RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher
11 

La fin de l’Internet ouvert et le retour à l’âge des ténèbres (Counterpunch)

Peut-on encore douter que l’accès à un internet relativement libre et ouvert s’achève rapidement en Occident ? En Chine et dans d’autres régimes autocratiques, les dirigeants ont tout simplement détourné l’Internet à leur guise, censurant les contenus qui menacent leur pouvoir. Mais dans l’Occident "démocratique", les chose se passent différemment. L’État n’a pas besoin d’intervenir directement - il sous-traite son sale boulot aux entreprises privées.

Dès le mois prochain, le net pourrait devenir le jouet exclusif des plus grandes sociétés, décidées à tirer le plus de profit possible de la bande passante. Pendant ce temps, les outils pour nous aider à développer une pensée critique, la dissidence et la mobilisation sociale disparaîtront au fur et à mesure que « neutralité du net » deviendra un souvenir, une étape transitoire dans la « maturation » du réseau.

En décembre, la Federal Communications Commission (FCC) américaine prévoit d’abroger les règlements déjà compromis qui sont en place pour maintenir un semblant de « neutralité du Web ». Son président, Ajit Pai, et les entreprises qui sont des fournisseurs de services Internet veulent faire disparaître ces règles, à l’instar du secteur bancaire qui s’était débarrassé de la réglementation financière pour pouvoir transformer nos économies en de gigantesques bulles spéculatives.

Cela pourrait constituer le coup de grâce à la gauche et à sa capacité de faire entendre sa voix sur la place publique.

Ce sont des dirigeants politiques - aidés par les grands médias commerciaux - qui ont ouvert la voie en fomentant de manière intéressée une panique autour des "fausses nouvelles" (fake news). Les fausses nouvelles, disaient-elles, se trouvent sur Internet et non dans les pages des médias commerciaux - les mêmes médias qui nous ont vendu le mythe des Armes de destruction massive en Irak, et qui ont aussi efficacement préservé un système de parti unique à deux visages [Parti Démocrate/Républicain - NdT]. Apparemment, le public ne doit être protégé que contre les blogueurs et les sites internet.

Les géants des médias sociaux ont vite répondu. Il devient de plus en plus clair que Facebook s’immisce dans la diffusion d’informations des militants progressistes. Il ferme déjà des comptes et limite leur portée. Cette tendance ne fera que s’accélérer.

Google a modifié ses algorithmes de manière à ce que le classement des sites d’importance à gauche s’effondre. Il devient de plus en plus difficile de trouver d’autres sources d’information parce qu’elles sont activement cachées.

Google a accéléré ce processus cette semaine en "declassifiant" RT et Spoutnik, deux sites d’information russes qui offrent un contrepoids important – y compris avec leur parti-pris pro-russe - à la propagande anti-russe lancée par les médias occidentaux. Autant dire que ces deux sites seront censurés sur Internet pour la grande majorité des utilisateurs.

RT est loin d’être une source d’informations parfaite - aucun média public ou privé ne l’est - mais c’est une voix vitale pour avoir des informations en ligne. Il est devenu un refuge pour beaucoup de gens qui cherchent des alternatives, souvent beaucoup plus honnêtes, pour critiquer à la fois la politique intérieure occidentale et l’ingérence occidentale dans les contrées lointaines. Bien sûr, il a son propre programme politique, mais contrairement à l’idée que se font de nombreux progressistes occidentaux, sur une vaste éventail de sujets, il donne une image beaucoup plus exacte du monde que les médias occidentaux.

Et il y a une raison à cela. Les médias commerciaux occidentaux sont là pour confirmer les préjugés qui ont été inculqués à leurs publics tout au long de leurs vies - le principal étant que les États occidentaux agissent à juste titre comme des policiers bien intentionnés, quoique parfois maladroits, qui essaient de maintenir l’ordre dans d’autres États malveillants ou indisciplinés à travers le monde.

Les médias et la classe politique peuvent facilement puiser dans ces préjugés pour nous persuader de toutes sortes de contrevérités qui font avancer les intérêts occidentaux. Pour ne prendre qu’un seul exemple - l’Irak. On nous a dit que Saddam Hussein avait des liens avec Al-Qaïda (il n’en avait pas et ne pouvait pas en avoir), que l’Irak était doté d’armes de destruction massive (il ne l’était pas, comme les inspecteurs en désarmement de l’ONU ont essayé de nous le dire), et que les États-Unis et le Royaume-Uni voulaient promouvoir la démocratie en Irak (mais pas avant d’avoir volé son pétrole). Il y a peut-être eu de l’opposition en Occident à l’invasion de l’Irak, mais peu étaient motivés par l’idée que ces éléments du récit officiel pouvaient facilement être dénoncés comme autant de mensonges.

RT et d’autres sources d’information non occidentales en anglais fournissent un point de vue différent sur les événements importants, des angles d’analyse non obscurcies par un programme patricien occidental.

Ces sites et les sites progressistes sont progressivement réduits au silence et mis sur liste noire, nous ramenant dans les bras des propagandistes commerciaux. Peu de progressistes ont élevé la voix au nom de RT, oubliant les avertissements de l’histoire, comme le poème anti-nazie de Martin Niemoller « D’abord ils sont venus chercher les socialistes ».

Les règles actuelles de la « neutralité du réseau » jouent déjà en défaveur des progressistes et dissidents, comme le montrent clairement les développements que j’ai décrits plus haut. Mais sans ces règles, les choses vont empirer. Si les changements sont approuvés le mois prochain, les fournisseurs d’accès Internet (FAI), les sociétés qui nous connectent à Internet, seront également en mesure de décider ce que nous pouvons voir ou pas.

Une grande partie du débat a porté sur l’impact de la suppression des règles sur les entreprises commerciales en ligne. C’est pourquoi Amazon et les sites pornographiques comme Pornhub ont été à la tête de l’opposition. Mais cela éclipse la menace la plus importante qui pèse sur les sites progressistes et les principes de la liberté d’expression déjà très vacillantes.

Les FAI seront beaucoup plus libres de déterminer le contenu que nous pourrons voir en ligne. Ils pourront ralentir les vitesses d’accès aux sites "non rentables", ce qui est le cas par définition pour les sites militants. Mais ils pourront aussi imposer une censure à la chinoise, soit de leur propre initiative, soit sous la pression politique. Le fait que cela puisse être justifié par des motifs commerciaux, et non politiques, ne changera pas grand-chose.

Ceux qui cherchent à trouver de vraies informations pourront trouver des solutions de rechange. Mais c’est une maigre consolation. La grande majorité des gens utiliseront les services offerts et ignoreront le reste.

S’il faut trop de temps pour accéder à un site Web, ils cliqueront ailleurs. Si une recherche Google ne leur montre que les résultats approuvés par les entreprises commerciales, ils liront ce qui est proposé. Si leur fil Facebook refuse de leur fournir du contenu « non rentable » ou « faux », ils n’en seront pas plus contrariés. Contrairement à tous ceux qui se demandent ce que l’avenir nous réserve.

Jonathan Cook

Traduction "ce qui devait arriver arrive ?" par Viktor Dedaj pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

»» https://www.counterpunch.org/2017/11/24/from-an-open-internet-back-to-...
URL de cet article 32608
  

Même Thème
Google contre Wikileaks
Julian ASSANGE
En juin 2011, Julian Assange reçoit un visiteur inhabituel dans sa petite maison de campagne anglaise en résidence surveillée de Ellingham Hall : le président de Google en personne, Eric Schmidt, venu tout droit de la Silicon Valley. Le général assiégé de WikiLeaks, la plus audacieuse entreprise d’édition insurrectionnelle connue à ce jour, et l’empereur d’Internet vont croiser le fer : du Printemps arabe aux bitcoins, et des solutions technologiques aux problèmes politiques, tout les oppose. La (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

« Si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance. »

Abraham Lincoln, 16ème président des Etats-Unis de 1861 à 1865, 1809-1865, assassiné

Le fascisme reviendra sous couvert d’antifascisme - ou de Charlie Hebdo, ça dépend.
Le 8 août 2012, nous avons eu la surprise de découvrir dans Charlie Hebdo, sous la signature d’un de ses journalistes réguliers traitant de l’international, un article signalé en « une » sous le titre « Cette extrême droite qui soutient Damas », dans lequel (page 11) Le Grand Soir et deux de ses administrateurs sont qualifiés de « bruns » et « rouges bruns ». Pour qui connaît l’histoire des sinistres SA hitlériennes (« les chemises brunes »), c’est une accusation de nazisme et d’antisémitisme qui est ainsi (...)
122 
Ces villes gérées par l’extrême-droite.
(L’article est suivi d’un « Complément » : « Le FN et les droits des travailleurs » avec une belle photo du beau château des Le Pen). LGS Des électeurs : « On va voter Front National. Ce sont les seuls qu’on n’a jamais essayés ». Faux ! Sans aller chercher dans un passé lointain, voyons comment le FN a géré les villes que les électeurs français lui ont confiées ces dernières années pour en faire ce qu’il appelait fièrement « des laboratoires du FN ». Arrêtons-nous à ce qu’il advint à Vitrolles, (...)
40 
"Un système meurtrier est en train de se créer sous nos yeux" (Republik)
Une allégation de viol inventée et des preuves fabriquées en Suède, la pression du Royaume-Uni pour ne pas abandonner l’affaire, un juge partial, la détention dans une prison de sécurité maximale, la torture psychologique - et bientôt l’extradition vers les États-Unis, où il pourrait être condamné à 175 ans de prison pour avoir dénoncé des crimes de guerre. Pour la première fois, le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, Nils Melzer, parle en détail des conclusions explosives de son enquête sur (...)
11 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.