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Shoah et mémoire traumatique

Il semblerait que la notion de mémoire traumatique soit une notion-clé dans la compréhension de la violence du monde, et particulièrement en ce moment, de celle que font subir, dans leur entreprise génocidaire, les autorités israéliennes au peuple palestinien sans défense.

À l’échelle individuelle, la mémoire traumatique peut se manifester, a priori dans une minorité des cas, par une répétition impulsive ou organisée de la violence subie. Par exemple, un enfant ayant été victime d’abus sexuels est susceptible de reproduire à l’âge adulte ces mêmes abus, son cerveau perturbé lui dictant de compenser le traumatisme enduré par une violence active de même nature et de degré plus ou moins équivalent.

D’ailleurs en ce sens, une question culturelle taboue, à mon avis centrale pour l’idée de progrès, mérite d’être franchement posée : quel est, à terme, l’impact traumatique et désinhibant du rituel de la circoncision – qui est en soi, objectivement, une mutilation génitale faite avec le consentement de la famille, en présence des êtres les plus chers et les plus proches –, non seulement sur le futur adulte qui la subit, mais aussi sur la mère impuissante devant la souffrance de son fils ?

Pour en revenir à notre notion-clé, il est apparu, grâce aux récentes recherches en neurosciences, que cette mémoire traumatique présente dans une certaine mesure un caractère héréditaire, étant vraisemblablement à l’origine de modifications épigénétiques. Ainsi, le trauma d’une mère ou d’un père peut être en quelque sorte transmis, de façon plus ou moins délayée, plus ou moins prégnante, à ses enfants, voire à ses petits-enfants.

Or si l’on passe, en un vertige anthropologique, de l’histoire personnelle à l’Histoire collective, l’on comprend que les survivants d’un peuple ayant subi les pires atrocités transmettent à leur descendance – avant toute mémoire orale, écrite ou audiovisuelle – un souvenir traumatique particulièrement vif. C’est donc le cas pour le peuple juif victime de la « solution finale » nazie, l’Holocauste ayant eu lieu il y a 80 ans seulement, ce qui est effroyablement proche de nous.

La question la plus troublante n’est pas, à mon sens, de savoir comment une telle barbarie, massive et méthodique, a été politiquement possible – la perversité obsessionnelle de l’homme n’ayant pas de limites –, mais comment l’on a pu laisser faire. Exterminer des enfants, des femmes, des vieillards et des travailleurs innocents, sous le seul motif de leur appartenance ethnique. C’est cela, le plus effrayant : la complicité silencieuse des gens devant le crime organisé.

Une violence qui se reproduit sans cesse, alimentée de génération en génération, justifiée en plus par le dogme et la croyance tribale – ici la loi du talion, l’un des fondements de la religion juive –, ne peut être résolue, guérie. Car seuls l’amour et la foi renouvelée en l’humanité sauront mettre un terme à la souffrance du monde. La plus puissante et la plus viable des revanches étant l’espoir. Partout, tout le temps. Puisque nous disposons tous du même cerveau, la paix est à trouver en soi et en l’universalité de la revanche : il me semble qu’on appelle cela « civilisation »...

Seulement, dans une civilisation où la culture, la médecine et les institutions politiques sont corrompues par le tribalisme, l’appropriation idéologique et l’intérêt privé, comment prétendre à la paix si ce n’est en raisonnant les belligérants et en neutralisant, par le Droit, les fauteurs de troubles ? Comment redonner à la Justice le pouvoir universel qui doit être le sien ? À la culture la fonction apaisante et fédératrice qui doit être la sienne ? Et enfin à la médecine la mission curative qui est primitivement la sienne ? Ne pas soigner et refuser de guérir, voilà les crimes.

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