Passants parmi les paroles passagères

Léla

Passants parmi les paroles passagères

Mahmoud Darwich

1. Vous qui passez parmi les paroles passagères, portez vos noms et partez.

Retirez vos heures de notre temps, partez.

Extorquez ce que vous voulez du bleu du ciel et du sable de la mémoire.

Prenez les photos que vous voulez, pour savoir que vous ne saurez pas comment les pierres de notre terre bâtissent le toit du ciel.

2. Vous qui passez parmi les paroles passagères,

Vous fournissez l’épée, nous fournissons le sang,
vous fournissez l’acier et le feu, nous fournissons la chair,
vous fournissez un autre char, nous fournissons les pierres,
vous fournissez la bombe lacrymogène, nous fournissons la pluie.

Mais le ciel et l’air sont les mêmes pour vous et pour nous.

Alors prenez votre lot de notre sang, et partez, allez dîner, festoyer et danser, puis partez.

A nous de garder les roses des martyrs, à nous de vivre comme nous le voulons.

3. Vous qui passez parmi les paroles passagères, comme la poussière amère, passez où vous voulez,
mais ne passez pas parmi nous comme les insectes volants.

Nous avons à faire dans notre terre, nous avons à cultiver le blé, à l’abreuver de la rosée de nos corps.

Nous avons ce qui ne vous agrée pas ici, pierres et perdrix.

Alors, portez le passé, si vous le voulez, au marché des antiquités et restituez le squelette à la huppe sur un plateau de porcelaine.

Nous avons ce qui ne vous agrée pas, nous avons l’avenir, et nous avons à faire dans notre pays.

4. Vous qui passez parmi les paroles passagères, entassez vos illusions dans une fosse abandonnée, et partez.

Rendez les aiguilles du temps à la légitimité du veau d’or ou au battement musical du revolver.

Nous avons ce qui ne vous agrée pas ici, partez.

Nous avons ce qui n’est pas à vous : une patrie qui saigne, un peuple qui saigne, une patrie utile à l’oubli et au souvenir.

5. Vous qui passez parmi les paroles passagères, il est temps que vous partiez et que vous vous fixiez où bon vous semble, mais ne vous fixez pas parmi nous.

Il est temps que vous partiez, que vous mouriez où bon vous semble, mais ne mourez pas parmi nous.

Nous avons à faire dans notre terre, ici, nous avons le passé, la voix inaugurale de la vie, et nous y avons le présent, le présent et l’avenir, nous y avons l’ici-bas et l’au-delà .

Alors, sortez de notre terre, de notre terre ferme, de notre mer, de notre blé, de notre sel, de notre blessure, de toute chose, sortez des souvenirs de la mémoire, ô vous qui passez parmi les paroles passagères

COMMENTAIRES  

06/01/2009 01:33 par Anonyme

Je suis tellement émue et si impuissante que je me sens comme un animal forcé de vivre en être humain....
Malika

25/01/2009 23:52 par Dreamer

Feu Mahmoud Darouich l’a dit et il a raison.
C’est la seule solution qui reste. Israel doit quitter Tous les territoires Palestiniens.

18/03/2009 13:18 par najate

Mahmud Darwish annonce la couleur avec ce poème qui n’est en trautre que la stricte vérité et la seul.Les israeliens doivent prendrent se poèmes comme un avectissement de la par des palestiniens qui on en marre de souffrire pour que eux puissent vivre.M Darwish n’est plus la mais son combat continu et ne cessera jamias ton que la paix ne sera établi dans le territoire palestinien.

12/08/2009 14:24 par Abdelouhed

Cette poésie incarne les tréfonds des conflits qui opposent non seulement les palestiniens aux sionistes mais aussi un désir ardent qui se dévoile chez tous les musulmans et les arabes de vivre le jour où les colons se retirent complètement des territoires arabes occupés. En effet notre poète est le meilleur porte parole du peuple arabo-berbère-musulman qui n’a jamais oublié le sinistre qui a conduit à l’occupation de cette partie qui nous est très chère du monde musulman.Il faut que tous ceux qui ont contribué à l’implantation de cet Etat intrus sachent réparer l’injustice qu’ils ont commise et que Israel doit comprendre que tôt ou tard, il sera,comme l’était, un peuple érrant et sans territoire.

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