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Le Monde Diplomatique (janvier 2018)

Dans le numéro de janvier 2018, Serge Halimi évoque la « cible iranienne » : « Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le 5 février 2003, le secrétaire d’État américain Colin Powell agite un flacon pouvant contenir de l’anthrax et commente des photos satellite de sites secrets où se fabriqueraient des armes chimiques. Cette affabulation — reconnue plus tard par son auteur — servira ensuite de rampe de lancement publicitaire à la guerre d’Irak. Le 11 décembre 2017, l’ambassadrice américaine auprès des Nations unies Nikki Haley se plante devant les fragments énormes d’un missile prétendument iranien qui n’a pas atteint son objectif. Et, théâtrale, elle soutient qu’il fut tiré, du Yémen, contre un aéroport d’Arabie saoudite, « un pays du G20 ». « Au risque de tuer des centaines de civils innocents.(…) Imaginez seulement qu’il ait pris pour cible l’aéroport de Washington ou de New York. Ou celui de Paris, Londres ou Berlin. »La portée de l’arme lui interdisait d’arriver jusque-là ? Peu importe : une fois encore, il faut fabriquer la peur pour justifier la guerre. Quatorze ans après avoir détruit l’Irak, le gouvernement américain a pris l’Iran pour cible. »

Le glas de l’ère libérale a-t-il sonné (Pierre Rimbert) ? « De part et d’autre de l’Atlantique, la montée en puissance de dirigeants conservateurs et nationalistes place les partisans du projet européen et des « sociétés ouvertes » sur la défensive. L’Allemagne voit ainsi s’éloigner deux alliés stratégiques : l’Europe centrale, gagnée par l’autoritarisme, et l’Amérique, tentée par l’unilatéralisme. »

Pour Charles Enderlin, Jerusalem est l’erreur fondamentale du président des Etats-Unis : « En brisant le consensus international sur le statut de Jérusalem, ville sainte pour les juifs, les chrétiens et les musulmans, le président Donald Trump a conduit son pays à l’isolement. Une large majorité de l’Assemblée générale des Nations unies dénonce une décision faisant obstacle à la paix. Mais, sur le terrain, la politique du fait accompli continue. »

Pierre Rimbert nous dit de nous méfier de l’idéologie des créateurs des réseaux sociaux (“ Censure et chaussettes roses ”) : « L’un, Google, prétend « organiser l’information du monde et la rendre universellement accessible et utile ». L’autre, Facebook, veut « rapprocher le monde » en connectant les gens. Chaque jour, plus d’un milliard de personnes utilisent ces services comme s’ils échappaient aux pesanteurs politiques avec autant d’agilité que leurs maisons mères esquivent leurs obligations fiscales. Générés par de froids algorithmes, les résultats d’une requête ou la sélection du fil d’actualité nous paraissent aller de soi : déformés par la publicité, certes, mais imperméables à l’idéologie. On n’accuserait pas un tuyau de gauchisme ou d’atlantisme. On devrait. »

Nabil Mouline estime que le wahhabisme accepte de petits arrangements : « Héritier du trône, le prince Mohammed Ben Salman entend réformer le royaume saoudien de manière profonde et sur tous les plans. Ses promesses de s’attaquer aux causes de l’extrémisme ne sont pas forcément synonymes d’une « déwahhabisation » du pays. Soutien et caution religieuse de la monarchie, les dignitaires wahhabites ont toujours su s’adapter aux précédentes tentatives de contrôle. »

La garde panarabe de Bachar Al-Assad dispose d’une garde panarabe (Nicolas Dot-Pouillard ) : « Le régime syrien doit sa reconquête du terrain non seulement à l’aviation russe, mais aussi aux unités étrangères qui combattent pour son maintien : Hezbollah libanais, brigades chiites irakiennes ou afghanes, cadres militaires iraniens. Moins connue, la Garde nationaliste arabe se revendique d’une idéologie panarabe socialisante et met systématiquement sa dimension islamique en avant. »

Au Burkina Faso, existent deux conceptions de la révolution (Rémi Carayol) : « Lors du soulèvement burkinabé ayant mené à la chute de Blaise Compaoré en 2014, un schisme était apparu entre les forces de changement « historiques », au premier rang desquelles les syndicats, et les organisations dites « champignons » qui émergèrent alors. L’effet d’une cassure générationnelle, mais aussi de divergences stratégiques et idéologiques. Qui demeurent sur fond de déception. »

Tandis que le mystère Thomas Sankara demeure : « Saura-t-on un jour la vérité sur l’assassinat de Thomas Sankara, le 15 octobre 1987 ? Depuis la chute de M. Blaise Compaoré, en octobre 2014, la chape de plomb qui pesait sur cet événement douloureux de l’histoire du pays a été levée. Petit à petit, les témoins, qui craignaient pour leur vie, ont accepté de parler, à l’image de M. Alouna Traoré. seul survivant de la tuerie au cours de laquelle Sankara et douze de ses collaborateurs furent criblés de balles. »

Les rappeurs tunisiens sont mis au pas (Thameur Mekki) : « La révolte populaire de janvier 2011 en Tunisie a entraîné de profonds changements dans les pratiques culturelles, particulièrement au niveau musical. Ferraillant contre une censure loin d’avoir disparu, les artistes de la scène émergente sont aussi confrontés à la précarité et aux risques de récupération politique. Certains échappent difficilement aux exigences de la visibilité et du conformisme. »

Il y a eu fraude électorale au Honduras (Alexander Main) : « De sérieux indices de fraude électorale jettent le discrédit sur le scrutin présidentiel hondurien du 26 novembre. Le président sortant, Juan Orlando Hernández, a été réélu au détriment du centriste Salvador Nasralla, engagé dans la lutte contre la corruption. Avec la bénédiction des États-Unis, omniprésents dans la vie politique et militaire du pays depuis le début des années 1980. »

Comment la France accueilla-t-elle les demandeurs d’asile dans les années trente (Anne Mathieu) : « Durant les années 1930, dans un contexte de chômage grandissant, plusieurs lois sont votées en France pour limiter l’immigration et refouler les étrangers « indésirables ». Face à des partis politiques et une grande presse qui multiplient les campagnes xénophobes, des intellectuels prennent la plume. Ils défendent la tradition nationale du droit d’asile pour les milliers de réfugiés espagnols, italiens, etc., qui fuient la répression dans leur pays. »

À Bure, on fabrique du consentement (Julien Baldassarra) : « L’État envisage d’enfouir les déchets nucléaires les plus dangereux à Bure, dans la Meuse. Dans le laboratoire souterrain, les scientifiques testent les propriétés de confinement de l’argile. En surface, les experts en relations publiques préparent l’opinion avant la demande d’autorisation à laquelle le gouvernement devra répondre. »

Tout s’achète et se vend, même nos ancêtres (Isabella Di Lenardo et Frédéric Kaplan) : « À l’ère du numérique, les données généalogiques, comme de nombreuses collections photographiques, passent du statut de patrimoine historique à celui de capital économique possédé par quelques entreprises. La notion même de patrimoine comme bien commun universel est donc à réinventer. »

L’île d’Iki veut sauver le thon (Yagishita Yuta ) : « Sur une petite île du sud de la mer du Japon, plus de trois cents pêcheurs mènent une lutte pour endiguer le déclin des ressources de thon rouge dans le Pacifique. Ils mettent en cause la pêche intensive et dénoncent l’agence gouvernementale qui la défend. Dans le pays qui consomme le plus de thon dans le monde, leur combat s’avère difficile. »

Dans le temple de la « grande bouffe », le terroir est à à toutes les sauces (Jean-Baptiste Malet ) : « Fragilisés par la chute des revenus, la concurrence des centres commerciaux et l’expansion des magasins de rabais, les petits commerces transalpins subissent une véritable hécatombe. Une situation qui n’émeut guère les concepteurs de FICO Eataly World, à Bologne : inauguré en novembre dernier, ce parc d’attractions gastronomique célèbre une Italie de carte postale, pour le plus grand bonheur des multinationales. »

Et pendant ce temps, le petit commerce italien se meurt (Francesca Lancini ) : « Sur le rideau fermé du kiosque à journaux de Cesano Boscone, une inscription à l’encre rouge revient trois fois pour interpeller les passants : « Louez-moi ». L’invitation résonne comme une tentative désespérée de s’extraire du paysage désolé de cette banlieue, intégrée depuis 2015 à la ville métropolitaine de Milan (Lombardie), une entité qui regroupe 134 communes, trois millions d’habitants et se présente comme la capitale économique de l’Italie. Pourtant, sitôt franchi le périphérique, à quelques encablures du centre historique, l’agglomération se transforme en une cité-dortoir, où s’entassent immigrés et personnes âgées, tandis que les petits commerces disparaissent les uns après les autres. »

Vaccinations obligatoires : le débat a été confisqué (Leïla Shahshahani ) : « Tout enfant né en France à partir du 1er janvier 2018 devra obligatoirement recevoir avant ses 2 ans onze vaccins, contre trois auparavant. Désireux de rappeler les bienfaits incontestables de ce mode de prévention, le gouvernement recherche l’efficacité. Mais la volonté de clore le débat scientifique et politique pourrait au contraire relancer les soupçons qui l’empoisonnent, en renvoyant chacun à ses certitudes. »

Le juge européen peut-il être un contre-pouvoir au service de la démocratie (Vincent Sizaire) ? : « L’application du droit de l’Union européenne par la Cour de justice de Luxembourg verrouille l’empire du néolibéralisme sur la conduite des politiques publiques. Mais les ressources du droit européen dépassent ce cadre et cette grille de lecture. Déjà régulièrement garant des droits civils et politiques, le juge pourrait être saisi plus souvent sur l’application des droits sociaux. »

De quoi la figure du pirate est-elle le nom (Evelyne Pieiller) ? : « Rebelles et hors-la-loi font peau neuve. Au cinéma, dans l’édition… et dans l’action. Ils lancent des raids sur la réalité consensuelle pour en démonter le mensonge ou faire advenir un moment de joie. Mais, si la figure du pirate fait à nouveau rêver, quel message diffuse sa transgression des lois ? »

Maurice Herzog fut-il premier ou dernier de cordée ? (Philippe Descamps) : « Ses deux moignons firent le tour du monde, attendrissant le maharaja du Népal ou le président Kennedy avant de reposer sur la table du conseil des ministres, au temps du général de Gaulle. Gravement gelé aux mains et aux pieds en hissant le drapeau de la France sur l’Annapurna, « premier 8 000 » de l’histoire, le 3 juin 1950, Maurice Herzog sut transfigurer une épreuve en triomphe, et ses blessures en trophées. Traduit dans de nombreuses langues et vendu à plus de dix millions d’exemplaires, son récit sublima l’aventure des expéditions lointaines et suscita des vocations sur tous les continents. Pourtant, à la lumière de documents exhumés dans les années 1990, « l’admirable conte de fées raconté par Herzog se transforma en fable suspecte. Les iconoclastes commencèrent à jeter des pierres », explique l’écrivain et alpiniste américain David Roberts. »

Bernard GENSANE

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