RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher
17 

Lettre ouverte à un socialiste du non.


Novembre 2005


Cher Camarade,

Oui, tu m’es cher parce que nous avons pendant des mois partagé la fraternité d’un combat commun qui nous a valu non seulement d’exprimer une même conviction, mais de subir aussi le dénigrement et l’insulte de ceux qui pensent différemment.

Comme des milliers d’autres, avec bon nombre de militants de gauche, membres ou non d’un parti politique, d’un syndicat ou d’une association, je me suis battu sans compter pour que soit rejeté le traité constitutionnel européen parce qu’il allait à l’encontre des valeurs qui définissent une société de solidarité et de justice. Comme des milliers d’autres, j’entends rester cohérent avec ma démarche et fidèle à mes convictions. Ce qui m’incite aujourd’hui à t’écrire.

Je le fais parce que, comme beaucoup d’autres qui se situent résolument dans la volonté de construire une société différente de celle que nous impose le néolibéralisme, je ne comprends pas. Comme beaucoup d’autres, j’attendais du congrès du PS la clarification. Et nous avons son contraire : la synthèse.

Si je peux comprendre que la hantise de la division guide les militants d’un parti, d’un syndicat ou d’une association, je ne comprends pas qu’elle prime sur la nécessité de choix clairs dont on a impérativement besoin en démocratie si on ne veut pas décevoir, si on ne veut pas démobiliser, si on veut éviter que les citoyennes et les citoyens se détournent de la chose publique.

Avec nous, tu as dit « non » à un projet de traité constitutionnel européen qui imposait durablement un projet de société caractérisé par le déclin des pratiques démocratiques, le rejet de la laïcité, la négation de l’autonomie de la femme, la primauté de l’économique sur le politique, la régression des droits sociaux, la disparition des services publics, l’abandon de la solidarité au profit de la compétition, le productivisme, la généralisation du dumping social et des précarités, l’aliénation définitive à l’OTAN.

Notre combat n’était pas une parenthèse qu’on puisse aujourd’hui refermer. Nous ne nous sommes pas battus pour qu’en fin de compte, l’effort premier soit de « dépasser » ce qui nous a opposés aux partisans de ce projet de société.

Nous attendions cette clarification de ton parti parce qu’il réunit des partisans de deux modèles de société différents, parce que nous espérions que le « tous ensemble » du non au néolibéralisme transcenderaient les allégeances particratiques, parce que nous espérions que la « rupture » tant évoquée à nos côtés du haut des estrades et des tribunes serait préférée à l’heure des choix sur une option décisive.

Nous l’attendions d’autant plus que nous gardons en mémoire les espérances déçues de 1981 et de 1997 et que nous espérions qu’enfin soient tirées les leçons du 21 avril 2002.

Nous ne comprenons pas qu’il puisse y avoir synthèse entre partisans et adversaires d’une Europe néolibérale. D’autant moins que l’affaire n’est pas réglée, que l’acte de décès du TCE n’a pas été délivré et que nombreux sont ceux en France (de Giscard à Lipietz) et ailleurs (la Commission européenne, la nouvelle chancelière d’Allemagne et bien d’autres chefs d’Etat et de gouvernement) qui entendent « ne pas renoncer à la Constitution ».

Voici donc réunis Pascal Lamy et Jean-Luc Mélenchon, Dominique Strauss Kahn et Henri Emmanuelli, Daniel Vaillant et Vincent Peillon, Ségolène Royal et Marie-Noëlle Lieneman !

Voici donc réunis les gardiens de l’ordre toujours prêts à limiter les libertés fondamentales et ceux qui s’en prétendaient les protecteurs.

L’ovation faite à Romano Prodi par un congrès enthousiaste, la bousculade des dirigeants pour se faire photographier à ses côtés en disent long sur la réalité du PS. Si on peut comprendre que toute la gauche radicale italienne se soit ralliée, sans illusion sur les perspectives antilibérales, au seul candidat susceptible de mettre fin à l’omniprésence berlusconienne, rien ne justifie un tel soutien en France.
Romano Prodi, c’est le plus haut responsable de la stratégie de Lisbonne, de la proposition Bolkestein, de la levée du moratoire sur les OGM, du mandat ultralibéral pour négocier à l’OMC, d’un élargissement de l’UE qui renonce à toute forme d’harmonisation et organise la compétition entre les Européennes et les Européens. Prodi qui s’est réjoui du coup d’Etat contre Chavez avant d’apprendre qu’il avait échoué. Prodi qui était d’accord pour livrer à la CIA les informations confidentielles sur les citoyens européens se rendant aux USA. Prodi, qui fut pendant dix ans membre du bureau exécutif du groupe de Bildeberg, incarne à la perfection le néolibéralisme que les socialistes du « non » avaient déclaré vouloir combattre.

Nous avons le sentiment d’être lâchés. Nous avons l’impression qu’une fois de plus, nous avons eu tord de faire confiance à des socialistes.

Force est donc, Cher Camarade, d’acter que nos chemins désormais divergent.

Pour nous, à la gauche du PS, il faut maintenant tirer les conséquences de ce qui vient de se passer. Car le refus de la clarification entre responsables du PS est une clarification en soi. Il serait irresponsable d’entretenir l’illusion qu’une alternative au néolibéralisme soit possible avec une Aubry, une Royale, un Hollande, un Kouchner, un Lang ou un Strauss-Kahn et leurs nouveaux associés.

Il nous revient d’agir pour que notre « non » et tout ce dont il est porteur ne soit pas dissout dans les rivalités entre partis, syndicats ou associations. Il nous faut exiger l’unité à la gauche du PS. Cette unité que nous avons faite à la base, entre sympathisants et militants, mais aussi entre femmes et hommes sans attaches à un parti. Cette unité, qui a vu des militantes et des militants surmonter les divisions du siècle passé, qui a vu des citoyennes et des citoyens maîtriser les inquiétudes que peut susciter parfois le comportement des partis, qui a vu la fraternité en action pour que triomphe une cause juste, cette unité n’appartient à personne, à aucun parti, à aucun syndicat, à aucune association en particulier. Elle appartient à tous. Elle est notre bien commun. Elle est notre force.

A nous de nous en servir pour qu’émerge un mouvement antilibéral unitaire capable de traduire, dans les luttes comme dans les urnes, notre capacité à imposer l’alternance.

Raoul-Marc Jennar, chercheur auprès de l’Unité de Recherche, de Formation et d’Information sur la Globalisation (URFIG www.urfig.org),
militant de gauche, signataire de « l’Appel des 200 ».


Réponse à la lettre ouverte de Raoul-Marc Jennar, par Jean-Luc Mélenchon et François Delapierre.


Congrès du Parti socialiste : A propos d’une incroyable « synthèse », par Gérard Filoche, 21 novembre 2005.

"La construction européenne est a-démocratique" interview de Raul Marc Jennar, par Sébastien Brulez, 13 octobre 2005.

Une nécroentreprise : Monsanto, l’Agent Orange et les guerres americaines, par Raoul Marc Jennar.



URL de cet article 2952
  

Même Auteur
Le Grand Marché Transatlantique : La menace sur les peuples d’Europe
Raoul Marc JENNAR
« Quelque chose doit remplacer les gouvernements, et le pouvoir privé me semble l’entité adéquate pour le faire. » Ces mots confiés par David Rockefeller au magazine américain Newsweek, le 1 février 1999, fournissent la clé pour comprendre ce qui se passe depuis une trentaine d’années et qu’on appelle « mondialisation néolibérale ». Déléguer au secteur privé la maîtrise des choix ou, pour l’exprimer à la manière pudique de journaux comme Le Monde ou Les Echos, « redéfinir le périmètre de l’Etat », c’est (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

"Nous avons abattu un nombre incroyable de personnes, mais à ma connaissance, aucune ne s’est jamais avérée être une menace"

Stanley McChrystal,
ex Commandant des forces armées U.S en Afganistan
(Propos rapportés par le New York Times, 27/3/2010).

Hier, j’ai surpris France Télécom semant des graines de suicide.
Didier Lombard, ex-PDG de FT, a été mis en examen pour harcèlement moral dans l’enquête sur la vague de suicides dans son entreprise. C’est le moment de republier sur le sujet un article du Grand Soir datant de 2009 et toujours d’actualité. Les suicides à France Télécom ne sont pas une mode qui déferle, mais une éclosion de graines empoisonnées, semées depuis des décennies. Dans les années 80/90, j’étais ergonome dans une grande direction de France Télécom délocalisée de Paris à Blagnac, près de Toulouse. (...)
69 
Ces villes gérées par l’extrême-droite.
(L’article est suivi d’un « Complément » : « Le FN et les droits des travailleurs » avec une belle photo du beau château des Le Pen). LGS Des électeurs : « On va voter Front National. Ce sont les seuls qu’on n’a jamais essayés ». Faux ! Sans aller chercher dans un passé lointain, voyons comment le FN a géré les villes que les électeurs français lui ont confiées ces dernières années pour en faire ce qu’il appelait fièrement « des laboratoires du FN ». Arrêtons-nous à ce qu’il advint à Vitrolles, (...)
40 
Lorsque les psychopathes prennent le contrôle de la société
NdT - Quelques extraits (en vrac) traitant des psychopathes et de leur emprise sur les sociétés modernes où ils s’épanouissent à merveille jusqu’au point de devenir une minorité dirigeante. Des passages paraîtront étrangement familiers et feront probablement penser à des situations et/ou des personnages existants ou ayant existé. Tu me dis "psychopathe" et soudain je pense à pas mal d’hommes et de femmes politiques. (attention : ce texte comporte une traduction non professionnelle d’un jargon (...)
46 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.