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Le monde sur le fil du rasoir

« En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire. » - George Orwell

Dans cette seconde décennie du XXIème siècle, l’occident meurtri par la récession économique poursuit sa descente aux enfers. La productivité industrielle partit vers les terres de l’Orient et on n’aperçoit à l’horizon de nos nations, aucun signe d’une véritable réémergence de la réindustrialisation occidentale.

Le travail, dans les pays naguère industrieux et productifs, devint une denrée tellement rare, que l’on verra, bientôt, les gens se battre pour un emploi misérablement payé. Le mot travailleur finira remplacé par celui d’esclave.

D’ailleurs ce fut le travail-esclave des populations asiatiques, dans le cadre de la mondialisation, qui aura permis, en l’espace de trois décennies, cet extraordinaire revirement de la situation : les nations autrefois riches basculent, lentement, mais inexorablement dans le monde de la survie, deviennent le berceau d’un nouveau tiers-monde.

Paradoxalement rien ne changera pour les masses orientales. Elles auront du travail, mais à quel prix ! Tandis qu’en occident, les populations appauvries, rejetées, ces nouveaux parias de la marginalisation planétaire, jouiront, quand-même d’un semblant de démocratie, eux les travailleurs des économies émergentes se soumettront à l’exploitation à outrance, alourdie par la sempiternelle oppression du pouvoir politique.

Et pourtant on ne serait pas là si les peuples des nations avancées avaient saisi à temps la nature de la mondialisation, s’ils l’avaient rejetée, en rejetant, en même temps, leurs gouvernants, serviteurs zélés du néolibéralisme, s’il avaient exigé que le salaire minimum et les droits du travail soient respectés, partout dans le monde. Les travailleurs asiatiques et les travailleurs des industries occidentales, ensemble, auraient surement stoppé net le vorace appétit du capital global, et on ne serait pas là les uns et les autres. On aurait pu opter pour un autre monde, un monde où tout peut être partagé, les ressources naturelles, la prospérité et surtout cet outil majeur de la dignité humaine, le travail.

Nous entrâmes dans le XXIème siècle, avec un sentiment largement répandu de bonnes expectatives pour l’avenir du monde. Jamais auparavant la planète n’avait produit autant d’aliments, assez pour nourrir tous les êtres humains. La médecine avait accompli des faits extraordinaires, les télécommunications, l’informatique et tant d’autres merveilles des sciences, nous faisaient rêver. Il y avait quelques guerres circonscrites en de lointaines régions de la planète, il y en a toujours ! La faim et les maladies tuaient et continuent de tuer, des millions d’adultes et d’enfants en des territoires de folie ; plus d’un milliard de personnes vivaient et continuent de vivre dans des bidonvilles, avec moins d’un dollar par jour ; des populations indigènes affrontaient et continuent d’affronter la destruction de leurs terres ; 900 millions de personnes étaient et continuent d’être la cible de persécutions du fait de leur appartenance à une minorité ethnique, religieuses ou linguistique ; 850 millions d’habitants de pays sous-développés souffraient et continuent de souffrir les conséquences des calamités d’origine naturelle ; plus de deux milliards de citoyens vivaient et vivent toujours dans des pays où il n’existe pas de liberté. Tout cela ne gâchait pas le bien-être et l’insouciance des habitants des territoires de l’occident aisé.

On avançait triomphalement vers le meilleur des mondes. Or, bizarrement, dans l’espace de trois années, l’économie occidental s’écroula, tel un château de cartes, plongeant l’occident dans une dépression économique qui nous ramène presque un siècle en arrière. Et si ce chaos qui nous guette derrière le rideau de scène de cette espèce de théâtre d’ombres qu’est le néolibéralisme, était, en réalité, le résultat d’un programme de fragmentation de l’obsolète impérialisme américain conçu, volontairement, pour faire renaître celui-ci de ses cendres comme l’oiseau légendaire, en lui ouvrant les portes d’un nouveau cycle civilisationnel !

Mondialisation, démocratie libérale, capitalisme financier, marchés libres sont quelques-unes des étiquettes du même mal : le Pouvoir Privé Global. Derrière la façade de la mondialisation, une organisation constituée par des individus immensément riches – les fortunes des oligarques du pétrole, de la banque, de l’industrie, des nouvelles technologies atteignent des chiffres astronomiques – révélant une forte prédominance anglo-saxonique, prépare une guerre contre les peuples.

Maîtres du jeu financier mus par une cupidité sans bornes ils définissent, dans le secret des dieux, leur stratégie pour le monde de demain : exploitation totale des populations des pays sous-développés, marginalisation des classes moyennes des pays « riches », en les excluant du marché du travail et en leur laissant, comme consolation, les futurs RMS (revenus minimums de survie).

Quant aux milliards de parias qui surpeuplent les gigantesques bidonvilles des mégapoles de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique Latine, ils devront se contenter des miettes de la « charité », c’est-à-dire, le strictement nécessaire pour ne pas salir avec leurs cadavres les resplendissantes avenues de la mondialisation.

L’occident ouvrit la boîte de Pandore de ce nouvel ordre mondial et laissa s’échapper les fléaux du plus aliénant système de contrôle de l’humain de tous les temps. Dans cette seconde décennie du XXIème siècle, une nouvelle force global émancipée de l’impérialisme américain se positionne pour assujettir peuples et nations de la Terre. Le cosmopolitisme et les origines transnationales de ses élites sont la quintessence de son universalité et de son pouvoir.

Face au nouveau statut des économies émergentes, les élites américaines, politiques, économiques, militaires luttent pour la survie de leur système. Elles savent que le Pouvoir Privé Global est prêt pour la transition. Ses institutions officielles, FMI, OMC, Banque Mondiale, FED et les puissantes organisations para-officielles du néolibéralisme n’attendent que le son du tocsin pour se lancer contre les peuples.

À l’impérialisme américain mourant succédera l’impérialisme néolibéral.

Sejo Vieira

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