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La violence vue de l’intérieur dans un quartier chic de Caracas (La Tabla)

Ils ne sont pas plus de quatre cents. Ils se divisent en trois : l’avant-garde cherche la confrontation avec la police ; une masse fluctuante court vers les cordons de sécurité quand ils semblent gagner le bras de fer et recule en quatrième vitesse quelques secondes après, face aux gaz lacrymogènes ; et l’arrière-garde qui observe, suce des glaces à l’eau, discute, commente le show qui se déroule. Pour eux ce n’en est pas un : il s’agit d’une bataille contre la dictature qui les réprime. Ils en sont convaincus, ils se sentent dans un « trip » épique, héros du film diffusé jour après jour dans les télés privées de l’opposition, majoritaires au Venezuela.

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Sans se rendre compte qu’il est en direct, un journaliste d’une chaîne vénézuélienne parle aux manifestants de droite : « aidez-nous, criez des choses ! » : http://www.telesurtv.net/news/Periodista-exige-en-vivo-a-opositores-gr...

L’organisation spatiale est la suivante : l’arrière-garde se situe aux environs de la place, sur l’avenue principale ; la masse fluctuante se trouve un demi-bloc devant et s’étend jusqu’à la zone hors d’atteinte des gaz lacrymogènes ; de son coté l’avant-garde cherche à se rapprocher du cordon de police qui empêche l’accès à l’autoroute. Elle lance des cocktails molotov, des pierres, jusqu’à ce qu’elle n’en puisse plus et se replie pour un temps. Ce secteur tend les câbles au travers des rues pour « décapiter les motards chavistes », répand l’huile sur la chaussée, prépare les cocktails molotov derrière un mur. Entre eux – la masse et l’avant garde, tous cagoulés – ils s’embrassent comme des héros.

La scène se répète inlassablement pendant des heures. Il y a des moments d’euphorie collective, de pure adrénaline, un feeling d’épopée. Alors on arrache des portes pour les jeter en travers des rues n’importe comment ; on incendie des bouches de métro, des bibliothèques publiques, des sièges du Parti Socialiste Unifié, on casse les panneaux lumineux, on ramasse des pierres qu’on éclate sur le zinc, on se stimule, on court en groupe vers la police. Après quelques secondes on repart à la charge, plus vite qu’ont n’y est allés, avec les mêmes pierres et cocktails molotov dans les mains. Il s’agit plus de courir que d’affronter.

Il y a d’autres personnages : les motards solidaires qui emmènent quelqu’un qui a inhalé des gaz lacrymogènes, les voisins qui remplissent les bouteilles d’eau, les curieux qui s’arrêtent pour observer, les vendeurs d’eau et de citrons, les mototaxis en attente de clients.

Il n’y a pas de leadership visible. Certains réussissent à générer une sorte de conduite qui s’évanouit rapidement, qui sert à orienter le chaos, comme quand ils veulent lyncher un passant qui ose leur demander qu’ »on se calme un peu ». Vu de l’extérieur il est difficile de savoir qui dirige. Quelqu’un dirige-t-il réellement ? Ou bien la structure de cellules qui dirigent fonctionne-t-elle de façon autonome avec le seul ordre d’attaquer et de détruire jusqu’à l’usure ? Parce que c’est une guerre d’usure. La police tient pendant des heures. Jusqu’à ce qu’elle décide d’avancer d’un ou deux blocs, ce qui reconcentre les centaines de casseurs. Pour cela elle augmente la quantité de gaz et la distance à laquelle elle les envoie. Que devrait-elle faire ? Le schéma de la droite consiste à chercher le choc pour se poser en victimes qui résistent à la répression.

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Une arrière-garde qui observe
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Pour les besoins du grand JT planétaire, la droite vénézuélienne offre à une multitude de caméras quelques plans serrés de son « peuple révolté » : des jeunes bien payés, organisés en commandos, entrainés par les paramilitaires colombiens ou par d’autres puissances, pour fournir les clichés nécessaires de la « dictature de Maduro ».
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Le monde fantastique de la bourgeoisie vénézuélienne : en haut pour l’international, en bas pour les copines sur instagram.

Les guarimbas de 2013, 2015 sont revenues. Quel est leur objectif ? Il faut le déterminer pour savoir si elles aboutissent à des échecs ou des victoires. Il est peu probable de penser que la corrélation de forces visible dans ces quartiers riches ou d’autres foyers de violence puisse leur permettre de démonter la police. Elles n’ont pas cette puissance. Un soulèvement populaire pourrait le faire. Le problème de ces jeunes de droite c’est qu’ils sont peu nombreux : le moment d’apogée relative de l’autoroute dure jusqu’aux premières pierres, ensuite ils sont parfois quatre cents, parfois cinquante, parfois moins.

Le plan ne semble donc pas être d’arriver à l’ouest de la ville. Ils haranguent les gens pour chercher des institutions à brûler, comme ils l’ont fait samedi. Ils ont besoin de générer le fait médiatique et pour cela, on le sait, il n’y a pas besoin d’être nombreux. Il suffit de voir les vidéos qui circulent : elles sont faites de premier plans, de visages, d’actions individuelles ou de petits groupes. Ils réussissent à convaincre de nombreuses personnes à l’extérieur qu’ici, il y a une répression féroce, et qu’ils sont une multitude dans les rues. Il n’est pas nécessaire d’être des milliers pour installer une idée. Il suffit d’avoir plusieurs foyers de violence, de les transmettre en simultané, de créer des rumeurs et de chercher les meilleures images – une jeune femme avec le drapeau vénézuélien face à un gaz lacrymogène, par exemple.

Matrice de communication, chaos et incertitude. Comme celle qu’on a vécu dans la nuit de lundi : des comptes-rendus sont arrivés de plusieurs points de l’est de Caracas, Barquisimeto, Valencia, des images d’un camion de la Mission Nevado incendié (mission gouvernementale de soins vétérinaires gratuits pour les animaux de compagnie ou abandonnés), un bâtiment de CVAL (entreprise publique de développement agricole), un local du PSUV, des récits audio de lampadaires couchés sur l’autoroute, de rues coupées dans l’est riche de Caracas avec des personnes armées, incendies de poubelles, foyers de violence, peur, désarroi. Si tel est l’objectif, il est atteint. On plonge dans les subjectivités, les réseaux, les téléphones, les conversations.

Quelle différence y-a-t-il avec 2014 ? La méthode jusqu’à présent est la même : des points spécifiques de destruction et de confrontation dans l’est de la ville. Ils lâchent la bride à leur base la plus radicale, des cellules entraînées pour ça. Il est assez difficile de penser que cette méthodologie réussisse à rassembler des masses : on sait déjà que les mobilisations débouchent sur des gaz, des pierres, des câbles, de l’huile, une incertitude croissante, de possibles morts – les guarimbas ont eu pour bilan 43 victimes et leurs organisateurs arrêtés ont été aussitôt adoubés comme « prisonniers politiques » par les grands médias. C’est pour cela que leur faiblesse est la perte de leur base et l’usure. Comme en 2014. Leur schéma ainsi posé a une limite, même si, peut-être, ils peuvent réussir à accumuler plus de gens à des dates ponctuelles comme celle annoncée du 19 avril.

La condition principale qui semble avoir changé, c’est l’international (la coalition occidentale est baptisée par les médias « communauté internationale) sans tenir compte de la position de la vraie communauté démocratiquement parlant – à savoir la majorité des pays la planète ; par exemple du mouvement des non-alignés, qui défendent la souveraineté du Venezuela). Les déclarations du Commando Sud des Etats-Unis vendredi dernier en sont la preuve la plus claire. Elles ont été faites simultanément au bombardement unilatéral de la Syrie. Une grande part de l’offensive de rue de la droite est faite pour le front extérieur, les images, les dénonciations de répression, de persécution, d’un supposé et inexistant gaz toxique ont ce but. C’est ce qu’il y a de plus terrible en 2017 : les médias ont besoin de morts. On va leur en fournir (1).

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Les « barricades »

C’est là que se trouve une force qu’ils n’avaient pas en 2014. A cette époque-là il restait encore un an avant que Barack Obama ne déclare que le Venezuela était une menace pour la sécurité des Etats-Unis. Cependant, ça ne semblerait pas non plus suffisant -aujourd’hui- pour inverser le scénario et obtenir la rupture recherchée. Alors quoi ? Sans quartiers populaires pour un soulèvement ni forces armées nationales qui les accompagnent, comment pensent-ils aller plus loin qu’en 2014 ? De nouveau la question est : quel est leur objectif ? Faire tomber le gouvernement par la force, accentuer l’usure générale qui existe dans le pays, accélérer les élections ? Il ne faut pas sous-estimer le plan qui s’est mis en route. Ni le nommer avec des mots qui lui aillent trop grand. Ce qu’ils ont lancé est de nouveau une méthodologie de violence ouverte, des destructions, une confrontation de rue et politique, un cadre aux dénouements incertains. Dans le quartier chic d’Altamira, il n’y avait pas de peuple comme ils aiment tant le dire. Ils étaient peu nombreux, bien que les images réussissent à donner l’impression qu’ils étaient beaucoup. Organisés et préparés, oui. Avec aussi un niveau élevé d’improvisation et des actes ridicules. Ils sont la base de la droite putschiste, habillée du fashion de la révolte.

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L’ "avant-garde"
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Ils frappent des objets et s’encouragent
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Avancée et recul depuis la place vers l’autoroute

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En 2014 déjà la même mise en scène pour l’international…

Marco Teruggi
http://www.latabla.com/cronica-desde-dentro-de-la-violencia-callejera-...

Traduction : Cathie Duval

»» https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/04/14/la-violence-vue-de-lin...

Note
(1) En France le journal « Le Monde », est devenu une pièce particulièrement active de ce dispositif international d’appui aux « enfants de Pinochet » qui implique les « morts sur ordonnance » et, logiquement, d’imputer à la révolution bolivarienne la guerre économique lancée par le secteur privé pour faire tomber le gouvernement Maduro. Voir, parmi une longue liste, le récent « Venezuela, une spirale mortifère » .


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