Impossible de passer sous silence le souvenir d’une roborative lecture. Cela fait des lustres. Mais curieusement le .pdf de ce petit chef-d’œuvre est ... introuvable ‽ Les chapitres "Des guerres" et "De la paix" valent leur pesant d’actualité.
« 7. Certains penseront que cette assimilation d’une police internationale avec la
police dans l’intérieur d’un État ne tient pas. Dans l’intérieur d’un État,
diront-ils, le malfaiteur sait que la police est la plus forte et qu’il est
vaincu d’avance s’il lui résiste ; il n’acceptera pas la lutte, ou du moins pas
longtemps. Au contraire, dans l’ordre international, l’État malfaiteur peut
penser : « Je suis peut-être aussi fort que la police et je risque la guerre. »
C’est précisément aux États qui veulent la paix de créer une police
internationale assez forte pour décourager, elle aussi, toute résistance du
malfaiteur. Il leur faut aussi se résigner à ce que la société des États, comme
celle des individus, connaisse des injustices et non la perfection. On pourrait
même soutenir qu’elle en implique une fondamentale, qui ne trouve pas son
homologue dans l’intérieur de la nation : dans l’intérieur de la nation on peut
admettre qu’il y a assez de biens pour tout le monde, que chacun en peut détenir
et de bons ; au contraire, quand les biens sont des territoires, comme il arrive
pour les États, les biens sont très peu nombreux et de valeurs très inégales ;
certains Etats en auront peu et non des meilleurs. (En marge dans le manuscrit.) »
(Julien Benda, Le Rapport d’Uriel, 1946) ★