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Syrie : nouvelle donne ?

Le « printemps » syrien va probablement se faire entre Syriens. Le chef de l’armée des Etats-Unis, le général Martin Dempsey, nous en bouche un coin. Il dit qu’il est « prématuré de prendre la décision d’armer l’opposition en Syrie » et « met au défi quiconque d’identifier clairement ce qu’est le mouvement d’opposition en Syrie actuellement ». De toute évidence, le monsieur n’est pas en phase et se fiche de l’être avec les « amis de la Syrie » et avec les médias qui, eux, savent ce qui se passe et qui est le mouvement d’opposition. Il faut deviner que le général dont l’implication est autrement plus risquée et coûteuse que celle des propagandistes, s’informe ailleurs que chez le gars de l’OSDH planqué à Londres et ne s’amuse pas. Pour être plus explicite, il s’épanche : « Il y a des informations selon lesquelles Al-Qaïda est impliqué et qu’ils cherchent à soutenir l’opposition. Je veux dire qu’il y a plusieurs intervenants et que chacun essaye de jouer sa partition propre pour renforcer sa position ». Il en rajoute une couche : « La Syrie est une arène en ce moment où tous les divers intérêts essaient d’intervenir ». Dommage qu’il n’en dise pas plus que ce qu’il sait réellement, mais à la bonne heure !

On apprend de source sûre que la situation est loin d’être aussi nette que l’on veut nous faire accroire. Notons qu’à aucun moment il n’a fait allusion à un bombardement dont seraient victimes des populations civiles. Ainsi, on comprend pourquoi les bruits de botte se sont particulièrement faits discrets et pourquoi le Tunisien chargé de parler au nom de la « communauté internationale » répète à qui veut l’entendre qu’il est contre une intervention militaire. Pathétiquement, il dit qu’il ne veut pas d’un scénario à l’irakienne. Il aurait pu tout autant se référer au cas des voisins Libyens, propulsés dans une effroyable situation de non-droit.

Dans la foulée, il est intéressant de constater les effets de l’euphorie va-t-en guerre sur les journalistes des médias engagés dans l’affaire. Un éditorial d’un quotidien algérien en plein dans la verve « printanière » a fait une fleur à Hitler, en le déclassant dans le palmarès des criminels de guerre et en plaçant devant lui Bachar El Assad. L’argument de l’auteur se veut convaincant : Hitler n’a pas tué des Allemands, il a tué « des juifs, des tziganes et d’autres peuples », Bachar a tué des Syriens. C’est pour dire qu’on ne sort jamais indemne si on ne fait pas attention à ne pas se laisser porter allègrement par les vents dominants. Le plus sûr est de ne pas devancer l’appel. Quand on est dans ce type de disposition, il faut marcher au pas et rester à l’écoute des décideurs, surtout qu’ils sont autant imprévisibles que la Bourse qui dicte leurs politiques. Le mieux, toutefois, serait bien évidemment de se méfier de toute opération qui enthousiasme ceux dont on sait les sentiments à l’égard des indigènes, se voudraient-ils « démocrates », comme il sied pour entrer dans leurs bonnes grâces et se donner l’illusion de s’être émancipé à leur regard.

Les Syriens quant à eux vont élire leur premier Parlement qu’ils souhaitent représentatif. Ils nous diront peut-être s’il valait mieux cela qu’un CNT largué par l’OTAN. Pour les Libyens nous connaissons la réponse, y compris de la bouche des « révolutionnaires ».

Ahmed Halfaoui

http://www.lesdebats.com/editions/220212/les%20debats.htm#H

COMMENTAIRES  

25/02/2012 12:46 par Louise

A propos de la Syrie
jeudi 23 février 2012, par Alain Gresh

Qu’en est-il de la Syrie ? Le président Bachar Al-Assad, qui disposait au départ d’un certain capital de popularité, a cru que la politique régionale menée par son pays (son opposition à Israël et aux politiques des Etats-Unis) le mettrait à l’abri. Il s’est totalement trompé et, au fil des mois, il a tenté de présenter la contestation pacifique comme militarisée, manipulée de l’étranger, dont le but serait de faire disparaître un régime qui s’oppose aux ambitions israéliennes et américaines. Par son refus de s’engager dans des réformes sérieuses et un dialogue avec l’opposition, par son usage indiscriminé de la violence contre des manifestations qui, pour l’essentiel, restaient pacifiques, par un usage généralisé de la torture, il a contribué à la montée de la violence, au passage d’une partie de l’opposition à la lutte armée ; il a, d’un même mouvement, favorisé les ingérences qu’il prétendait vouloir combattre (lire « Jours de tourmente en Syrie », Le Monde diplomatique, août 2011).

Par-là même, il a aidé les desseins de ceux qui ne visent pas à la réforme (ni évidemment à l’instauration d’un régime démocratique), mais préparent une offensive contre l’Iran et espèrent faire tomber avant son principal allié arabe.

Qui peut croire une seconde, en effet, que le régime saoudien cherche à instaurer la démocratie à Damas, lui qui ne reconnaît aucune assemblée élue ? Lui dont le ministère de l’intérieur vient de déclarer que les manifestations dans l’est du pays étaient « une nouvelle forme de terrorisme » ?

Qui peut penser que les libertés sont le motif des déclarations des Etats-Unis, eux qui n’hésitaient pas à envoyer des « terroristes » arrêtés par eux se faire interroger en Syrie (pratique connue sous le nom anglais de rendition), parce que ce pays utilisait la torture ?

Qui peut croire que la démocratie est le souci de Nicolas Sarkozy, lui qui recevait Bachar Al-Assad à Paris en juillet 2008 et lui rendait visite en septembre, soutenait les dictateurs tunisien et égyptien et ne disait mot du massacre de Gaza lors de l’invasion israélienne de décembre 2008 ? Une petite anecdote significative : en ce temps-là , les journalistes du Figaro avaient reçu pour instruction de leur direction de ne plus évoquer dans leurs articles les prisonniers politiques en Syrie.

Pour tous ces pays, et pour Israël (lire ci-dessous), l’objectif est de renverser un régime allié de l’Iran, dans le cadre de la préparation d’une offensive contre ce pays.

Il est évident désormais que nombre de forces, y compris au sein du Conseil national syrien (CNS), poussent à l’intervention militaire, appuyée sur une formidable campagne médiatique.

26/02/2012 10:54 par Paul Euzière

Il est incontestable que la réponse du régime syrien aux manifestations pacifiques de l’opposition mais aussi au terrorisme de bandes armées et soutenues par l’étranger (en premier lieu les Etats-Unis et ses satellites saoudien et qatari) est particulièrement violente.

Mais placer en matière de crimes contre son peuple Bachar El Assad devant Hitler relève seulement d’une volonté stupide de diabolisation et d’une ignorance crasse de l’histoire allemande.

Les premières victimes de Hitler et du régime nazi ont été les Allemands opposants en premier lieux communistes et socialistes.

C’est pour eux qu’ont été ouverts -dès mars 1933- les premiers camps de concentration : Dachau et Oranienburg (qui deviendra ensuite Sachsenhausen)

De 1933 à 1939, un million d’Allemands ont été appréhendés, 275 000 condamnés pour activités antifascistes.
Il y a eu en permanence dans les camps de concentration entre 150 000 et 300 000 Allemands.

Si elles n’ont jamais cessé jusqu’en 1945, les résistances et opposition allemandes (du mouvement ouvrier, des Eglises : protestante confessante et catholique, des milieux traditionalistes militaires et civils) ont eu à affronter une terreur incessante.
Du Secrétaire Général du Parti Communiste d’Allemagne (KPD), Ernst Thaelmann jeté en prison dès mars 1933 et assassiné dans le camp de concentration de Buchenwald en août 1944 au colonel comte C. von Stauffenberg et aux conjurés du 20 Juillet 1944, la liste des crimes du régime nazi contre le peuple allemand est très longue.
Dernier point : les Allemands juifs étaient tous des Allemands issus de familles qui avaient souvent contribué depuis des siècles à l’histoire et à la culture allemande (particulièrement en Prusse), contrairement à Hitler qui est né autrichien, a fait ses études dans l’ Autriche des Habsbourg et s’y est imprégné des théories antijuives.

26/02/2012 12:50 par Martz

Bonjour,

Avez-vous - ou bien où peut-on trouver - une description et une analyse de ce qu’on appelle l’Opposition syrienne. De quelles forces est-elle composée ? D’où vient-elle historiquement ? Etc. ? Merci.

Didier Martz

26/02/2012 16:51 par manant

@ louise

L’article d’A.Gresh que vous citez, si vous prenez la peine de le lire attentivement, va totalement dans le sens général de la doxa occidentale : c’est le régime syrien qui est responsable des violences ; c’est lui qui, par son attitude, favorise les ingérences étrangères. Ses jours sont comptés,etc… Tout cela sans la moindre analyse étayée par des FAITS. Il se termine sur une drôle de conclusion : si le régime tombe, cela pourrait faire l’économie d’une guerre israélienne contre l’Iran ! Ce journaliste qui a fait un reportage dans le Monde diplo sur l’Arabie saoudite et qui a les honneurs d’Al-Jazeera, introduit l’Arabie saoudite de curieuse façon en faisant accroire que ce sont les préoccupations de "démocratie" qui sont derrière l’affaire syrienne. C’est parce qu’il occulte totalement les enjeux régionaux : deux blocs d’États arabes s’opposent ; ceux qui sont favorables à la liquidation de la cause palestinienne et s’allient avec la Turquie et l’OTAN, et ceux qui ne veulent pas renoncer à la défense des droits du peuple palestiniens. Il y a, d’un côté, ceux qui veulent constituer un axe « sunnite » et, de l’autre, ceux qui se regroupent autours de l’Iran pour continuer la résistance à l’impérialisme et au néocolonialisme. Il y a un parallèle saisissant à faire avec les débuts de la guerre d’Espagne, qu’on appelait aussi "révolution espagnole" et qui a été le prélude de la Seconde guerre mondiale.
L’aspect géopolitique est également escamoté : la peur des Chinois et des Russes d’une guerre qui libérerait les djihadistes pro-US dans tout l’espace centre-asiatique riche en pétrole et en… musulmans. (voir : http://hedidh.blogspot.com/2012/02/un-tournant-dans-la-bataille-de-syrie.html)

Je ne vois pas vraiment ce qui peut être accepté dans cette pelote où l’auteur consent tout juste, c’est le moins qu’on puisse faire pour se distinguer des propagandistes purs et durs, à corriger certains médiamensonges. Mais le coeur de l’article est celui-là  : c’est le régime seul qui est responsable de la situation, même si tous les crimes ne peuvent pas lui être imputés.

26/02/2012 17:38 par Roger Lafosse

à Martz
On trouve des éléments de réponse à votre demande dans ce compte rendu de mission :
http://www.cf2r.org/
et dans ce livre :
http://www.michelcollon.info/spip.php?page=produit&ref=SYR&id_rubrique_thelia=

26/02/2012 20:08 par Louise

@Martz

La crise du régime de Bachar al-Assad vue par deux Syriens Samir Aïta et Michel Kilo

"La Syrie ne peut pas rester le dernier de la classe arabe"
Entretien avec Samir Aïta
23.03.2011

@Manant , je ne lis pas Alain Gresh comme vous.
Cet article vous intéressera davantage.
Moscow stirs itself on Syria
By M K Bhadrakumar

26/02/2012 21:11 par Michail

26/02/2012 à 16:51, par manant

L’article d’A.Gresh que vous citez, si vous prenez la peine de le lire attentivement, va totalement dans le sens général de la doxa occidentale...

Absolument ! Et connaissant les positions défendues invariablement par l’intéressé cela n’a strictement rien d’étonnant...

27/02/2012 14:38 par manant

@ louise
Merci pour le lien. C’est un auteur que j’apprécie beaucoup.
Je conçois bien que votre lecture d’Alain Gresh n’est pas la même. C’est vraiment une question de point de vue. Le mien part d’une posture tiers-mondiste, parfois dite "victimaire", qui s’imagine qu’il y a, dans le monde, des dominants et des dominés et j’ai la facheuse tendance ne jamais l’oublier et à placer les porte-paroles de la gauche française qui ont pignon sur rue, donc un pouvoir, dans les rangs des dominants. Cela a le mérite de m’obliger à faire un effort de discernement permanent pour reconnaitre les voix qui sont vraiment du côté (ou qui ont une empathie pour) les dominés, dont le site du Grand Soir fait partie. Mais je reconnais que des voix comme celles d’Alain Gresh ont leur importance au sein de la gauche en France dans la mesure où, comme il le fait dans son article, il pointe des contradictions, fut-ce en creux, ou par défaut, et entretient une certaine mauvaise conscience.

28/02/2012 20:55 par polo33

Lutter contre l’impérialisme des banksters de la City ou de la bourgeoise apparait comme une priorité ,les gens qui
condamnent à longueur de journées El Assad ne se laveront pas de leurs crimes perpétuels,la Libye avec 130 000 morts pour que les amis de Sarkozy puissent privatiser les ressources en eau ,piller le pétrole et asservir ce peuple au régime de la dette éternelle ;même sort pour les 1 405 505 Irakiens qui ont perdu la vie dans l’agression
des Usa qui sont venus pour le même dessein macabre ,à celui qui a dit non au dollar
Le combat contre l’impérialisme concerne au plus haut point les peuples européen comme américain
nous sommes sous le régime de la dette impérialiste aussi

29/02/2012 20:00 par Eric

@louise

oui d’accord avec les autres
l’analyse d’Alain Gresh relève de la malhonnêteté intellectuelle. il a pourtant eu accès aux articles de Nadia Khost et Mere Agnes
ainsi qu’aux compte rendus d’autres journalistes anglais et russe qui sont allés sur place et ont fait correctement leur job. à savoir
Marianna Belankaya de Russian Today et Hala Jaber du Sunday Times

Syria caught in crossfire of extremists
Hala Jaber The Sunday Times Published : 26 June 2011
Anti-government activists gesture on the streets of Daraa, 100kms south of the capital Damascus on March 23, 2011 (Anwar Amro)

Eric Colonna

Islamists battle Syrian regime
Hala Jaber The Sunday Times Published : 26 June 2011

03/03/2012 15:03 par ABDELKRIM

Pour l’éditorialiste algérien : jusqu’à preuve du contraire en Allemagne il y avait des "juifs" et des "tsiganes" qui étaient ALLEMANDS.

Quant à l’éditorialiste algérien il semble qu’il a conservé sa mentalité de colonisé, mais est-t-il Algérien du moins de ces Algériens qui se sont battus pour l’indépendance ? Dans le cas contraire il peut prendre domicile en France, les camps de harkis sont à sa disposition.

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