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L’Economie, ce n’est toujours pas compliquée

La semaine dernière nous avons abordé les questions de la monnaie, du crédit, du capital industriel et financier et de leur circulation nécessaire pour fructifier et se capitaliser (1). Cette semaine, nous allons aborder...

La semaine dernière nous avons abordé les questions de la monnaie, du crédit, du capital industriel et financier et de leur circulation nécessaire pour fructifier et se capitaliser (1). Cette semaine, nous allons aborder les questions de « banque centrale », de la double exploitation du salarié, du rôle de l’État bourgeois et du capitalisme d’État car, comme vous le savez, l’économie ce n’est pas compliquée.

Banques centrales et petits capitalistes nationaux

Les banques centrales (FED étatsunienne, BCE européenne, Banque du Canada, Banque du Japon, Banque de Chine) sont les chefs d’orchestres de ce bal musette de la dette souveraine, du crédit débridé, de l’arnaque des salariés et des petits capitalistes paumés. Ces petits capitalistes, non monopolistes, sont des artefacts de la phase initiale du capitalisme concurrentiel, aujourd’hui révolue, ce que la gauche nationaliste bourgeoise ne parvient ni à comprendre ni à admettre.

Les petits capitalistes (PME), le plus souvent sous-traitant des grands géants monopolistes, sont totalement intégrés à l’ensemble de la chaîne d’exploitation économique. Ils ont pour mission de mettre en opération des innovations technologiques, et de surexploiter les salariés en instaurant toutes sortes de procédés d’accélération des cadences de travail (ce que les économistes appellent les hausses de productivité du travail), tout en payant leurs employés le minimum acceptable.

Les États bourgeois mettent sur pied une série de programmes de subvention pour soutenir leurs activités d’exploitation des ouvriers. Ces PME se situent en amont des grands trusts monopolistiques auxquels ces petits capitalistes sous-traitants livrent leurs produits semi-finis et finis prêts à être assemblés.

Keynésiens, monétaristes, fiscalistes et École autrichienne

La semaine dernière un lecteur nous soulignait que : « Cette politique monétaire folichonne et expansionniste est aussi bien défendu par les Monétaristes de l’École de Chicago que par les Keynésiens classiques et les fiscalistes. La solution, prônée par l’École autrichienne (chère aux authentiques néo-libéraux) serait que la masse monétaire reflète concrètement les richesses réelles produites (biens ou services). La masse monétaire doit être limitée et ne devrait pas être gonflée artificiellement » proclame notre correspondant.

Mais, de grâce, oubliez l’École autrichienne, aussi alambiquée et déjantée que les autres écoles d’économistes patentés. C’est le système économique impérialiste qui fonctionne de la sorte et Il ne peut fonctionner autrement. Le gonflement artificiel de la masse monétaire et l’accélération continuelle de la vitesse de circulation du numéraire, bref, l’inadéquation de la masse monétaire – capital productif et improductif combiné – en comparaison de la quantité des biens et des services produits et disponibles n’est pas une exception qui serait due à une crise systémique temporaire, mais c’est la règle générale dans un système d’économie politique impérialiste. Cette « dystrophie » monétaire a été officiellement consacrée en 1971-1973 au moment de l’abandon des accords de Bretton Woods qui entravaient la pleine expansion du capital (2).

L’École autrichienne d’économie ressemble à ces chamans qui prient les nuages de cesser de pleuvoir afin de sauver les récoltes des paysans appauvris, et qui en remettent, demandant des offrandes pour récompenser leurs futiles incantations.

Non concordance entre la valeur marchande et le capital en circulation

Fini ce monde capitaliste de libre concurrence imaginaire, enterré sous la poussée de l’économie impérialiste à son stade globalisé et mondialisé. Il n’y aura plus jamais d’équilibre entre la valeur marchande des biens disponibles et le capital en circulation. C’est impossible, voici l’explication de cette inadéquation systémique congénitale.

Tous les économistes savent ces choses élémentaires à propos de la monnaie qui ne devrait être qu’un moyen d’échange et un reflet de la valeur des biens et des services disponibles et commercialisables. Mais le système capitaliste étant propulsé indépendamment des intentions et des interventions de ces pions, dans sa course inéluctable – nécessaire – pour sa reproduction élargie, il ne pouvait, ce système économique, qu’orienter ses fidèles servants vers une pirouette monétaire « ectopique » visant à stimuler la circulation monétaire léthargique. Le saltimbanque financier imite la pseudo reproduction du capital en créant de la « fausse » monnaie, du numéraire de papier-pacotille qui circule en bourse et se multiplie par lui-même, pour lui-même, sans jamais être adossé à des valeurs réelles, concrètes, tangibles. Du vent, appelant du vent, et s’essoufflant finalement. Démontons l’opération.

Une loi de l’économie-politique capitaliste

Si vous ne deviez retenir qu’une seule loi d’économie politique capitaliste, la voici : rien ne se perd, rien ne se crée, tout est transformé. Pour transformer un capital (c) en davantage de capital (C’) le capitaliste doit impérativement activer – faire circuler – ce capital (c) – le faire passer entre les mains de l’ouvrier engagé, salarié, exproprié de son surtravail – de la plus-value qu’il a produit – et ainsi il aura transformé (c) en (C’), un capital gonflé de plus-value, d’une valeur marchande et d’un prix (monétaire) supérieure. Il n’y a pas création mais transformation du labeur ouvrier (de la force de travail) en profit capitaliste. Tout le mystère de cette transsubstantiation de la force de travail en plus-value capitalistique monnayable tient au miracle de l’expropriation privé (ce phénomène est identique sous le capitalisme d’État) du surtravail produit par l’ouvrier, cette portion de la journée de labeur qui ne lui sera jamais payé.

Comment transformer un capital productif en capital spéculatif ?

Ce capital (C’), engrossé de plus-value, est ensuite lancé dans le circuit boursier qui ne sert pas à produire de la richesse concrète mais à accaparer le plus de profit possible, transformé en dividende sur actions, en bénéfice commercial, et en intérêt usuraire sur prêts. Ce sont trois sous-produits de la phase productive-expropriatrice décrite ci-haut. Un tour de roue boursière supplémentaire, un nouveau cycle monétaire utopique-ectopique et tout à coup un krach boursier et des milliards de valeurs, d’actifs obligataires, s’évaporent et disparaissent. Pourquoi disparaissent-elles ces « valeurs boursières » ? Des milliards de valeurs marchandes, des produits concrets, ne disparaissent pas ainsi par enchantement en quelques instants.

En effet, nous venons d’expliquer que les intérêts, dividendes, bénéfices et profits étaient tous contenus dans la plus-value expropriée à l’ouvrier pendant sa journée de labeur. Cette plus-value est une valeur réelle, concrète, adossée à des marchandises tangibles, fruits du travail ouvrier. Mais pour se matérialiser en espèces sonnantes et trébuchantes (façon de parler), ces marchandises engrossées de plus-value doivent passer par la mise en marché. C’est l’étape forcée ou le capitaliste marchand acquéreur privé de cette valeur virtuel réalisera son profit commercial (alors qu’il a déjà versé le profit industriel à qui de droit), en arrachant de l’argent au salarié et à sa famille consommatrice – vous vous rappelez, ce salaire que le capitaliste industriel a sacrifié au salarié pendant la phase de production du cycle économique afin que ce dernier puisse se reproduire.

La théorie du reflet bancaire et boursier virtuel

Sachez que chacune de ces étapes d’extraction, transport, transformation, fabrication, finition, marchandisation, commercialisation, distribution, consommation, récupération et destruction ou recyclage des biens-produits-marchandises a son reflet – son équivalent financier – son reflet boursier. À chacune de ces étapes de valorisation et de reproduction élargie du capital le capitaliste financier intervient pour tenter de s’emparer de la plus-value circulante, se plaçant ainsi en contradiction et en concurrence avec ses comparses, les capitalistes industriels et les capitalistes marchands, les petits capitalistes (PME), les capitalistes d’État et tout le reste de son camp bourgeois qui se battent comme des vauriens sur les marchés anémiés.

Double spoliation du salarié et du travailleur consommateur

Évidemment, l’ouvrier, le salarié, le journalier, dont le fruit du travail est exproprié n’est qu’une bête de somme dans tout ce processus. Il est chapardé et imposé à l’entrée du cycle économique (phase d’extraction-production) et il est spoliée et taxé à la sortie du cycle économique en tant que client-consommateur surtaxé. Un jour sa vie lui sera aussi volée dans une tranchée ou sur un champ de bataille, assassiné par un drone tombée du ciel de la guerre mortifère.

C’est que dans leur immense avidité et leur sempiternelle lutte concurrentielle inter-impérialistes, les capitalistes financiers – gérants d’une économie anarchique et non planifiée – manipulent la monnaie, l’argent, le crédit, les actifs et les papiers boursiers. Ils en émettent bien au-delà de la valeur des marchandises qu’ils détiennent réellement et cela à chaque étape du cycle économique. C’est la seule façon qu’ils ont trouvé pour attirer, par induction, le maximum de profits vers leur propre galère financière.

On ne doit pas oublier que l’ensemble de ces opérations financières-boursières spéculatives ne vise pas seulement à accaparer le maximum de plus-value-profit mais aussi à récupérer la portion de valeur que le capitaliste a sacrifiée à l’employé sous forme de salaire pour sa force de travail nécessaire et sa reproduction élargie (entretien de sa famille).

Cette opération de reproduction de monnaies-crédits-argents boursiers est une méthode efficace pour attirer plus de profits financiers (la portion de la plus-value allouée aux profits comptables – dividendes et bénéfices inscrits aux livres) – vers les activités transactionnelles. Ces activités tertiaires se multiplient comme du chiendent sans produire quoique ce soit de permanent, d’immobilier ou de mobilier (routes, aéroports, ports, machineries, métal, ciment, produits semi-ouvrés, meubles, camions, bateaux, avions, pétrole raffiné, etc.).

En effet, il y a de plus en plus d’intermédiaires tertiaires capitalistes entre l’usine, l’atelier, le champ, la mine, le quai de conteneurs, la barque du pêcheur, tous producteurs de plus-value et le client consommateur. Chacun de ces maillons de la chaîne d’exploitation et d’expropriation du capital vivant (le salarié) parasite la plus-value expropriée par l’industriel, qui est forcé de partager sa plus-value avec chacun de ces parasites tertiaires supplémentaires. Le salaire de l’ouvrier paupérisé doit ainsi être partagé avec tous ces intermédiaires tertiaires qui soutirent leur profit commercial du salarié consommateur (lui donné le moins de marchandise possible pour le plus de dollars dévalués possibles).

Le Chili exproprié

Terminons cette explication par la présentation d’un exemple historique.

Au début des années 1970 le gouvernement Allende a complété la « nationalisation » des mines de cuivre chiliennes. Une ressource nationale qu’il paraissait juste et équitable de « nationaliser », c’est-à-dire, dans le verbiage de la gauche bourgeoise, de redonner au peuple chilien (sic).

Le gouvernement capitaliste chilien de gauche s’aperçut rapidement qu’une chose était de mette la main sur une ressource naturelle, et autre chose était de l’exploiter par le travail salarié et de le commercialiser dans le monde entier. Les ouvriers mineurs et les débardeurs trompés par la mystique gauchiste à propos de la « nationalisation par le peuple et pour le peuple » réclamèrent à leurs nouveaux capitalistes étatiques des hausses de salaires tout à fait justifiées mais qui rendaient le minerai chilien trop dispendieux sur les marchés mondiaux. Les multinationales anglo-canadienne-américaine expropriées, dépitées, et qui contrôlaient non seulement l’extraction, la transformation, le transport, la fabrication des produits finis mais aussi leur commercialisation, boycottèrent le cuivre chilien.

Il est extrêmement long et difficile de mettre sur pied une telle chaîne d’intermédiaires, en aval du processus d’extraction du minerai. En vertu de la solidarité impérialiste chaque trust multinational boycotta le cuivre chilien. Sans une telle chaîne d’intermédiaires, de la mine au foyer, impossible d’exploiter les salariés, de leur extorquer et de réaliser la plus-value, ni de faire fonctionner l’entreprise capitaliste d’État chilienne. Le même phénomène est en cours au Venezuela présentement.

Si le coup d’État capitaliste n’était pas survenu (1973), les entreprises « nationalisées » par la bourgeoise d’État chilienne (Allende) auraient dû de toute manière être rendu à leurs patrons monopolistes étrangers ou alors être fermées.


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La semaine prochaine : Le cycle économique inflationniste

(1) http://www.les7duquebec.com/7-au-front/189621/
(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Accords_de_Bretton_Woods#La_fin_du_syst.C...

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