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Vous avez dit recherche publique ?

vendredi 5 mars 2004

Les chercheurs sont en colère. Le petit monde de la recherche dite publique s’agite en pétitions, motions, débats et manifestations au nom de la "défense du service public" et de la "recherche pour tous" . Des directeurs d’unité (caporaux - chercheurs) menaceraient même de démissionner de leur fonction pour redevenir de simples chercheurs, c’est dire l’ampleur de la gronde. De quoi s’agit il ?

L’État bloque les crédits de dépense des laboratoires, supprime 550 postes, et le budget général de la recherche publique régresse d’année en année. Certains laboratoires ne peuvent plus fonctionner correctement et des programmes de recherche sont en panne, faute de crédit. Plusieurs milliers de scientifiques et de techniciens (CNRS, INRA, INSERM, Universités...) ont signé une pétition demandant la création de postes, le rétablissement des crédits et une augmentation générale des fonds alloués à la recherche publique. Et dans cette liste de pétitionnaires-citoyens, on trouve une belle brochette de directeurs de laboratoire, de médaillés de la science et de la république, d’experts appointés auprès du parlement, et de membres de conseils d’administration de fondations et de comités scientifiques - tous gens informés au premier chef de l’état réel de la recherche publique, de ses activités et de ses financements.

Alors, on peut s’étonner des mots d’ordre lancés tel que "Pour la défense de la recherche publique" ou "La recherche au service de tous". Car à l’évidence, et depuis belle lurette, la recherche publique n’a jamais été au service de tous, mais au service d’un État dont les choix stratégiques en matière de recherche n’ont rien de commun avec les besoins de la population. Et la réduction des moyens de recherche octroyés aux organismes publics ne date pas d’hier, et elle est autant le fait du gouvernement actuel que des partis politiques de gauche lorsqu’ils étaient au pouvoir. Combien de temps encore, les chercheurs des organismes nationaux feront-ils semblant de croire qu’ils travaillent pour la collectivité ?

A l’INRA, où nous travaillons, les exemples ne manquent pas qui démontrent le caractère illusoire du concept de "recherche publique". En voici quelques exemples. Le conseil d’administration qui définit la politique de recherche de l’Institut accueille parmi ses membres plusieurs représentants des industries agroalimentaires qui ne se privent pas d’influer sur le choix des priorités de recherche. Beaucoup de laboratoires trouvent 30 à 80 % de leur crédits de fonctionnement auprès d’organismes para-publics ou privés qui, en retour, imposent des axes de recherche et s’approprient les retombés économiques via des brevets ou des exclusivités de commercialisation. Nombre de bourses d’étudiants en thèse sont co-financées par des organismes privés qui se paient comme ça un laboratoire de recherche pour pas cher. Même le fonctionnement de l’INRA s’apparente de plus en plus au fonctionnement d’une entreprise privée. Les laboratoires INRA se facturent entre eux les services qu’ils se rendent au nom de la coopération scientifique (location d’animaux pour expériences, facturation des travaux d’analyse de données, location de véhicule). Les CDD se multiplient pour des postes de techniciens comme de chercheurs et sont financés le plus souvent par des contrats de recherche extérieurs à l’INRA. Et l’INRA appelle de ses voeux la multiplication de ce genre de pratiques. Une note de service informe qu’un chercheur du service public peut toucher des royalties sur ses recherches lorsqu’elles ont conduit à un dépôt de brevet. Cela s’appelle "l’intéressement individuel". Et cette prime s’adresse à tout le personnel ... sauf les adjoints techniques et les administratifs. Histoire sûrement de développer la culture d’entreprise. Un chercheur de l’INRA peut même créer sa propre Start-up à partir des découvertes qu’il a réalisées à l’INRA avec des fonds prêtés par le ministère de la Recherche !

Ces quelques exemples ne sont pas spécifiques à l’INRA. Des compagnons cénétistes travaillant à l’INSERM et au CNRS vivent le même type de situation. Chez les uns, on retrouve les lobbys pharmaceutiques et les fondations du genre "Téléthon", et chez les autres, le CEA, l’armée comme le privé de tout poil. Cette situation, tout chercheur un tant soit peu informé la connaît, la vit. Le monde de la recherche a accepté dans sa grande majorité le contrôle de la recherche publique par le pouvoir politique et financier. Plusieurs pétitionnaires actuels ont activement participé à la mise en place de cette privatisation de fait. Et ils l’ont fait simplement pour accroître leurs moyens de recherche, le rayonnement de leur laboratoire, et leur fulgurante et médiatique carrière. Et s’ils pétitionnent aujourd’hui, ce n’est pas pour défendre le service public, mais bien davantage leur petit domaine particulier.

Section INRA, CNT-AIT Toulouse.

INRA : Institut National de la Recherche Agronomique. CNRS : Centre National de la Recherche Scientifique. INSERM : Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale. CEA : Centre à l’Energie Atomique.

Source : http://www.cnt-ait.info/article.php3?id_article=882


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7 Pl St Michel, Paris 75005

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