Quantcast
RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

Faire marcher la France au fouet vers une domination économique et financière toujours plus violente.

Pourquoi Valls joue avec nos peurs

C’est une hydre à deux têtes, la mâchoire d’un étau qui se referme inexorablement. La figure de la guerre au terrorisme et la figure du fasciste, montées en épingle jusqu’à l’écœurement pour effaroucher le « bon peuple ».

La peur est partout, pour tous les salariés, les précaires, les chômeurs, les dominés, qui doivent accepter sans broncher exploitation et reculs sociaux au prétexte d’une «  extrême-droite aux portes du pouvoir  », selon la formule de Manuel Valls. En échec, impopulaire comme personnne avant lui, il ne reste à l’exécutif que la stratégie de la peur. Peur pour tous les citoyens, qui devraient regarder leur voisin comme un égorgeur potentiel. Et c’est la guerre, la guerre, toujours recommencée. Guerre contre un «  ennemi intérieur  », dixit le premier ministre, ces «  grenades dégoupillées  » – la formule est du premier secrétaire socialiste, Jean-Christophe Cambadélis. Ca peut être notre voisin de palier, notre collègue de travail. Bien évidemment, il ne se trouvera personne pour remettre en cause la réalité d’un terrorisme mondialisé, d’une abjection qui a coûté la vie à Hervé Gourdel. De la même façon qu’il serait irresponsable de nier la probabilité d’un attentat ou de toute autre action violente sur le territoire français  ; l’empêcher, c’est là le travail des services de la Direction générale de la sécurité intérieure, voire du Renseignement intérieur, auxquels il faut donner tous les moyens nécessaires, comme le rappelait le député Front de gauche François Asensi à l’Assemblée nationale.

A cause d’un assassinat sanguinaire et barbare, c’est la Nation qui serait en danger. «  Le péril est mortel, notre sécurité nationale est en jeu comme elle ne l’a jamais été ces dernières années  », a claironné devant les députés Manuel Valls, venu quérir l’aval du Parlement à l’entrée en guerre de la France contre l’État islamique. Pourquoi créer un tel climat de psychose, au point d’en appeler à cette fameuse « unité nationale », comme l’avait déjà répété le Premier ministre dans son discours de politique générale ? D’abord car les possédants ont un impérieux besoin d’un environnement économique sécurisé, et donc d’un contrôle social accru. Ainsi, dans un autre contexte, jamais un gouvernement n’aurait pu faire passer une loi aussi liberticide que celle votée la semaine dernière à l’Assemblée. Pas un seul député ne s’y est opposé, tous tétanisés par les accusations de lâcheté qui auraient fusé en cas de vote contre. Pourtant, encore une fois, nous cédons sur nos principes démocratiques face à la peur. La présomption d’innocence balayée, les droits fondamentaux remis en cause, à savoir la liberté de circuler et la liberté d’expression. Un «  Patriot Act  » à la française, comme le définit le PCF, du nom de ces lois d’exception adoptées par les États-Unis dans la foulée du 11 septembre. Il s’agit du même projet que préparent nos dirigeants, Manuel Valls en tête  : une société autoritaire, sécuritaire, guidée par les bas instincts de l’effroi et de l’émotion, de la surveillance généralisée, du blocage d’internet. L’arsenal juridique se met en place qui permet déjà une répression selon les critères de l’État, et donc de son idéologie dominante. Or, en d’autres temps, les résistants, Manouchian en tête, ou Nelson Mandela ont eux aussi été qualifiés de «  terroristes  »...

Car ce piège de la peur fonctionne. Il a toujours fonctionné, aujourd’hui comme il y a 100 ans. Le rôle de la presse, à cet égard, demeure primordial. Les mêmes «  grands journaux  » qui affirmaient voici 100 ans que les balles allemandes ne tuaient pas, rivalisent de gros titres sur la «  France en guerre  » et créent une incroyable psychose collective. On voit par exemple le branle-bas de combat car trois djihadistes, «  menaçant la sécurité nationale  », ont été perdus dans la nature à leur retour de Syrie. Sans nier leur fanatisme, comment expliquer cet emballement pour des individus qui ont du sonner trois fois à l’interphone de la gendarmerie du Caylar, dans l’Hérault, pour pouvoir enfin «  être entendus  »  ?

Pourtant, plus que la barbarie elle-même, c’est l’instrumentalisation de la peur qu’elle engendre qui conduit à l’abîme. Les pyromanes ne cessent d’attiser les flammes des divisions de la société française. «  La France est en guerre contre la barbarie  », écrit Yves Thréard, éditorialiste fanatisé du «  Figaro  », parti en croisade contre ces terroristes pour qui «  chacun de nous est une cible potentielle, partout, à tout instant  ».

«  Le terrorisme nous oblige à nous conduire comme des barbares, à violer toute la législation française  », ose affirmer le soi-disant intellectuel Pascal Bruckner, dont les élucubrations le conduisent à prédire que «  le jour n’est pas loin où on décapitera des Français à Limoges, à Paris  ». Avant d’exiger, comme tant d’autres, que tous les musulmans de France prennent leurs distances avec ce genre d’acte. Le musulman  : voilà l’ennemi intérieur, le péril immédiat.

Nordine Nabili, président du Bondy Blog, estime que cette injonction «  présuppose que les musulmans de France ne seraient pas plus choqués que cela  ». Les racines de ce mal sont profondes  : depuis combien d’années entend-on parler des «  musulmans modérés  », cette expression qui induirait qu’au fond, fanatisme et islam font bon ménage  ?

Demande-t-on aux chrétiens de dénoncer les crimes pédophiles du clergé catholique  ?

Cela révèle surtout une société française toute entière renvoyée à l’essence des individus. Il n’y a plus de citoyens, de travailleurs, de Français ou d’immigrés unis par la lutte d’émancipation, il n’y a que des catégories, des communautés, des appartenances de groupe, en un mot une société où tout individu est défini par son identité, son appartenance. Tel est précisément le but de cette instrumentalisation. Balayer la question sociale au profit d’une question ethnique et religieuse. Les manifestations pour la paix à Gaza ont vite été qualifiées de «  pro-israéliennes  » ou «  pro-palestiniennes  », comme s’il était impossible d’être pour la paix en Palestine et en Israël.

Ce sont ces divisions, minutieusement orchestrées, et mises en musique par le petit général de Matignon et son bataillon gouvernemental, qui le conduise à jouer avec le feu du Front national et à mener une guerre impitoyable aux pauvres et aux salariés. Les grévistes sont «  irresponsables  », les chômeurs fainéants et assistés, les ministres récalcitrants virés, les députés menacés d’une dissolution qui «  ferait le jeu du FN et d’une Marine Le Pen aux portes du pouvoir  ». Tout est bon pour faire marcher la France au fouet, la convertir de gré ou de force à la guerre sauvage et mondialisée du capitalisme financier, et faire accepter une domination économique et sociale toujours plus violente. Faut-il rappeler l’adjectif dont François Hollande et Manuel Valls ont affublé le gouvernement, à l’occasion du coup de force de début septembre  ? Un gouvernement «  de combat  ». Quel beau projet de société.

Ces mots font tristement écho à ceux de Jaurès  :

«  Partout, dans la France abaissée, dans la République désemparée, c’est une marée lourde et visqueuse de réaction qui monte dans les cœurs et les cerveaux. Un peuple ainsi affolé (...) ne comprend même plus que le progrès est la condition de l’ordre. Il se méfie de la justice et de la liberté comme d’un piège, de l’idéal comme d’une duperie.  »

Benjamin KÖNIG

Source : Humanité Dimanche, n°431

»» http://www.humanite.fr/pourquoi-valls-joue-avec-nos-peurs-553573
URL de cet article 27231
   
Communication aux lecteurs
Libérez Assange avant qu’il ne soit trop tard

Julian Assange est un citoyen australien qui a été détenu "arbitrairement" pendant plus de 6,5 ans et qui plus récemment a subi à ce jour plus de 231 jours de torture sous la forme d’un isolement continu. Privé de soleil, de contact avec le monde extérieur et de soins de santé adéquats. Le 5 février 2016, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a déterminé que la "détention arbitraire" de Julian Assange devait cesser et que M. Assange devait avoir droit à une indemnisation".

Lire la suite : https://www.legrandsoir.info/liberez-assange-avant-qu-il-ne-soit-trop-...


Vous avez une minute ?

Dominique Fernandez : Ramon
Bernard GENSANE
(Paris, Grasset, 2008) La lecture des livres de Dominique Fernandez (romans, livres de voyage, photographies) m’a toujours procuré un très grand plaisir. Avec, cependant, deux petits bémols. Pour se rassurer, j’imagine, Fernandez éprouve le besoin d’en faire des kilos, d’écrire jusqu’à plus soif. Dans son très beau livre sur Tchaikovski, par exemple, s’il ne nous décrit pas trois cents rues et artères russes, il n’en décrit aucune. Dans son Ramon, il nous inflige, par le menu (c’est le cas de le dire), (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

« Partout où l’antisémitisme n’existe pas, le sionisme le fabrique »


L’UNESCO et le «  symposium international sur la liberté d’expression » : entre instrumentalisation et nouvelle croisade (il fallait le voir pour le croire)
Le 26 janvier 2011, la presse Cubaine a annoncé l’homologation du premier vaccin thérapeutique au monde contre les stades avancés du cancer du poumon. Vous n’en avez pas entendu parler. Soit la presse cubaine ment, soit notre presse, jouissant de sa liberté d’expression légendaire, a décidé de ne pas vous en parler. (1) Le même jour, à l’initiative de la délégation suédoise à l’UNESCO, s’est tenu au siège de l’organisation à Paris un colloque international intitulé « Symposium international sur la liberté (...)
18 
La crise européenne et l’Empire du Capital : leçons à partir de l’expérience latinoaméricaine
Je vous transmets le bonjour très affectueux de plus de 15 millions d’Équatoriennes et d’Équatoriens et une accolade aussi chaleureuse que la lumière du soleil équinoxial dont les rayons nous inondent là où nous vivons, à la Moitié du monde. Nos liens avec la France sont historiques et étroits : depuis les grandes idées libertaires qui se sont propagées à travers le monde portant en elles des fruits décisifs, jusqu’aux accords signés aujourd’hui par le Gouvernement de la Révolution Citoyenne d’Équateur (...)
Cette épuisante sensation de courir dans l’eau (plaidoyer pour rompre définitivement avec le PS)
Vous avez déjà essayé de courir dans l’eau ? Epuisant n’est-ce pas ? Au bout de quelques pas, je me dis que j’irai plus vite en marchant. Alors je marche. Comme je n’ai jamais pris la peine de me chronométrer, je ne sais ce qu’il en est réellement, mais la sensation d’aller plus vite et plus loin est bien là. Et quoi de plus subjectif que le temps ? Préambule défoulant : Socialistes, j’ai un aveu à vous faire : je ne vous supporte plus. Ni vos tronches, ni vos discours, ni vos écrits, ni vos (...)
58 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.