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Valeurs…

Avec Aristote, partons du début.

La politique ne se conçoit pas sans une éthique (et réciproquement).

Avec Vincent de Gaulejac (1), transportons-nous dans le monde de l’entreprise.

Que se passe-t-il ; ou plutôt, que s’est-il passé dans celui-ci ?

Dans celui-ci, les règles morales qu’on y retrouvait, soit la fameuse « éthique » qui fondait la dynamique sociale avec le sens de l’effort, le goût du travail bien fait, le sens de l’engagement, le respect, la droiture, l’honnêteté, etc. ; ces règles morales ont été laminées sous les coups de buttoir du capitalisme financier.

Elles se sont effondrées ; le travail lui-même, reformaté sur le primat du capitalisme financier, a perdu sa valeur. Dans les années 80, la dynamique sociale a été entraînée sur les chemins du « fric ». C’étaient les années Tapie , et la reprise du fameux « Enrichissez-vous ». Quelques décennies plus tard, l’injonction était toujours là, avec la fameuse montre Rollex, brandie comme baromètre de la réussite sociale…

Les nouvelles injonctions faites aux travailleurs, parce qu’elles heurtent leur conscience professionnelle (pour ceux d’entre eux toutefois qui en ont encore une...), sont source d’un mal être profond ; la compétition entre les salariés les soumet à une pression permanente, occasionne des ravages inédits et d’une ampleur insoupçonnée. La recherche de la performance, de l’excellence, tue la tradition, dénigre les compétences, conduit à une insécurité massive.

La culture du métier, l’amour du travail bien fait, sont aujourd’hui autant de valeurs dépassées. La réalisation de soi dans une activité concrète ? Vieille lune !

La destruction du monde commun, des individus, du lien social, de la protection sociale et de la défense des travailleurs ; tout comme celle de la qualité des produits, et donc de l’environnement ? De vieilles lunes ! Quand seuls comptent, désormais, la recherche, et l’affichage, de résultats toujours plus poussés.

Promus par les médiocrates de tous poils (2) parmi lesquels se distinguent les journalistes matinaux de France-Inter, par des hommes politiques fourbes et corrompus, de nouvelles valeurs viennent prendre place chez les individus, dans la société.

Que produisent ces changements de référents sans précédents ?

Des individus plus heureux ? Des valeurs sociales partagées supérieures ? Une nouvelle éthique humaine ?
Certainement pas…

Le cynisme, l’arrogance, le mépris, la fatuité, le « posturalisme indigent et indécent », le chacun pour soi et la lutte du tous contre tous… Dans la société, comme, derrière la cloison hémiperméable, sur le lieu de travail. Le résultat est là, tout aussi visible : destruction du vivre ensemble, retour des tribus et de la barbarie accompagnent le recul des valeurs qui avaient fait civilisation et société. « Cette agitation permanente fait perdre le sens même de la vie. Cette course folle au productivisme et au consumérisme risque de nous mener à la destruction définitive des conditions de vie sur Terre ». (1).

Combien parmi les salariés assujettis à ces changements sont-ils prêts à défendre ces nouvelles valeurs ? Le silence, c’est-à-dire ici l’absence de contestation de leur part, ne vaut pas pour autant approbation. Il faut plutôt voir là, à l’œuvre, l’intelligence supérieure des tenants du capitalisme libéral qui a su pousser à un degré supérieur la « domestication » des nouveaux esclaves ou, à tout le moins, intérioriser plus encore chez eux les finalités du système, tout en leur ôtant tout goût, toute idée de le contester.

Le silence ne vaut pas acceptation.

Qui, devant les ravages et les destructions, sans précédents, causés dans le monde du travail qui, par mouvement de balancier, refluent aujourd’hui dans la société ; qui serait prêt à les défendre, à les justifier ? Où nous mènent la montée des incivilités, l’exacerbation de l’individualisme, la perte du sens de l’autre et du commun ? Le prix déjà exorbitant que nous commençons à en payer aujourd’hui, ne signe-t-il pas la condamnation du système qui lui donne naissance ? Ne doit-il pas nous encourager à le rejeter et à le combattre ?

« Que faire » se demandent une poignée d’hommes de bonne volonté ? Assister, impuissant, à la montée de ces contre-valeurs ? Parce qu’elles portent en germe la destruction de la civilisation et de l’humanité, il nous appartient de résister et de lutter. Et puisque résister c’est créer, il nous appartient de nous organiser pour promouvoir, en les modernisant et en les actualisant, les valeurs du bien vivre ensemble.

Qui nous interdirait de proposer, de promouvoir une contre-culture ? Culture s’inscrivant contre la culture aujourd’hui dominante de la médiocrité. En son temps, le surréalisme, « en lutte contre toutes les valeurs reçues », n’a-t-il pas été une contre- culture (3). Pourquoi faudrait-il rester dépendant, et attendre, de ceux qui nous gouvernent, une inversion des valeurs qui ne viendra pas ? Dépendant et attendre, dans le cadre des règles qu’ils ont fixées, un changement qui ne viendra pas ?

Quelle légitimité ont-ils encore, au regard des valeurs dont ils se réclament et qu’ils foulent au pied ? Ils ont privatisé le pouvoir, nous privant du pouvoir. Organisons-nous avec intelligence pour faire émerger, reinstaller les vraies valeurs humaines et travaillons à rallier tous les humains autour d’elles pour les rendre ineffaçables.

Jean-Marc Gardès

(1) Vincent de Gaulejac, Le capitalisme paradoxant, Édition du Seuil, avril 2015.
(2) mon article : Contre la médiocrité, battons-nous sans nous égarer, Envol, mai-juin 2013.
(3) le poète ne voit-il pas « plus haut que l’horizon » ?...


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