Siliana, la Martyre, et l’expression "DÉGAGE" dans la Culture Politique des Islamistes Tunisiens !

1. Les faits

Voilà déjà plusieurs mois que le peuple de Siliana, population laissée pour compte, pendant des décennies, par les régimes antérieurs, fut convaincu de l’incapacité des autorités nationales, dominées par le Parti Islamiste Tunisien Ennahdha au pouvoir, et locales, avec à leur tête Ahmed Ezzine Mahjoub, Gouverneur [l’équivalent du Préfet] de la région et partisan d’Ennahdha, à pouvoir résoudre leurs problèmes économiques et sociaux qui perdurent. Devant le refus manifesté par le Gouverneur pour un dialogue responsable et respectueux sur ces problèmes, avec leurs représentants de la Société Civile, et son approche népotique et partisane dans la gérance des affaires de la région, doublée, semble-t-il, d’une incompétence certaine, le peuple de Siliana a entamé, depuis le mardi 27 novembre 2012, une grève générale, soutenue et encadrée par la Centrale Syndicale l’UGTT (Union Générale Tunisienne du Travail) et les diplômés-chômeurs de la région,et ce,pour attirer l’attention des Gouvernants sur leur misère socio-économique et demander le départ du Gouverneur. Cette grève générale avait été accompagnée par un rassemblement pacifique devant le siège du Gouvernorat au cours duquel avait été scandé, entre autres, cela va de soi, l’historique slogan "DÉGAGE" à l’encontre du Gouverneur.

2. Que fut la réaction du Gouvernement ?

Ce fut, d’abord, une répression des manifestants, sans précédent dans l’ère révolutionnaire, d’une violence extrême, faisant plus de deux cent cinquante blessés, notamment à la chevrotine, dont une vingtaine ont été éborgnés ou risquant la cécité. Ce qui a conduit Navanethem Pillay, la Haut-Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’Homme, à tirer la sonnette d’alarme en "exhortant le Gouvernement à veiller à ce que les forces de sécurité cessent de recourir à la force excessive contre les manifestants".

Ensuite, Hamadi Djebali, Chef du Gouvernement et Secrétaire Général d’Ennahdha, a affirmé, dans un point de presse fait le jeudi 28 novembre 2012, que le Gouverneur de Siliana ne sera pas démis de ses fonctions. Qui plus est, il a déclaré " je partirai avant que le gouverneur ne dégage " (sic), en faisant de cette affaire une affaire personnelle !

Enfin, le Chef du Gouvernement a soutenu, le jeudi 29 novembre 2012 lors d’une conférence de presse, à propos, toujours, des événements de Siliana, que le mot " DÉGAGE " est synonyme de " CHAOS ". De plus, il a estimé que la violence perpétrée par les forces de l’ordre à l’encontre des manifestants de Siliana était justifiée, étant donné que ce sont ces derniers qui ont eu recours à la violence, sous toutes ses formes, contre les premiers, en jugeant que le recours des forces de l’ordre à cette violence contre les manifestants " rentre dans le cadre de la légitime défense et que cela est bien garanti par la Constitution" (re-sic). Voir, à ce sujet, par exemple, le Lien suivant :

http://www.businessnews.com.tn/Tunisie---Hamadi-Jebali--Crier-%C2%AB-d%C3%A9gage-%C2%BB-c%E2%80%99est-vouloir-semer-le-chaos,520,34835,3

Par ailleurs, Hamadi Djebali n’a cessé, lors de sa conférence de presse, d’incriminer, sans les nommer, des parties et des personnes manipulatrices d’être derrière ces manifestations. Il a laissé cette tâche aux autres membres de son Gouvernement et aux responsables de son Parti qui ont repris leur rengaine habituelle en accusant, souvent nominativement, des Partis et des personnalités de l’opposition, des organisations et des acteurs de la Société Civile, des meneurs rémunérés « à la solde du régime déchu », des « forces contre-révolutionnaires », des « ennemis du processus démocratique »,… et en oubliant dans leur inventaire : Bourguiba, le Mossad, les francs-maçons et, pourquoi pas, Sherlock Holmes !

3. L’expression "DÉGAGE" et les Islamistes

En vérité, pour ce qui concerne le slogan "DÉGAGE" , cri symbolique de notre Révolution, slogan internationalement connu qui a couru, à travers le monde, de soulèvement en soulèvement, premier mot que l’Histoire retiendra, demain, du Printemps Tunisien et, aujourd’hui, composante inaliénable de notre ADN nationale, le Chef du Gouvernement n’a pas, historiquement, tort, car, ce slogan ne fait partie ni de de la Culture Politique, ni de la Mémoire Commune des Islamistes, étant donné que :

" Les Islamistes vécurent notre Révolution en spectateurs

De Londres, de Paris, de Qatar ou d’ailleurs

Ce ne sont que des Révolutionnaires de la vingt-cinquième heure

Dont l’attachement à la Démocratie n’est qu’un leurre

Pour tromper, dans leur quête du pouvoir, les électeurs,

Leurs éventuels alliés et les opinions publiques, intérieure et extérieure,

Les Droits et les Libertés, toutes les Libertés, étant à l’index dans le registre de leurs valeurs :

Droits de la Femme, Liberté de Croyance, d’Opinion, d’Expression, de l’Artiste, du Créateur,… ",

petit extrait de mon Article intitulé "Démocrates de tous bords, combattez, combattez le Projet des Islamistes Tunisiens ! " et paru sur le Lien :

http://www.legrandsoir.info/Democrates-de-tous-bords-combattez.html

extrait que je n’hésite pas à rappeler à toute occasion, tous azimuts, afin de contrecarrer la propagande islamiste qui essaye, perpétuellement, de falsifier l’Histoire de notre Révolution en entretenant le contraire de son contenu.

4. Et qu’en est-il de notre Gouverneur ?

Quant à notre Gouverneur, Ahmed Ezzine Mahjoub, qui est toujours en poste à Siliana, il est intervenu, le mercredi 28 novembre 2012 au Journal de 20h de la Wattania 2, pour commenter les troubles survenus le mardi 27 novembre 2012 dans sa ville. La teneur de son intervention m’a conduit à publier sur ma Page Facebook la (fausse) Alerte-Info ci-dessous, Alerte-Info que le lecteur facebookeur peut consulter sur le Lien suivant :

https://www.facebook.com/salah.horchani.5#!/photo.php?fbid=491792514175073&set=a.403184793035846.91326.100000329856081&type=1&theater

Siliana : Alerte-Info !

Suite à la déclaration d’Ahmed Ezzine Mahjoub, Gouverneur de Siliana, faite le mercredi 28 novembre 2012 au Journal de 20h de la Wattania 2, affirmant que les pierres qui ont été lancées la veille, par les manifestants contre les bâtiments de son Gouvernorat, étaient des " pierres importées, et non pas des pierres de Siliana " (sic), le Bureau des Saisies de la Douane Nationale annonce qu’il a intercepté, à l’Aéroport de Tunis-Carthage, ce lundi 31 novembre 2012, plusieurs containers, remplis de cailloux, provenant, frauduleusement, par avion-cargo de Pierres-Latte et à destination de Siliana, comme le montre l’image de cette Page.

Comme il est indiqué dans le texte, cette Alerte-Info est accompagné d’une photo truquée, avec le logo de la chaine satellitaire Aljazeera, représentant le déchargement d’un avion-cargo, la charge étant de gros cailloux !

Salah HORCHANI

COMMENTAIRES  

03/12/2012 20:56 par Salah HORCHANI

A Siliana, des Tunisiens à bout contestent les islamistes

La petite ville tunisienne de Siliana, théâtre depuis mardi d’affrontements violents entre les forces de l’ordre et une jeunesse au chômage, réclame la chute du gouvernement islamiste et se demande ce que le "printemps arabe" lui a apporté.

Siliana sera-t-elle pour les islamistes modérés d’Ennahda au pouvoir en Tunisie, ce que fut Sidi Bouzid pour l’ancien président Ben Ali, le signe annonciateur de la fin ?

Il y a près de deux ans, le suicide d’un jeune marchand ambulant à Sidi Bouzid à qui l’on avait confisqué son étal donnait le coup d’envoi du "Printemps arabe" qui allait renverser Ben Ali puis Hosni Moubarak Egypte, Mouammar Kadhafi en Libye et Ali Abdallah Saleh au Yémen et mettre en difficulté les régimes syrien et bahreïni.

Deux ans plus tard, la Tunisie s’essaie timidement à la démocratie mais est toujours en proie à la pauvreté, au chômage et aux luttes intestines pour savoir quelle orientation donner à un Etat autrefois farouchement laïque.

Depuis mardi à Siliana, localité de 25.000 habitants située à 140 kilomètres au sud-ouest de Tunis, de jeunes hommes en colère, la plupart sans emploi, descendent dans la rue pour exprimer leur exaspération à l’encontre des islamistes modérés d’Ennahda, le parti du Premier ministre Hamadi Jebali qui dirige le pays allié à deux formations de gauche.

"Le peuple veut une autre révolution" ; "Ennahda, dégage ! La partie est terminée", affirment les graffitis tracés sur les murs de la ville, comme un écho aux slogans de la "Révolution de jasmin".

"VOUS AVEZ PRIS NOS YEUX"

Les affrontements de ces derniers jours ont fait plus de 250 blessés, dont 17 personnes rendues aveugles par des tirs de chevrotine, dit-on de source médicale.

Le correspondant de la chaîne de télévision France 24 et son chauffeur ont été touchés mercredi par des tirs de chevrotine mais sont hors de danger. "Ca fait deux ans que je couvre des manifestations en Tunisie et je n’ai jamais vu un usage de la force aussi disproportionné. Il n’y avait aucune retenue", a expliqué David Thomson sur le site de la chaîne d’information continue.

La Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, a condamné vendredi que le gouvernement tunisien pour recours excessif à la violence.

"Vous avez pris nos yeux, mais vous ne pouvez emporter notre voix", affirme une apostrophe en rouge sur un mur.

"J’ai perdu mon oeil à cause de la police, voilà ce qu’a fait Ennahda. Ils nous ont attaqués sauvagement alors que nous sommes sans emploi et marginalisés. La police d’Ennahda ne fait que rajouter un problème", déclare Anis Omrani, 24 ans, un oeil recouvert d’un pansement.

"Siliana sera le second Sidi Bouzid. Nous allons nous débarrasser de ces islamistes qui ne connaissent rien à l’islam", ajoute-t-il.

Les manifestations à Siliana ont commencé mardi à l’appel du syndicat UGTT pour réclamer des emplois, des investissements et le départ du gouverneur islamiste de la région.

Conscient du parallèle avec Sidi Bouzid, le gouvernement a fini par mettre momentanément à l’écart le gouverneur de Siliana samedi et promis des emplois aux victimes de la "révolution de jasmin" de l’hiver 2010-2011.

Les manifestations de Siliana sont les plus violentes depuis l’attaque de l’ambassade des Etats-Unis à Tunis en septembre par les salafistes à la suite de la diffusion sur internet du film islamophobe "l’innocence des musulmans".

"COMME LE RÉGIME DE BEN ALI"

Vendredi, dans un discours à la télévision, le président tunisien Moncef Marzouki a appelé le Premier ministre à remanier le gouvernement pour tenir compte des manifestations. Sinon, a estimé le chef de l’Etat, le pays risque de sombrer dans le "chaos".

Mais Hamadi Jebali a rejeté ces appels. Il accuse les partis de gauche qui ont perdu les législatives de semer la discorde et d’inciter les Tunisiens des régions pauvres de l’intérieur à se tirer une balle dans le pied en organisant des troubles de nature à dissuader les investisseurs étrangers.

Les opposants de gauche à Ennahda sont clairement présents à Siliana. Ils accusent le gouvernement de n’avoir pas vraiment cherché à réformer les forces de l’ordre qui étaient des piliers du régime autoritaire du président Ben Ali.

"Le gouvernement se conduit comme le régime de Ben Ali", estime Iyad Dhamani du Parti républicain. "C’est un gouvernement arrogant qui pense que sa victoire aux élections lui permet d’utiliser les gaz lacrymogènes et la chevrotine sur les gens au lieu de leur donner des emplois et des investissements."

Samedi, une manifestation a rassemblé 3.000 personnes. Les manifestants ont jeté des pierres sur les forces de l’ordre qui ont fait usage de gaz lacrymogènes et procédé à des tirs de sommation de leurs véhicules blindés. Les voies autour de la ville étaient bloquées par des pavés et des débris brûlés.

"Siliana, tu seras le cimetière du parti Ennahda", scandaient les manifestants.

Une des manifestantes, qui n’a pas voulu donner son identité, a confié qu’à l’origine, elle avait soutenu Ennahda.

"Voilà à quoi ressemble le paradis promis par Ennahda, que nous avons élu. C’est ça qu’Ennahda a à nous offrir", déclare-t-elle en se saisissant d’une bombe vide de gaz lacrymogène. "Nous ne ferons pas cette erreur à nouveau."

Source :

http://actualite.portail.free.fr/monde/02-12-2012/a-siliana-des-tunisiens-a-bout-contestent-les-islamistes/?bloc_actu

Salah HORCHANI

03/12/2012 21:33 par Salah HORCHANI

Siliana : Le principal syndicat tunisien [UGTT] a annoncé la "suspension" du mouvement de contestation, après un accord avec le pouvoir

"Nous avons décidé de suspendre la grève générale ", a annoncé Ahmed Chefaï, du bureau exécutif du syndicat [UGTT] à Siliana. "Le gouverneur est parti définitivement, il appartient au passé", a clamé le syndicaliste sous les applaudissements, ajoutant qu’une plainte sera déposée contre la police, accusée d’être responsable des violences qui ont fait plus de 300 blessés

L’UGTT, principal syndicat tunisien , a annoncé dimanche 2 décembre la "suspension" de la contestation à Siliana et le calme y régnait en début d’après-midi à la suite d’un accord avec le pouvoir après cinq jours de violences nourries par les espoirs déçus de la révolution de 2011.

Aucun affrontement n’a été constaté ni dans la nuit ni en début d’après-midi dans cette ville à 120 km au sud-ouest de Tunis, pas plus que dans d’autres localités tunisiennes, alors que la nuit précédente des heurts ont opposé policiers et manifestants dans deux régions voisines, laissant craindre une contagion.

"Nous avons décidé de suspendre la grève générale", a annoncé devant une centaine de personnes, Ahmed Chefaï, du bureau exécutif du syndicat à Siliana.

Il n’a pas précisé le durée de cette suspension, en attendant la mise en oeuvre de l’accord négocié la veille avec le gouvernement, dominé par les islamistes du parti Ennahda.

Mise à l’écart du gouverneur

"Le gouverneur est parti définitivement, il appartient au passé", a clamé le syndicaliste sous les applaudissements, ajoutant qu’une plainte sera déposée contre la police, accusée d’être responsable des violences qui ont fait plus de 300 blessés.

La grève générale, débutée mardi et qui a dégénéré en cinq jours d’affrontements avec la police, visait à obtenir le départ du gouverneur régional, un plan d’aide économique et la libération de 14 personnes arrêtées lors de violences sociales en avril 2011.

Excédés par le chômage et la misère, facteurs clés de la révolution qui a renversé le président Ben Ali en janvier 2011, les habitants de Siliana comme d’autres régions de l’intérieur déshérité de la Tunisie jugent que le gouvernement a trahi leurs attentes.

Le compromis trouvé avec les autorités samedi prévoit la mise à l’écart du gouverneur mais pas son limogeage immédiat, un examen accéléré par la justice du dossier des personnes emprisonnées, des aides pour soigner les blessés et un programme de développement dont le contenu n’a pas été précisé.

Présence policière réduite graduellement

Les habitants réclament aussi le départ des renforts policiers déployés dans la ville et accusés de violences excessives, en particulier mercredi lorsqu’ils ont tiré à la chevrotine sur les manifestants.

"Nous avons diminué le nombre de policiers et nous allons encore le réduire au fur et à mesure que le calme revient", a indiqué, sous couvert de l’anonymat, un responsable des forces de l’ordre.

Aucune présence policière particulière n’était visible dans les rues de Siliana, et aucun manifestant n’était présent vers 14 heures locales aux abords du principal poste de police, épicentre des affrontements.

Des magasins ont par ailleurs rouvert, alors que les rues portent toujours les marques des affrontements : barricades calcinées, des pierres par centaines jonchant le sol, tout comme les restes des grenades lacrymogènes tirées par la police.

"Nous avons gagné"

"Enfin je peux faire mes achats, il y en a marre de la violence et du chaos", s’est réjoui dans la matinée Fatma, une femme au foyer ravie de faire ses courses.

D’autres estiment avoir gagné une première manche mais que la lutte devra se poursuivre pour que le gouvernement se penche véritablement sur les problèmes de la région.

"Nous avons gagné, imposé notre volonté et obligé le Premier ministre [Hamadi Jebali, NDLR] à réviser ses décisions. Mais ce n’est qu’un premier pas", a jugé Mourad, un chauffeur de taxi.

Les mouvements sociaux dégénérant en heurts se sont multipliés ces derniers mois en Tunisie, dans une conjoncture économique mise à mal par la crise dans la zone euro et l’insécurité.

Le président Moncef Marzouki, exprimant sa "peur" de voir les violences contaminer tout le pays, a appelé vendredi à la formation d’un gouvernement restreint pour stabiliser la situation. Le Premier ministre n’a pas encore répondu à cet appel.

Source :

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20121202.OBS1113/tunisie-les-suites-de-la-contestation-en-question-a-siliana.html

Salah HORCHANI

04/12/2012 02:11 par Salah HORCHANI

Human Rights Watch :

Tunisie : La police anti-émeute tire de la chevrotine sur les manifestants

Les affrontements entre police et manifestants dans la ville de Siliana, au sud-ouest de Tunis, les 27 et 28 novembre 2012, qui ont blessé plus de 210 personnes, soulignent le besoin urgent de réformer les forces de sécurité tunisiennes. Le gouvernement devrait s’assurer que la commission d’enquête indépendante qu’il a annoncée examinera tout usage excessif de la force par la police anti-émeute lors des manifestations.

Des témoins questionnés sur place par Human Rights Watch ont déclaré qu’une manifestation contre le gouvernement à Siliana, une ville de 25 000 habitants, s’était soldée par des jets de pierres du côté des manifestants et par l’usage de gaz lacrymogène et de tirs de grenaille (chevrotine de petit calibre) de la part des policiers anti-émeute des Brigades de l’ordre public, appelés familièrement « les BOP ». Au moins 20 personnes risquent de perdre la vue d’un oeil ou des deux à cause de la grenaille, de petites sphères de caoutchouc ou de plomb tirées de certaines armes à feu en salves explosives, qui peuvent causer des lésions graves des tissus mous. Par ailleurs, le gouvernement a affirmé que 72 policiers avaient été blessés par des jets de pierres. Cependant Human Rights Watch n’a pas pu vérifier cette information de façon indépendante.

« Les policiers anti-émeute, qui ont joué un rôle central dans les efforts meurtriers pour étouffer la révolution tunisienne il y a deux ans, semblent continuer à user d’une force excessive contre les manifestants », a déclaré Eric Goldstein, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Ils doivent recevoir des ordres clairs, être entraînés et équipés, afin de ne recourir à la force que si elle est nécessaire et proportionnée. Et ils doivent être tenus responsables s’ils vont au-delà  ».

Le 27 novembre, les habitants de Siliana, soutenus par l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), ont organisé une manifestation en face du siège du gouvernorat de Siliana (la « wilaya »). Ils sont entrés en grève générale pour exiger des emplois, un meilleur développement local et le départ du gouverneur, qu’ils accusent de ne pas être sensible à leurs besoins.

Il existe des rapports contradictoires sur ce qui a déclenché la violence. Des témoins ont déclaré à Human Rights Watch que les policiers avaient tiré des cartouches de gaz lacrymogène sans motif ni avertissement, mais des responsables ont affirmé au contraire que les policiers avaient utilisé le gaz en réaction à des jets de pierres et à des tentatives de prendre d’assaut la wilaya. Une visite de la ville et l’étude de photographies des événements suggèrent que les manifestants ont en effet jeté une grande quantité de pierres. Human Rights Watch a observé que des fenêtres de la wilaya étaient cassées, apparemment par des pierres, mais n’a trouvé aucune autre trace d’une atteinte sérieuse aux biens. Il n’y avait aucun signe que les manifestants aient jeté des objets inflammables tels que des cocktails Molotov, comme l’a prétendu le Premier ministre dans une conférence de presse le 29 novembre.

Hassen Lekhrissi, un militant de l’UGTT de 45 ans, a déclaré à Human Rights Watch :

Le 27 novembre vers 10h, nous nous sommes regroupés devant le siège de l’UGTT et avons commencé notre marche. Quand nous sommes arrivés devant la wilaya, nous avons scandé des slogans qui demandaient du travail et qui appelaient au départ du gouverneur. Il y avait environ 5 000 personnes. La manifestation était bien organisée et contrôlée par des militants de l’UGTT. Environ 16 voitures et camionnettes des BOP étaient garées en face de la wilaya.

Après deux heures, le bureau régional de l’UGTT a annoncé la fin de la manifestation. Certains jeunes gens voulaient forcer l’entrée de la wilaya, mais les militants de l’UGTT les en ont dissuadés. Tout à coup, les BOP ont commencé à envoyer du gaz lacrymogène. La foule a été prise de panique et les gens ont fui dans tous les sens. Les BOP nous ont alors suivis dans les rues en tirant des cartouches de gaz, d’abord en l’air, puis à l’horizontale, directement sur les gens.

Human Rights Watch s’est entretenu avec 12 témoins, dont des manifestants, qui ont fourni des récits concordants sur des policiers tirant de la grenaille sur les gens à très faible distance, y compris vers le haut du corps, tout au long des deux premiers jours de manifestations. Certains manifestants ont même allégué que des policiers leur avaient tiré dessus par derrière, alors qu’ils s’enfuyaient et ne pouvaient représenter aucun danger pour la police.

L’hôpital de Siliana a enregistré 210 personnes blessées par des tirs de grenaille, dont 20 présentant des lésions oculaires. Tous les cas de blessures aux yeux ont été transportés vers des hôpitaux de Tunis, la capitale. Human Rights Watch a trouvé des preuves de l’utilisation aussi bien de grenaille de caoutchouc que de plomb. Même si les grains de caoutchouc sont classés dans la catégorie des munitions « moins létales », ils peuvent causer des lésions physiques graves, en particulier aux yeux.

Le Premier ministre Hamadi Jebali, lors d’une conférence de presse le 29 novembre, a affirmé que les policiers avaient utilisé le gaz lacrymogène et la grenaille en réaction au fait que les « manifestants [aient] jeté des pierres, des cocktails Molotov, incendié des institutions de l’État et endommagé des bâtiments publics ». Il a aussi déclaré que les forces de police n’avaient pas d’autre choix que de se défendre et de protéger les institutions publiques.

Lors de la conférence de presse, Jebali a annoncé la création d’une « commission d’enquête indépendante qui examinera[it] l’usage de la violence par toutes les parties », pour déterminer les responsables, aussi bien des incendies et dommages subis par les institutions d’Étatque des blessures causées aux manifestants.

La commission d’enquête devra faire tous les efforts nécessaires pour recueillir des témoignages pertinents de manifestants et d’autres témoins, ainsi que d’agents des forces de sécurité présentes, a déclaré Human Rights Watch. Ses conclusions et recommandations sur l’usage de la force devront être conformes à la loi tunisienne et aux normes internationales, en particulier aux « Principes de base sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois » des Nations Unies.

Les Principes de base des Nations Unies sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu prévoient que les agents des forces de l’ordre « auront recours autant que possible à des moyens non violents avant de faire usage de la force » et ne peuvent faire usage de la force « que si les autres moyens restent sans effet ». Lorsque l’usage de la force est inévitable, les responsables de l’application des lois « en useront avec modération et leur action sera proportionnelle à la gravité de l’infraction ».

La loi tunisienne n°69-4 du 24 janvier 1969, réglementant les réunions publiques, cortèges, défilés, manifestations et attroupements, donne dans ses articles 20 à 22 des directives strictes pour l’usage des armes à feu par les forces de sûreté. La loi énonce que les agents ne peuvent recourir aux armes à feu que s’ils ne peuvent assumer autrement la défense « des lieux qu’ils occupent, des édifices qu’ils protègent, des postes et des personnes qu’ils ont été chargés de garder, ou si la résistance ne peut être réduite par aucun autre moyen que l’usage des armes ».

Si les manifestants « refusent de se disperser » malgré les avertissements, les agents des forces de sûreté doivent suivre les procédures suivantes pour les disperser : « (1) arrosage d’eau ou charge à coups de bâton ; (2) jets de bombes lacrymogènes ; (3) tir à feu vertical en l’air pour faire peur aux manifestants ; (4) tir à feu par-dessus leur tête ; (5) tir à feu en direction de leurs jambes ».

C’est seulement si « les manifestants tentent d’atteindre leur but par la force malgré l’utilisation de tous [ces] moyens » que « les agents de la Sûreté tireront directement sur eux ».

« Les informations découvertes à Siliana jusqu’ici suggèrent que la police a tiré directement sur les manifestants dans des situations qui ne remplissaient pas les conditions spécifiées par la loi tunisienne », a déclaré Eric Goldstein. « Le fait que les policiers anti-émeute aient utilisé de la grenaille plutôt que des balles réelles ne les exempte pas de remplir ces conditions, étant donné que la grenaille peut causer de graves blessures, tirée à faible distance, si elle atteint le haut du corps ».


Récits de témoins

David Thomson, le correspondant de la chaîne de télévision France 24, a déclaré à Human Rights Watch :

Je suis parti à Siliana avec mon caméraman le 28 novembre. En nous approchant de la ville, vers 16h, nous voyions beaucoup de fumée. Nous avons compris plus tard que c’était des nuages de gaz lacrymogène envoyé par la police. Nous sommes allés filmer une foule de manifestants au rond-point situé en face de la garde nationale. A peu près 400 ou 500 jeunes et enfants se tenaient sur ce rond-point. Certains nous ont entourés, ils étaient contents de parler à des journalistes et de leur expliquer leurs réclamations.

Certains jeunes gens jetaient des pierres vers les policiers. Vers 16h30 les policiers ont jeté des cartouches de gaz lacrymogène et après quelques minutes ils ont chargé. Les gens couraient dans tous les sens. Nous nous sommes réfugiés dans une rue adjacente avec quelques jeunes hommes. Nous avons commencé à filmer la retraite de la foule. Je tenais une caméra et mon collègue portait une veste avec écrit « France 24 » en grosses lettres.

Quelques secondes plus tard, j’ai senti que j’étais touché par la grenaille de plomb. J’avais été blessé par derrière, au niveau des jambes et des fesses. Mon collègue était blessé aussi et j’ai vu plusieurs autres jeunes hommes atteints aux yeux et au cou. J’ai été transporté dans une clinique privée de Tunis, où les médecins ont extrait les grains. Ils ont pu en retirer 14 sur 30 mais ils ont dit que les autres étaient entrés trop profondément pour qu’on puisse les enlever. Les grains extraits étaient en plomb.

Hamdi El Brairi, un lycéen de 15 ans, a déclaré que lorsqu’il est arrivé au lycée le 28 novembre, la police a dit aux élèves de rentrer chez eux. Sur le chemin de sa maison, dans le quartier El Salah, vers 10h30, il a vu des gens se rassembler dans la rue et d’autres qui couraient dans plusieurs directions. Tout à coup il a senti l’impact de la grenaille sur son abdomen et un plomb a frappé son oeil droit. Il a senti une douleur aigue, raconte-t-il, et s’est évanoui.

Marouene El Mbarki, 20 ans, un travailleur journalier issu du quartier Taieb Mhiri à Siliana, a déclaré à Human Rights Watch que le 28 novembre il s’était rendu comme d’habitude sur son lieu de travail, dans le centre-ville. Il l’a trouvé fermé, et l’atmosphère tendue. Il est parti chez son cousin, et vers 13h30 ils se sont rendus à la mosquée Takoua. Quand il est sorti, Mbarki a vu des gens courir dans plusieurs directions pour échapper au gaz lacrymogène. Soudain il a senti les plombs frapper ses deux yeux.

Bilal Bayari, un lycéen de 18 ans, avait plusieurs lésions visibles au visage et au cou quand Human Rights Watch s’est entretenu avec lui le 29 novembre. Bayari a déclaré que la veille à 16h, il était avec une foule de gens en face d’un centre culturel, lorsqu’un policier anti-émeute est arrivé et a commencé à les provoquer. Quittant le groupe, Bilal a suivi l’agent. Un autre policier anti-émeute est alors apparu soudainement de derrière un mur et lui a tiré dessus, le blessant de plusieurs plombs au visage, au cou et à l’abdomen.

Souhail Ahmed, un chômeur de 20 ans, a déclaré que le 28 novembre à 16h il était dans le quartier Gaa El Mezoued, au milieu d’une foule qui scandait des slogans, lorsqu’une camionnette transportant des policiers anti-émeute s’est approchée. Quatre agents en sont descendus et ont tiré des cartouches de gaz lacrymogène d’une distance d’environ 120 mètres. Ensuite ils sont remontés dans la camionnette et se sont approchés de la foule. Quand ils étaient à 20 mètres à peu près, ils sont descendus et ont tiré de la grenaille vers la foule. « J’ai vu au moins cinq de mes camarades atteints par des plombs », raconte Ahmed. « Nous les avons emmenés à l’hôpital ».

Source :

http://www.hrw.org/fr/news/2012/12/01/tunisie-la-police-anti-emeute-tire-de-la-chevrotine-sur-les-manifestants

Salah HORCHANI

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