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L’extrémiste n’est pas celui qu’on croit

Dès que les résultats du 1er tour ont été connus : Macron, 27,6%, le Pen, 23,4%, et Mélenchon 22%, la tactique imaginée à l’avance pour discréditer Marine le Pen et Jean-Luc Mélenchon, qui en plus sont arrivés bien plus haut que les sondages ne l’avaient prédit et bien plus haut que Macron et ses sbires ne l’auraient souhaité, s’est mise en place sur tous des plateaux de télévision d’où toute voix dissidente a été complètement bannie pendant le quinquennat de Macron.

Il s’agit de rabattre au plus vite le caquet des deux challengers de Macron, et surtout des membres de la France Insoumise/Parlement d’union populaire qui risquent d’être un peu trop fiers de leur formidable performance et d’autant plus offensifs.

Mentir

La tactique employée est évidemment caricaturale, mensongère et manipulatoire, comme tout ce qui sort de la TV, car les dirigeants des démocraties occidentales et leurs sous-fifres ont pris l’habitude de mentir, carrément ou par omission, à leurs populations, pour les contrôler et les exploiter sans avoir à trop employer la force brutale.

Je n’emploie pas par hasard le mot exploiter. Sous le règne de Macron, la France est devenue officiellement une Start up Nation dont le siège est aux Etats-Unis. Il n’y a donc plus de citoyens, en France, il n’y a plus qu’un patron qui exploite des salariés et des ressources, et, en face, des employés exploités à divers degrés. Au moins, c’est clair ! Et, nous, les employés, nous sommes de simples subalternes (certains esprits chagrins diraient esclaves) dont le rôle est de travailler, travailler, travailler pour le seul profit des nantis, sous les ordres des gardes-chiourmes du patron. Si les employés se mettent à penser ou, pire, à protester, alors le patron Macron sort la trique. Les Gilets jaunes en savent quelque chose. Le patron a le monopole de la violence, ce qui est bien pratique. Il dispose de toute une panoplie de triques : pressions et violences administratives, législatives, policières, judiciaires, économiques, médiatiques, physiques, morales, sans compter la censure (heureusement il y a encore des plateformes sur Internet qu’il ne peut pas fermer), les arrestations arbitraires, etc. A mon avis, les disparitions ne vont pas tarder.

Ceux, qu’en Occident, on appelait autrefois des dirigeants, sont désormais officiellement des exploitants qui exploitent leurs pays et ses habitants pour des puissances étrangères, notamment les Etats-Unis, des entités supranationales comme l’UE, et/ou des multinationales financières, agroalimentaires, industrielles, pharmaceutiques, pétrolières, etc.

Les exemples de pillage, de corruption, de gabegie, abondent sous Macron, qui nous avait promis une République exemplaire, comme sous les présidents précédents. Il y a par exemple, la scandaleuse vente au rabais d’Alsthom, qui fabrique les turbines de nos centrales nucléaires, et qu’il faudrait maintenant racheter aux Etasuniens au double du prix pour garder notre indépendance énergétique, ou l’achat de milliards de vaccins inutiles pendant la fausse pandémie de Covid-19, ou encore l’achat de gaz de schistes hors de prix aux Etats-Unis pour remplacer le gaz russe abondant et bon marché, sans compter le démantèlement des services et entreprises publics, EDF en tête, pour les privatiser.

Terroriser

Pour en revenir aux élections. Il s’agit donc maintenant de faire gagner à nouveau Macron, le patron de la Start up France, qui a donné toute satisfaction à ses commanditaires. Le problème, c’est qu’il est haï par tous ses employés, et quand je dis haï, c’est haï. Comment faire ?

Il n’y a qu’à faire peur aux électeurs ! C’est une tactique qui a fait ses preuves après le 11 septembre 2001 et qui est devenue incontournable pour contrôler des populations toujours plus misérables et opprimées. Depuis le 11 septembre, nos maîtres ne nous laissent plus respirer. Nous sommes soumis à un déluge de menaces, pour la plupart exagérées quand elles ne sont pas carrément inventées ou fabriquées, inlassablement montées en épingle par des médias aux ordres. Tout est prétexte à nous faire peur, les attentats dont on avait moins de chance d’être victime qu’en traversant la rue et qui étaient la rançon des massacres que nous commettions dans des pays lointains dont on convoitait les ressources, ont permis de réduire fortement les libertés publiques ; le réchauffement climatique, alors que la montée des eaux est de quelques millimètres par siècle, comme le dit Christian Gérondeau, sert de bouche-trou quand aucune autre menace n’est disponible ; la fausse pandémie de Covid-19 a permis de détruire une partie de la classe moyenne et d’expérimenter des techniques de contrôle inédites, pour faire avancer le fantasme de Nouvel ordre mondial des mondialistes ; et last but not least, on agite la possibilité d’une attaque nucléaire de Poutine, le dernier Hitler en date, après Milosevic, Saddam Hussein, Kadhafi, Bashar el Assad, Maduro, et tous les autres Hitler dont l’Occident voulait se débarrasser pour piller leurs pays. Car, sans pillage, le niveau de vie des Occidentaux ne serait pas ce qu’il est. Le problème, c’est justement que maintenant Poutine dit « Niet », Niet au pillage occidental. Gare à nous, Européens, c’est nous que, du coup, les Etasuniens vont piller avec la complicité de nous maîtres pour maintenir leur niveau de vie...

La peur des extrêmes

Et donc c’est encore et toujours la peur, cette fois la peur des extrêmes, que les médias attisent depuis hier soir pour faire réélire Macron. Qui est extrémiste selon eux ? Eh bien évidemment Marine le Pen et Jean-Luc Mélenchon, les challengers de leur idole en or massif qui ne manquera pas de faire ruisseler de la poudre dorée sur eux en remerciement de leur soutien intéressé.

Rien n’amuse plus les journalistes de plateaux que de renvoyer Mélenchon et le Pen dos à dos. Cela suscite l’ire de Mélenchon et le décrédibilise doublement en le faisant passer pour un extrémiste doublé d’un colérique. Quant à Le Pen, en plus d’être extrémiste, cela la fait apparaitre comme aussi irresponsable que Mélenchon sur le plan économique. Une pierre, 5 coups !

Le procédé est d’autant plus malhonnête que le seul extrémiste dans l’histoire, c’est Macron, mais il n’y a rien de mieux que l’inversion accusatoire pour couper l’herbe sous le pied des opposants. C’est ce qu’ils font en Ukraine en se dépêchant d’accuser Poutine des massacres commis par les nationalistes ukrainiens.

Mélenchon n’a rien d’un extrémiste. Il n’est même pas communiste au sens marxiste du terme. Il ne prône pas la suppression de la propriété privée des moyens de production, ni la lutte des classes, et encore moins la révolution. Il s’élève contre les inégalités, l’indécence de certaines fortunes et le mauvais sort réservé aux Français les moins riches, et il veut redonner du pouvoir au peuple à travers le RIC et la révocation des élus. Son programme est social certes, mais il n’est pas à proprement parler anticapitaliste, ni même aussi révolutionnaire que celui du Conseil national de la résistance à qui on doit notamment le régime général de la sécurité sociale et les congés payés, et qu’on ne qualifiait pas d’extrémiste en 1943. De plus Mélenchon a apparemment renoncé à sortir de l’UE et de l’OTAN et s’est, sauf erreur de ma part, plus ou moins aligné sur la doxa officielle en ce qui concerne la guerre d’Ukraine, à la différence de Nathalie Arthaud qui a souligné « la responsabilité écrasante des Etats-Unis et de leurs alliés au sein de l’OTAN » dans le déclenchement de cette guerre. C’est courageux de sa part, même si elle n’avait pas grand chose à perdre.

Quant à Marine le Pen, elle a achevé sa mutation. La sulfureuse fille de Jean Marie le Pen est devenue une vraie madone. Elle a si bien lissé son personnage et son programme que Gérard Darmanin, notre prétentieux petit ministre de l’Intérieur, la juge "trop molle" ! Ceux qui continuent à prendre des airs de vierge effarouchée et à surjouer la peur de l’extrême-droite, font figure de has been aux yeux de la majorité des Français, même si une femme de fer aux intentions inconnues se cache sans doute derrière son sourire patient. L’opération de blanchiment est si réussie que Marine le Pen peut se permettre de faire campagne sur l’unité, l’accueil, l’entente cordiale, pour ne pas dire la communion universelle, sans que cela ne choque personne. Elle a battu Macron à la course de la bienveillance. C’est habile, car Macron en avait fait le thème de sa campagne en 2017, mais aussi inquiétant car, en fait de bienveillance, on a eu des mains arrachées, des yeux crevés, des amendes, de la prison et de la censure. Une répression jugée extrême par beaucoup d’observateurs internationaux...

Il n’y a pas qu’en matière de répression que Macron s’est révélé extrémiste. Sa gestion du Covid aussi a été extrémiste, dans son désir d’emmerder les Français qui ne voulaient pas jouer à Macron a dit. Il n’y a guère qu’en France que nous avons été obligés sous peine d’amende de nous signer à nous-mêmes des autorisations de sorties d’une heure, entr’autres obligations/interdictions grotesques et tyranniques.

Pendant son règne, la France est passée de démocratie complète (environ 20 pays) à démocratie défaillante, en attendant, s’il est réélu, de passer à régime autoritaire, dans le classement de The Economist.

Macron est un extrémiste néolibéral. Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle le président des riches. Il a décidé de transvaser toutes les richesses de la France et des Français dans les poches des puissants. Prendre aux pauvres pour donner aux riches, n’est-ce pas un peu excessif ? Non ! Pour les ventouses de plateaux TV, c’est le contraire qui serait excessif...

Macron appartient à l’extrême-centre, qui a été parfaitement théorisé par Pierre Serna dans L’extrême centre ou le poison français. Dans son livre, Serna tente de répondre à la question : « Comment l’expression d’un propos moyen s’accompagne-t-elle finalement de la plus extrême dureté politique et sociale de l’exécutif ? » Il montre « comment la scène politique se verrouille à partir du moment où l’on déconsidère et sa droite et sa gauche (...) Cette configuration forge un incontournable absolu et donne les coudées franches à l’autorité qui s’en justifie jusqu’à l’héroïsme (...) Les garanties n’existant pas ou plus, leur franchissement se conduit au rythme de coups d’État vrais ou rampants, différés ou pas ».

Intimider

L’intimidation est une autre façon de faire taire et/ou de discréditer l’opposition à Macron. Les éditocrates stipendiés y sont passés maîtres. En voilà un exemple tout récent.

Lundi 11 avril, au matin du lendemain du 1er tour, Pascal Praud harcèle le malheureux Thomas Portes de la FI, encore mal remis d’une nuit sans sommeil. La technique de Praud est simple et efficace. Il pose des questions pièges qu’il répète 10 fois, de plus en plus vite et de plus en plus fort :

« Mélenchon a dit de ne pas donner une seule voix à Marine le Pen. Cela laisse deux options, voter blanc ou pour Macron. Qu’est-ce que vous allez voter ?

- Je ne voterai pas pour Marine le Pen.

- Oui mais qu’est-ce que vous allez voter ? crie presque Pascal Praud encore et encore. Sous l’avalanche, Thomas Portes se tortille mais ne cède pas :

-  Je ne vous le dirai pas, c’est personnel !

- Alors si je comprends bien, vous allez voter blanc ! », triomphe notre journaliste militant, fier comme un flic qui aurait fait avouer le suspect d’un crime à coups de taloches. Puis, sans laisser respirer sa victime, il attaque à nouveau :

« Est-ce que votre programme fonctionne ? Où a-t-il été appliqué ? »

Outre que ça n’est pas parce qu’il n’a jamais été appliqué qu’un programme ne peut pas fonctionner, Thomas Portes aurait bien une réponse : en Amérique Latine, par exemple. Mais s’il dit cela, il aura droit à Venezuelaaa... dictateur Madurooo... et toutes les bêtises habituelles. Il se retrouve donc sur la défensive et ne peut que répéter sur tous les tons :

« Notre projet est parfaitement réalisable et il mérite d’être mis en œuvre... »

Et voilà le travail ! La campagne du second tour va être sanglante nous ont assuré les experts ventouses des plateaux de TV, de moins en moins nombreux et variés à cause de la censure, et de plus en plus vieux, à l’image de l’électorat de Macron.

La campagne va être sanglante. Les petits soldats du pouvoir feront tout pour ça car ils adorent l’odeur du sang. Ils ont aiguisé leurs langues acérées et s’apprêtent à couper la gorge de tous ceux qui n’encensent pas Macron avec la même ferveur qu’eux.

Mais moi, je m’en fiche, je ne regarderai pas la TV. Le duel Macron-Le Pen ne m’intéresse pas. Pour moi, c’est bonnet blanc et blanc bonnet et je n’irai pas voter au second tour. Par contre, j’irai voter aux législatives pour envoyer beaucoup de députés LFI à l’Assemblée nationale. J’espère bien qu’il y en aura au moins une centaine dans la prochaine Assemblée et, alors, je souhaite bien du plaisir à qui sera présidentE !

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