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Le gars dans la rue

Ce n’est seulement aujourd’hui que je viens de comprendre, à quarante ans passés. A ce rythme-là, je commencerai à sortir dans la rue aux alentours de mes quatre-vingt printemps... je crois bien que je finirai décidément jamais de guérir de cette grande maladie invalidante : la naïveté. J’ai pourtant bien commencé à abattre des cloisons, mais l’ouvrage est rude et j’ai même dû commencer à mains nues, sans le moindre outil et parfaitement seule. Alors on se raccroche parfois à de petites choses entendues, vues, lues ici et là. Enfin, surtout ici en fait.

C’est en 2012 que j’ai débarqué. Non, pas en Normandie. Ici. " Ooooh de l’information ! Et même qui vient de pays très lointains dont on entend jamais parler. C’est bizaarre. Serait-ce un mirage ? " Jetant furtivement des coups d’œil inquiets sur mon écran d’ordinateur, je me méfie quand même. Il doit y avoir un piège ou une mauvaise surprise. " Ooooh ! On peut même envoyer soi-même des informations pour en faire profiter tout le monde. Ooooh c’est pas possible ça ! Mais qui fait ça ? Et pourquoi ? "

J’ai quand même fini par poser mon baluchon dans un coin, unique vestige de ma vie passée. En d’autres temps, certains, micro à la main et la mèche gominée, auraient fini par laisser échapper un long soupir. " Aaaah on est bien Tintin... " J’ai pris le temps de scruter, d’observer, d’analyser, avec les moyens du bord. Je n’ai pas toujours été fidèle, mais parfois la vie vous emmène quelque part, contre votre gré, brutalement, du jour au lendemain. Je suis quand même revenue, un peu comme une balle de jokari qui reviendra toujours.

Mais même en bossant dix heures par jour, je ne rattraperais jamais mes lacunes, que dis-je, mon ignorance, mais je me réconforte un peu en me disant que je ne suis pas la seule, que beaucoup d’autres ont compris depuis longtemps avant moi et qu’ils travaillent dans l’ombre pour éclairer notre lanterne et nous guider, on ne sait pas trop où d’ailleurs. Mais on y va quand même.

Ça n’est donc vraiment seulement aujourd’hui que je viens de comprendre. Moi aussi j’aurais pu me retrouver dans la rue, comme ce gars-là que je vois trimbaler deux gros sacs crasseux en arpentant les rues de la ville, sans but, sans arrivée. Je ne me réjouis pas particulièrement d’y avoir échapper de justesse. Je constate les faits, c’est tout. J’ai toujours un métro de retard en somme. Tout peut aller si vite en fait. Une rupture, pas de boulot, des fois pas trop de famille et hop ! le tour est joué, si je puis dire.

J’ai bien envie d’aller le voir parfois ce gars dans la rue. Juste comme ça, pour lui dire que ça n’est pas lui le coupable, de continuer à serrer les dents et de ne pas lâcher la rampe. " Allez, tiens bon ! " Que pourrais-je faire d’autre ? Lui filer un billet en lui disant " Bonne journée ! " d’un sourire niais ? ça doit être humiliant de recevoir un billet d’une femme quand tu es un homme tout crasseux dans la rue. D’ailleurs, le type ne fait pas la manche.

Sans doute que je n’aimerais pas davantage qu’un type me file un billet. Enfin ça, ça ne risque pas d’arriver au moins.

- Et si j’commence à te verser la pension alimentaire en 2072 ça irait ?
- Oh oui, comme ça, ça m’aiderait à me payer ma grille de loto à mes 98 ans. ça serait vraiment sympa. Merci.

A la suite d’une prise de bec, avec sa Sainteté Toute puissante l’Adjointe au Maire afférée aux Affaires Scolaires et à la Connerie de l’Humanité, la mairie m’a demandé de lui fournir une attestation sur l’honneur certifiant que je vis "bien" seule, pour que je me décide enfin à payer mes factures. J’avais eu en plus la cuisante insolence de me plaindre que la cantine est absolument imbouffable, les animateurs grossiers et que je trouvais leur système de pré-réservation, pré-paiement et pré-connerie complètement hallucinant de débilité, en des termes un peu plus courtois cependant.

" Je, soussignée Marie Blachère, atteste sur le peu d’honneur qui me reste, que je vis bien seule avec mes enfants, absolument seule, dans le dénuement le plus total et ce, à la suite d’une brutale rupture qui a pulvérisé toute mon existence et en partie celle de mon entourage, ou du moins ce qu’il en reste.

Fait à Epagneul-sur-Seine, le 30 avril 2017

Marie Blachère "

" Ça ira comme ça ? J’aurai ma ristourne sur la facture de la cantine ou bien je dois fournir plus de détails ? Parce que dix ans de mariage, ça ne tiendra pas sur la feuille. "

Je n’aurai finalement pas ma ristourne sur la facture de la cantine, car ils n’auront finalement pas leur attestation sur l’honneur. Je paierai donc plein pot. Merci le monde. Je suis touchée par la grâce.

" J’te préviens, il est hors de question que tu ramènes un homme à la maison. ça s’rait comme si tu ramenais un SDF. " Ah, on ne pourra pas dire que je n’ai satisfait à la lettre les exigences de mon fils alors âgé d’à peine 10 ans, et qui me renvoyait instantanément à mon adolescence en l’espace d’une fraction de seconde. Il y a bien eu deux ou trois petites entorses au règlement, comme ce jour où l’électricien est venu avec son marteau-piqueur pour transpercer le plancher, ou quand le livreur de chez Ooshop a bien voulu me saluer du sourire du plombier en déversant en vrac mes courses sur le sol comme un gougnafier. Il y a eu aussi le facteur qui, incapable d’émettre un son par la bouche, m’avait regardée tout en faisant entrer en force dans la boîte à lettres le livre que j’attendais, et qu’il finira par laisser tomber lamentablement dans une grande flaque d’eau dans ma petite cour. Le gars est reparti ni une ni deux sur sa pétrolette, l’air de rien. Que de souvenirs émus avec la gente masculine ces dernières années.

Plus accueillante, et peut-être un peu plus optimiste, ma fille de 7 ans me donne parfois quelques conseils avisés. " Il faut que tu t’inscrives à la salle de sport, Maman. Comme ça tu trouveras un nouveau mari. " Jetant immédiatement un coup d’œil à ma silhouette empâtée, je sais bien qu’elle a raison mais je n’ai pas tellement envie de remettre le couvert à vrai dire. Et en plus ça coûte trop cher la salle de sport.

" Tu sais comme j’ai été ravie de t’accueillir à la maison avec les enfants. " Me remémorant instantanément tous les clashes dans la cuisine et le salon, je me dis que La Mère Supérieure a définitivement une force de persuasion intérieure bien plus élevée que la mienne. Le Père ne dira rien, lui qui nous a ramené Alzheimer juste avant la retraite. Alors on lui met les Beatles ou Indiana Jones en boucle, comme ça La Mère n’a pas à aller le chercher gambadant dans la rue en chaussettes.

Alors si on récapitule, il ne manque plus que le cancer, les huissiers et les services sociaux, tous échappés de justesse pour l’instant, mais ne tournoyant pas si loin du nid. Comme ça, j’aurai aligné les trois cerises au grand jackpot de la Vie. J’ai d’ailleurs même prévu la chute de l’histoire. J’aimerais mourir de rire. Je n’ai pas encore décidé de l’épitaphe, mais j’ai déjà quelques idées sur la question.

Marie BLACHERE
1974 - 20 . .
Mon Cul Sur La Commode

C’est quand même mieux que " Chialons Tous Ensemble Pour l’Eternité ", non ?

Oui, je me lamente sur mon sort. Il fallait bien que je le fasse quelque part. Car même à 43,70 € la séance de 5 minutes, le psy est encore bien trop pressé de refermer la porte derrière moi et s’en tape royalement le haricot. ça n’est pas que j’aime faire ça. J’ai horreur des pleurnicheurs. Mais je me dévoue, parce que je sais qu’il y en a plein des comme moi, des poissards et des merdeux qui se prennent de grandes baffes, et qui pourtant ne se laisseront pas anéantir. Je les vois dans la rue, dans le bus, dans le train et beaucoup moins dans les magasins. Alors c’est ma petite façon bien à moi de dresser un portrait de notre société et des individus qui la peuplent.

Et sinon... " Allez fouette cocher ! "

Marie Blachère

En Zone de Décompression

Mère fondatrice du concept de presse-réalité

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La Guerre d’Espagne - Révolution et contre-révolution (1934-1939)
Burnett Bolloten
« La révolution espagnole fut la plus singulière des révolutions collectivistes du XXe siècle. C’est la seule révolution radicale et violente qui se soit produite dans un pays d’Europe de l’Ouest et la seule qui ait été, malgré l’hégémonie communiste croissante, véritablement pluraliste, animée par une multitude de forces, souvent concurrentes et hostiles. Incapable de s’opposer ouvertement à la révolution, la bourgeoisie s’adapta au nouveau régime dans l’espoir que le cours des événements changerait. (...)
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« Il n’existe pas, à ce jour, en Amérique, de presse libre et indépendante. Vous le savez aussi bien que moi. Pas un seul parmi vous n’ose écrire ses opinions honnêtes et vous savez très bien que si vous le faites, elles ne seront pas publiées. On me paye un salaire pour que je ne publie pas mes opinions et nous savons tous que si nous nous aventurions à le faire, nous nous retrouverions à la rue illico. Le travail du journaliste est la destruction de la vérité, le mensonge patent, la perversion des faits et la manipulation de l’opinion au service des Puissances de l’Argent. Nous sommes les outils obéissants des Puissants et des Riches qui tirent les ficelles dans les coulisses. Nos talents, nos facultés et nos vies appartiennent à ces hommes. Nous sommes des prostituées de l’intellect. Tout cela, vous le savez aussi bien que moi ! »

John Swinton, célèbre journaliste, le 25 septembre 1880, lors d’un banquet à New York quand on lui propose de porter un toast à la liberté de la presse

(Cité dans : Labor’s Untold Story, de Richard O. Boyer and Herbert M. Morais, NY, 1955/1979.)


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