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L’art de tomber du coté où on penche. (Parlons Cuba, car on pourrait bien nous entendre - air connu)

Vous aimez les tests ? J’espère que oui. Tentons celui-ci avec lequel je remporte à franc succès à chacun de mes dîners mondains.

Prenez un pare-terre de citoyens occidentaux, honnêtes (comme il se doit), politiquement conscients (comme ils se croient) et intelligents (comme ils se voient). Attendez le moment propice, puis lancez d’une voix ferme mais retenue la question suivante "y’a-t-il un démocrate parmi nous ?". Ils vous regarderont comme des Républicains qui découvriraient que Clinton n’est pas un communiste. Le silence pesant qui suivra vous rappellera le jour où vous avez lancé un appel pour la libération des Cinq de Miami.

Comptez les anges qui passent. Arrivé à cent, prenez un air préoccupé et dites "je repose ma question autrement : est-ce qu’il y a quelqu’un parmi nous qui n’est PAS démocrate ? Qu’il ou elle lève la main". Le nombre de mains qui se lèveront sera proche de celui d’un vote au Conseil de Sécurité sur une motion qui condamnerait les Etats-Unis.

Evidemment, il y aura toujours quelqu’un pour vous rappeler que "nous sommes tous des démocrates". Vous pousserez alors le soupir de celui qui se résigne à être éternellement incompris.

Continuez : "Imaginons un instant que le Président Chirac se lève un matin du pied gauche. Imaginons que celui-ci, exaspéré, décide de faire arrêter le dirigeant de l’extrême droite, Jean-Marie Le Pen, et tous ses collaborateurs. Ma question est la suivante : qui parmi vous signerait une pétition ou manifesterait dans les rues pour exiger leur libération ?". Vous entendrez leurs méninges grincer comme les flancs d’un autobus cubain. Parce que vous etes bon, vous abrégerez leurs souffrances et vous direz "je vois que nous sommes d’accord". Effet garanti.

Et il faut une sacrée dose de mauvaise foi pour prétendre que ce test ne prouve rien.

Bien entendu, dans la situation de la France, une telle éventualité relève de mon imagination débordante. Bien entendu, personne ne se sentirait à l’aise face à une telle situation. Personne, sauf ceux qui ont déjà fait leur deuil des faux-semblants et des faux discours. Comme moi, par exemple.

Il y a quelques jours, en faisant référence à l’arrestation de quelques 80 "dissidents" cubains, le journal français Le Monde a déploré, avec toute la finesse que le caractérise, "la fin du printemps Cubain". Il me semble que le Monde, en son temps, avait omis de nous signaler l’arrivée de ce printemps qu’il semble regretter tant aujourd’hui. Larmes de crocodile.

Dans l’Express récemment, un certain Michel Faure nous a servi une leçon d’histoire en affirmant qu’il n’y avait pas de blocus contre Cuba, mais juste un embargo (suivi de la définition du mot "embargo"). Du grand art, certes, mais du journalisme de pacotille.

La loi Helms-Burton, votée en 1996, exige (sic) de la part du gouvernement des Etats-Unis la mise en ouvre des moyens et de la politique nécessaires pour provoquer le renversement du gouvernement Cubain et l’instauration d’une démocratie et d’une économie de marché.

Pour être tout à fait clair : le gouvernement des Etats-Unis, quel qu’il soit, a l’obligation légale de renverser le gouvernement Cubain et d’instaurer une économie de marché. Le président des Etats-Unis, quel qu’il soit, a l’obligation de veiller à l’application de la loi et doit rendre des comptes tous les six mois devant le Congrès des Etats-Unis pour faire le point sur l’avancement des travaux...

En lisant le texte de la loi Helms-Burton, vous remarquerez qu’elle accorde plus de place aux mesures économiques qu’aux questions de démocratie ou de droits de l’homme.

La loi Helms-Burton exige l’ouverture de bureaux de presse états-uniens sur le sol Cubain. En échange, les médias cubains auront de droit d’ouvrir des bureaux aux Etats-Unis. Ne riez pas.

La loi Helms-Burton exige la privatisation des banques cubaines. En échange, les banques cubaines pourront faire du business aux Etats-Unis. Ne riez pas.

La loi Helms-Burton exige la libéralisation de l’agriculture cubaine. En échange, les paysans cubains auront le droit de commercer aux Etats-Unis. Ne riez pas.

Parce que les rédacteurs/inspirateurs de la loi Helms-Burton (Otto Reich, actuel conseiller de Colin Powell, le groupe Bacardi-Martini, qui tenaient la main sénile du Sénateur Helms) ne sont pas nés de la dernière pluie, la loi prévoit toute une série de mesures pour contrôler que les objectifs ont bien été atteints et que l’on ne vienne pas dire "ça y’est !" alors qu’il resterait encore tout à faire. Les rédacteurs de la loi Helms-Burton sont des salauds méticuleux.

Pour ce qui concerne l’instauration d’une économie libérale, la loi engrange des paragraphes entiers de conditions à remplir par Cuba pour pouvoir être déclarée "territoire libérée du communisme". Il n’est pas question pour les auteurs de la loi de se laisser berner par une demi-libéralisation de façade.

Mais pour contrôler l’instauration de la démocratie à Cuba, la loi prévoit la mesure suivante : l’aval du président des Etats-Unis. Vous avez bien lu : la loi Helms-Burton laisse le soin au président des Etats-Unis, et à lui seul, le soin de décider (en son ame et conscience ?) si Cuba est démocratique ou non.

Je le répète : selon Helms-Burton, un (seul) homme égal une (seule) voix.

Il aura fallu 1998 pour voir les Cubains se décider à adopter une loi qui qualifie de trahison tout acte de collaboration avec les objectifs (légaux) affichés des Etats-Unis.

Reste certaines vérités. Trois hommes fusillés pour piratage à main armée qu’une certaine presse s’est empressé de faire l’amalgame avec les "dissidents". Subtil. La seule chose que l’on peut regretter, c’est que la peine de mort soit appliquée à Cuba. Mais ça, nous le savions déjà. L’autre chose que nous pourrions regretter, c’est le caractère "expéditif" des procès à Cuba. Que ce soit pour un vol ou un détournement, la justice Cubaine n’a pas la réputation de faire trainer les choses. Mais ça, nous le savions déjà.

Reste l’arrestation d’environ 80 personnes qui ont été condamnées à de lourdes peines.

Imaginons que ces mêmes personnes soient soutenues et financées par les auteurs de quelques 20.000 attentats en France (à notre échelle, c’est le chiffre approximativement équivalent au nombre d’attentats contre Cuba), qu’ils aient leurs entrées et sorties dans les locaux de la représentation officielle d’un gouvernement hostile qui a officiellement voté des lois qui visent explicitement au renversement du régime en place et qui a toujours protégé et encouragé les auteurs des attentats.

Personnellement, je parierais fort que leur "neutralisation" serait acceptée, et même réclamée, par les mêmes qui crient "haro" sur Cuba.

D’autres ont déjà fait remarquer que les Cinq de Miami, autrement plus dignes dans leurs actions, n’ont pas fait l’objet d’une telle indignation. Pas plus que James Sabzali. Pas plus que les centaines de personnes enfermées à Guantanamo qui, c’est vrai, n’ont pas été condamnées à de lourdes peines pour la simple et bonne raison qu’ils n’ont pas été inculpées du tout pour quoi que ce soit et qui sont enfermées pour une durée "indéterminée" et selon la volonté du prince en exercice.

Puisque nous vivons dans un monde devenu désormais cynique, permettez-moi d’en faire un étalage. George Bush a récemment introduit dans les relations internationales deux nouveaux concepts : la "décapitation" des dirigeants d’un pays et la frappe "préventive". Les autorités cubaines, en procédant à ces arrestations, n’ont peut-être rien fait de plus que d’appliquer ces nouvelles règles, à savoir : "décapiter préventivement" le gouvernement de "transition" que les Etats-Unis s’activent à imposer par tous les moyens depuis approximativement le 1er janvier 1959. Ont donc été arrêtés, en quelque sorte, le futur président, premier ministre, ministre des privatisations (ou de la dé-socialisation), etc, d’un hypothétique futur gouvernement à Cuba dont les Etats-Unis rêvent depuis toujours. Encore raté.

Les offuscations médiatiques sont à la hauteur de leur indifférence quant au fait qu’une cinquantaine, vous avez bien lu, de dirigeants de l’ancien gouvernement Irakien soient activement recherchés par l’armée des Etats-Unis. De quel droit ? Du droit du plus fort, soupirent nos valeureux critiques. Ainsi soit-il.

Alors que certains à Miami croyaient enfin leur heure venue, la loi du plus fort vient de remettre certaines pendules à l’heure sur la grande île des Caraïbes.

Vive Fidel.
Vive Cuba.

Sans points d’exclamation et, surtout, sans points d’interrogation.

Viktor Dedaj
"celui qui tombe du coté où il penche"

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cité dans "What Uncle Sam Really Wants", Noam Chomsky, 1993

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