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Choses vues au Tibet (2).

« Pour le dire dans le langage de mai 68, il faut " foutre le bordel à Pékin". C’est-à -dire que pendant les JO on saute, on court, on nage et en même temps il faut des sportifs citoyens qui disent avec des brassards, avec des foulards orange, symboles de la révolution en Ukraine, leur solidarité avec le Tibet ».
Daniel Cohn Bendit.

Préambule : Sur le Tibet comme sur tant d’autres sujets, ce n’est pas parce que la presse a écrit à foison sur la permanence de la répression du bouddhisme que cela est vrai. Et ce n’est pas parce que nous avons cru et colporté ces informations que nous devons persister, même si c’est plus facile. Pareillement, ce que les médias installés ne disent pas et qui se lit ici n’en est pas pour autant faux.

Dans la journée (la nuit est plus policée), on cherchera vainement à Llassa la présence de forces de l’ordre. Mais si j’écris sans avertissement : « Les grandes artères, les carrefours de Llassa sont gardés par des militaires en armes qui jettent un regard inquisitorial sur les véhicules qui passent. Des chars d’assaut stationnent sur les places, quitte à écraser les massifs de fleurs, tandis que les rues sont arpentées par de petits groupes de policiers, torse bombé et matraque à la ceinture. Les moines rasent les murs et changent de trottoir », chacun me croira, n’est-ce pas ? Par contre, j’en sais qui auront plus de mal à admettre ce qui suit et qui est vrai.

Notre voyage est organisé par les autorités chinoises. On peut aussi écrire « encadré ». C’est un curieux mélange de séjour touristique club Med où les gentils organisateurs prennent en compte tous vos désirs et de visite guidées vers ce qu’il faut savoir. Et ce qu’il ne faut pas savoir, alors ? Facile : nos bibliothèques, nos journaux, nos documentaires télévisés nous en ont parlé, nous en parlent, nous en parleront ad nauseam.

On peut discuter des voyages organisés pour les journalistes. Ce n’est pas une exclusivité chinoise. On en mesure les dangers. Au cours d’un débat à la librairie Ombres Blanches de Toulouse, un vieil Espagnol était intervenu pour prévenir : « Quiconque prend la parole le fait pour accrocher les autres à ses wagons ». Et d’ajouter malicieusement : « Moi-même, en ce moment…  ». L’invitation faite à des journalistes est donc une invitation à venir voir ce qu’il faut voir. Mais c’est les sous-estimer que de croire qu’ils ne savent rien du sujet et qu’ils sont mis dans l’incapacité de trier, de vérifier des informations, de constater que des choses ont été dites qui ne sont pas exactes. Aussi court qu’ait été leur périple, ils peuvent en dire autant que ceux qui n’y sont pas allés et mieux que ceux qui, ayant visité le Tibet avant eux, y puisent ce qui sert un discours et non la vérité. J’en vois la preuve dans la difficulté que tant d’observateurs (et jusqu’à nos lecteurs) éprouvent à parler du Tibet sans y adjoindre un jugement global sur la Chine tout entière, comme pour contrebalancer un constat qui se démarque de l’image commune.

« A beau mentir qui vient de loin ». Dans le cas présent, nous étions cinq, de différents médias (voir http://www.legrandsoir.info/Le-Grand-Soir-au-Tibet.html), groupés dans le même voyage, voyant et entendant les mêmes choses, écoutant et questionnant les mêmes Chinois (Hans et Tibétains). Si cela était nécessaire (le conditionnel évite le procès d’intention), cette contiguïté rendrait difficile la production d’articles appuyés sur des mensonges purs, comme on en lit par ailleurs. Il restera des différences inhérentes à l’analyse propre de chacun et à la ligne éditoriale du média dans lequel il s’exprime, ce qui peut induire des angles d’approches diversifiés. Pourquoi s’en offusquer ? Je parle-là de l’acceptation légitime des différences entre des journaux et non d’un désir de manipulation par des moyens que la déontologie réprouve.

Je renvoie le lecteur à tout ce qui a déjà été écrit sur l’ancienneté de l’appartenance du Tibet à la Chine. Certains d’entre vous sont intervenus ici même sur ce point et d’aucuns prétendent que la France devrait rendre plusieurs de ses provinces dont les dates de rattachement (annexion ? Invasion ?) sont plus récentes que celle du rattachement du Tibet à la Chine. En dehors de mouvements extrémistes bouddhistes et d’organisations antichinoises, il n’existe personne pour remettre en cause l’appartenance du Tibet à la Chine. Aucune organisation internationale, aucun pays (aucun !) ne le fait. Le dalaï lama lui-même manoeuvre en recul et se livre à présent à des circonvolutions sémantiques pour ne plus avoir à poser clairement ce qui reste sa vraie revendication (j’y reviendrai) : l’indépendance, non seulement de la région autonome du Tibet (deux fois la superficie de la France), mais du « Grand Tibet » (5 fois la France), c’est-à -dire l’instauration d’un pouvoir théocratique couvrant un quart de la Chine.

Je vous propose de revenir au coeur de notre sujet : le Tibet.

Je le ferai en deux parties :

- la première sera un récit de voyage, les choses vues.

- la deuxième viendra plus tard. Elle portera sur le dalaï lama et sur des éléments essentiels de son programme tel qu’il l’énonce et sur le point de vue des autorités chinoises.

Au lecteur alors de se faire une opinion par ces apports s’inscrivant dans ce qu’il croit connaître et qui peut le conforter dans ses opinions ou l’inciter au contraire à les reconsidérer : je donne à voir, je n’écris pas un tract.

* * * *

Une florissante entreprise tibétaine.

A 49 ans, Da Wa Dun Zhu est directeur de l’entreprise Tibet Dashi Group Co LTD, le 3ème groupe du Tibet. Il nous reçoit dans une tenue tibétaine et chaussé de bottes noires. Il fut enseignant puis camionneur avant de se lancer dans les affaires et de bénéficier d’aides du gouvernement central (Pékin). Parce qu’il est Tibétain ? Oui et non : parce qu’il fait partie d’une minorité ethnique. Le gouvernement accorde des avantages et peut même se substituer aux banques si elles se montrent frileuses.

Un sondage (dont il convient qu’il est partiel) indique que sur 230 commerçants de Llassa, 95 % sont des locaux.

Il est assez fier de sa fulgurante réussite. Son capital est de 1,5 milliard de yuans (1 yuan vaut 0,11 euro), son chiffre d’affaire de 100 millions de yuans, sa croissance annuelle de plus de 35%.

Chef d’entreprise tibétain

L’entreprise est divisée en quatre groupes : travaux publics, transformation agroalimentaire, eau minérale, produits de médecine tibétaine.

A ma question sur les droits sociaux de ses 2000 employés, horaires de travail, jours de repos, retraite, il répond magistralement à côté et je n’en saurai pas plus. Il sera plus prolixe pour répondre à la question : « D’où vient la colère des moines exprimée le 14 mars 2008 ? ». Je cite en vrac : « 7000 personnes dans la rue sur 2 millions d’habitants, beaucoup de sans emplois, de voleurs déjà condamnés, de gamins, de lycéens, de Hans. Le problème était social, pas ethnique. Il a été attisé par les nobles qui ont fui le Tibet en 1959 et qui ont perdu leurs privilèges ».

La coopérative agricole.

Nous visitons la Coopérative des paysans horticulteurs du district Dui Long de Qin.

M. A Wang Ci Ren en est le président-gestionnaire administratif. Elle produit sous serre des fleurs et des légumes et réunit 300 foyers qui s’échinaient naguère à produire individuellement de l’orge. Ils louent désormais leur terre à la coopérative et reçoivent un salaire (1200 yuans) pour y travailler. Le prix seul de la location, nous dit le responsable, équivaut à ce qu’ils gagnaient auparavant.

La brasserie automatisée et les Allemands.

Nous visitons la brasserie « Bière Barley et Lhasa Beer ».

Ultra-moderne. Du malt australien et de l’orge tibétaine entrent d’un côté dans 6 cuves (made in Germany). Des chaînes automatisées s’occupent du reste : 720 tonnes de bière par jour, 36 000 bouteilles remplies à l’heure. Des techniciens allemands sont sur place pour installer une nouvelle chaîne.

Brasserie automatisée

Nous avons droit à une dégustation : délicieux.
Les salaires sont de 3000 yuans par mois, pour 7 heures de travail par jour et 5,5 jours par semaine.

Le musée de la région autonome du Tibet.

S’il est vrai (et non nié en Chine) que les gardes rouges de la révolution culturelle se sont acharnés sur tout ce qui pouvait symboliser le passé (bouddhisme inclus), on peut se réjouir que bien des choses aient été préservées. Le musée de Llassa est un impressionnant réceptacle de l’Histoire et de la culture de cette région.

La médecine traditionnelle tibétaine de Llassa.

Elle est à ce point brimée, paraît-il, que le 14 ème dalaï lama a dû créer pour la pérenniser un Institut de médecine et d’astrologie tibétaine en 1961 à Dharamsala, en Inde, où il réside.

Décision superfétatoire puisque nous allons assister à Llassa à une causerie du professeur Zhan Dui, directeur de l’Institut de Recherche sur la médecine traditionnelle tibétaine, dans un complexe hospitalier qui compte également une usine de fabrication de médicaments.

Avec un effectif de 600 personnes, 38 médecins dispensent 280 000 consultations par an. 8 professeurs forment les futurs médecins.

L’art en vigueur ici est parvenu au Tibet il y a 2300 ans par le Népal et l’Inde. A quatre grands principes classiques (tantras médicaux) définis au IVème siècle, des chercheurs tibétains ont ajouté des découvertes qu’ils ont illustrées en 80 thangkas (tableaux). Un médecin tibétain en blouse blanche, M. Ci Wang Deng Ba, va nous en expliquer quelques-uns. Chacun peut approuver quand il explique que le corps est un tout, que l’esprit n’en est pas déconnecté et que soigner un organe sans s’intéresser au reste n’est pas l’idéal. Quand il nous montre comment prendre le pouls pour mesurer d’un seul coup l’état du coeur, de l’estomac et des reins, on tousse in petto. Quand il nous dit que l’examen olfactif de l’urine permet des diagnostics, il est permis de tiquer. A la fin, on se prend à douter de l’infaillibilité d’un appareillage minimal formé de trois doigts et de deux narines. Quand il nous révèle qu’un des gestes médicaux fréquents est la saignée, on pense à Molière et à la mortalité précoce à la cour du roi à Versailles quand des Diafoirus purgeaient ainsi les patients de leurs humeurs, sources supposées de leur tourment.

Mais le pire est à venir.

L’institut emploie 6 astrologues (« Vous voulez dire "astronomes" ? », hasarde un de mes confrères incrédule), dont deux, vêtus de blouses blanches, vont nous faire une démonstration de leur savoir. Sur des plateaux de bois à minces rebords disposés devant eux, ils versent une fine couche de terre ocre qu’ils étalent ensuite du bout des doigts, dessinant des traînées, des sillons, aplatissant ensuite le tout d’un air inspiré avant d’y ciseler quelques arabesques avec une tige. Ils s’arrêtent : la terre (dont Pétain a dit qu’elle ne ment pas) a parlé comme parlaient chez les Romains les entrailles de poulets. On ne saura pas ce qu’elle a dit ce jour-là , mais ses discours donnent naissance à des livres qui sont vendus à qui veut savoir de quoi demain sera fait et le jour idéal pour semer le blé et récolter les concombres. Il paraît même que nos gratouilleurs de terre avaient prévu le tremblement de terre du Sichuan.

Médecins

Hélas, l’Institut, est subventionné par le gouvernement central (Beijing), tandis que chez nous ferment les hôpitaux de proximité où les médecins n’appliquent ni n’enseignent des méthodes à ranger au rayon du charlatanisme et de l’obscurantisme. J’imagine bien qu’il existe une autre médecine tibétaine basée sur d’autres savoirs ancestraux. Mais ce que j’ai vu là avec mes confrères prouve l’inexistence d’un Ordre des médecins capable d’agir au Tibet comme il le ferait chez nous.

Que chacun lise bien que je ne fais pas le procès global et rapide d’une autre école, mais celui des oracles, des visionnaires, des astrologues, des devins, des renifleurs, des saigneurs. Il n’est pour cela nul besoin d’adhérer à quelque système politique que ce soit : il s’agit seulement de ne pas surestimer l’empirisme ni de mésestimer l’utilité du rationalisme, de ne pas jeter tout d’un bloc l’allopathie, de ne pas nier les savoirs scientifiques des médecins et des ingénieurs météorologistes.

Le glacier Kharola, sur la route de Shigatse (deuxième ville du Tibet).

On fait une halte sur un parking. Pas trop d’oxygène. Il faut mesurer ses efforts. Le bas du glacier est à quelques mètres de nous, à une altitude, dit un panneau, de 5560 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les guides touristiques le voient moins haut. Des tibétains abordent les touristes pour leur vendre leurs productions artisanes, des souvenirs et pour se faire photographier moyennant quelques yuans.

Drapeaux de prière

On nous l’a dit et répété : le gouvernement central veut faire du Tibet la "barrière écologique de la Chine". Par suite logique, l’usage des sacs en plastique qui parsèment les paysages les plus magnifiques dans tant de pays pauvres est interdit depuis vingt ans dans la Région autonome du Tibet.

Dès lors, on chanterait volontiers avec Jean Ferrat : « Mon Dieu, que la montagne est belle » sans une débauche de « drapeaux de prière » qui la défigurent et affirment l’arrogante suprématie d’une religion sur toutes les autres. Quelqu’un, quelque jour, dans quelque monastère ou dans un palais d’un dalaï lama, a fait croire aux moines et aux fidèles qu’en tendant des centaines de mètres de fil dans la montagne, en y accrochant des carrés de tissu portant des « soutras » (textes religieux), la caresse d’un vent coreligionnaire les diffuserait vers Qui de droit.

En maints endroits, sur la route de montagne que nous avons empruntée, s’étirent des centaines et des centaines de mètres, des kilomètres de drapeaux de prière tendus là depuis des mois, voire des années, empoussiérés, déchiquetés, sans que personne, ni un autochtone, ni un responsable des lieux ou du gouvernement central n’ose le geste sacrilège de les retirer et de rendre à la nature l’éclat de sa beauté originelle, vierge de toute pollution visuelle et débarrassée de l’expression d’une croyance sûre d’elle et dominatrice qui ne saurait tolérer qu’une autre s’affiche avec autant d’ostentation, qui semble nier à la face du ciel qu’il existe d’autres êtres vivants (y compris au Tibet), qui ne croient pas et qui, tout en se fichant des lambeaux de bannières sales, des bouddhas géants maquillés à la feuille d’or, des tentures, des bougies, des moulins à prière, de l’odeur de la cire et de l’encens, parviennent à marcher droit, sans les béquilles d’une idéologie qui recourt aux appeaux de la sorcellerie et qui appelle le moyen-âge comme un paradis perdu. Je sais, je blasphème, c’est le privilège tranquille des mécréants.

Mais ce n’est pas tout. Quelqu’un, quelque jour, dans quelque monastère ou dans un palais d’un dalaï lama, a fait croire aux moines et aux fidèles qu’en peignant sur la roche des échelles blanches, l’âme en userait illico pour grimper au ciel sans se fatiguer. Cette grotesque faribole est responsable des tags les plus hauts du monde, les plus laids aussi, dépourvus qu’ils sont de toute fantaisie artistique qui pourrait supposément rendre les barreaux bancals, et périlleuse la céleste ascension. Nous sommes dans un pays où la religion a des droits qu’elle n’a pas en France. Chez nous, qu’un fidèle, qu’un prêtre, s’avisent à peindre des croix blanches géantes sur les rochers de nos montagnes, et quelques lois leur seront rappelées par les autorités. Et il ne viendrait à l’idée de personne, hors du périmètre restreint de Saint-Nicolas du Chardonnet, de bramer que le catholicisme est ainsi persécuté.

A Shigatse au monastère de Tashilhunpo.

Monastère ? En fait, c’est un village où vivent 600 moines autour d’un temple rénové au début des années 1990. Wang La, le moine érudit qui nous sert de guide est âgé de 26 ans et il a choisi sa voie à 10 ans. Il nous fait visiter le village et nous pénétrons à sa suite dans le temple. Il est malheureusement interdit d’y prendre des photos. Vous auriez pu voir un bouddha géant de 30 mètres dont chaque narine est assez grosse, là -haut, « pour y loger le corps d’un bébé ».

Journalistes et guide tibétain

La rénovation d’un autel géant a nécessité « 600 kilos d’or offerts par le gouvernement central ». Puis, Wang La nous entraîne vers un enclos entouré de murs d’où jaillissent des clameurs de cour de récréation. Nous y pénétrons librement, au milieu de dizaines de jeunes moines réunis là pour une sorte d’exercice intellectuel apparenté à la maïeutique socratique. Un moine en choisit un autre en se plaçant devant lui, frappe dans ses mains dans un geste spectaculaire accompagné d’un mouvement du corps et pose une question sur quelque matière qui leur a été enseignée. Le tout ressemble à un jeu ponctué de sourires, mais il s’agit d’un exercice. Le tableau est assez agréable, les jeunes gens ne s’offusquent pas d’être photographiés. Ils nous remarquent à peine et ne se laissent pas distraire, tout à leur activité à laquelle ils se livrent avec un plaisir évident.

L’espace naturel réservé.

M. Jiang Bai, directeur général-adjoint du bureau régional pour la protection de l’environnement, nous reçoit au bord d’un espace de plus de 6 km2 ( 12 km2 si on y ajoute les espaces environnants) qui est devenu une réserve naturelle en 2009. Marais, herbe, pâturage. Objectif : préserver la nappe phréatique et fabriquer de l’oxygène. Des habitations et usines qui y étaient installés ont été déplacées. Au fond, au pied d’une montagne elle-même protégée, on aperçoit quelques immeubles bas. Ils seront également déplacés. Au milieu, un bosquet : c’est un lieu intouché de prières traditionnelles.

Réserve écologique

Il existe 23 autres réserves analogues sur une superficie de 150 Km2 dans les 7 districts qui entourent Llassa.

L’Institut de recherches photovoltaïque.

C’est un lieu d’essai des productions de matériels utilisant l’énergie solaire. Dans la cour, des chauffe-eau à poser sur les toits, des panneaux solaires orientables, un lampadaire solaire et un engin bizarre et sommaire. Il s’agit de plaques de tôle en forme de conque et recouvertes d’aluminium. Au milieu, une tige monte qui se termine par un cercle de fer où l’on peut poser une bouilloire pour le thé. Par temps ensoleillé, l’eau est chaude en 20 minutes. Le prix de vente est de 400 yuans, mais, nous dit-on, il est distribué gratuitement aux Tibétains. Je doute un peu de cette prodigalité généralisée jusqu’à ce que, entre les 300 km de route qui séparent Llassa et Shigatse, je remarque cet appareil solaire devant bien des maisons modestes au bord de la route.

Danses et chants folkloriques.

Nous assistons à un spectacle folklorique où des artistes, en grandes tenues tibétaines, dansent et chantent dans une salle de restaurant, accompagnés par un orchestre aux instruments traditionnels.

L’université de Llassa.

Nous rencontrons MM. Yun Dan Jia Cuo, directeur-adjoint et Professeur, Mi Ma Ci Ren (bibliothécaire) et le jeune professeur Ren Qing Nuo Bu (informatique).

Ecran tibétain

Les étudiants disposent d’une bibliothèque abritant 100 000 ouvrages classiques dont certains ont 8 siècles, écrits en tibétain. Avec leurs professeurs, ils ont mis au point un programme informatique qui permet de travailler sur ordinateur en usant de l’écriture tibétaine. Ils cherchent à étendre cette possibilité aux téléphones portables.

Le monastère de Jokhiang à Llassa.

Au fond d’une place bordée par des marchands. Le temple, vue par un impie, ressemble aux autres. On s’y perd, on confond. Dans une semi obscurité qui est la règle et qui messied aux claustrophobes, des moines assis sur des banquettes de tissu sale psalmodient en se balançant un chant monotone.

Ici, comme dans les autres temples visités, on voit les fidèles, des liasses à la main, poser ou jeter des billets de banque en offrande. Il y en a partout : dans des niches, des autels, devant des gravures, sur des coussins, par terre, dans de grands récipients que les moines viennent vider par brassées. Ce sont souvent (pas toujours) des petites coupures qui permettent de n’oublier aucun endroit.

Prière dans la rue

Dehors, sur le parvis, des pèlerins se prosternent en se jetant à terre, pour une prière qui exige cinq points de contact avec la terre (les pieds, les mains, la tête). Les plus avisés disposent d’un petit matelas qui amortit la rudesse du contact et, pour les mains, de coussins dont la partie inférieure lisse permet le glissement jusqu’à allongement complet du corps. Ils vont répéter ce geste des dizaines et des dizaines de fois, comme dans une inlassable transe spectaculaire (qui me désole, mais vous avez deviné mon allergie à tous les mysticismes).

L’Institut de tibétologie de Beijing.

Nous rentrons épuisés de Llassa par avion, via Chengdu où nous avons raté la correspondance. Le voyage a duré une journée et nous filons directement, moites et froissés, au prestigieux Beijing International Hotel pour une réunion et dîner avec M. Dong Yunhu, Vice-ministre, Professeur et chercheur à l’Université du P.C. Chinois (j’y reviendrai dans le prochain article).

Après quoi, les organisateurs nous rappellent que le lendemain, dernier jour en Chine, l’avion décolle à 13H35, mais que le lever est prévu à 6 H pour une visite à l’Institut de tibétologie. S’inspirant de l’exemple fameux des Bleus refusant de s’entraîner en Afrique du Sud, les Français sollicitent et obtiennent l’annulation de cette ultime visite qui devait probablement être une conclusion utile à ce que nous avions appris.

Parfois, "Les héros sont fatigués" et assez douillets pour préférer une nuit de sommeil à une possible saignée revigorante.

Maxime Vivas

A suivre…

(Photos : M.V.)

Les trois parties :

- « Le Grand Soir » au Tibet : http://www.legrandsoir.info/Le-Grand-Soir-au-Tibet.html

- Choses vues au Tibet : http://www.legrandsoir.info/Choses-vues-au-Tibet-2.html

- Tibet : un pacifiste chez les bouddhistes : http://www.legrandsoir.info/Tibet-un-pacifiste-chez-les-bouddhistes-3.html

COMMENTAIRES  

02/08/2010 08:03 par coolexpress

J’ai lu votre texte très orienté en faveur de la Chine rouge communiste capitaliste (et si c’est possible).
Vous n’aimez pas la culture tibétaine obscurantiste, c’est clair.
Ni les religions opium du peuple.
Vous êtes un esprit supérieur et savez, pouvez prouver que vous savez mieux que les autres ?
Vive Staline, Lénine, Mao et sa veuve (noire), des gens pacifiques (des centaines de millions de morts).
C’est sûr le matérialisme socialiste peut être fier de lui, il dépasse tous les massacres perpétrés au nom de Dieu, Allah, Bouddha, et je ne sais quoi encore.
C’est une religion puissante.
Pour toutes les sectes, religions, idéologies ou contre et au-delà 
Un anarchiste qui considère que l’anarchie est elle même une secte.

02/08/2010 15:21 par Cortez

Le fait de mettre Staline, Lénine et Mao "dans le même sac" est suffisamment stupide et grossier pour qu’on ne prête pas davantage attention à votre commentaire...
Sinon article intéressant, même si je suis assez critique quant à la façon qu’à l’auteur de juger un peu à l’emporte-pièce la spiritualité tibétaine.

02/08/2010 15:23 par Maxime Vivas

"J’ai lu votre texte très orienté en faveur de la Chine rouge communiste capitaliste (et si c’est possible)

Ah ? je fais l’éloge de la Chine ? En subliminal, alors.

Vous n’aimez pas la culture tibétaine obscurantiste, c’est clair. Ni les religions opium du peuple.

Là , nous approchons.

Vous êtes un esprit supérieur et savez, pouvez prouver que vous savez mieux que les autres" ?

Quand je vous disais que nous approchons... :-)))

MV.

PS. Je tremble en imaginant ce que vous direz du prochain article où je vais laisser parler des vrais partisans de "la Chine rouge communiste capitaliste"

02/08/2010 16:14 par Mike

Je serai beaucoup moins sec que le précédent commentaire.

A partir du moment où l’opinion personnel est clairement différencié de l’information à proprement dite, cela me va.
Cet article m’a appris beaucoup de choses, et je vous remercie pour le temps passé à le rédiger. Je n’y ai vu aucune appartenance à une quelconque idéologie, mais peut-être suis-je trop stupide pour y déceler les infimes messages codés se trouvant entre les lignes. Le principe de se forger une opinion sans y être *trop* influencé par celles du journaliste me semble respecté. N’allons pas plus loin dans le débat, encore, merci !

02/08/2010 20:31 par Bourguignon

A propos du tibet il y a ça aussi :

http://www.tibetdoc.eu/spip/index.php

J’aime bien.

02/08/2010 20:54 par Vanille

Ce reportage, c’est du niveau : « Tintin au Congo » mais il est largement en dessous de « Tintin au Tibet ». Etre "mécréant", comme vous le dites, ne signifie pas être ignorant et fermé aux autres cultures, surtout quand les gens sont chez eux et pratiquent leur religion. A parler ainsi de coutumes africaines ou indiennes, on se fait traiter de raciste…A juste titre. La culture tibétaine serait-elle moins dommage ? Si Leurs drapeaux de prière vous gênent, ne venez surtout pas à Lausanne, vous risquez d’en voir dans les jardins ou sur les balcons…
Et pourquoi donc les Tibétains ont fui en masse le Tibet puisqu’ils étaient- et sont- si bien chez eux, sauf la petite parenthèse "révolution culturelle" ! Et surtout pourquoi l’émigration se poursuit-elle ?
Et si en réalité, les Tibétains avaient fui leurs villes et leurs villages exactement comme l’ont fait les Palestiniens et les Bédouins en 1948, lorsque les juifs ont débarqué dans leurs régions ? Oup’s, me voilà antisémite, déjà que je vais me faire taxer d’antichinoise….
Que le Tibet ait ou non appartenu à la Chine de toute éternité, le fait est que la population tibétaine est colonnisée.

Malgré son PIB bien joufflu, le gouvernement chinois m’inspire encore moins de confiance que les gouvernements occidentaux.
Un exemple, tiré de l’édition dominicale d’un quotidien suisse romand : le Matin. Le témoignage, en Suisse, d’un réfugié Ouïgour, autre minorité chinoise opprimée. (Les Ouïgour ont-ils- eux- le droit eux de réclamer leur indépendance, voire leur autonomie ?). Bref ce réfugié est un ancien policier. Il veut témoigner. Il a participé indirectement au trafic d’organes, très rentable en Chine. Ils sont prélevés sur les condamnés à mort. On leur loge une balle non mortelle, puis on prélève les organes. Les détails sont à chercher dans : www.lematin.ch/actu, puis : Le trafic d’organe est un vrai business en Chine.
Alors à côté, les bouddhistes extrêmistes et organisations antichinoises, ou comme le disent les Chinois : "le Dalaï Lama et sa clique"...c’est de la poésie.

02/08/2010 21:18 par Lutin

Pardonnez-moi mon cartésianisme débridé (ce n’est pas une boutade), mais, comparé au temps et à l’espace, je pense que Lénine, Staline et Mao sont au moins à égalité avec une clique qui pratique le jeux des chaises musicales...la seule différence, c’est la représentation...les uns ont choisi de n’entretenir qu’une seule "personnalité" alors que les autres se font "élire"...ceci étant un autre sujet, revenons à nos moutons...

Je m’explique : si Lenine, Staline et Mao sont des meurtriers, ils sont bien loin de Truman (Hiroshima, Nagasaki) et son pote MacCarthy dont la doctrine poussera Eisenhower à faire couler un peu de sang (ceci dit, Eisenhower a fait beaucoup de choses biens en matière de ségrégation, d’extension de l’assurance-maladie, d’accroissement des droits syndicaux...des trucs que certain qualifies aujourd’hui de "communistes"...enfin bon, Dwight n’est pas le sujet) , Johnson (Vietnam), Nixon et les Chicago Boys de Friedman (Plan Condor), Ford (la suite du Plan Condor...mondialisé en essayant de pas faire les même erreurs "médiatiques"), Carter (opération Cyclone, Timor Oriental...oui, vous lisez bien, il y a eu un "autre" Timor Oriental)...tous ces gens là ont pas mal de sang sur les mains, mais, à mon avis, ce sont les suivant les plus meurtriers : Reagan ( et Bush père en vice...président), ça commence avec la "Surprise d’octobre" (pour la prise de pouvoir aux US), validateur de la crise de la dette et du virage ultra libérale des USA (et bien d’autre pays occidentaux), relance de l’armement (IDS), Liban, l’ile de Grenade, les ventes d’armes à l’Irak ET l’Iran, Bush père (guerre du Golfe), Clinton (plusieurs embargos, Somalie), Bush fils (Irak, Afghanistan), Obama (Gaza et Liban...en tant que responsable de l’armement et de l’approvisionnement en armement d’un belligérant).
D’après vous, toutes nationalités confondues, ces présidents sont responsables de combien de morts ?

Le pire n’est pas un Staline ou un Mao, car généralement cela ne dure que le temps de leurs vies, qui plus est de leurs vies "politiques", le pire c’est quand ça dure depuis bientôt 71 ans et vu comme c’est parti, ce n’est pas près de changer d’ici les 10 prochaines années !!!

02/08/2010 21:21 par rouge

Etrange le commentateur ’coolexpress’ pro libérale à la limite du fanatisme et très ignorant sur les questions de l’histoire. On en voit de plus en plus des ’coolexpress’... Ils me font penser à cette foutu hasbara. La hasbara c’est les milliers de personnes rémunérés dont le travail consiste à surfer sur internet 24 heures sur 24 pour propager des informations positives sur Israël. Il ne s’agit ici bien sûr pas d’israël. Mais je pense que les sites comme Legrandsoir auront de plus en plus de visiteurs désagréable de ce gentre dressés voir payés pour intoxiquer.

03/08/2010 01:25 par legrandsoir

Mais je pense que les sites comme Legrandsoir auront de plus en plus de visiteurs désagréable de ce genre dressés voir payés pour intoxiquer.

C’est même certain. Les articles sur Israël les attirent comme des mouches. Et ils vont même jusqu’à adopter leur "argumentaire" selon l’orientation politique du site où ils interviennent, sous différents pseudos évidemment, se faisant tantôt passer pour des critiques "de gauche" et tantôt "de droite", pour arriver toujours aux mêmes conclusions et avec les mêmes fautes de français. J’ai une tendresse particulière pour les "anars pro-sionistes" parce que "résolument révolutionnaires et antisémites".

03/08/2010 00:51 par Chien Guevara

Juste en complément de l’intéressante analyse de Maxime :

Dossier Tibet : la répression chinoise au Tibet ?

03/08/2010 07:39 par Maxime Vivas

A Vanille.

Je répondrai plus tard (et en partie dans mon troisième article sur ce voyage) aux commentaires.

Mais je bondis illico devant certaines affirmations qui ne sont pas l’expression d’une autre opinion, mais des inexactitudes. Ainsi vous écrivez : « Malgré son PIB bien joufflu, le gouvernement chinois… » . La Chine se situe au-delà du centième rang du classement des pays par PIB.

Vous demandez aussi « Et pourquoi donc les Tibétains ont fui en masse le Tibet ? » en ignorant que la population Tibétaine a doublé depuis la fuite du dalaï lama et que, sous son règne et celui de son prédécesseur, c’étaient des villages presque entiers de serfs qui s’enfuyaient, malgré les risques de terribles représailles. Les fugitifs et les voleurs étaient traqués par une petite armée professionnelle. Punitions possibles : arrachage de la langue ou d’un oeil, coupure du tendon du genou, etc. Ces pratiques n’ont été supprimées qu’en 1959, par des réformes décidées à Pékin.

L’immigration actuelle ? Elle a les mêmes raisons que celles qui poussent les habitants des pays pauvres à aller voir ailleurs, plus l’appel du dalaï lama en Inde, plus le fanatisme religieux, plus (là , vous l’aviez subodoré) des désaccords politiques.

03/08/2010 09:13 par CN46400

@ Vanille

Si Leurs drapeaux de prière vous gênent, ne venez surtout pas à Lausanne, vous risquez d’en voir dans les jardins ou sur les balcons…

Si on comprend bien, mieux vaut, en Suisse, être tibetin que musulman (Minarets.....)

Pour ce qui est du trafic d’organes, Le Matin a-t-il parlé de ce qui se passe en Colombie et dans la plupart des "Républiques" centre américaines ?

03/08/2010 12:12 par Framboise

@ Vanille :

Le trafic d’organe est un vrai business en Chine. Alors à côté, les bouddhistes extrêmistes et organisations antichinoises, ou comme le disent les Chinois : "le Dalaï Lama et sa clique"...c’est de la poésie.

Outre que M. Vivas a précisé qu’il parlerait du Tibet et du dalaï lama (vastes sujets) et ne se livrerait pas à une analyse de la situation de l’immense Chine, il est peut être osé de voir de la poésie dans l’extrémisme tibétain.

03/08/2010 13:23 par Mike

Encore une fois je m’égare sûrement, mais j’ai la désagréable impression que les gens cherchent plus à étaler un savoir né d’une volonté profonde d’avoir toujours raison plutôt qu’apporter un complément d’information à l’article qui soit pertinent (hormis les liens externes donnés que je dévorerai dans les minutes qui suivent :-) ).

Je comprends qu’il puisse y avoir bien pire dossier que le sujet évoqué par M. Vivas comme l’a plus que démontré un lecteur, mais n’a-t-on pas le droit de parler de la catastrophe écologique de BP quand des gens meurent de faim en attendant ?

Je métaphorise mal à défaut d’exemples plus concrets (et de culture), mais dans cet article on parle de la culture tibétaine en mettant en avant certains points qui sont vraiment abberants (je repense aux docteurs et leur pratique sur du sable). Je serais ravi d’en recueillir les avis des lecteurs sans me perdre dans d’autres sujets.

03/08/2010 18:00 par Anonyme

Bravo ! Maxime excellant travail, ton texte devrait être publié partout en AMérique du nord soit au Canada et au pays des gringos, ils manquent tous d’éducation,et ils sont presque tous rivés sur CNN.....Ils manquent le meilleur l’information non-censurés.

MERCI

BR

03/08/2010 22:18 par Aacitoyen

Il est étonnant de voir la virulence de certains commentaires sur cet article alors qu’il n’est pour l’essentiel que le descriptif factuel du voyage.
- Faut-il qu’un article sur le Tibet intègre systématiquement une critique de la Chine communiste et ultralibérale exploitant les pauvres travailleurs et persécutant les tibétains.
- Faut-il rappeler systématiquement le massacre de Tiananmen alors qu’il ne viendrait pas l’idée à un Tibétain en vacance en France de raconter son voyage en parlant du massacre du 17 octobre 1961 à Paris ou de celui de mai 1967 en Guadeloupe ?
- Faut-il être admiratif et encenser la spiritualité du Bouddhisme tibétain ?

Ce qui choque peut-être dans cet article, c’est qu’il n’y pas toutes ces critiques hors sujet que l’on a l’habitude de trouver dans tous les autres articles sur le Tibet. En ce sens, c’est l’un des rares articles qui ne soit pas orienté anti-chinois et reflète une vision laïque et neutre à partir d’observations au cours d’un voyage au Tibet. Il est donc normal d’avoir un regard critique sur une religion dont l’impact sur les tibétains est si fort qu’il peut s’apparenter à de l’intégrisme.

Pour moi, la seule chose qui manque à cet article, c’est une description du ressenti que l’on éprouve en arrivant pour la première fois à Lhasa. Tout d’abord l’altitude, 3650 mètres, qui nous laisse KO pendant la première journée, ensuite la beauté de la ville, l’imposant Potala mais aussi toutes les fresques et décorations sur les murs, les portes, les fenêtres, les meubles. Ce souci de la décoration est sans doute un point fort de la culture tibétaine. On voit aussi le contraste entre les moines qui mangent au resto avec leurs téléphones portables et les nombreux pèlerins venant de très loin qui manque de tout et sont parfois obligé de faire la manche pour survivre. Les palais sont jolis mais l’endoctrinement des pèlerins laisse un malaise sur l’avenir d’une partie de la population, surtout lorsque l’on voit de jeunes enfants se prosterner toute la journée en faisant le tour des monastères. C’est à ce moment que l’on prend conscience de notre chance d’avoir une école laïque gratuite et obligatoire en France, et qu’il est indécent de critiquer le gouvernement chinois de faire la même chose au Tibet en l’accusant de faire un «  génocide culturel ».
A côté de cela, il ne faut pas faire d’angélisme, il n’y a pas de sympathie entre les tibétains et les hans, mais les critiques sont plus d’ordre social et économique que venant d’une hypothétique oppression militaire largement fantasmée en occident. En somme, on retrouve les mêmes problèmes à Lhasa que partout ailleurs dans le monde, mais aussi un certain nombre de jeunes qui font des études, apprennent des langues étrangères, et se préparent un bel avenir.

04/08/2010 00:39 par Anonyme

Tibet : Vrai ou faux ?

Une évaluation de nos "connaissances" sur le Tibet, ou du moins, de ce que nous croyons fermement et indubitablement "savoir" de ce pays... à force que les media nous le rabâchent.

C’est là :
http://www.michelcollon.info/index....

Etonnant.

04/08/2010 08:12 par Sierra

"Si Leurs drapeaux de prière vous gênent..."

Si on sacralisait les sacs poubelles, la planète serait recouverte de lieux de culte.

Je ne vois pas en quoi il faudrait tolérer que des pratiques religieuses permettent de pourrir des montagnes - sans parler des graffitis - et dans un même temps, dénoncer les pollutions visuelles induites par le dépot sauvage de cochonnerie. En tout cas, nous savons maintenant que la Suisse est un refuge désigné pour les religieux du Tibet. Parfait, qu’ils aillent donc y pourrir le paysage puisque vous trouvez ça normal.

04/08/2010 08:40 par Maxime Vivas

@ Aaciyoyen

Vous écrivez que ce qui choque (Je comprends à lire le reste que vous n’êtes pas personnellement choqué) « dans cet article, c’est qu’il n’y pas toutes ces critiques hors sujet que l’on a l’habitude de trouver dans tous les autres articles sur le Tibet. »

Oui, j’ai l’ai dit d’emblée, mon sujet est le Tibet et je ne pourrai pas le traiter assez en détail. Toutes les pages du GS n’y suffiraient pas. Vous avez assisté à la finale de la coupe du monde de foot, vous en parlez et des types vous disent : « Et les immeubles sur la Costa Brava, tu trouves ça beau ? Et les corridas, tu n’en dis rien. Tu es pour, alors. Boucher ! Et le taux de chômage en Espagne, et… ».

Vous dites aussi que la seule chose qui manque à cet article, c’est une description de la beauté de la ville « l’imposant Potala mais aussi toutes les fresques et décorations sur les murs, les portes, les fenêtres, les meubles ».

Vrai aussi. C’est pourquoi j’ai mis des photos. Pas assez. Pas la place. (Paris Match, vous croyez ?).

04/08/2010 17:02 par Melchiore

Bonjour,

C’est rigolo, je lis de temps en temps le grand soir. Il est vrai que j’aime ces articles décalés...
Mais ce qui me désole (ce n’est que mon avis), c’est quand je lis des articles sur le Grand méchant Capitalisme, et sur Le gentil Communisme. Alors que pour moi, les deux systèmes sont a essayer, car il n’y a pas de réelle Capitalisme, ni de réelle communisme (et oui, faut reprendre les cours d’économie pour comprendre).
Bref, tout système devient mauvais s’il est pervertis par l’homme, il n’y a pas que les idées qui doivent être bonnes , mais aussi leurs applications.

Votre article ne m’apprends pas grand chose a part que ce n’est pas un journaliste qu’il l’a écrit puisqu’il y met ses préjugés, donc il ne m’informe, au mieux il m’indique sa pensée.

Merci

04/08/2010 22:56 par legrandsoir

Votre article ne m’apprends pas grand chose a part que ce n’est pas un journaliste qu’il l’a écrit puisqu’il y met ses préjugés,

Dire cela, c’est révéler l’étendue de votre ignorance de ce qui se passe réellement dans les médias et chez les "journalistes" professionnels. Les préjugés, comme vous dites, il y a ceux qui les annoncent et ceux qui arrivent apparemment à vous faire croire qu’ils n’en ont pas...

04/08/2010 23:16 par zealot

Bref, tout système devient mauvais s’il est pervertis par l’homme, il n’y a pas que les idées qui doivent être bonnes , mais aussi leurs applications.

Ainsi selon vous des systèmes comme le Servage ou l’Esclavage pourrait être "bon" si ils n’étaient pas pervertis par l’homme. Je suis sûr que vous me répondrez que ces deux systèmes sont pervers par nature. Ce à quoi je répondrais qu’il en est de même du Capitalisme.

05/08/2010 01:28 par emcee

AH ! AH ! Melchiore, vous pensez donc devoir faire plus confiance à un journaliste pour lire des comptes-rendus objectifs et sans préjugés ?

Vous avez encore un grand chemin à faire sur la piste des désillusions. Et c’est tant mieux pour vous, après tout.

05/08/2010 04:21 par Aacitoyen

Voici un autre témoignage d’un voyage au Tibet. Peut-être était ce le même voyage organisé :
Une ancienne fonctionnaire de l’Onu raconte sa visite du Tibet

Je conseille aussi la lecture de l’article suivant pour ceux qui ont une confiance aveugle envers les journalistes professionnels qui parle du Tibet sans jamais y avoir mis les pieds :
Les Tibetains ont un bel avenir au Sichuan

Comment ne s’étonner que les informations positives sur la Chine soient bien souvent occultées ?

La Chine progresse techniquement :
Le TGV chinois est le plus sur et le plus performant du monde.

La chine progresse socialement :
Augmentation du coût du travail en Chine

Et la Chine progresse économiquement, en particulier au Tibet :
L’ouest de la Chine se porte de mieux en mieux.

05/08/2010 06:05 par Olivier

C’est assez amusant ce voyage au Tibet narré par quelqu’un qui insiste bien sur le fait qu’il abhorre totalement toute forme de spiritualité. Sauf que c’est à peu près tout ce que l’on apprend.

Le préambule presque aussi long que l’article est là pour nous tenter de nous persuader que si on ne dit pas comme les autres, on a des chances d’être dans le vrai. Bon...

Mais alors pourquoi ne pas remettre également un poil en question la machine de propagande chinoise qui a organisé cette visite guidée ? On a juste l’impression de lire des dépêches de Xinha (l’agence de presse Chine Nouvelle).

Le chef d’entreprise prospère et heureux (grâce à la Chine) mais en costume traditionnel (ouf, la culture tibétaine n’est pas en danger) qui tape incidemment au passage sur les nobles qui ont perdu leurs privilèges.

La coopérative agricole : là aussi, quel progrès ! Avant (suivez mon regard...), ils "s’échinaient" à produire individuellement de l’orge. Non, mais quels ballots quant on voit combien ils sont pétés de thunes maintenant grâce à la Mère Patrie.

La super brasserie : encore un fleuron de l’économie chinoise. La bière est aussi bonne que les salaires sont bons. Ah si on pouvait avoir la même chose en France !

Le musée : tout va bien, le patrimoine est préservé. Et quoi de plus vivant qu’un musée pour une civilisation ?

La médecine traditionnelle : même approche que pour la médecine traditionnelle chinoise (avec le fameux logo "TCM" Traditional Chinese Medecine"). C’est-à -dire que tout cela est approché de manière "scientifique", blouses blanches à l’appui. C’est-à -dire que c’est à peu près n’importe quoi et n’a justement plus grand chose à voir avec la tradition. De toute manière c’est une tradition tibétaine (beurk !) donc c’est de l’obscurantisme qui ne vaut pas grand chose. Non, le pire est que ce soit soutenu par Pékin ! Sont vraiment sympas avec la culture tibétaine quand-même, on ne peut pas dire.

Le glacier : il est bien haut mais défiguré par la (beurk !) culture tibétaine barbare avec leurs foutus drapeaux à la noix.

Le monastère : oh surprise, et l’article ne le mentionne pas, c’est celui du Panchen lama ! Ah bon, mais c’est qui çui-là  ? Eh bien dans le bouddhisme tibétain c’est celui qui est juste en dessous du Dalaï-lama dans la hiérarchie du bouddhisme tibétain sauf que le vrai Panchen lama a été enlevé à l’âge de 6 ans par les autorités chinoises pour disent-elles, le "protéger". De quoi, on ne sait pas... Mais tout va bien car à sa place, les autorités en ont mis un autre qu’elles ont choisi elle-même. Mais alors celui-là , il n’est pas protégé ? Ben non... Enfin si un peu car il vit à Pékin à vanter les vertus du PCC ce qui explique qu’il ne soit pas dans son monastère au Tibet. Enfin, ce n’est pas trop grave, le monastère a un max d’argent pour faire briller les statues et c’est bien ça qui compte après tout. La culture est préservée quoi.

L’espace naturel préservé : presque aussi beau que les montagnes éclatées par les extractions minières un peu partout au Tibet (Dieu, que la montagne est belle !) comme à Madang ou à Gyama où les résidus toxiques déversés dans la rivière Gyama Shingchu ont provoqué la mort d’une bonne partie du bétail l’année dernière. On ne vous a pas fait visiter Gyama ? C’est pourtant tout près de Lhassa... Une autre fois sans doute.

Bon j’arrête là car sinon ça va être longuet. Dommage par contre d’avoir raté l’institut de tibétologie. On y explique très bien que le Tibet fait parti de la Chine depuis le 14e siècle. Donc effectivement, ça aurait été une conclusion super utile à votre périple.

Le grand absent dans tout ça, c’est le peuple. Qu’est-ce que les gens font, quels sont leurs attentes ? Non, sur le peuple, on ne saura rien. On devine juste que les Tibétains sont suffisamment stupides et décérébrés pour aller faire des graffitis hideux sur leurs belles montagnes ou pour se rouler par terre à la moindre occasion. Beurk, vraiment aucune notion d’hygiène ces gens-la.

Par ailleurs, vos collègues ont eux, remarqué les patrouilles militaires (la nuit) à Lhassa (côté tibétain) : "un quadrillage militaire, par groupes de six soldats hans casqués et en treillis camouflé" là où pour vous "la nuit est plus policée".

Autant je trouve intéressant d’avoir un regard décalé sur les choses qui ne se contente pas de reprendre le discours dominant, autant j’aurais aimé de la part du Grand Soir qu’il poursuive cette logique jusqu’au bout en évitant de reprendre celui du pouvoir chinois.
Et une fois de plus, quid du peuple ?

05/08/2010 08:36 par Maxime Vivas

A Olivier

C’est assez amusant ce voyage au Tibet narré par quelqu’un qui insiste bien sur le fait qu’il abhorre totalement toute forme de spiritualité.

Vous voulez dire de « religiosité ». Notez qu’à vous suivre on pourrait trouver saugrenu un reportage sur le Vatican par un athée ou sur l’élevage des poulets par un végétarien.

Le monastère : oh surprise, et l’article ne le mentionne pas, c’est celui du Panchen lama !

L’article ne dit pas tout sur tout, ce n’est ni un livre ni une thèse. Mais, puisque vous en parlez, le moine qui nous le fit visiter nous conta un miracle : après la mort du Panchen Lama, le corps fut conservé un temps au monastère et « ses cheveux et ses ongles continuèrent à pousser ». Sachant que c’est le cas pour tous les morts, vous imaginez si ma religiosité a progressé à l’écoute d’un tel phénomène divin.

Par ailleurs, vos collègues ont eux, remarqué les patrouilles militaires (la nuit) à Lhassa (côté tibétain) : "un quadrillage militaire, par groupes de six soldats hans casqués et en treillis camouflé" là où pour vous "la nuit est plus policée"

.

Ce ne sont pas « mes » collèges mais le journaliste du Figaro. Dommage, votre « article ne le mentionne pas », comme vous diriez. J’aurais dû ajouter « côté tibétain » pour bien mettre mes pas dans ceux du Figaro. De plus, pourquoi avez-vous coupé la fin de sa phrase : « aux visages étonnement jeunes » ? précision finale et non innocente par laquelle l’auteur avait inséré une notion dédramatisante ?

…j’aurais aimé de la part du Grand Soir qu’il poursuive cette logique jusqu’au bout en évitant de reprendre celui du pouvoir chinois.

Dans le troisième volet de mon récit de voyage, je donnerai à lire le dalaï lama lui-même.

Puis, je citerai le « pouvoir chinois ». Je ne crois pas l’avoir encore fait. Il faut se méfier : tout ce qui, sur ce sujet, ne le contredit pas et révèle le vrai visage du dalaï lama n’est pas dicté par Pékin.

Et une fois de plus, quid du peuple ?

J’y viens plus précisément dans mon troisième article.

Cela dit, j’apprécie le ton courtois de votre persiflage et le sérieux de votre travail de contre argumentation qui souffre cependant d’un défaut : il présuppose assez nettement que de nous deux, l’un est objectif et soucieux des pauvres Tibétains et l’autre pas.

Sur mon désintérêt pour le sort des Tibétains, vous aurez du mal à soutenir cette thèse. Sur l’objectivité (ce leurre !) ou plutôt sur l’élargissement de l’éventail des vérités, on peut souhaiter que LGS publie intégralement les articles de mes compagnons de voyage. Ainsi aura-t-on lu ici mon récit, celui de mes confrères, des déclarations du dalaï lama, le point de vue des autorités chinoises et quelques autres à venir. Et, savez-vous ? cela sera à la fois insatisfaisant et un petit peu mieux que ce qui se fait ailleurs.

05/08/2010 10:00 par CN46400

@ olivier

La coopérative agricole : là aussi, quel progrès ! Avant (suivez mon regard...), ils "s’échinaient" à produire individuellement de l’orge

"Individuellement" peut être, mais ce n’est pas sûr, par contre ce qui est certain, et que vous négligez, c’est que c’était pour les moines, c’est à dire les vrais propriétaires de la terre !...On a connu cela chez nous, avant 89 (1789) c’était super.....

06/08/2010 05:11 par Aacitoyen

@ Olivier

Vous écrivez, entre autres :
"L’espace naturel préservé : presque aussi beau que les montagnes éclatées par les extractions minières un peu partout au Tibet (Dieu, que la montagne est belle !)"

Êtes vous sûr que la vision que vous avez du Tibet est conforme à la réalité ?

J’ai eu la chance d’aller au Tibet en train, c’est à dire en prenant le temps de regarder le paysage toute la journée. L’essentiel du voyage traverse le plateau tibétain, environ 1000 km à plus de 4000m d’altitude. Je n’ai pas vu de montagnes éclatées par les extractions minières, je n’ai même pas le souvenir d’en avoir vu une qui m’aurait choqué. Il y a pourtant de très nombreuses montagnes mangées par des carrières dans le Guizhou ou je vais souvent. En fait le plateau tibétain est essentiellement désertique et il n’y a rien à part des collines, de la végétation rase, une route, une ligne de chemin de fer, quelques animaux, quelques maisons, et plus rarement un petit village. Il n’y a pas d’industrie polluante car il n’y a pas d’industrie du tout.

Vous savez ce qui m’a le plus marqué pendant ce voyage en train ?

C’est que malgré le chantier titanesque pour construire ce train posé sur un ballast spécial qui doit faire 10m de haut, il n’y a aucune trace de travaux autour de cette ligne de chemin de fer, aucune carrière, aucune route de chantier, aucune végétation abimée alors qu’elle est visiblement très fragile et qu’elle s’étend à perte de vue. Le paysage a été entièrement préservé durant la construction. On a l’impression que le train est posé dans le paysage comme par miracle. J’ai appris plus tard qu’un effort particulier a été fait lors de la construction pour protéger l’environnement, allant même jusqu’à déplacer la couche de végétation pendant le chantier pour la remettre après.

J’ai retrouvé le même soucis pour préserver l’environnement dans la ville de Lhasa ou un effort particulier est visible partout, et semble-t-il depuis longtemps :
- Capteurs d’eau chaude sur à peu près tout les toits, ce sont même des anciens modèles par rapport aux modèles à tubes qui se vendent par millions actuellement en Chine chaque année.
- Véhicules électriques (scooter ou triporteur), certains sont visiblement très vieux, il y a plus de scooters électrique que de mobylettes à moteur sthermique.
- Voies spéciales pour les vélos dans les nouvelles avenues.
- Pas d’odeur de charbon contrairement aux villes du reste de la Chine.
- Pas de pollution visible
- Pas de décharge sauvages
- Pas de sac en plastiques qui volent partout (interdit)

Il ne s’agit pas de faire de la propagande, mais d’ouvrir les yeux sur la réalité : Le Tibet n’est pas tel qu’on nous le décrit en occident.

Mais soyez rassuré, il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir. Et si vous venez un jour au Tibet, vous trouverez bien quelque part une usine qui pollue ou un groupe de militaires dans les rues de Lhasa pour vous renforcer dans vos convictions.

06/08/2010 11:59 par Maxime Vivas

J’ai eu la chance d’aller au Tibet en train, c’est à dire en prenant le temps de regarder le paysage toute la journée. L’essentiel du voyage traverse le plateau tibétain, environ 1000 km à plus de 4000m d’altitude. Je n’ai pas vu de montagnes éclatées par les extractions minières, je n’ai même pas le souvenir d’en avoir vu une qui m’aurait choqué.

Rien vu de tel non plus sur 300 km de trajet en montagne. Je veux bien convenir que ça existe ailleurs, ou alors la Chine n’aurait pas de carrières ou de mines sur le territoire tibétain grand comme deux fois la France (où existent des carrières, si, si !).

Mais il est clair que la description d’un Tibet aux montagnes défigurées par le pouvoir central est forcée.

06/08/2010 20:15 par Olivier

@Maxime Vivas
Va pour le terme "religiosité" mais ne vous méprenez pas sur ma réflexion, je trouve cela "amusant" dans le bon sens du terme. C’est-à -dire divertissant et qui fait sourire. Et je n’ai rien contre vos propositions de sujets qui pourraient même faire une série originale et bien décalée genre "pèlerinage à la Mecque par un islamophobe patenté" Ce pourrait être aussi savoureux que le poulet des végétariens.

Pour le monastère du Panchen lama, non, on ne peut pas tout dire bien sûr mais un simple "siège du Panchen lama au Tibet" aurait suffit. Juste pour préciser qu’il ne s’agit pas de n’importe quel monastère vu la stratégie initiée par Pékin sur le rôle de ce dignitaire.
Pour l’anecdote sur le précédent Panchen lama, sachez qu’elle vous a été contée par un conteur justement qui est au moins aussi moine que vous et moi. Si jamais vous vouliez aller à la rencontre de véritables moines au Tibet, je vous déconseille grandement le monastère de Tashilhunpo.

Il semble de plus que la disparition du 10e Panchen lama soit due à sa déclaration « le progrès apporté au Tibet par la Chine ne saurait compenser la somme de destructions et de souffrance infligée au peuple tibétain ». Évidemment, comme ça fait désordre, il est de meilleur aloi de n’avoir plus qu’à parler de la pousse des cheveux et ongles de son cadavre. Enfin pour en finir sur ce sujet, vous aurez remarqué qu’il n’y a quasiment pas de portraits de l’actuel Panchen lama (Gyancain Norbu, celui choisi par Pékin) au Tibet vu que le peuple tibétain ne le reconnaît pas comme authentique. On laisse donc celui de son prédécesseur.

Mea culpa pour le "vos collègues". J’aurais dû me relire. Mon intention première étant de citer plusieurs sources dont celle de Damian Grammaticas de la BBC. Son reportage peut d’ailleurs être visionné ici : http://www.bbc.co.uk/news/world-asia+pacific-10639713
On y voit beaucoup de militaires dans les rues et sur les toits et des convois entiers sur les routes. On y voit un moine "repenti" du Jokhang (un de ceux qui avaient déclaré à un précédent périple de journalistes en 2008 qu’il n’y avait pas de liberté au Tibet). Sûrement qu’ils avaient mal digéré le beurre rance de la veille.

Regardez bien la mine contrite de ces moines exhibés aujourd’hui. On sent qu’ils n’ont pas intérêt à faire un pet de travers devant ce nouvel aréopage de journalistes. Tête baissée, les yeux au sol, le visage du jeune s’illumine juste un peu quand on lui demande s’il vénère le Dalaï-lama. Il grommelle un "oui" immédiatement traduit par l’interprète comme "Non, il ne le vénère pas". On y voit aussi comment l’escorte du journaliste l’empêche de parler à des gens dans la rue. La nuit venue, quand il arrive finalement à questionner quelqu’un dans la rue, il lui est confié qu’il est très dangereux de le faire et que ceux l’ayant fait sont désormais en prison. Il est donc effectivement plus sage de se cantonner aux canettes de bière.

Mais bon, il s’agit du voyage de journalistes anglo-saxons précédent le vôtre auquel j’ai préféré me cantonner en soulignant juste ce phénomène de présence militaire qui vous a échappé.
Pour le passage tronqué "«  aux visages étonnement jeunes », là aussi, j’ai voulu raccourcir considérant qu’une armée jeune ou vieille restait une armée (et ce phénomène de jeunes troufions est observable partout en Chine). Maintenant si vous voulez que j’apporte de l’eau à votre moulin en dédramatisant comme vous dites, je peux. Un ami résident à Lhassa m’a récemment rendu visite en me racontant que ces jeunes soldats précisément, étaient nettement moins "coincés" qu’au début et qu’ils allaient jusqu’à siffler les filles dans les rues. Quasi bon enfant quoi...

Il n’en reste pas moins qu’une armée d’occupation reste une armée d’occupation.

Je suis impatient de lire votre article sur le Dalaï-lama bien que l’expression "vraie visage" ne vienne porter l’ombre de quelques cumulonimbus sur cette attente. J’espère toutefois que vous ne manquerez pas de citer l’étonnante initiative de Wang Lixiong, l’intellectuel chinois, qui par deux fois a permis aux internautes de Chine de poser des questions au Dalaï-lama (via Twitter). On peut trouver une version en anglais de la plus récente expérience ici par exemple : http://www.unpo.org/article/11456

C’est d’autant plus intéressant qu’il répond en sachant qu’il s’adresse au peuple chinois (et pas à des Dalaïmaniaques occidentaux). Et il insiste bien sur le fait que c’est le peuple qui devrait décider si oui ou non, l’institution du Dalaï-lama devrait perdurer. Il parle également beaucoup du fait que le Tibet devrait rester sous la tutelle de la Chine pour l’aider à de développer.

Et il y a également un autre point qui n’est jamais abordé sérieusement au sujet du Dalaï-lama que j’aimerais que vous abordiez. C’est à propos de ses déclarations sur le fait qu’il soit Marxiste. Évidemment, en général, les journalistes occidentaux n’y voient toujours qu’une boutade et se garde bien d’essayer de lui faire développer la question. Si leur gentil nounours bouddhiste commence à parler comme ça, ça ne va plus du tout. Et pourtant, si l’on creuse un peu le sujet, on s’aperçoit assez vite que le Dalaï-lama a une réelle réflexion politique sur la question. Si sa préoccupation première est bien entendu la religion, il lui semble que le Marxisme pourrait être le système qui s’accorde le mieux avec elle pour une sorte de "traduction dans la matérialité". C’est un point de vue foncièrement original qui mériterait d’être éclairé.

Ce serait toujours plus intéressant que les sempiternelles mélanchoneries sans consistance sur ce personnage car il a toujours dit et redit qu’il n’était absolument pas question de revenir au régime ancien (théocratique et féodal pour les lecteurs plus harcore).

Pour en revenir au peuple tibétain, il serait intéressant aussi de parler de la mutation récente de la "nouvelle école de pensée". Cette nouvelle école de pensée a été fondée par des intellectuels tibétains (principalement dans la région de Xining) qui voyaient dans le bouddhisme (et donc dans le régime précédent) la cause de l’arriération du Tibet. Zhogs dung en était le chef de file. Du coup, ces intellectuels étaient très bien vus par le pouvoir chinois et leurs écrits paraissaient notamment dans le "Qinghai Tibetan News" , organe du Parti.

Sauf que depuis les événements de 2008, on assiste à un revirement complet de leur position. Zhogs dung en particulier a fait paraître (clandestinement au Tibet) un livre (Gnam sa go "˜byed : Séparer le ciel de la terre) où il n’est plus question que de révolution à la tibétaine et pour le peuple tibétain. Et ce, en s’opposant à l’occupation chinoise. Ce livre (écrit en tibétain) est désormais très difficile à se procurer. En voici quelques extraits :

"La cible de la révolution de 2008 au Tibet est claire : c’est le totalitarisme"
"Ce réveil (toujours à propos des événements de 2008) doit être compris comme une importante redécouverte de la conscience politique à travers la révolution. C’est le début d’une réappropriation de la conscience de la nation, de la souveraineté, du territoire, de la politique, de la nationalité, de l’humain et de l’éveil de la liberté, de l’égalité, des droits, de la prise de conscience et de la démocratie".

Bref, un texte révolutionnaire qui laisse à penser que le peuple tibétain attend son Grand Soir lui aussi.

Sinon, merci pour le "ton courtois". J’essaye effectivement de ne pas me contenter de bêler stupidement comme beaucoup. Il se trouve que le sujet me tient à coeur et que je le connais assez bien. Comme déjà dit lors d’un précédent commentaire, je vis en Chine et pratique le Tibet depuis longtemps. J’ai un ami tibétain en prison (pour 15 ans) et croyez-moi, certains commentaires sont difficiles à encaisser pour qui se soucie un tant soit peu de dignité humaine. Néanmoins je garde mon calme et expose mon point de vue sans céder aux injectives stériles.

Et à moi maintenant de vous remercier. En effet, vous ne censurez aucunement mes interventions et j’apprécie sincèrement cette transparence. Ce n’est pas le cas sur d’autres médias et sur le même sujet. Donc, un grand coup de chapeau pour vous sur ce point là  !

Ah tiens, impossible de poster car je suis listé en "RBL"... Real Time Black Hole Lists.
Je suis désormais sur votre liste noire semble-t-il... J’essaye avec une config VPN différente.

06/08/2010 23:14 par Maxime Vivas

A Olivier :

Ah tiens, impossible de poster car je suis listé en "RBL"... Real Time Black Hole Lists. Je suis désormais sur votre liste noire semble-t-il... J’essaye avec une config VPN différente

.

Vous n’êtes pas du tout sur une liste noire du GS. Un pb technique n’est pas forcément un pb de censure. Pour que votre texte passe, il faut qu’il parvienne (si ça coince LGS n’y peut rien) et que LGS le valide : les interventions sont modérées pour cause de propos injurieux ou qui mettent en danger la survie du site. Vous pouvez essayer toutes les configurations possibles, si vous écrivez « Vivas est un p… d’enc…, vive Hitler ! », personne n’aura l’occasion de le lire.

LGS a récemment surmonté une menace de procès qui l’a quand même obligé à traîner dans des lieux inhospitaliers (commissariats), il vient d’apprendre une plainte en diffamation pour un article vieux de deux ans (re-commissariat lundi). Des Internautes jouent à envoyer au GS des textes qui exposeraient à des procès. Souvent des petits trucs antisémites noyés dans des commentaires. LGS est un peu visé.

Vous avez remarqué que LGS est gratuit, donc sans trésorerie ? C’est son talon d’Achille. C’est ainsi que sa mort vous sera annoncée un jour. Demain ?

En résumé, dès que votre texte nous arrive, même s’il est en contradiction avec ce que j’écris, s’il ne menace rien d’autre que mon propos, il passe, même sil est long.

Vous avez d’ailleurs aussi remarqué que vos contributions sont publiées ?

07/08/2010 05:24 par Olivier

Mais oui, je remarque que mes contributions sont toutes passées y compris la dernière. J’ai juste été surpris qu’elle soit refusée par votre serveur au moment même où je venais de vous remercier.

Mais a priori, il s’agit bel et bien d’un problème technique probablement dû au fait que je doive passer par un VPN pour surfer tout à mon aise ici. En jonglant un peu avec la technique, mon message vous est finalement parvenu.

Je confirme donc qu’il n’y a pas de problème de censure de la part du Grand Soir.

J’en profite (pour ceux qui s’intéresseraient d’avantage aux sorts des gens qu’aux trains) que j’ai oublié de préciser que Zhogs dung (l’auteur du livre cité) a bien entendu été arrêté en avril de cette année. Et croyez-moi, nous sommes mieux là où nous sommes que là où il est. Que ceux qui en doutent proposent sportivement au PCC radieux et harmonieux d’échanger leur place avec la sienne.

Sinon, je me doute que LGS connaisse des problèmes. Cependant il existe et il est la preuve que la liberté d’expression n’est tout de même pas qu’un vain mot en France. Ici (en Chine je veux dire), tenter de faire quelque chose d’équivalent serait de la pure science-fiction sans compter que ce serait tout simplement suicidaire. Mon ami prisonnier tenait lui un site de poésie tibétaine contemporaine. Mauvaise pioche.

Le manque de réelle liberté d’expression en Chine est d’ailleurs LE gros problème auquel ce pays qui se développe de manière fulgurante par ailleurs, est confronté aujourd’hui.
La nature même de l’Internet commence à faire bouger un peu les lignes (particulièrement chez les jeunes) malgré les tentatives de contrôle absolu de la part du pouvoir. Encore un bon sujet pour un article tiens...

Sinon, et j’en terminerai là , ça ne fout les boules à personne de savoir que l’UMP soit le seul parti politique au monde à avoir signé un protocole avec le PCC avec échange "instructif" de hauts cadres et tout le bazar ? Eh oui, depuis le 22 octobre de cette année, l’UMP et le PCC sont désormais des partis "frères". Cette association aussi fructueuse qu’étonnante est totalement passée sous silence en France. Pourquoi ?

Ce serait intéressant que le Grand Soir se penche sur la question ! Personne ne le fait...

07/08/2010 10:03 par Jean Durlan

A mesure que des informations convaincantes et, semble-t-il, sérieuses, sont apportées par le site le Grand Soir sur le Tibet, les commentaires de mes frères de lecture glissent sur la situation dans le reste de la Chine. On change de sujet.

J’avais toujours cru que l’horreur était au Tibet plus que partout ailleurs en Chine. On croit maintenant entendre chez vos lecteurs : "Pour le Tibet, OK, les dalaï lama sont des affreux. Mais à Pékin, hein ..."

Il vous reste à lancer une souscription pour envoyer un de vos journalistes en Chine.

07/08/2010 11:19 par legrandsoir

Il vous reste à lancer une souscription pour envoyer un de vos journalistes en Chine.

...le modérateur surmené du Grand Soir se porte volontaire pour un reportage aux Maldives où, parait-il, il s’en passe des choses dans les bungalows pour milliardaires. D’où la nécessité d’une enquête. Sur place, forcément. Une semaine, ce serait bien. Plus, s’il le faut. Car informer n’est pas une liberté pour la presse, mais un devoir. D’où mon sacrifice.

15/08/2010 21:03 par Patrick.

« J’imagine bien qu’il existe une autre médecine tibétaine basée sur d’autres savoirs ancestraux » : vous qui faites un si remarquable travail d’information pour rétablir la vérité autour du Tibet, pourquoi ne parvenez-vous pas à vous débarrasser de ce genre de croyances ? Les peuples lointains ou à tradition ancienne seraient dépositaires d’une « autre » médecine ancestrale, évidemment très supérieure à la médecine scientifique d’aujourd’hui...

Qu’appelez-vous exactement « allopathie », terme au sens farfelu inventé par la secte homéopathique pour mettre en opposition leur « art » et la médecine ? Existe-t-il par exemple une chirurgie homéopathique ? Une neurologie homéopathique ? Une virologie homéopathique ? Ouvrez les yeux... Voyez cet article de Wikipedia, très bien documenté :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Homéopathie

16/08/2010 09:27 par Maxime Vivas

« J’imagine bien qu’il existe une autre médecine tibétaine basée sur d’autres savoirs ancestraux » : vous qui faites un si remarquable travail d’information pour rétablir la vérité autour du Tibet, pourquoi ne parvenez-vous pas à vous débarrasser de ce genre de croyances ?

Bonne remarque !

En fait, le problème est qu’il est difficile de parler du Tibet et du dalaï lama sans céder aux sollicitations implicites (mais fortes) d’élargir et de tout mélanger : Mao, la Révolution culturelle, le capitalisme-communisme, la spiritualité spécifique du bouddhisme, etc.

Existe-t-il une médecine qui, dans l’« isolement » (pour reprendre un terme du dalaï lama) séculaire du Tibet aurait développé un savoir propre, des expérimentations empiriques ayant donné des bons résultats ? Quid de l’utilisation de plantes qui ne poussent qu’au Tibet ? Je n’en sais rien et, pour ne pas répondre par la négative après avoir vu seulement deux charlatans en blouse blanche lire dans la poussière de terre, je veux bien imaginer qu’une telle médecine puisse exister dont l’efficacité supposée pourrait être d’ailleurs démultipliée par un effet placebo dynamisé par le fanatisme religieux.

Cela dit quand, dans le minibus qui nous fit franchir des montagnes, quelqu’un fut au bord de l’étouffement, le médecin tibétain qui nous accompagnait partout sortit prestement à son intention une bouteille oxygène moderne, prolongée de tuyaux en plastique à se mettre dans les narines.

23/08/2010 23:37 par Louis

Quand je lis,j’entends,je regarde un reportage dans le médias sur les Chinois, le journaliste me présente presque toujours les personnes observées ou interrogées sous la dénomination "courtoise" de "Monsieur" Li par ci ou "Madame" Chang par là , comme dans une BD de Tintin, suggérant plus que de l’ exotisme, un certain mystère comme si tous les Chinois appartenaient à une organisation secrète, raffinée, cruelle et criminelle genre la Triade.
Pour une fois qu’un article sur le Tibet ne fait pas dans la propagande,à l’usage de classes moyennes "mysticisées", versées dans la recherche de l’absolu des ventres pleins, aveugles sur la dérive "ultra-libérale" de leur régime économique et politique dont elles profitent encore aujourd’hui. Mais je m’égare... Merci M. Vivas.

25/09/2010 18:50 par Peintre

Ce fameux Maxime Vivas , je dirai plutôt Minime Mort est un person qui prend son pied de semer des polémiques , pour lui la raison c’est un "chose" de deuxième degrés , l’important est de nourrir son envie de dispute . Il se croie plus fort que le Dalai Lama ; le pauvre !!

25/09/2010 20:58 par Maxime Vivas

@ Peintre.

J’apprécie à sa valeur désopilante votre calembour sur mon patronyme.

Me permettrez-vous de vous faire remarquer que, juste sous mon nom, commence un long article sur lequel vous auriez pu exercer votre verve dévastatrice ?

L’absence de votre réfutation de l’article sur le fond est facteur de frustration. Je n’ose croire qu’il s’agit d’un calcul délibéré et pour tout dire, cruel.

PS. Les pseudos, c’est bien, c’est utile, personne n’est contre, sauf quand ils précèdent des attaques personnelles. Vous vous en prenez à un auteur, il ignore à qui il répond.

21/08/2011 21:54 par jean- françois

j’ai pris plaisirs à vous lire et je peux vous dire que j’ai été un privilégié de visiter Lhasa Sigantse et les alentours en 1984 en individuel quel bonheur de l’avoir fait à cette époque. J’ai même fait du stop avec les routiers chinois conduit un de leur camion bref je suis navré à tel point les chinois on démolit cette région

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