« Le Monde » et le Venezuela : Mr. Langellier prend un aller simple pour le pays des soviets

Le 27/08/2009, sous le titre « Au Venezuela, une loi sur l’éducation ouvre la voie à la censure de la presse », le Monde attaque la loi de l’éducation que viennent d’adopter les députés. Le correspondant Jean-Pierre Langellier, qui rédige cet article depuis … Rio de Janeiro, fait siens les mensonges d’une droite qui s’oppose depuis dix ans à toute avancée démocratique et sociale, et de plus en plus médiatique (1). Analyse (non exhaustive).

1. J.-P. Langellier : « La récente promulgation d’une loi organique d’éducation renforçant le contrôle de l’Etat vénézuélien sur l’école et l’université inquiète de larges secteurs de l’opinion qui accusent le président Hugo Chavez de vouloir apparenter de plus en plus son régime au modèle cubain. »

Ce qui frappe au contraire c’est le faible nombre des opposants (conséquence des divisions et du déclin relatif de la droite). Cette faiblesse numérique pousse l’opposition à la « violence sur commande ». Captés par AP ou Reuters, les gros plans de la « répression » font le tour du monde en un éclair. L’opposition vénézuélienne dispose de 80 % des ondes radio, TV et de la presse écrite. Elle se sent encouragée dans cette violence par l’écho complaisant qu’elle suscite dans CNN, Fox, Reuters, El Pais, le Monde, Libération, etc.. Langellier occulte que la majorite de la population appuie la nouvelle loi (4) Dans tout le pays, des dizaines de milliers de citoyen(ne)s défendent pacifiquement le droit nouveau à une « éducation publique et sociale, obligatoire, gratuite, de qualité, de caractère laïque, intégral, permanent, socialement pertinente, créative, artistique, innovatrice, pluriculturelle, multiethnique, interculturelle et multilingue ». (Art.3) et qui vise à « développer le potentiel créateur de chaque etre humain en vue du plein exercice de sa personnalité et de sa citoyenneté », à « stimuler le respect de la dignité des personnes » ; à « développer la formation d’une conscience écologique pour préserver la biodiversité ». (Art. 15)

2. Langellier poursuit : «  L’université ne contrôlera plus seule les admissions et les élections internes, ce qui représente une double menace pour son autonomie. » Le monde universitaire s’est déclaré « en désobéissance civile ».

En réalité les droits d’inscription exorbitants pratiqués par de nombreuses universites privées ont pendant longtemps tenu la majorité sociale à l’écart de l’éducation supérieure (on compte au Venezuela 80 % de secteurs populaires). La nouvelle loi démocratise les élections internes jusqu’ici réservée à une minorité, en incluant l’ensemble du personnel et de la communauté universitaires. La fin du négoce et du suffrage censitaire irrite logiquement les entrepreneurs du savoir, mais ne peut que réjouir les esprits démocratiques. C’est pourquoi la majorité des étudiants et des professeurs approuve cette réforme.

3. « L’Eglise proteste contre la disparition de toute mention d’un enseignement catholique facultatif. »

La hiérarchie catholique a longtemps régné sur l’éducation et largement profité des subventions de l’Etat. Elle perd un de ses grands négoces. D’ou sa campagne féroce contre un « Chavez qui veut chasser Dieu de l’école » (2). Dans la nouvelle loi, « les familles ont le droit et la responsabilité de l’éducation religieuse de leurs enfants, en accord avec leurs convictions et conformément à la liberté religieuse et de culte, prévue par la Constitution de la République. L’Etat veillera en toute circonstance à maintenir le caractère laïque de l’éducation et à préserver son indépendance vis-à -vis des courants et des organismes religieux » (art. 7)

4. Selon Langellier, « sous prétexte de légiférer sur l’école, deux articles visent une autre cible : les médias. L’enseignement scolaire devra inclure « une analyse critique des moyens de communication » ; les médias ne pourront publier des informations qui « terrorisent les enfants » ou « portent atteinte aux saines valeurs du peuple vénézuélien ». Une interdiction aussi vague ouvre la voie à toutes les censures ».

L’article de loi en question n’a rien de neuf. C’est une copie fidèle de la loi votée en 1980 (art. 11), soit 18 ans avant la premiere élection de Chavez. Cet article évoquait déjà la necessité de protéger les enfants de tout ce qui peut les terroriser, les pousser à la violence, à la haine, etc... Un article auquel nul n’avait trouvé à redire. Tous savent que le temps passé devant la télévision a deplacé depuis longtemps celui passé sur les bancs de l’école (avec les conséquences dramatiques, violentes qu’on a pu observer ici et là , aux Etats-Unis ou en France). La vraie nouveauté de la loi, c’est l’éducation critique aux médias, une mesure souvent recommandée par les pédagogues du monde entier et qui angoisse Mr. Langellier. Celui-ci ferait bien de relire ce qu’un rédacteur en chef du Monde proposait dès 1979 : « Savoir maîtriser les médias, avoir une attitude critique à leur égard, c’est à coup sûr se donner la possibilité d’être mieux informé, et d’en tirer le plus grand parti possible. Un lecteur qui comprend les mécanismes de fabrication d’un journal, qui sait analyser un article, comparer diverses sources… sera plus exigeant. L’école est le premier lieu où doit se faire cet apprentissage (…) L’éducation du citoyen et sa liberté dépendent aujourd’hui de sa capacité à maîtriser le flot d’informations qu’il reçoit ou subit. » (3)

Trente ans plus tard le Monde en est réduit au journalisme de guillemets. La matrice mondiale (Venezuela = Cuba = URSS) permet de remplacer l’enquête par la typographie. « Socialisme », « textes socialistes », « principes du socialisme », « fils d’ouvrier », les guillemets de Mr. Langellier sont censés nous faire peur. Hier le Monde dénoncait un « parti unique ». Deux ans plus tard ce « parti socialiste unifié » a pris sa place, comme prévu, parmi les quarante partis de droite et de gauche régulièrement soumis au choix des électeurs. Privé de droit de suite, le lecteur du Monde n’en saura rien. Cette fois Langellier dénonce la présence de « conseils communaux » comme « agents d’éducation » contrôlés par le pouvoir. En omettant de dire que ces conseils communaux s’inspirent des assemblées de budget participatif que les altermondialistes admiraient à Porto Alegre (Brésil). Structures-clefs de la démocratie participative, parfois embryonnaires, ils sont ouverts à tous, au point que des partis de droite comme Primero Justicia, en contrôlent certains. Les projets qu’ils proposent, financés par l’Etat, sont réalisés par les habitants eux-mêmes, une bonne manière de lutter contre la corruption qui sévissait dans l’usage des fonds publics.

Les tenants d’une conception démocratique, participative de l’école ne peuvent que se réjouir de ce que parents, élèves, habitants travaillent la main dans la main pour faire sortir l’école de ces murs, lui rendre sa dimension sociale, développer les valeurs de solidarité, d’égalité, de lutte contre toute forme de discrimination, comme le demande la nouvelle loi. Des générations de pédagogues, de Paulo Freire à Jean Piaget, en ont rêvé. Le Venezuela l’a fait. Les lecteurs auront-ils droit à une enquête de terrain, contradictoire, sur la concrétisation de cette loi ? Parti précipitamment pour le pays des soviets, le correpondant du Monde restait hier injoignable.

Thierry Deronne
avec Laynel Fumero et Nelson Cova, politologues vénézuéliens, Caracas, 01/09/2009.

http://www.larevolucionvive.org.ve/spip.php?article124&lang=fr

Notes :

(1) Pour savoir ce qu’écrira demain Mr. Langellier, voyez ce que dit aujourd’hui la télévision privée venezuelienne (80 % des ondes) dont RCTV, http://elobservador.rctv.net/ soi-disant « fermée par Chavez », Globovision, http://globovision.com/channel.php?cha=1 ou la presse écrite, majoritairement d’opposition : Tal Cual http://www.talcualdigital.com/index.html, El Nacional, http://www.el-nacional.com/, El Universal, http://opinion.eluniversal.com/, ou Ultimas noticias, http://www.ultimasnoticias.com.ve, La Razón, http://www.larazon.net/

(2) Le cardinal Velazco avait signé de sa main, face aux caméras des télévisions privées, le décret du coup d’Etat contre le president Chávez (12 avril 2002). Au Honduras le clergé catholique vient d’avaliser le coup d’Etat contre un président jugé trop réformiste.

(3) Jacques Fauvet, préface de LIRE LE JOURNAL, de Yves Agnès et Jean-Michel Croissandeau, pour comprendre et expliquer les mécanismes de la presse écrite, avec 110 fiches pratiques, - Saint-Julien-du-Sault : Éd. Lobbies, 1979. -263 p. (Cité par Hugo Chavez le 16/08/2009).

(4) Images occultées par le Monde : moblisations massives en faveur de la loi.

Images diffusées mondialement : l’opposition « réprimée »

COMMENTAIRES  

02/09/2009 10:48 par Anonyme

Merci de rétablir la vérité.
Etant allé au Venezuela cet été, je cherche (en vain) à faire comprendre à mes proches que Chavez n’est pas celui qu’on veut nous faire croire.
La meilleure facon de comprendre la politique d’un pays est encore d’y aller, de parler aux habitants, de lire la presse (majoritairement anti Chavez) avant d’affirmer que le président controle la pensée de son peuple par une propagande a outrance !

02/09/2009 17:04 par CN46400

Ce mr Largellier et Le Monde savent-ils que l’Etat et l’église sont séparé en France depuis 104 ans ? Et que l’école y est laïque et obligatoire depuis 127 ans !

02/09/2009 23:48 par Vania

Merci pour l’article.A diffuser largement.....

03/09/2009 09:03 par maxime vivas

Merci pour cet article documenté où l’auteur arrive à rester calme.

La dernière photo me rappelle ce que j’ai vu en mai 2007 à Caracas : un "mai 68" à l’envers. La jeunesse étudiante (dorée et catho) attaquant l’autorité équivalente à notre CSA parce que la fréquence hertzienne d’une télévision putschiste étant arrivée à expiration au bout de 20 ans, elle fut attribuée à une chaîne d’éducation.

On n’oubliera pas non plus la campagne médiatique quasi planétaire liée à cette affaire : "Chavez a fermé RCTV, dernière chaîne privée d’opposition" (deux mensonges dans cette phrase).

Les mêmes menteurs qui ont hurlé contre cette "fermeture" conviennent aujourd’hui que RCTV émet sur câble, satellite, Internet.

Bien obligés d’en convenir (en tablant sur la mémoire courte des citoyens). Comment sinon crier que RCTV est menacée !

03/09/2009 16:28 par Serge Sales

Pôoooovre de nous,incroyant à la cause du "marché",l’école publique en danger au Vénézuela ???, moi je pensais que c’était ici en France qu’elle était en danger voire en péril.Le fait de relater des "désinformations" n’est pas nouveau pour la presse locale, en avril 2008, je suis au Vénézuela en vacances avec ma famille et plus précisément à Caracas au moment de la commémoration du putsch manqué contre Chavez en 2002, au moins 800.000 personnes, par le plus petit bout, fêtent dans la joie et l’allégresse cette défaite de l’oligarchie locale.
Le lendemain "El nacional",journal d’opposition daignera faire un tout petit article en ...4° page au fond à droite. Voila l’information au Vénéz , ne soyez plus surpris, les puissants sont menacés dans leurs certitudes et leurs intérêts relayés par nos médias également aux ordres.
C’est bien fichu quand même,non, vous ne trouvez pas ?

05/09/2009 05:31 par Ivan Beteylles

On se demannde ecore a quoi sert qu’un quotidien paye des gens comme Langelier. Dans la logique de marche ou le Monde a choisi d’évoluer, ou l’information est un produit serieux qu’on veut vendre a des gens qui paient chaque jour pour elle, alors un simple controle de qualite ecarterait ce profuit avant sa distribution au consommateur. Un etudiant de premiere annee en journalisme ferait dix fois mieux. Les Langelier sont des gens abstraits, une faune de bars d’hotel, avec des laptops connectes Wifi, a jamais perdus das leur solitude sociale, fatigues de leur propre metier, attendant leur retraite en poussant leurs derniers soupirs reactionnaires. L’ambiance au Monde doit etre hilarante.

10/09/2009 22:55 par sebloup

Merci de rétablir la vérité ! J’étais à Caracas il y a moins d’une semaine et je confirme ce qui est dit ici. Continuez à produire ces articles parce qu’il nous faut absolument montrer la vérité sur la politique de Chavez et faire émerger l’idée qu’il est encore possible de mener une vraie politique de gauche dans notre monde.

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