Avant le FMI : Dominique Strauss-Kahn et le « socialisme du réel ».








Juillet 2007.


« Il faut un socialisme du réel » affirmait, avant de s’inscrire en attente de poste au Fmi, Dominique Strauss-Kahn dans un long texte, publié en trois parties dans trois numéros du Nouvel Observateur de mai et juin 2007. Le projet est louable. Le résultat l’est beaucoup moins : ni le socialisme, ni le réel n’ont de place dans ce texte idéologique. Seul, risque de rester réel, le « job » au Fmi.

Dans cette contribution, le socialisme est remplacé par un « réformisme sans tabou », « sur le financement des retraites, l’évolution du système de santé, la réforme du marché du travail, la reconfiguration territoriale des services publics ».
La « reconfiguration territoriale des services publics » est devenue la figure de style obligée chez les sociaux libéraux pour remettre en cause les services publics.
Quant à l’absence de « tabou », elle ne penche que d’un seul côté : à droite. Déjà en 2005, à l’Université d’été du PS à La Rochelle, DSK avait affirmé que les socialistes devaient être « capables d’utiliser tous les instruments fiscaux sans tabou, y compris les impôts à la consommation » (Le Monde du 15/06/07). Il avait alors plaidé, comme aujourd’hui Fillon pour une « TVA sociale » avant la lettre.
La redistribution des richesses, fondement même du réformisme social démocrate pendant la majeure partie du XXème siècle ne figure, dans les trois articles, que sous forme de question : « Quel partage de la valeur ajoutée » ?


Le réel est lui aussi évacué. L’analyse du capitalisme contemporain n’est même pas esquissée. La chute de la productivité du travail, le retour aux formes les plus brutales du capitalisme du XIXème siècle, le déplacement de la demande sociale vers des secteurs où la productivité du travail ne peut progresser que très lentement (santé, éducation, culture...), l’instabilité et la profonde illégitimité de ce système, ne font pas partie du « réel » de DSK.

La mondialisation y est réduite à un mot mais le rôle « réel » de l’Organisation Mondiale du Commerce, du Fonds Monétaire International, de la Banque Mondiale ou des multinationales qui structurent pourtant le monde dans lequel nous vivons n’ont pas droit de cité dans le texte de DSK. Il n’y dira pas ce qu’un socialiste peut faire à la tête du Fmi : serait-ce parce que, dans le réel, on n’y peut rien faire de socialiste ? Et s’il était annoncé qu’on peut y faire quelque chose de socialiste, sans doute n’aurait on pas le « job ».

Les effets de l’Union européenne libérale, celle de l’Acte Unique, de Maastricht, d’Amsterdam, de Nice, ne font pas l’objet du plus petit début d’analyse. Alors que, dans les faits, l’Union européenne est le levier de la mondialisation libérale en Europe, elle n’apparaît dans le texte de DSK comme la réponse « à la demande de protection face à la mondialisation ».

En France, au cours des 25 dernières années, c’est près de 10 points des richesses créées chaque année (environ 160 milliards) que les profits ont confisqués aux salaires mais cette donnée fondamentale ne fait pas davantage partie du « réel » de DSK.

Malgré l’annonce introductive de ces trois articles si bien traités par le Nouvel Observateur, le bilan de la gauche au pouvoir ne fait pas non plus partie du « réel » : ni le temps, ni l’espace n’ont d’existence dans le texte de DSK. Le tournant de 1983 n’a jamais eu lieu. Les politiques calamiteuses de Rocard, Cresson et Bérégovoy non plus.
Quant au bilan meilleur mais mitigé de Lionel Jospin, il n’en est pas dit un seul mot. Ce qui se comprend assez facilement : la gauche avait, certes, permis la création de 1,8 million d’emplois et permis à 1 million de chômeurs de retrouver du travail mais c’était en complète contradiction avec ce que préconisaient les dogmes libéraux. Alors que les libéraux préconisaient l’euro cher, l’euro était alors bon marché par rapport au dollar. Alors que les libéraux préconisaient la modération salariale, la masse salariale avait augmenté du fait des créations d’emplois et des augmentations du Smic et des salaires. Alors que les libéraux recommandaient l’augmentation du temps de travail, le gouvernement Jospin avait diminué le temps de travail. Alors que les libéraux privilégiaient le contrat, c’est la loi (malgré toutes ses limites) qui avait imposé les 35 heures au MEDEF. Le solde de la Sécurité sociale était devenu excédentaire : pourquoi ne pas intégrer cette donnée à une vision « sans tabou » du financement de la protection sociale ?

Le texte de DSK prend appui sur la « pensée unique » martelée quotidiennement par les grands médias. Il évacue ainsi, à l’aide de quelques formules stéréotypées, des questions déterminantes. Il dénonce une certaine vision de la lutte de classes qui n’existe que dans ses fantasmes. Il refuse de « s’enfermer dans la seule défense des acquis » mais il se garde bien de préciser s’il faut ou non défendre ces « seuls » acquis. Il condamne le fait de « rejeter frénétiquement l’expérimentation scientifique » et évacue ainsi la question d’un moratoire sur les OGM...

Ce texte « théorique » en trois parties, de DSK, ne s’embarrasse guère de contradictions ou d’incohérences. Il commence ainsi par souligner que « les inégalités ne se réduisent guère » mais finit pas condamner l’ « égalitarisme niveleur »... Il oppose « l’augmentation de l’allocation de rentrée scolaire » et « le renforcement de l’encadrement des élèves », comme si les deux mesures répondaient au même problème et que l’allocation de rentrée scolaire n’était pas une réponse, tout à fait insuffisante, à la vie chère.


Pour une société juste.

C’est le premier objectif que se fixe DSK. Malheureusement, la vision de la société sur laquelle repose ce premier objectif n’a, là encore, qu’un lointain rapport avec la réalité.

Lorsqu’il reconnaît que « les inégalités ne se réduisent guère », la réalité est bien différente de cet euphémisme frileux : non seulement les inégalités ne se réduisent pas mais elles s’accentuent à une vitesse foudroyante. Entre 1998 et 2005 (Camille Landais - Ecole d’économie de Paris) le revenu moyen par foyer a augmenté de 5,9 % (0,82 % par an). Mais dans le même temps, les revenus des 1 % les plus riches (350 000 foyers) ont augmenté de 19 %. Ceux des 0,1 % les plus riches (35 000 foyers) ont augmenté de 32 % et ceux des 0,01 % les plus riches (3 500 foyers) de 42 %. La société française est devenue une gigantesque machine à redistribuer les richesses vers ceux qui sont déjà les plus riches.

DSK affirme, ensuite, que la nouvelle réalité, c’est celle de « la fragmentation sociale ». C’est une expression qui fait « chic ».
C’est une vision complètement unilatérale de la réalité sociale qui se refuse à prendre en compte deux autres aspects de la réalité beaucoup plus fondamentaux.

Premier aspect de la réalité sociale : l’homogénéisation de la société. Les petits agriculteurs et les petits commerçants qui formaient 50 % de la population active au milieu du XXème siècle ont progressivement disparu. Corrélativement, le salariat a considérablement augmenté et représente aujourd’hui 91 % de la population active. Non seulement le salariat n’est pas en voie de disparition, mais il s’est considérablement renforcé. Cette montée en force du salariat traduit non une fragmentation de la société mais, au contraire, son homogénéisation.

Deuxième aspect de la réalité sociale : l’homogénéisation du salariat. A l’intérieur même du salariat, ensuite, DSK ne veut voir que les différenciations qui sont à l’oeuvre. Il oublie, d’ailleurs, de préciser, que ces divisions sont, avant tout, le fruit de politiques patronales bien précises : individualisation des salaires, précarisation des contrats, externalisation des productions, multiplication des formes de sous-traitance... Elles n’ont rien à voir avec la mondialisation mais tout à voir avec les politiques des gouvernements français : croit-on que les 800 000 salariés de la restauration dépendent des contraintes de la « concurrence internationale » ? DSK oublie, également, le rôle de l’Etat qui, même lorsque la gauche était au pouvoir, n’a rien fait pour généraliser le CDI ou réglementer la sous-traitance. Il se refuse à constater que ces différenciations s’accompagnent d’un processus beaucoup plus profond d’homogénéisation. Ce qui prime aujourd’hui, c’est le problème de l’emploi et, de ce point de vue, hormis une poignée de « cadres internationaux » ou de cadres très supérieurs, les cadres sont aujourd’hui dans la même galère que les employés et les ouvriers et ont les mêmes droits à défendre.

DSK, enfin, a une vision complètement figée de l’évolution du capitalisme. Il en est resté au temps où les ouvriers constituaient l’essentiel du prolétariat. Il n’a pas compris que le capitalisme exploitait aujourd’hui le travail intellectuel, de la même façon qu’il exploitait hier le travail manuel. Il n’a pas compris que, dans le capitalisme du troisième âge, prolétariat et salariat, cols blancs et cols bleus, étaient (à une poignée de cadres très supérieurs prés) équivalents.


Sur la base de cette analyse, DSK propose néanmoins d’éviter trois écueils et avance trois pistes. Evacuons d’emblée le troisième écueil, il ne présente qu’un intérêt circonstanciel : « faire de la démocratie participative ou du nécessaire dialogue sociale une fin en soi ».

Le premier écueil est plus intéressant : « ignorer la fragmentation sociale en imaginant qu’on peut encore construire un « front de classes » à l’ancienne autour de quelques mots d’ordre anticapitalistes et altermondialistes ». La question n’est plus de construire « un front de classes » puisque le salariat représente aujourd’hui plus de 90 % de la population active. La question est de rassembler ce salariat autour, non de « quelques mots d’ordre » mais d’un programme qui redistribue les richesses, réduise le temps de travail pour faire reculer le chômage de masse, généralise le CDI pour en finir avec la précarité, défende et renforce les services publics, les retraites par répartition, le remboursement à 100 % par l’assurance maladie obligatoire... De ce point de vue, il faut bien reconnaître que DSK se situe plutôt du côté du problème que de celui de la solution, du côté de la fragmentation du salariat plutôt que de son rassemblement.

Le deuxième écueil est tout aussi significatif de l’analyse erronée de DSK et de l’impasse dans laquelle il veut nous conduire lorsqu’il refuse de « capituler devant la société des individus en courant après tous les mouvements sociaux et en se laissant disloquer par toutes les revendications ». Ainsi, pour DSK, les mouvements sociaux correspondent à la « société des individus ». Il faut vraiment ne jamais avoir participé ni même avoir prêté la moindre attention à une grève ou à un mouvement social comme ceux qui s’opposaient au plan Juppé en 1995, à la loi Fillon contre les retraites par répartition en 2003 ou au mouvement contre le CPE en 2006 pour ne pas comprendre que ces actions collectives, solidaires sont justement à l’opposé de la « société des individus ». Nous savons ce que nous a coûté, lors de la dernière élection présidentielle, le refus de prendre en compte les aspirations (majoritaires dans la population) qu’exprimaient ces mouvements sociaux. DSK nous propose de continuer.

Les trois pistes que propose DSK pour sa « société juste » brillent surtout par leur imprécision. Première piste : « la promesse d’un Etat social à nouveau efficace ». Pour y arriver, encore une fois « rien n’est tabou » ce qui signifie, dans la langue de bois des sociaux libéraux, qu’il ne faudra surtout pas remettre en question (comme l’a fait Blair au Royaume-Uni) les lois de la droite et qu’il faudra continuer dans la même direction.

Deuxième piste : « celle d’un nouveau compromis social ». DSK pose à cette occasion la question fondamentale : « quel partage de la valeur ajouté » ? Mais il se garde bien d’y répondre. L’emploi, le pouvoir d’achat sont donc totalement absents des perspectives ouvertes par DSK.

Troisième piste : « l’égalité réelle, l’égalité des droits ». L’objectif est pertinent mais dépend entièrement de la réponse à la question précédente car sans une toute autre redistribution des richesses qui suppose de s’opposer frontalement au Medef et donc de nous appuyer sur la force du mouvement social, cette « égalité réelle » restera, comme l’affirme d’ailleurs DSK, une « utopie ».


Pour une nouvelle cohérence économique et sociale.

Pour étayer ce deuxième objectif, DSK part d’un constat : « notre modèle social a un coût très élevé alors même que son efficacité dans la lutte contre les inégalités paraît faiblir ». Il ne lui vient pas à l’idée que si l’efficacité de ce modèle social faiblit c’est justement parce que ce modèle social lui-même subit des attaques incessantes : en 1984 et 1992 contre l’assurance-chômage, en 1993 et 2003 contre les retraites par répartition, en 2004 contre l’assurance-maladie, entre 2002 et 2007 contre le contrat de travail et le droit du travail...

Quant à son coût, il n’apparaît « très élevé » que si l’on ne prend pas en compte l’énorme transfert de richesse effectué aux dépens des salaires au cours des 25 dernières années. Avec 160 milliards de plus chaque année, il n’y aurait aucun problème pour financer les retraites, l’assurance-chômage ou l’assurance-maladie.

DSK affirme que le capital est « relativement » rare et le travail « relativement » abondant.
Cette rareté et cette abondance, même relatives, permettraient, selon DSK, de comprendre pourquoi le « capital bénéficie d’une rémunération croissante » et pourquoi « le travail voit son prix baisser ».

L’ennui pour la crédibilité du discours de DSK est que non seulement les capitaux ne sont pas rares mais qu’ils sont pléthoriques. Les capitaux, sont, dans la phase actuelle du capitalisme, beaucoup trop nombreux pour que tous puissent obtenir un taux de profit jugés suffisants par les capitalistes eux-mêmes. Cela tient aux caractéristiques de ce capitalisme que DSK n’a même pas cherché à esquisser : baisse sévère de la productivité du travail par rapport à la période 1945-75, déplacement de la demande sociale vers la santé, l’éducation, la culture... C’est pourquoi le taux d’investissement productif est aujourd’hui à son niveau plancher. C’est pourquoi les capitaux investis en bourse à des fins spéculatives sont pléthoriques et font subir à l’économie mondiale les chocs successifs de crises boursières à répétition. .

Comment DSK peut-il, enfin, affirmer que le travail est « relativement » trop abondant ? Le travail n’est certainement pas trop abondant « relativement » aux besoins élémentaires non satisfaits de plusieurs milliards d’êtres humains. Le travail est « relativement » trop abondant uniquement parce que le capitalisme ne satisfait les besoins humains que dans la mesure où le taux de profit qu’il en retire est suffisant aux yeux des capitalistes. Dans le « capitalisme du troisième âge » dont nous subissons aujourd’hui les effets, cela signifie l’éviction d’un continent entier comme l’Afrique ou la mise au ban de dizaines de millions de salariés réduits au chômage dans les pays développés. C’est pourtant à ce capitalisme-là que DSK nous demande de « nous adapter » en acceptant d’emblée ses dogmes les plus destructeurs : ceux de la rareté du capital et de l’abondance du travail.

Faire reposer l’économie mondiale sur la seule compétitivité est une impasse. C’est le monde de la guerre de tous contre tous. Le marché mondial doit donc être régulé, même si DSK n’a pas un seul mot pour évoquer cette nécessité. (Que fera t il au FMI ?) Sans cette régulation, il est complètement vain de prétendre, comme le fait DSK, vouloir réguler le marché national. La réalité de l’économie mondiale appelle à remettre en question le rôle de l’OMC, du FMI, de la Banque mondiale, des multinationales, des paradis fiscaux et à construire une économie mondiale basée, avant tout, sur la coopération.

DSK a défendu becs et ongles le projet de Constitution européenne qui interdisait toute harmonisation sociale en Europe, toute Europe démocratique et étouffait l’Europe politique dans l’oeuf. Il reconnaît maintenant qu’il faut « négocier les premiers éléments d’une Europe sociale » et « garder l’ambition de fonder une Europe politique ». Nous sommes loin des déclarations péremptoires du débat sur le projet de Constitution. Encore faudrait-il en déduire des conclusions sur l’urgence d’une réorientation radicale de la construction européenne avant que la montée de l’exaspération ne fasse voler en éclat l’idée même d’Europe en même temps que l’Europe libérale.

Enfin, DSK insiste sur ce qui est l’essentiel pour lui : « privilégier le contrat aux dépens de la loi ». Cela revient, dans les relations sociales, à donner un droit de veto au MEDEF pour refuser toute avancée sociale. Dans l’état actuel du rapport de forces dans les entreprises privées, seule la loi peut permettre de défendre les droits des salariés. La droite n’a jamais hésité à user de la loi pour défendre les intérêts patronaux. Pourquoi hésiterions-nous à faire de même pour défendre les droits du salariat ?




La nouvelle bataille des valeurs.

«  Les valeurs elles mêmes ne sont pas épargnées par le mouvement du réel et de l’Histoire » affirme DSK. Il a raison de prendre cette précaution car il est difficile de percevoir en quoi les nouvelles valeurs qu’il propose sont de gauche, même s’il s’agit bien là du troisième et dernier objectif que se fixe son texte.

Pour ceux qui auraient pu croire que le rôle de la gauche était d’être aussi fidèle au salariat que la droite l’était au capital, DSK précise tout de suite ce que sont les nouvelles valeurs des socialistes : « organiser la tension entre le capital et le travail » ! Nul doute que des centaines de milliers de militants s’empareront avec enthousiasme de ces nouvelles valeurs. Ce sera aussi efficace électoralement que « l’ordre juste », le « gagnant-gagnant » ou « donnant-donnant » : pour l’heure, c’est le capital qui prend trop aux salariés et il convient de renverser cette situation.

Le mouvement du réel et de l’Histoire commande donc, pour DSK, à la fois « la nécessaire régulation du capitalisme » et la « nécessaire promotion des entrepreneurs ». Mais où situer le compromis entre les deux ? Nous n’en saurons rien. DSK affirme que « nous avons appris de nos succès, de nos erreurs et de nos oublis » mais visiblement, il n’a appris que de ses oublis puisqu’il ne tire aucun bilan des 35 dernières années durant lesquelles la régulation du capitalisme a reculé à pas de géant. Le Système monétaire international mis sur pied en 1944 a fait faillite en 1971 et la monnaie n’est plus aujourd’hui qu’une marchandise dont la valeur est fixée par le marché. Les services publics disparaissent sous les coups de boutoir de l’Union européenne et des gouvernements de gauche comme de droite depuis le début des années 1990. Le contrat de travail, fruit de plus d’un siècle et demi de lutte, est vidé petit à petit de son contenu protecteur. Le Fmi a asséché, détruit les économies de nombreux pays, comme l’Argentine dont le cas est dans toutes les mémoires.

DSK s’attaque curieusement à « l’égalitarisme niveleur ». Est-ce le risque de notre temps ? Est-ce la question dans un pays ou les inégalités ne cessent de se creuser ? Il lui reproche de brider « les talents des plus doués » et de « refuser aux plus mal lotis l’opportunité de progresser à leur rythme ». On croît avoir déjà entendu cela dans la bouche de Sarkozy. Les conséquences de cette conception sont connues : des programmes scolaires différenciés selon les milieux sociaux et l’autonomie des universités. En quoi ces valeurs se différencient-elles de celles de la Droite ?

DSK réaffirme sa conception républicaine de la nation et son « attachement viscéral » à la laïcité. C’est positif mais un peu court. DSK, en effet, n’a pas un seul mot pour critiquer la Constitution de la Vème République, les pouvoirs exorbitants qu’elles attribuent à son président, la personnalisation de la politique qui dépolitise les personnes, le rôle subordonné du Parlement, le mode d’élection particulièrement anti-démocratique des sénateurs ou la concentration des grands médias aux mains d’une poignée de capitalistes.

Jean-Jacques Chavigné, Gérard Filoche pour D&S
www.democratie-socialisme.org




TVA « sociale » et impostures fiscales... par José Caudron et Catherine Mills.

Feu sur la loi Sarkozy-Dati ! par Olivier Bonnet.

TVA "sociale", droit de grève, universités, Assurance Maladie : pour casser, Sarkozy sait qu’ il doit aller vite, trés vite, par Vincent Présumey.






COMMENTAIRES  

17/12/2007 07:55 par selene

"égalitarisme niveleur" : çà , je peux vous l’expliquer..sur le plan des fiannces et de l’international, vous êtes vrasiemblablement bien plus apte à juger (et vous le faites bien avant que les premières preuves aient pu être apportées, c’est dommage !)

donc "égalitarisme niveleur" , c’est ici le concept d’ "égalité réelle" qui est abordé.
En effet, donner un enseignant (ou un travailleur social ou autre) pour 25 élèves à Neuilly et 1 enseignant pour 25 élèves à la Courneuve..c’est de l’égalité...tout le monde a droit de la part de l’état à la même chose..

le big problème c’est qu’en agissant ainsi l’état accroît les inégalités d’origine.

Si un enseignant pour 30 peut être concevable à Neuilly, l’égalité réelle, garantie par l’état social et démocrate veut que les élèves défavorisés de la Courneuve ou de saint Denis ou d’ailleurs aient un enseignant pour 15 de façon à rétablir leurs chances.

c’est tout, c’est énorme, c’est traiter chacun selon ses besoins pour ne pas creuser les déséquilibres initiaux.

Et cela, l’égalitarisme formel (la même chose à chacun) ne pourra pas le faire.

15/12/2009 23:11 par sélène

après vous avoir lu extrapoler et "dire tout ce qui n’était pas dit" dans ces textes, j’espère que vous me permettrez de faire un résumé personnel de ces 3 tribunes, déjà un peu anciennes. Je pense que nous pouvons aller bien au delà à l’heure actuelle, après "la preuve par la crise" de l’inanité des structures existantes, en commençant par une nouvelle répartition des pouvoirs au sein des entreprises. Mais là , c’est (encore) personnel. Mais çà avance..
Voici le "résumé des 3 tribunes", si vous le voulez bien.. cordialement.

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Refonder la gauche -Pour une société juste-

Rendre un avenir à la gauche : voilà l’enjeu. Il faut le faire en regardant le monde tel qu’il est, avec les Français tels qu’ils sont.
Le socialisme du réel doit être celui d’une gauche efficace au temps de la mondialisation. Trois principes l’animeront : une vraie compréhension des inégalités et non pas une grille de lecture dépassée, une efficacité sociale et non pas des slogans inopérants, une stratégie émancipatrice redonnant de la force à l’idée de progrès.
Cette nouvelle réalité, c’est celle de la fragmentation sociale. Il n’y a pas deux France, "la France d’en haut" et "la France d’en bas", la France qui va bien et la France qui souffre, mais une France éclatée en mille univers : celui des jeunes de banlieues et celui des retraités des zones rurales, celui des nouveaux prolétaires des industries de l’Est, celui des travailleurs précaires maintenus aux marges de la société, celui des salariés qui ne jugent pas toujours légitime l’effort fait en direction de moins bien lotis qu’eux.
C’est à ce socialisme du réel que je veux convier la gauche et les Français.
Pour moi, trois pistes mènent à notre rénovation idéologique.

1) la promesse d’un État social à nouveau efficace.
2) un nouveau compromis social. Est-il concevable que nous revenions devant les électeurs sans avoir déterminé la répartition de l’effort fiscal qui nous semble souhaitable ?
3) l’utopie fédératrice de l’égalité réelle et d’une société juste. (à l’)horizon, ..une transformation radicale de la société qui, depuis la Révolution, donne sens (aux) combats (de la gauche).
La "rupture avec le capitalisme" a cédé la place à un nouvel objectif tout aussi stimulant : la construction par l’égalité réelle d’une société juste. L’égalité réelle, c’est d’abord l’égalité des droits, la lutte contre les discriminations sexistes, raciales, générationnelles, territoriales.
Mais c’est aussi la lutte contre la reproduction sociale ( :) relancer l’ascenseur social. Si la gauche ne se fixe pas cette nouvelle frontière comme horizon, on pourra légitimement se demander à quoi elle sert. Le socialisme est d’abord une protestation contre l’ordre existant. Mais il exprime aussi une volonté d’émancipation concrète.
Pour une nouvelle cohérence économique et sociale

Deux constats s’imposent à nous :

1) Notre compétitivité s’érode : la France est en train de perdre la bataille économique. Notre modèle social a un coût très élevé alors même que son efficacité dans la lutte contre les inégalités paraît faiblir.

2) la gauche a refusé de prendre toute la mesure de la perte de compétitivité de l’économie française et a continué de faire comme si l’on pouvait redistribuer sans trop se préoccuper de produire. Dans le même temps, elle n’a pas suffisamment pris en compte la montée en puissance de nouvelles formes d’inégalités et a considéré que les politiques sociales traditionnelles continuaient à fonctionner de façon satisfaisante.

Pour rétablir sa crédibilité, la gauche doit retrouver une cohérence économique et sociale qui permette de fonder une critique radicale du libéralisme sans se limiter à un pamphlet contre le capitalisme.

La compétitivité et l’égalité réelle

Si l’on veut remédier à la perte de compétitivité de notre économie, il faut en identifier les causes. Sur un marché devenu mondial, arrivent une quantité importante de travail et une moindre quantité de capital. Devenu relativement abondant, le travail voit son prix baisser ; demeurant relativement rare, le capital bénéficie d’une rémunération croissante. Pour autant, la stratégie conduisant la France à renouer avec une compétitivité forte ne passe pas par l’abaissement du coût du travail. Il faut promouvoir le type de travail qui, à l’échelle du monde, reste rare et peut donc être cher : le travail suffisamment qualifié pour nourrir l’innovation.

Les politiques sociales sont d’abord trop réparatrices et pas assez préventives. Il ne suffit plus de constater les inégalités créées par le marché et de chercher à les compenser au moyen d’allocations diverses : il faut les attaquer à la racine, là où elles se forment, dès l’enfance, au travail, dans le tissu urbain. On ne peut plus se contenter d’aider les pauvres : il faut construire une société qui fabrique moins de pauvres. D’où la nécessité, sur certaines parties du territoire, d’allouer massivement du capital public à ceux qui ont peu de capital personnel. C’est ce qui justifie de limiter à quinze élèves l’effectif des classes dans certaines banlieues ou certaines zones rurales. C’est ce qui fonde l’opposition à l’instauration des franchises médicales et impose, à rebours, l’adoption d’une vigoureuse politique de prévention en direction des enfants et des familles pauvres.

Nos politiques sociales sont ensuite trop monétaires : elles reposent excessivement sur le versement d’allocations et font encore assez largement l’impasse sur l’accompagnement individuel. Le vieillissement de la population illustre l’inadéquation de ce modèle : sujet crucial des décennies à venir, il ne peut trouver de réponse pertinente dans la seule redistribution monétaire.
Nous voyons tous aujourd’hui que les remboursements ne suffisent plus à garantir l’amélioration de l’état de santé des individus, contrairement à la mise en place de parcours de soins. Nous voyons aussi que l’augmentation de l’allocation de rentrée scolaire n’est pas véritablement un gage de la réussite à l’école, contrairement au renforcement de l’encadrement des élèves et du soutien qui peut leur être apporté.

Le social dans l’économie

Ce qu’il nous faut finalement : des politiques sociales dont la mise en oeuvre contribue à la croissance économique.

Quand on permet aux talents qui naissent dans les banlieues d’aller à l’université, c’est aussi l’économie dans son ensemble qui en bénéficie. Quand on améliore la santé au travail, c’est aussi la productivité qui s’élève. Quand on facilite le retour à l’emploi des salariés frappés par les délocalisations, c’est aussi le tissu industriel qui retrouve sa trame.

Ce qui nous protégera à l’avenir, c’est la compétitivité, pas le repli. Il nous faut donc un Etat qui fasse de cette entreprise de valorisation sa tâche principale, non un Etat qui s’emploie à privilégier la rente en abaissant les droits de succession.

Une politique durable
Il faut intégrer à la logique du développement des contraintes - sociales, environnementales, énergétiques - qui ont jusqu’alors été considérées comme latérales. A l’avenir, il ne pourra plus en aller de la sorte. Il faut que, dès sa conception, la politique tienne compte des conditions de sa durabilité.
Ceci vaut naturellement aussi pour les finances publiques. Le retour à un taux d’endettement supportable est la condition impérative d’une politique durable. On comprend aisément que ceci ne soit guère compatible avec une politique à courte vue d’allègements fiscaux.

Le contrat et l’Europe

La méthode, c’est le contrat. Le contrat entre l’Etat et ses différents partenaires, en particulier les collectivités territoriales sur lesquelles reposeront, à l’avenir, une bonne part des politiques publiques. Mais aussi le contrat avec, et entre, les partenaires sociaux. Il faut pour cela des syndicats forts et, surtout, parfaitement légitimes. D’où l’ardente nécessité de mettre en place des mécanismes propres au renforcement de leur représentativité. D’où, aussi, l’importance d’engager de vraies négociations et de se refuser à poser constamment le pistolet de la loi sur la tempe des partenaires sociaux. D’où, enfin, l’urgence de favoriser l’émergence d’un nouvel acteur, le consommateur, qui doit être en mesure de contester la toute-puissance des entreprises.

L’espace, c’est l’Europe. L’Etat-Nation n’est plus le lieu pertinent de la lutte contre les effets indésirables de la mondialisation. De cette affirmation banale, il faut tirer toutes les conséquences : donner à l’Union européenne les moyens de financer des politiques favorables à la croissance et à l’emploi comme de piloter la recherche ; négocier les premiers éléments d’une Europe sociale ; garder l’ambition de fonder une Europe politique. Je ne vois rien de cela ni dans le protectionnisme national qui nous a été promis pendant la campagne présidentielle, ni dans le mini-traité qui nous est annoncé par Nicolas Sarkozy.

Ceci passe par une réforme radicale de nos politiques publiques qui ne peuvent plus prétendre se limiter à corriger, après coup, les méfaits du capitalisme mondialisé. Il faut accepter de « se salir les mains », d’intervenir sur le fonctionnement même du système productif. Il faut un socialisme du réel.
La nouvelle bataille des valeurs
« Pour conclure cette série de réflexions dans « le Nouvel Observateur », je voudrais dire quelques mots des valeurs qui peuvent guider la gauche aujourd’hui.
Le socialisme du réel ne peut se passer de l’idéal d’une société juste. Les Français exigent des partis des réponses concrètes aux problèmes de leur vie quotidienne, mais ils cherchent également dans le discours politique une représentation de ce qu’ils font et peuvent faire ensemble. Il y a, bien sûr, au coeur de la gauche, une aspiration qui traverse les époques : une soif de justice et de liberté, une révolte contre la fatalité, les privilèges et la domination, un humanisme fondamental qui conduit à reconnaître en chaque homme un alter ego. Née des Lumières, elle a été portée par la Révolution française puis par le mouvement socialiste dont nous sommes les héritiers. Elle nous survivra. Mais cette aspiration ne suffit pas à nous définir. La gauche est une conscience collective qui cherche sa voie à travers des expériences successives. à chaque époque nouvelle, nous devons tirer de ce que nous avons appris de nos succès, de nos erreurs et de nos oublis aussi les leçons qui nous permettront de reformuler notre vision du monde.

La liberté ordonnée

Les années 1960 et 1970 nous ont légué une cohérence marxiste et libertaire : alors que les libertés économiques étaient suspectes, les libertés individuelles se trouvèrent sacralisées. Cet héritage demeure notre socle. Face à l’insécurité économique, aux dégâts écologiques, aux inégalités sociales qu’il engendre, nous persistons à vouloir réguler le capitalisme. Contrairement aux libéraux. Mais, parallèlement, nous avons progressivement reconnu que la liberté d’entreprendre était source d’efficacité économique et créatrice de richesse. De notre capacité à convaincre de la cohérence de ces deux affirmations - la nécessaire régulation du capitalisme et la nécessaire promotion des entrepreneurs - dépend, pour une bonne part, l’avenir de la gauche. Il nous faut de même concilier la loi et l’ordre. Frappée d’hémiplégie, la gauche a longtemps négligé la répression, confiant à la seule prévention le soin de garantir la sécurité. Une pathologie symétrique conduit aujourd’hui la droite à tout miser sur la répression. Sanctionner sans faiblesse les atteintes à la loi après avoir mis en oeuvre les moyens permettant d’éviter la multiplication des infractions : telle est la voie que doit emprunter un socialisme du réel. j’aime à parler de liberté ordonnée. je crois important de montrer que la gauche est capable de faire bouger les lignes sans pour autant céder en rien, ni dans les mots ni dans les propositions, à l’idéologie de ses adversaires.

L’égalité réelle

Poser en principe que les seules inégalités sociales et économiques acceptables sont celles qui bénéficient aux membres les plus défavorisés de la société, c’est donner un contenu concret à l’égalité. La justice ne consiste pas à nier ou à entraver les talents au prétexte de leur répartition arbitraire, mais à les faire contribuer à l’amélioration des perspectives des membres les moins bien dotés de la société. Ma conception, c’est celle de la mutualisation des talents : nous devons nous considérer mutuellement comme les bénéficiaires des avantages résultant de l’épanouissement (de chacun). Il n’y a rien de choquant à prétendre que l’activité collective de la société est mieux à même que l’égoïsme individuel de soutenir nos efforts, et de rendre réalisable ce dont nous sommes capables.

La fraternité laïque

A la fragmentation du salariat qui érode le sentiment de classe, à la mondialisation qui désarticule les Etats-nations s’ajoute depuis quelques décennies la montée d’une forme d’individualisme invitant chacun à cultiver son autonomie et à affirmer sa différence. Mais les solitudes et les angoisses qui accompagnent cette nouvelle donne font aussi resurgir les besoins d’appartenance et les revendications identitaires…..mettant sous tension la conception républicaine de la nation. L’égalité réelle suppose le souci du bien commun. Mais elle ne requiert pas l’uniformité des croyances, des moeurs et des cultures.
C’est ainsi que la pluralité des orientations sexuelles appelle de la part de la démocratie autant de respect que la diversité culturelle : elle est une richesse que doivent accueillir favorablement les sociétés libres, un des innombrables moyens par lesquels ces dernières échappent à l’uniformité. Il y a toutefois un point sur lequel nous ne devons pas, à mon sens, transiger : notre refus d’une communautarisation insidieuse de la société et de l’espace public qui perpétuerait durablement les inégalités. Notre attachement viscéral à la laïcité reste un combat pour l’émancipation et l’égalité.
Le progrès maîtrisé

la notion de progrès n’est plus à la mode. Le repli sur elle-même d’une société inquiète laisse douter du progrès social ; les bouleversements environnementaux font voler en éclats l’illusion de l’asservissement sans limites de la nature ; l’émergence de nouvelles interrogations morales, liées par exemple à l’utilisation des cellules souches ou des OGM, effraie autant qu’elle fascine. La défiance qu’inspire l’idée de progrès se nourrit de l’opacité qui entoure les expérimentations scientifiques comme les grands choix technologiques, notamment en matière énergétique. il (est) nécessaire de placer ceux-ci sous un rigoureux contrôle démocratique. Rejeter frénétiquement l’expérimentation scientifique, s’abriter couardement derrière la recherche du « risque zéro », voilà qui pave la voie d’un retour de l’obscurantisme que la vénération de la nature tente d’habiller idéologiquement. C’est, ici encore, l’identité même de la gauche qui est en jeu. Réel et donc rationnel : tel est le socialisme que je veux aider à refonder.

d’après le texte rédigé par Dominique Strauss-Kahn le 05 juillet 2007 à 12:29

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