW : Oui, il m’a dit qu’Anna reviendrait un jour plus tôt que prévu. Mais ce n’était pas un problème ; Julian pouvait rester où il était, et elle allait loger ailleurs. Puis, un peu plus tard, j’ai appris via Julian qu’Anna Ardin l’avait contacté et voulait le rencontrer, avant le séminaire. Et comme c’est ce que j’avais compris, je crois que je lui ai donné des indications pour se rendre à son appartement et que je suis ensuite rentré chez moi. C’était probablement le soir, mais pas encore la nuit.
EO : Vendredi ?
JW : Vendredi... C’est comme ça que je m’en souviens... Puis ils devaient se rencontrer, et le samedi matin, je devais aller chercher Julian à l’appartement et lui montrer le chemin jusqu’au lieu de rendez-vous. Le séminaire était à 11h, si je me souviens bien, ce qui signifie que j’étais probablement là vers 9h ou 9h30 ; je ne me souviens pas exactement.
J’ai sonné à la porte. D’une part, je savais que Julian ne trouverait pas le chemin ; d’autre part, il a un petit problème pour être à l’heure. J’ai donc pensé que ce serait un geste amical de le réveiller ; j’étais l’une des rares personnes en Suède à savoir où il était. J’ai sonné à la porte et, à ma grande surprise, c’est Anna Ardin qui a ouvert la porte. Et elle - elle avait l’air, comment dire... Elle avait l’air de ne pas s’attendre à me voir, c’est sûr. Et je ne m’attendais certainement pas à la voir le matin. J’ai donc demandé très discrètement si elle venait d’arriver, ou...
EO : Mais vous avez compris que c’était Anna ?
JW : J’ai compris - et elle s’est présentée.
EO : Oui, d’accord.
JW : Alors je suis entré dans l’appartement et j’ai vu un lit. C’est un tout petit appartement... Le mien fait 35 mètres carrés, une pièce et une cuisine. Le sien paraissait avoir dix mètres carrés de moins.
Il y avait un canapé assez petit et un petit lit. Julian était assis dans la pièce et elle m’a fait entrer dans le couloir, tout habillée. J’ai simplement noté mentalement le fait qu’ils avaient passé la nuit ensemble dans l’appartement, d’une manière ou d’une autre. Et ce n’est pas un très grand appartement, donc il n’y a pas vraiment assez d’espace pour des pièces séparées. Mais je n’ai rien dit. J’étais occupé à m’assurer qu’ils se rendent au séminaire. Anna est partie tout de suite, avant nous. Puis Julian et moi sommes allés au point de rendez-vous un quart d’heure plus tard. J’essaie de me souvenir s’il y avait autre chose...
EO : A-t-il dit quelque chose à propos de cette nuit-là ?
JW : Certainement pas. Tout d’abord, ce n’est pas à moi de poser des questions personnelles - surtout pas à quelqu’un avec qui j’ai une relation professionnelle. Deuxièmement, j’avais l’impression qu’il n’était pas quelqu’un qui discutait de questions privées de cette façon. Mais il y avait un matelas mince, mince, mince sur le plancher ; il à peu près aussi mince que ça et sans draps ou autre. Je me suis dit qu’il avait peut-être dormi dessus ; je l’ai supposé, en tout cas. Et j’ai trouvé très étrange qu’elle y ait passé la nuit. Mais rien de plus.
Puis nous sommes allés au séminaire. Il y avait beaucoup de monde - un grand rassemblement de la presse. Sans connaître tous les détails, il semblait que la plupart d’entre eux, dans la salle de séminaire, étaient des journalistes professionnels. Il y avait beaucoup d’appareils photo, de caméras vidéo, de stylos, de dictaphones, etc. Anna aidait à organiser les aspects pratiques du séminaire. Ça s’est passé comme ça - rien de remarquable.
Puis, à la fin du séminaire, il y a eu une sorte d’heure limite pour quitter le salle. Nous sommes donc tous sortis, dont un grand nombre de journalistes.
Anna avait dressé une liste de journalistes qui seraient en mesure de mener des interviews ; ils avaient été cochés sur la liste, et cela a pris beaucoup de temps. Entre-temps, de plus en plus de gens sont partis.
Il était prévu que certains d’entre nous aillent déjeuner après le séminaire : Peter Weiderud, qui dirige, je crois, la Broderskapet, Anna Ardin, un journaliste nommé Donald Boström et moi-même. C’est nous qui, pourrait-on dire, avons été impliqués dans tous les premiers contacts entre Julian et Broderskapet. Et quand il ne restait plus qu’un ou deux journalistes, je me suis approché de - son nom est Peter Weiderud ?
MG : Si vous parlez de celui avec Broderskapet.
JW : Broderskapet, oui... Quoi qu’il en soit, je suis allé le voir et je lui ai demandé quel était le plan, et il m’a dit que nous allions déjeuner et m’a demandé si j’avais des suggestions. J’ai suggéré le Bistro Bohème qui est tout près. Il y avait quelques personnes qui s’attardaient et j’ai demandé qui elles étaient. Aucune idée. J’ai remarqué en particulier une jeune femme vêtue d’une sorte de veste rose. Elle se démarquait de façon remarquable dans ce rassemblement, on peut dire – toute en rose vif. J’ai donc demandé qui c’était, parce qu’elle se tenait un peu trop près du groupe qui avait organisé l’événement. Et il [Weiderud] a dit qu’elle avait aidé en tant que bénévole ou stagiaire, quelque chose comme ça. Aha, ai-je dit, mais vous pouvez faire en sorte qu’elle et les autres [qui n’ont pas leur place] partent, parce que je ne voulais pas d’étrangers à notre déjeuner. À ce moment-là, il y avait de tout, des politiciens aux journalistes, en passant par les groupies qui étaient là depuis près de quatre heures. Il vaudrait mieux qu’on y aille seuls. ’Mais elle a tellement aidé bénévolement, donc le moins qu’on puisse faire est de l’inviter à déjeuner.’
Pour revenir à ce que j’ai dit plus tôt au sujet de mon avertissement à Julian. Pour moi, cela a déclenché des sonnettes d’alarme très bruyantes, simplement d’après ce que je voyais d’elle ; et elle s’était soudainement retrouvée si près. Nous étions assis là, quatre personnes discutant de questions délicates, et voici quelqu’un que je ne connaissais pas ; et tout d’un coup, elle s’est jointe à nous pour déjeuner.
Mais l’homme nommé Peter qui était en charge du séminaire, il a dit qu’elle allait se joindre à nous pour le déjeuner. J’ai donc demandé à Anna la même chose, si elle savait qui était la femme ; et elle m’a dit quelque chose du genre qu’elle avait contacté Broderskapet et lui a demandé si elle pouvait m’aider, mais qu’elle [Anna] ne la connaissait pas vraiment... mais qu’elle travaillait au Musée suédois d’histoire naturelle ou quelque chose comme ça.
Nous sommes donc allés déjeuner au restaurant et, si ma mémoire est bonne, le groupe était composé de ceux que j’ai mentionnés plus tôt : Anna Ardin, Donald Boström, Julian Assange, [Peter Weiderud], la jeune femme et moi-même.
EO : Vous vous souvenez de son nom ?
JW : Elle s’appelait Sofia et... elle était assise au bout de la table - parce que je pense que tout le monde pensait qu’elle ne devait pas vraiment être là. C’est ainsi que nous avons discuté du déroulement du séminaire et d’un certain nombre d’autres questions de nature plus ou moins politique et journalistique.
Il y a eu un incident étrange - parce qu’elle était silencieuse tout au long du déjeuner. Elle était assise à côté de Julian... [et elle] n’avait vraiment rien à dire sur les sujets dont nous discutions. Et bien sûr, elle est entrée dans la conversation et a demandé - elle a regardé Julian très intensément et a demandé, ’As-tu aimé ton sandwich au fromage ?’ ou quelque chose comme ça. Ça a attiré mon attention. Je ne me souviens pas si c’était un sandwich au fromage, mais c’était quelque chose comme ça - quelque chose de très banal. Il a été également quelque peu décontenancé et a remarqué soudain qu’elle était assise juste à côté de lui. Il a regardé ailleurs et a dit : ’Oui, tu veux goûter ?’ Et elle a pris une bouchée de son sandwich au fromage.
Oui, et [rires]. Oui, si vous pouvez imaginer que vous êtes assis avec des policiers et quelqu’un que vous ne connaissez pas vraiment prend une bouchée du sandwich au fromage de votre collègue, ce serait un peu bizarre.
Puis le déjeuner a pris fin, et Julian et moi allions nous séparer.
Je pense que nous avons tous pris des chemins différents. Mais attendez : Avant la fin du déjeuner, il y a eu une discussion sur les traditions suédoises, et j’ai mentionné que c’était la saison de l’écrevisse ou quelque chose du genre. J’ai suggéré qu’il pourrait être amusant pour Julian de voir une fête suédoise des écrevisses, à quoi Anna Ardin - qui était assise à côté de moi - a dit qu’elle pourrait organiser une fête des écrevisses. Ainsi, en l’espace de trois minutes, elle a appelé plusieurs personnes ; et quand elle a posé son téléphone, elle a dit qu’à tel ou tel moment ’il y aura une fête de l’écrevisse et vous êtes tous les bienvenus’. C’était très rapide et très bon enfant, et j’ai trouvé cela plutôt agréable - surtout parce que c’était si spontané.
Quoi qu’il en soit, nous avons quitté le restaurant et j’allais m’occuper de certaines de mes affaires ; mais je suis parti avec Julian, et les autres sont partis dans des directions différentes. Je suppose qu’Anna est partie organiser les écrevisses et l’alcool. Et j’ai remarqué que la jeune femme, Sofia, nous suivait Julian et moi... Et j’ai pris Julian de côté et j’ai demandé qui c’était. Il m’a regardé et m’a dit : ’Je crois comprendre qu’elle travaille avec Broderskapet. Elle a dit qu’elle peut m’aider à obtenir un câble pour mon ordinateur.’ Aha, d’accord, j’ai dit. Nous sommes donc allés tous les trois dans un magasin d’informatique et nous leur avons demandé s’ils avaient le câble nécessaire, mais ils ne l’avaient pas. Puis nous sommes allés dans un autre magasin et c’était la même chose, ou il était fermé.
Et je me suis dit : Eh bien, maintenant qu’elle a fait son travail, elle peut partir. Mais au lieu de cela, elle est restée avec Julian et lui a demandé s’il aimerait visiter son lieu de travail - je ne me souviens pas si c’était le Musée d’histoire naturelle, mais c’était un grand musée à Stockholm - et il m’a dit, ’Si tu veux que je t’accompagne et pour t’aider avec certaines choses, je serai très heureux de le faire’. Non, j’ai dit, tu vas au musée et je te verrai ce soir à la fête des écrevisses.
Alors ils sont allés au musée, pour autant que je sache, et je suis allé faire mes courses. Puis, le soir, je suis allé chez Anna Ardin. Ils m’ont téléphoné plusieurs fois pour me demander où j’étais ; je suppose que j’étais en retard. Quand je suis arrivé à la fête des écrevisses, ils avaient préparé une table dans la cour intérieure. En plus d’Anna, Julian et Donald, il y avait deux personnes du Parti Pirate, plus trois ou quatre autres jeunes femmes et un gars, amis d’Anna. J’ai supposé qu’ils étaient en quelque sorte liés à Broderskapet, ou qu’ils étaient simplement amis. Je n’y ai pas beaucoup réfléchi.
La soirée s’est donc poursuivie ainsi ; et j’ai noté un curieux échange, on peut dire. C’était une soirée très animée, je peux dire que d’entrée de jeu... Il n’y a eu absolument aucun malaise ou quoi que ce soit du genre, sauf un incident. Une amie d’Anna Ardin, qui était assise assez loin de moi, m’a dit très clairement qu’elle était lesbienne et qu’elle avait une grande aversion pour les hommes en général. Elle a dit quelque chose comme - elle a crié de l’autre côté de la table à Anna que ’La prochaine fois, nous ferons une fête aux écrevisses sans hommes !’ ou quelque chose comme ça. J’ai juste noté cette expression dans ma tête. Puis j’ai poursuivi à moitié en plaisantant la question avec Anna - pourquoi dire une telle chose. Elle a dit quelque chose comme : ’Eh bien, c’est bien quand les femmes peuvent se réunir entre elles, pour être fortes ensemble’ ou quelque chose comme ça.
Je me souviens aussi qu’au cours de la soirée, j’ai demandé à Anna – non, j’ai d’abord demandé à Julian où il allait passer la nuit, et il m’a répondu qu’il avait plusieurs offres.
Mais j’ai eu l’impression que tout était arrangé. Puis il a dit : ’J’ai été invité par la jeune femme que nous avons rencontrée plus tôt’ - Sofia, en d’autres termes. Mais il y avait des détails techniques ou autres qui devaient être réglés avant qu’ils puissent se rencontrer. Je ne sais pas ce que c’était, et cela ne m’intéressait pas particulièrement ; je voulais simplement savoir s’il avait un endroit où dormir - si je devais lui prêter mon appartement, ou autre chose. Puis j’ai demandé à Anna s’il pouvait rester chez elle ou si elle voulait que je l’emmène chez moi. Elle m’a répondu : ’Non, pas de problème. Il est le bienvenu ici.’
Il était déjà très tard, vers 3 heures du matin, et tout le monde est parti, sauf Julian et Anna. J’ai aidé à porter les derniers verres et les derniers objets, puis j’ai pris congé d’eux dans l’appartement. Il était évident qu’ils allaient tous les deux dormir dans l’appartement.
EO : Avez-vous remarqué quelque chose entre eux pendant la soirée ?
JW : Une amitié forte... une amitié très chaleureuse. Je n’ai pas vu de flirt ouvert. C’est aussi pour ça que je n’ai pas - j’ai eu l’impression qu’Anna voulait en quelque sorte s’occuper de Julian... J’ai reçu un SMS d’elle quelques jours plus tard... C’était le 16 août, donc c’était un -
EO : Lundi...
JW : Oui. Nous nous sommes aussi rencontrés la veille, le dimanche, je pense. Mais en tout cas, un SMS [le 16]. C’était un lundi matin, et je devais rencontrer Julian à la télévision publique suédoise. Et [Anna] m’a écrit : ’Salut, je lui ai dit trois fois qu’il devait prendre une douche. Il sent très mauvais, je ne peux pas le supporter. Tu es son meilleur ami suédois.’
(C’était selon elle.) ’Peux-tu trouver un moyen de résoudre ce problème ? Merci, Anna. J’ai répondu quelque chose comme : ’Ha ha ha. Oui.’ Et elle m’a répondu : ’Ha ha, d’accord, mais tu peux probablement [inaudible] obtenir une belle fille pirate sexy pour [inaudible] comme condition pour le ramener à la maison, ou le dire toi-même ou quelque chose comme ça. Quoi qu’il en soit, j’ai pris la décision de laver ses vêtements.’
Les jours suivants, nous nous sommes rencontrés tous les jours, c’est-à-dire [moi-même et] Julian et Anna Ardin. C’était en partie dans le cadre du travail auquel je participe et en partie pour m’aider lors de diverses entrevues. À ce stade, Anna et Julian avaient développé une sorte de relation, avec elle comme une sorte de mère de substitution - quelque chose comme ça. Elle s’occupait de son linge et s’assurait qu’il mangeait bien. Oui, elle en a parlé plusieurs fois.
La même nuit ou la veille de mon départ pour l’étranger - c’est-à-dire le mardi, je crois - j’avais laissé Julian au restaurant. Anna m’a téléphoné et m’a demandé où il était - elle était sur le point de quitter son lieu de travail - et j’ai dit : ’Tu peux assumer la responsabilité de notre enfant adoptif.’ Et elle a répondu : ’Oui, j’ai longtemps pensé à adopter un enfant. Je ne savais pas qu’il serait si grand.’ Mais c’était une conversation très affable... Puis elle a quitté le travail et est allée le rejoindre.
EO : A-t-elle exprimé le souhait qu’il quitte son appartement ?
JW : En fait, je lui ai demandé ça presque tous les jours. Je me rends compte que ce n’est pas à moi de poser une telle question. Mais j’ai essayé de la prendre à part à plusieurs reprises et je lui ai demandé si tout allait bien. Je n’ai pas donné de détails, mais je lui ai simplement demandé si elle voulait que je prenne d’autres dispositions. Elle a répondu « Non. Mais c’est juste qu’il ne dort pas la nuit, ça peut être un peu gênant ; et il a de la difficulté à gérer son hygiène. Mais bien sûr, il peut continuer à loger chez moi. Pas de problème, tant que je sais à peu près combien de temps ça va durer.’
Je crois que j’ai posé cette question trois ou quatre fois, la première fois le samedi jusqu’à -
EO : Le jour du séminaire. Oui, d’accord.
JW : Le jour du séminaire... Lundi, mardi.
EO : Anna ou Julian vous ont-ils dit qu’ils avaient, ou avaient, ou allaient avoir, une relation sexuelle ?
JW : Absolument pas.
EO : Aucun des deux ?
JW : Absolument pas.
EO : Je vois.
JW : J’ai lu dans les tabloïds du soir, tout comme vous probablement, qu’ils avaient de toute évidence une telle relation. Mais ça m’a complètement choqué. Je ne devrais peut-être pas vous le dire, mais elle et moi avons développé une sorte de relation où nous nous aidions mutuellement à prendre soin de notre invité. Et il semblait tout aussi improbable qu’elle ait une relation sexuelle avec Julian que je n’en aurais une... Je n’y ai jamais pensé - à part ce premier moment où j’ai découvert qu’ils dormaient ensemble dans le même appartement. Mais après ça, je n’y ai plus pensé.
EO : Julian voyait-il une autre femme pendant ce temps ? Vous avez dit que Sofia et lui sont allés sur son lieu de travail à une occasion... et qu’il a ensuite été invité à passer la nuit chez elle.
JW : Oui.
EO : Mais l’a-t-il fait ?
JW : Je n’ai aucune connaissance de ce qu’il a réellement fait. Je sais que nous étions censés nous rencontrer... En fait, je peux vérifier ça. J’ai reçu un SMS d’Anna à ce sujet... Voici ce que j’ai écrit le 17 août : ’Bonjour. Pouvez-vous rappeler à J que nous avons une réunion à midi au syndicat des journalistes. Je soupçonne qu’il dort, et malheureusement, je ne peux pas aller le chercher aujourd’hui.’ Anna Ardin a répondu : ’Il n’est pas là. Il a prévu tous les soirs de coucher avec la fille en cachemire, mais il n’a pas pu trouver le temps. Peut-être qu’il a réussi à le faire hier ?’ C’était à 9h40, le 17 août... Ma réponse : ’il a mauvais goût. Tu as son numéro ?’ Sa réponse : ’Pas sûr qu’il ait le moindre goût, pour être honnête ; mais elle était mignonne. Pas très futée selon J. Mais le cachemire, les seins et le culte des idoles compensent. Non, malheureusement non. sofia.wilen@hotmail.com. Travaille au Musée d’histoire naturelle. C’est tout ce que je sais.’
Puis il a raté la rencontre que nous avions organisée. J’ai demandé à plusieurs personnes de l’appeler pendant la journée parce que j’avais beaucoup à faire, à part ça. Puis il s’est pointé vers 14 heures, je crois, et nous avons décalé la réunion au syndicat des journalistes à 16 heures.
Je lui ai parlé au téléphone à l’heure du déjeuner, alors que la réunion au syndicat des journalistes était censée avoir lieu. Il a dit qu’il serait coincé un certain temps et qu’il lui faudrait beaucoup de temps pour arriver en ville. J’ai donc soupçonné qu’il s’agissait d’un train de banlieue ou quelque chose du genre, et qu’il avait simplement mal calculé l’heure. Je lui ai fait une réprimande amicale et on a changé l’heure. C’était, après tout, avec le chef du syndicat des journalistes ; même s’il est très connu dans les milieux suédois, il est difficile d’organiser une telle réunion et de décaler de deux heures...
EO : Mais vous n’avez plus parlé de l’endroit où il avait passé la nuit ou avec qui ?
JW : Je ne pense pas avoir posé cette question. Même si nous avons ce que l’on pourrait appeler une relation amicale - dans le sens où nous pouvons aller ensemble à une fête de l’écrevisse, ou l’aider à se déplacer et tout ce genre de choses - je ne voulais pas connaître sa vie privée. Mais j’ai dit très clairement que je pensais que c’était une mauvaise idée d’être en retard à une réunion.
EO : Quand il a quitté l’appartement d’Anna, pourquoi et quand a-t-il fait ça, vous le savez ?
JW : J’ai quitté le pays - j’ai dit que le jour était...
EO : Oui, c’était le mercredi.
JW : Donc, à ma connaissance, il était toujours avec Anna...
EO : Et après ?
JW : Il allait quitter la Suède, et ce devait être le lendemain de mon départ. Ou était-ce le même jour ? Quoi qu’il en soit, je connaissais le plan et j’ai demandé à Anna s’il pouvait rester avec elle jusqu’au jour où je devais quitter le pays. Je n’ai donc pas pensé à l’alternative, c’est-à-dire qu’il pouvait rester dans mon appartement. Mais je ne sais pas pourquoi il a quitté l’appartement d’Ana, ni quand.
EO : Vous avez donc quitté le pays et vous avez eu des contacts avec lui après ça.
JW : [Inaudible]
EO  : ... ou avec Anna ?
JW : Non, mais j’ai reçu un appel de Donald Boström quand j’étais à l’étranger. Quel jour était-ce ?... Je ne me souviens pas vraiment du jour. Quoi qu’il en soit, j’ai reçu un appel et Donald m’a dit : ’Vous êtes assis ?’ Et je me suis immédiatement inquiété. Puis il m’a dit que Julian avait été accusé d’avoir violé cette jeune femme, Sofia. Et que Donald avait parlé avec Anna Ardin, et que Sofia avait parlé avec Donald. Et qu’Anna était furieuse à propos de ce que Sofia lui avait dit - que pour une raison ou une autre, elle croyait ce que Sofia avait dit et qu’elles allaient se rencontrer...
EO : Et comment - que s’est-il passé après, qu’avez-vous fait avec cette information ?
JW : Eh bien, j’ai été totalement choqué... Que peut-on faire avec une telle information ?
EO : Avez-vous contacté quelqu’un ou quelqu’un vous a-t-il tenu au courant de ce qui se passait ?
JW : Non. Après ce jour où Donald m’a contacté, je me suis rendu dans une région éloignée et j’étais... Je n’ai rien appris de plus sur [la situation] pendant mon séjour au Kazakhstan... Ou sur la mer d’Aral, avec des connexions téléphoniques et Internet très sporadiques... Mais j’ai été totalement choqué, et le lendemain, c’est apparu à la une dans la presse mondiale. Puis, quelques heures plus tard, toute l’affaire a été classée.
Pour moi, l’accusation a d’abord été un choc énorme, puis un autre choc énorme que toute l’affaire se soit déroulée si vite et que la procureure ait agi si vite. Et puis un énorme choc quand toute l’affaire fut classée. Pour moi, toute l’affaire sentait mauvais du début à la fin, parce qu’il y avait quelque chose qui ne collait pas.
EO : Et vous avez suivi les développements via le web ou sur...
JW : Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour le suivre sur le web... Je n’ai réussi à me connecter à un réseau qu’une ou deux fois.
EO : Avez-vous eu des contacts avec Anna Ardin après... ?
JW : Je l’ai appelée le jour même, juste après ma conversation avec Donald. Mais cette conversation avec Anna fut très brève ; elle était en route pour rencontrer Sofia afin de discuter avec la police. J’ai peut-être mal compris, mais ce que j’ai retiré de cette conversation n’est pas ce que Donald venait de me dire. Au contraire, c’était simplement que Sofia voulait obliger Julian à prendre - j’en ai oublié une partie... Elle voulait le forcer à faire un test sanguin, pas le dénoncer pour viol. C’est ce que j’ai retiré de cette conversation.
EO : Et le test sanguin serait pour... ?
JW : le SIDA. D’après ce que j’ai compris, ils avaient eu des rapports sexuels sans, sans... C’est ce que Donald Boström et Anna m’ont dit - qu’ils avaient eu des rapports sexuels sans préservatif et que Sofia craignait d’avoir été infectée. Elle voulait de toute évidence que Julian se fasse tester, et Julian ne voulait pas. Puis j’ai aussi parlé à Julian, en fait. Je l’ai appelé. Tout se mélange, il est donc difficile de se rappeler la séquence exacte des événements... Mais je l’ai appelé et lui ai demandé ce qui se passait. Puis il a dit qu’elle voulait qu’il fasse un test sanguin. Alors fais-le, bon sang, j’ai dit. Quel est le problème ? Il m’a répondu : ’Je peux faire un test sanguin, mais je ne veux pas qu’on me fasse chanter pour que je fasse un test sanguin. Car ils disent que soit Sofia va à la police, soit je fais un test sanguin. Je peux le faire, mais je préfère le faire par bonne volonté plutôt que d’être soumis à un chantage.’ Puis j’ai dit : ’Fais cette foutue analyse de sang maintenant, si elle est inquiète, c’est ridicule.’ Après cela, je ne me suis pas impliqué [inaudible]. Rappelez-vous que j’étais à 4500 kilomètres de là, au téléphone... et que j’étais préoccupé par d’autres choses.
EO : Mais a-t-il dit quelque chose sur la relation, sur ce qu’ils ont fait ensemble ?
JW : Non. Je suppose qu’il a dit qu’il avait eu des relations sexuelles avec Sofia... Ne pensez pas qu’il ait mentionné autre chose à cette occasion.
EO : Vous n’avez pas parlé d’Anna ?
JW : Non, à part que Sofia avait contacté Anna, et qu’Anna était très en colère au nom de Sofia. De ma conversation avec Anna, j’ai eu l’impression qu’Anna avait une sorte d’attitude fraternelle envers la jeune femme, qu’elle voulait l’aider. Et donc, si j’ai bien compris, Anna voulait l’accompagner à la police pour savoir s’il était possible ou non de forcer Julian à faire un test du SIDA.
EO : Avez-vous une idée de l’attitude générale de Julian envers les femmes ?
JW : Attitude générale envers les femmes... Cette question est tout aussi difficile que celle de savoir quelle était l’attitude générale d’Anna envers les hommes.
EO : Oui, mais je me demandais s’il avait exprimé quelque chose à quoi vous aviez réagi, ou s’il s’était montré d’une façon ou d’une autre -
JW : Non. Mais ce que je peux dire, d’après ce que j’ai remarqué pendant ces deux semaines passées en sa compagnie, c’est qu’il est un puissant aimant pour les femmes... Mais [il est] très gentil avec les femmes. Rétrospectivement, après avoir fait des rapprochements, j’ai compris qu’il y a eu plutôt beaucoup de jeunes femmes qui ont en quelque sorte... fait tout leur possible pour finir au lit avec lui. Comment ça s’est passé alors, je ne sais rien de tout ça. Mais il semble maintenant qu’un grand nombre d’entre elles ont réussi... Mais je n’ai rien remarqué de particulier dans son attitude envers les femmes... D’un autre côté, j’ai remarqué, comme je l’ai mentionné plus tôt, une attitude remarquable envers les hommes dans le cercle d’amis d’Anna Ardin.
EO : Oui, vous l’avez mentionné.
JW  : Ce petit épisode. Mais c’était un sentiment qui a continué pendant la soirée de la part de certaines des jeunes femmes à la fête des écrevisses...
EO : Revenons en arrière, quand vous parliez de l’attitude des amis d’Anna à l’égard des hommes, plutôt que de celle de Julian [envers les femmes].
JW : Comme je l’ai dit, j’ai ressenti des ondes étranges... Il arrive de temps en temps, surtout dans le milieu universitaire, qu’on rencontre quelque chose qui... Je ne sais pas trop comment l’exprimer, parce que tôt ou tard, cela sortira dans les tabloïds du soir. Mais il arrive de temps en temps que vous rencontriez des jeunes femmes qui ont pris une sorte de... Elles ont accompli une sorte de parcours qui les amène à être aussi machistes au nom du féminisme que les hommes les plus machistes peuvent l’être, mais d’un point de vue féministe. Cela s’exprime souvent par le fait que les jeunes femmes de ce genre peuvent se référer aux hommes comme à des instruments sexuels, qu’ils ne sont pas nécessaires au discours intellectuel. Et seuls les hommes, ou seulement les femmes, ont besoin les uns des autres. C’est peut-être quelque chose qui ne s’applique qu’à ma génération ; peut-être ne l’avez-vous jamais rencontré... Mais je l’ai rencontré assez souvent, surtout dans le monde universitaire. Certains amis d’Anna m’ont donné cette impression, par exemple à la suite de la brève remarque que j’ai faite. Je ne veux pas dire qu’Anna est comme ça. Mais elle a encouragé ce genre d’attitude chez son amie... C’est la seule chose qui est arrivée qui suggère un trait de caractère, mais je ne sais pas si cela pourrait desservir Anna. C’est difficile à interpréter.
EO : Une dernière question, que nous avons également abordée plus tôt. Avez-vous parlé à Julian de sa vie sexuelle, ou peut-être plus de ce qu’on pourrait appeler ses préférences sexuelles ? Vous avez dit que vous avez parlé de sa vie sexuelle.
JW : Certainement pas.
EO : Mais en conclusion, alors : Avez-vous, à un moment ou à un autre, abordé quelque chose dans sa vie privée concernant la sexualité - ses préférences ou ce qu’il aime ?
JW : Absolument pas.
EO : [Inaudible] Aucun, rien, rien. A-t-il... Savez-vous s’il a des enfants ?
JW : Eh bien, j’ai lu dans les journaux, tout comme [inaudible].
EO : D’accord, mais c’est aussi quelque chose dont vous n’avez jamais parlé ?
JW : Comme je l’ai dit, ma relation avec Julian... Je comprends, après cette entrevue, qu’il peut sembler que nous ayons une relation personnelle étroite - surtout étant donné la fête des écrevisses et ainsi de suite. Mais en fait, notre relation est professionnelle, et honnêtement, [sa vie privée] ne m’intéresse pas.
EO : Je vois. N’a-t-il rien dit non plus au sujet des enfants ou qu’il veut avoir des enfants ici, en Suède ?
JW : Non, je n’ai jamais entendu ça (rires.)
EO : Très bien, alors. Je suis satisfaite. Avez-vous d’autres questions, Mats ?
MG : Oui, juste quelques éclaircissements... Vous avez dit que la première fois que vous avez rencontré Julian, c’était à Londres ?
JW : Ce n’était pas la première fois que je le rencontrais, mais c’était la première fois pendant cette période. J’ai déjà écrit sur Wikileaks et je l’ai rencontré à New York. Vous pouvez lire à ce sujet dans Aftonbladet.
MG : Mais à peu près depuis combien de temps avez-vous, non pas connu, mais été en contact avec [inaudible], si l’on compte depuis la première fois que vous avez eu un contact quelconque avec lui ?
JW : Je l’ai rencontré à New York en avril peut-être, quelque chose comme ça... Nous avons eu des contacts sporadiques par courriel depuis.
MB : Mais nous avons beaucoup parlé des jeunes femmes, de la façon dont elles se comportaient avec lui - comme vous l’avez dit, elles étaient un peu comme des groupies... Ma question est donc : Comment Julian a-t-il répondu à cette attention des jeunes femmes ?
JW : Je crois qu’il trouvait cela agréable ; et comme je l’ai expliqué, c’est probablement la raison pour laquelle j’ai eu cette conversation avec lui - qu’ils peuvent sembler aussi agréables que possible, mais vous ne savez pas qui elles sont.
MG : Vous avez dit qu’à la fête de l’écrevisse, il y avait d’autres jeunes femmes, dont celle qui a dit quelque chose à laquelle vous avez réagi. Est-ce que l’une de ces autres filles a attiré l’attention de Julian ?
JW : Pendant la soirée ?
MG : Hmm.
JW : Pas de cette façon ; pas physiquement, on peut dire... Mais si vous pouvez imaginer qu’il y a une rock star très célèbre assise à une fête, il y a certains regards et, disons, certaines manières d’attirer l’attention sur une personne. C’est ainsi, je dirais, que presque toutes les jeunes femmes de la fête de l’écrevisse se sont comportées envers lui. Mais cela ne veut pas dire que c’était sexuel pour les [inaudible].
MG : Et Julian, lui-même, à la fête des écrevisses ? Avez-vous remarqué s’il a fait des avances, pas de nature sexuelle, mais a-t-il essayé d’attirer leur attention ?
JW : Je n’ai rien remarqué. Je ne sais pas si vous l’avez déjà rencontré, mais Julian a certains traits de caractère qui... J’ai l’impression qu’il trouve plus stimulant de parler de son travail. C’est presque extrême. Certaines personnes peuvent faire la distinction entre leur vie professionnelle et leur vie privée. Mais Julian, à mon avis, est quelqu’un qui s’intéresse constamment aux questions de politique et de journalisme [inaudible], et cela se voit aussi dans son langage corporel. Quand il s’agit d’avances et d’attention visuelle, cela a plus à voir [dans son cas] avec l’attention et l’intérêt concernant un sujet de conversation intéressant... Il se peut qu’une jeune femme entame une conversation sur un sujet intéressant, mais l’attention qu’elle reçoit est la même que celle qu’il me porte également. Ce n’est pas une attention sexuelle.
MG : D’accord. Vous avez parlé avec Anna et cette fille en cachemire.
JW : C’est Sofia, la fille en cachemire.
MG : La fille en cachemire. Mais comment, ça sonne - à mes oreilles, ça sonne un peu condescendant.
JW : De la part d’Anna ?
MG : Oui, ou de vous deux, peut-être, dans cette conversation sur elle - qui était-elle et ainsi de suite.
JW : Oui, c’est parce qu’elle a surgi de nulle part et que personne ne savait qui elle était. Et en termes d’apparence, c’est une jeune femme qui a tout fait pour jouer sur sa sexualité dans un contexte où les gens étaient exceptionnellement professionnels.
Maintenant, il s’avère que les gens ne sont pas toujours aussi professionnels à d’autres égards... C’est-à-dire, d’après l’information que vous [les enquêteurs] avez développée, il est évident que Julian a aussi couché partout. Mais par sa personne, elle était définitivement... Elle ne s’intégrait pas, pour ainsi dire.
MG : Et pensez-vous qu’Anna a eu la même impression ?
JW : Oui, et aussi sur la base des messages SMS que je vous ai lus...
EO : Puis-je juste demander : Avez-vous rencontré Sofia ce jour-là ?
JW  : Je l’ai rencontrée ce jour-là.
EO : Une autre fois ?
JW : Non.
MG : Et aucun autre contact avec elle ?
JW : [Inaudible]
MG : Je n’ai pas d’autres questions.
EO : Des questions ?
JW : [Inaudible]
EO : Dans ce cas, nous terminons l’entrevue à 11 h 10.


Petra Ornstein

Date : 7 septembre 2010
Interrogée par l’agent : Ewa Olofsson
Type d’entrevue : Par téléphone ; non enregistré
Type de protocole : Résumé par le bureau d’entrevue

Petra dit qu’elle et Anna sont de bonnes amies et qu’elles ont voyagé en train ensemble le 11 août. Anna avait alors dit à Petra que Julian Assange allait vivre dans son appartement à son arrivée en Suède. Anna elle-même serait partie.
Anna avait appelé Petra le samedi suivant et l’avait invitée à une fête des écrevisses chez Anna en l’honneur de Julian. Anna avait aussi raconté qu’elle avait eu un week-end de folie et qu’elle avait eu des relations sexuelles avec Julian. Anna avait aussi dit quelque chose à propos de Julian qui a éjaculé en elle, mais Petra n’était pas certaine de ce qu’Anna avait raconté exactement. Anna lui a dit que Julian avait endommagé un préservatif pendant les rapports sexuels, et Petra a compris que Julian l’avait endommagé par erreur. Ce n’est que dimanche [probablement le 22 août - note du traducteur] que Petra a compris qu’Anna croyait que Julian avait endommagé le préservatif volontairement.
Petra était à la fête des écrevisses chez Anna, et tout était normal et Petra a rencontré Julian pour la première fois. Lors de la fête de l’écrevisse, Petra n’a pas eu l’impression qu’Anna et Julian étaient impliqués dans une relation. Petra n’a pas beaucoup discuté avec Julian.
Anna et Petra se sont rencontrées dimanche parce qu’elles allaient travailler ensemble. Petra avait alors demandé à Anna comment ça allait, comment ça s’était passé avec Julian, s’ils avaient eu plus de relations sexuelles, et dans ce cas si c’était bien. Anna avait répondu qu’ils n’avaient plus de rapports sexuels parce qu’Anna ne se sentait pas en sécurité, et après cela Anna a raconté ce qui s’était passé.
Anna avait raconté une histoire complètement différente de la précédente - que Julian avait été désagréable et, entre autres choses, avait cassé un de ses colliers pendant les rapports sexuels. Anna a dit qu’elle avait dit à Julian de ralentir, mais qu’il a continué.
Anna avait également dit à Petra qu’Anna croyait que Julian avait lui-même endommagé le préservatif qu’ils avaient utilisé. Petra a dit qu’elle avait alors eu honte parce qu’elle n’avait pas compris et écouté plus attentivement quand Anna avait parlé de Julian.
L’interprétation de Petra du récit d’Anna était que Julian avait pensé que la relation avait été passionnée, tandis qu’Anna pensait qu’il avait dépassé la limite de ce qu’elle voulait.
Le plus remarquable, pensa Petra, était qu’Anna avait dit qu’elle ne pouvait pas bouger quand elle et Julian avaient des rapports sexuels parce qu’il la maintenait immobilisée. Anna avait dit qu’elle avait décidé de laisser Julian la baiser jusqu’à ce qu’il atteigne l’orgasme parce que c’était la solution la plus simple pour elle.
Petra a dit que l’histoire du préservatif ressemblait à une autre histoire qui était aussi effrayante, mais Petra a estimé que ce qui était le plus désagréable était la rudesse, ce qui a fait qu’Anna n’a pas aimé avoir des relations sexuelles avec Julian. Petra avait l’impression qu’Anna n’avait pas eu peur de Julian ; que cela avait été désagréable et il ne s’était pas comporté avec respect envers Anna. Julian n’était pas sensible à ce qu’Anna voulait. L’interprétation de Petra était qu’Anna n’avait jamais eu peur de Julian ; elle avait plutôt l’impression d’avoir fait face à une situation difficile. Il n’était pas sensible à ce qu’elle voulait, ne se souciait pas d’elle, était irrespectueux et était trop dur.
Anna a raconté qu’elle pouvait à peine bouger, mais qu’elle avait suffisamment de liberté de mouvement pour pouvoir vérifier que Julian portait un préservatif. Quand Anna a raconté cela, elle a démontré avec un mouvement de tête qu’elle pouvait voir l’organe sexuel de Julian à ce moment là.
Anna a dit qu’ils avaient alors eu des rapports sexuels, et qu’ils avaient alors franchi une limite au-delà de laquelle Anna n’était plus intéressée. Julian a ensuite poursuivi le rapport avec Anna jusqu’à ce qu’il ait un orgasme, puis elle a senti quelque chose couler de son vagin, et elle a également vu que le préservatif de Julian était enroulé à la base de son pénis. Quand Anna l’interrogea à ce sujet, Julian a changé de sujet.
Petra et Anna ont beaucoup parlé de Julian après dimanche et la semaine suivante. Petra avait appris beaucoup de choses, comme le fait que Julian ne se douche pas, qu’il ne tire pas la chasse après lui, etc. Anna avait aussi raconté, le mercredi ou le jeudi, que Julian s’était douché et avait aussi trouvé une autre femme avec qui il avait passé la nuit. Lorsqu’elles ont discuté du fait que Julian était toujours hébergé chez Anna, Petra comprit qu’après plusieurs jours, Anna voulait que Julian quitte l’appartement, mais que pour une raison quelconque, il restait. Julian voulait constamment reporter son départ de l’appartement d’Anna, malgré ses efforts.
Petra n’avait pas l’impression qu’Anna avait peur de Julian. Anna n’a pas dit qu’il était agressif ou dangereux ; Anna voulait plutôt qu’il s’en aille à cause de ses manières et de son comportement, et parce que l’appartement est assez petit. Petra avait elle-même rencontré Julian à deux reprises - d’abord à la fête des écrevisses, puis à un dîner le lendemain.
Après cela, Anna a téléphoné à Petra le vendredi 20 août, alors que l’autre jeune femme venait de contacter Anna. Anna avait dit que l’autre femme avait raconté qu’elle avait été violée par Julian. Selon Anna, il y avait beaucoup de similitudes entre les histoires d’Anna et de l’autre jeune femme. Ce que Petra voulait dire en premier lieu, et comme Anna l’avait raconté, c’est que Julian avait aussi voulu avoir des relations sexuelles sans préservatif avec l’autre femme. L’autre jeune femme avait voulu avoir des rapports sexuels avec un préservatif, mais Julian avait veillé à ce qu’ils aient des rapports sexuels sans préservatif avec l’autre femme. Anna avait téléphoné à Petra pour discuter de la question parce qu’elle n’avait pas l’intention de porter plainte contre Julian mais voulait soutenir l’autre jeune femme.
Petra a dit que toute l’entreprise était devenue de plus en plus désagréable pour elle-même, et qu’elle s’est reproché de ne pas avoir compris ce qui s’était passé depuis le début, de sorte qu’elle aurait pu immédiatement soutenir Anna.
Petra ne savait pas qui était l’autre jeune femme, et ne le sait toujours pas. Anna a expliqué que c’était la même jeune femme que Julian avait retrouvée chez elle plus tôt dans la semaine après sa douche.

Lu à haute voix et approuvé.

Note de l’intervieweur : L’entrevue a été interrompue à 15h50 le 2010-09-07 et a repris à 13h10 le 2010-09-08. Conclu à 13h50 le 2010-09-08.


Hanna Rosquist

Date : 8 septembre 2010
Interrogée par l’agent : Mats Gehlin
Type d’entrevue : Par téléphone ; non enregistré
Type de protocole : Résumé par le bureau d’entrevue

Hanna dit qu’elle est une amie de Sofia depuis leur enfance. Elles se connaissent depuis l’âge de 11-12 ans. A l’époque comme aujourd’hui, elles résidaient à Enköping. Elles se rencontrent ou se parlent régulièrement.
Hanna a dit que, plusieurs semaines avant l’événement en question, Sofia avait parlé de WikiLeaks et Julian Assange. Sofia était impressionnée par son travail et l’organisation, WikiLeaks. Sofia a dit qu’elle pensait qu’il était bon et intelligent, et courageux aussi car il avait été menacé à cause de son travail.
Plus tard, Sofia a dit à Hanna qu’elle avait vu qu’Assange allait faire une présentation en Suède et qu’elle serait présente. Hanna ne sait pas comment Sofia a pu être admise à la présentation. Elle pense que Sofia y est allée ou qu’elle a réservé une place d’une manière ou d’une autre.
Après la présentation, Hanna a reçu des appels ou des SMS de Sofia. Sofia était extrêmement heureuse d’avoir été invitée à se joindre au déjeuner après la présentation.
Elle s’est assise à côté d’Assange et a pu lui parler. Hanna sait qu’ils se sont tenus compagnie après le déjeuner et qu’ils sont peut-être allés au musée, mais elle n’en est pas certaine. Hanna ne sait pas ce qui s’est passé au musée.
La fois suivante où Hanna a parlé avec Sofia, c’était le lendemain matin après qu’Assange ait passé la nuit avec Sofia. Elle ne se rappelle pas si c’était une conversation ou un SMS. Sofia a dit que ça n’allait pas et qu’elle voulait qu’il parte. Sofia a dit qu’Assange avait changé chez elle et était devenue une personne complètement différente. Sofia regrettait d’avoir passée la nuit avec Assange.
Après ça, Sofia a dit à Hanna qu’elle se sentait de plus en plus mal. Elle a dit que le problème était qu’Assange avait eu des rapports sexuels non protégés avec elle pendant son sommeil.
Sofia a également dit qu’Assange l’avait harcelée et avait essayé d’avoir des rapports sexuels non protégés avec elle pendant la nuit, mais qu’elle lui avait fait porter un préservatif. Sofia avait dit plusieurs fois à Assange de porter un préservatif.
Sofia a également dit à Hanna qu’Assange avait parlé de façon très bizarre, comme s’il voulait que Sofia tombe enceinte. Il a dit des choses qui semblaient vouloir dire qu’il voulait rendre les femmes enceintes. Il aurait dit qu’il préférait les vierges, parce qu’il serait alors le premier à les rendre enceintes.
Hanna a demandé à Sofia pourquoi elle n’avait pas repoussé Assange quand elle a compris qu’Assange ne portait pas de préservatif. Sofia avait répondu qu’elle était si choquée et paralysée qu’elle ne comprenait pas vraiment ce qui se passait. Elle avait essayé de lui parler.
Hanna était certaine qu’elle n’aurait pas laissé une telle chose arriver simplement parce qu’elle l’admirait et qu’il était célèbre. Mais son âge a peut-être joué un rôle. Hanna ne sait pas si Sofia avait peur d’Assange.
Hanna a raconté qu’elle avait vu dans un journal que Sofia connaissait l’autre femme, et elle a interrogé Sofia à ce sujet. Sofia a répondu : ’Oui, maintenant oui, mais pas avant le séminaire.’
Hanna a dit que Sofia voulait qu’Assange soit testé pour les maladies vénériennes. Sofia avait obtenu un test, mais il lui aurait fallu beaucoup plus de temps avant d’obtenir les résultats. Ça irait beaucoup plus vite si Assange passait un test.
Hanna ne sait rien de ce qui s’est passé quand Sofia a signalé l’épisode à la police.

Lu à haute voix et approuvé.


Kajsa Borgnäs

Date : 8 septembre 2010
Interrogée par l’agent : Ewa Olofsson
Type d’entrevue : Par téléphone ; non enregistré
Type de protocole : Résumé par le bureau d’entrevue

Kajsa déclare qu’elle et Anna sont de bonnes amies et que Kajsa a rencontré Anna le mardi 10 août. Anna a dit qu’elles [sic] essaieraient d’amener Julian Assange ici, et Kajsa a dit qu’elle aimerait aussi le rencontrer, même si elle ne pouvait assister au séminaire. Elles ont décidé de se rencontrer samedi, avec un peu de chance avec Julian.
Kajsa a appris plus tard que Julian viendrait, puis le samedi 14 août, elles se sont parlé et ont décidé d’organiser une fête de l’écrevisse et que Julian serait là. Anna n’a rien dit sur sa relation avec Julian à l’époque.
Kajsa est arrivée chez Anna avec une amie nommée Alexandra vers 19h.
Samedi soir. Entre autres choses, Kajsa a demandé à Anna si elle allait avoir des relations sexuelles avec Julian, parce qu’Anna est célibataire et qu’elle et Kajsa avaient déjà parlé de sexe. Anna a alors raconté qu’elle l’avait déjà fait, mais a dit que c’était le pire coup qu’elle avait jamais eu. Anna a aussi dit que Kajsa pouvait l’emmener.
Pendant la fête de l’écrevisse, Julian a été extrêmement flirteur et a même dragué Kajsa. Kajsa a dit qu’elle sentait néanmoins qu’il y avait une sorte d’énergie émotionnelle entre Anna et Julian, même pendant que Julian flirtait avec Kajsa et probablement avec d’autres jeunes femmes aussi. Une jeune femme lui a également téléphoné une ou plusieurs fois.
Kajsa a quitté la fête à 3 heures du matin. Julian voulait suivre Kajsa chez lui, mais a été éconduit.
À un moment donné, probablement pendant la fête, Anna a dit que Julian lui avait tenu les mains pendant les rapports sexuels, qu’il avait tenu les mains d’Anna près de ses oreilles et que cela avait été désagréable pour elle. Anna pensait que non seulement c’était le pire coup du monde, mais aussi que c’était dur. Anna a montré avec ses bras la position dans laquelle elle se trouvait lorsque Julian l’a immobilisé. Kajsa a pensé que c’était mauvais et désagréable, mais rien de plus.
Après cela, Kajsa et Anna ont parlé au cours de la semaine, puis Kajsa a interrogé Anna sur Julian. Entre autres choses, Kajsa s’était demandé pourquoi Julian était toujours hébergé chez Anna ; Kajsa avait pensé qu’il allait quitter la Suède. Anna n’avait pas répondu directement à la question, mais avait simplement déclaré qu’il était toujours là.
Kajsa et Anna étaient à une fête le vendredi 20 août, mais c’était après la visite à la police et tout était déjà arrivé. Anna a expliqué qu’elle avait reçu un SMS de l’autre jeune femme qui voulait contacter Julian. Anna a compris ce qui s’était passé, et elles se sont parlé. Anna a dit qu’elle et l’autre jeune femme avaient décidé d’aller à la police pour que l’autre femme puisse dénoncer Julian pour viol, et qu’Anna l’accompagnerait.
Il est également apparu que la police avait également déposé des accusations concernant Anna, et que l’interprétation de la police était que Anna avait également été violée. C’est aussi à ce moment-là qu’Anna a raconté qu’elle pensait que Julian au début ne voulait pas porter de préservatif, et qu’ils s’étaient disputés pour cela, puis Anna s’est mise en boule. Puis Julian a mis un préservatif qu’Anna a cru qu’il avait endommagé plus tard pendant les rapports sexuels, parce qu’elle avait entendu un claquement. Anna avait entendu ce bruit après que Julian se soit retiré d’elle. Anna avait alors vérifié et s’était assurée qu’il était toujours en place.
Anna a été triste et pensive, car elle se demandait comment elle pouvait expliquer, dans un processus judiciaire par exemple, qu’elle l’avait laissé continuer à loger chez elle malgré tout ce qui s’était passé. Anna avait également dit qu’elle trouvait que c’était désagréable de l’avoir là-bas et que, entre autres choses, elle avait vomi à plusieurs reprises tellement elle trouvait ça désagréable.
Kajsa avait senti qu’Anna trouvait que tout cela avait été désagréable, mais pas effrayant ni menaçant. C’était l’impression que Kajsa avait eue, avant le vendredi 20 quand elle a tout appris.

Lu à haute voix et approuvé.


Katarina Svensson

Date : 13 septembre 2010
Interrogée par l’agent : Mats Gehlin
Type d’entrevue : En personne ; non consigné
Type de protocole : Résumé par le bureau d’entrevue

Le témoin a dit qu’elle connaissait Sofia par le travail. Ce sont des ’compagnons de travail assez proches’. Le témoin a déclaré qu’elle et Sofia avaient commencé en travaillant à l’heure ensemble au Musée suédois d’histoire naturelle, il y a environ deux ans. Le témoin est maintenant employé à plein temps, mais Sofia travaille toujours à l’heure.
Lorsque le témoin dit qu’elles sont ’assez proches collègues de travail ’, elle veut dire qu’elles parlent beaucoup de questions personnelles et qu’elles essaient habituellement de travailler ensemble lorsqu’elles ont le même horaire.
Le témoin dit qu’on lui a raconté beaucoup de choses. Elle ne savait pas que Sofia et Assange avaient été au musée. Le témoin a déclaré que Sofia avait essayé de l’appeler, mais qu’elle n’avait pas son téléphone avec elle à cette occasion. Lorsqu’elles se sont retrouvées au travail ensemble, Sofia a expliqué ce qui s’était passé.
Sofia avait dit qu’elle avait assisté à une présentation d’Assange et qu’il y avait ensuite eu un déjeuner. Après le déjeuner, Assange avait accompagné Sofia chez elle.
Sofia avait dit qu’Assange voulait avoir des rapports sexuels avec elle, et que Sofia avait dit qu’elle ne voulait pas avoir de rapports sexuels sans préservatif.
Sofia a également dit que, quand elle était à moitié endormie de son côté, elle avait été réveillée en sentant qu’Assange était en elle. Sofia lui a alors demandé ce qu’il portait et il lui a répondu : ’Je te porte, toi’. Le témoin a déclaré que Sofia ne croyait pas qu’il était entré en elle ; au contraire, elle s’est réveillée alors qu’il était déjà en elle. Le témoin a déclaré que Sofia n’a pas résisté parce qu’elle pensait qu’il était trop tard. Sofia a également dit qu’elle n’avait pas eu de rapports sexuels avec Assange ; c’était plutôt lui qui avait eu des rapports sexuels avec elle.
Sofia a dit au témoin qu’Assange ne voulait pas partir le matin et qu’elle a été obligée de prendre un congé de maladie parce qu’elle ne voulait pas laisser Assange seul dans son appartement, car elle ne le connaissait pas.
Le témoin a déclaré qu’elles discutent assez souvent entre elles de questions confidentielles et qu’avant cet épisode, Sofia avait dit qu’elle n’avait pas de rapports sexuels sans préservatif, afin de se protéger contre la maladie et la grossesse.
Le témoin a déclaré que Sofia s’est sentie mal après l’épisode et que l’attention des médias a aggravé la situation.

Lu à haute voix et approuvé.


Marie Thorn

Date : 27 octobre 2010
Agent d’interrogatoire : Mats Gehlin
Type d’entrevue : Par téléphone ; non enregistré
Type de protocole : Résumé par le bureau d’entrevue

Marie a dit qu’elle et Sofia sont collègues de travail au Musée suédois d’histoire naturelle, où elles travaillent toutes les deux sur une base horaire.
Quelques semaines avant l’épisode [avec Assange], Sofia avait discuté avec Marie de son intérêt pour WikiLeaks et Julian Assange. Sofia a beaucoup lu sur l’organisation sur Internet, et elle a trouvé que Julian Assange était très intéressant parce qu’il semblait très intelligent et faisait de bonnes choses.
Marie a appris que Sofia pourrait assister à la présentation de Julian à Stockholm.
Sofia a dit qu’elle avait envoyé un courriel à l’organisateur et qu’elle était la bienvenue. Elle était ravie et nerveuse en prévision de la présentation. Marie dit qu’elles étaient en contact le jour de la présentation. Sofia était heureuse et ravie d’aller à la présentation.
Marie a reçu plusieurs SMS de Sofia pendant la présentation, entre autres qu’elle allait acheter un câble pour l’ordinateur de Julian et, plus tard, que Sofia allait déjeuner avec lui. Marie a reçu des messages tels que ’Il m’a regardée’.
Plus tard, Marie a appris que Sofia allait emmener Julian au musée où elle travaillait à l’information publique. Quand ils sont arrivés, Sofia a emprunté le badge de Marie.
Marie s’est rendu compte qu’elle avait besoin de son badge et s’est rendue dans la pièce où ils étaient assis. Julian naviguait sur le web et Sofia était assise à côté de lui. Puis ils sont allés à Cosmonova pour voir le film. Quand ils sont sortis après le film, Sofia a dit qu’elle et Julian avaient échangé des caresses passionnées au théâtre.
Marie a dit qu’ils étaient en contact fréquent, mais qu’elle ne se rappelait pas quels messages SMS avaient été envoyés ou si elles parlaient par téléphone. Elle sait que Sofia a attendu Julian une fois et qu’ils se sont rendus à Enköping. Alors qu’elle dormait la nuit de l’épisode, Marie a été réveillée par un SMS de Sofia. Marie se souvient que ce message n’était pas positif - que le sexe n’avait pas été agréable, que Julian était bête, qu’elle aurait dû se faire tester à cause de ses longs préliminaires. Marie semble se rappeler qu’elles se sont parlé pendant que Sofia était dans un magasin pour acheter le petit déjeuner. Sofia était très en colère parce qu’elle devait tout acheter, fournir le petit déjeuner et l’attendre.
Il l’irritait.
Marie n’a appris l’agression que le lendemain, ou peut-être deux jours plus tard, et elle a eu l’impression que Sofia était très inquiète qu’elle ait pu être infectée. Sofia a raconté que, lorsqu’elle a dit à Julian qu’elle était peut-être tombée enceinte, Julian a dit que ce n’était pas un problème et que l’enfant pouvait être appelé ’Afghanistan’. Si elle gardait l’enfant, il rembourserait son prêt étudiant.
Elles ont beaucoup parlé après que Sofia soit allée voir la police et que la frénésie médiatique se soir déclenchée. Sofia était très contrariée par tout ce tintamarre et très en colère contre Julian. Elles se parlaient et s’envoyaient des SMS. Marie ne se souvient pas exactement de ce qu’elles ont dit ou écrit, mais elles avaient parlé d’aller voir Expressen parce que Julian s’était exprimé dans Aftonbladet. C’était juste quelque chose qu’elles ont dit et qu’elles n’avaient pas l’intention de faire.
Marie, en tout cas, n’a parlé à aucun journal.
Marie a dit que Sofia avait été contactée par un journal américain, et Marie a alors plaisanté en disant que Sofia devrait exiger un bon paiement.
L’intervieweur a posé une question au sujet d’un message SMS dans lequel Marie a écrit qu’elles devraient trouver un bon moyen de se venger. Marie a dit que ce n’était pas non plus quelque chose qu’elles avaient l’intention de faire. C’était plus une expression de la frustration de Sofia. Au cours de leurs discussions, Marie a essayé de soutenir Sofia et d’être d’accord avec ce qu’elle avait exprimé. Elle voulait aider Sofia dans une situation difficile.
Marie voulait aussi dire qu’elle a tellement parlé avec Sofia qu’il est difficile de se rappeler ce qui a été dit et ce qui n’a pas été dit. Marie voulait aussi dire que, lorsque Sofia a visité l’hôpital et la police, cela ne s’est pas passé comme Sofia le voulait. Elle voulait seulement que Julian se fasse tester. Elle sentait qu’elle avait été trompée par la police et d’autres personnes.

Lu à haute voix et approuvé.


Joakim Wilén

Date : 6 octobre 2010
Interrogé par l’agent : Mats Gehlin
Type d’entrevue : Par téléphone ; non enregistré
Type de protocole : Résumé par le bureau d’entrevue

Joakim a dit qu’il est un frère cadet de Sofia. Il a dit qu’il connaissait l’intérêt de Sofia pour WikiLeaks et qu’elle pensait qu’ils faisaient du bon travail. Elle pensait aussi que Julian Assange était intéressant parce qu’il représentait WikiLeaks. Sofia lui avait dit qu’elle avait appris par hasard que Julian Assange allait faire une présentation à Stockholm et qu’elle serait autorisée à y assister. Joakim a dit qu’elle pensait que ce serait amusant d’entendre ce qu’il avait à dire.
Joakim a dit que la fois suivante où il a rencontré Sofia, c’était un matin au [marché local de fruits et légumes].
Il était environ 8 heures du matin. Sofia était excitée et a dit qu’il y avait eu un problème avec un câble, qu’elle avait été à une fête après, et que Julian l’avait suivie chez elle. Sofia a dit à Joakim que Julian Assange était dans son appartement et que ça faisait bizarre.
Joakim a eu l’impression que Sofia était un peu secouée par la situation. Elle demanda à Joakim s’il voulait rencontrer Julian Assange, mais il ne voulait pas. Il a ramené Sofia chez elle en voiture, puis est rentré chez lui.
La fois suivante où Joakim a entendu quelque chose à propos de Sofia, c’était par un SMS qui disait que Julian n’était pas très gentil. Joakim n’a appris ce qui s’était passé qu’après que Sofia se soit rendue à la police et cela a été rapporté dans les journaux. Il a appris ce qui s’était passé par Sofia et par sa mère. Cette dernière avait dit que Julian avait eu des rapports sexuels avec Sofia sans préservatif et contre son gré pendant son sommeil.
Sofia a ensuite expliqué qu’elle ne voulait pas porter plainte contre Julian, mais qu’elle voulait seulement qu’il subisse un test de dépistage. Elle s’est adressée à la police pour obtenir des conseils, puis la police a porté des accusations. Sofia a également raconté qu’elle avait parlé avec Julian de la possibilité qu’il se fasse dépister, et que Julian lui avait répondu qu’il n’avait pas eu le temps de se faire dépister et qu’elle pouvait le croire sur parole qu’il n’avait aucune maladie.
A la question de l’intervieweur, Joakim a répondu que Sofia et lui n’avaient pas discuté de questions sexuelles entre eux.
Joakim a dit que Sofia était surtout fâchée de ce qui s’était passé et que le traitement préventif qu’elle avait reçu l’avait rendue malade. Elle était également bouleversée que l’affaire ait été publiée dans les journaux et qu’il y ait eu tant de tapage autour.

Lu à haute voix et approuvé.


Seth Benson

Date : 22 octobre 2010
Interrogé par l’agent : Mats Gehlin
Type d’entrevue : Par téléphone ; non enregistré
Type de protocole : Résumé par le bureau d’entrevue

Seth a raconté qu’il avait eu une relation avec Sofia pendant deux ans et demi. Ils avaient vécu ensemble pendant la dernière année de la relation. Seth a raconté qu’il était très important pour Sofia d’utiliser un préservatif, en partie pour prévenir les infections mais aussi pour éviter les grossesses non désirées.
Seth a dit que la question de l’infection était cruciale pour Sofia et que, avant d’avoir des rapports sexuels la première fois, ils avaient tous deux subi un test de dépistage et s’étaient montré les résultats l’un à l’autre. Ils n’ont jamais eu de rapports sexuels sans préservatif au cours de leurs deux années et demi ensemble. C’était complètement impensable pour Sofia. Seth a dit que c’était leur accord. Il a dit qu’à sa connaissance, Sofia n’avait jamais eu de rapports sexuels avec qui que ce soit sans préservatif.
Seth raconte qu’il a appris ce qui s’était passé lorsque Sofia lui a envoyé un SMS lui demandant si elle pouvait lui téléphoner. Il était quelque peu déconcerté, car ils n’avaient pas été en contact l’un avec l’autre depuis plusieurs mois. Quand Sofia a appelé, elle a immédiatement demandé ce que Seth pensait de WikiLeaks et Julian Assange. Il a répondu que WikiLeaks semblait positif.
Puis Sofia a dit qu’elle avait été violée par Julian Assange, en ce sens qu’il avait eu des rapports sexuels non protégés avec elle pendant qu’elle dormait. Sofia a dit qu’elle avait demandé à Assange s’il portait quelque chose et qu’Assange lui avait répondu : ’Oui, toi.’
L’intervieweur a demandé à Seth comment Sofia avait réagi à cela. Seth a dit que Sofia avait raconté qu’elle était choquée et ne savait pas quoi faire. Seth a dit qu’étant donné le point de vue ferme de Sofia sur l’utilisation des préservatifs pendant les rapports sexuels, il pouvait imaginer qu’elle était très choquée et qu’elle avait peur. Il sait combien il est important pour Sofia qu’un préservatif soit utilisé lorsqu’elle a des rapports sexuels.
Sofia a dit à Seth qu’elle ne comprenait pas comment un représentant de WikiLeaks, qui fait tant de bien, pouvait manquer de respect à un autre être humain.

Lu et approuvé.

Documents joints
Julian Assange & l’affaire Suèdoise : Dépositions et témoignages à la police (Nordic News Network)
PDF 285.3 ko
URL de cet article 35511
   

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