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Le secrétaire d’État US John Kerry annonce la fin de la Doctrine Monroe

USA-AMÉRIQUE LATINE : La fin d’une ère ?

La doctrine Monroe a servi à justifier les interventions des États-Unis en Amérique latine.
Dalia Gonzalez Delgado

La phrase a été accueillie par des applaudissements et un maelström médiatique : « L’ère de la Doctrine Monroe est révolue », a déclaré John Kerry qui, sept jours plus tôt avait décrit l’Amérique latine comme l’arrière-cour des États-Unis.

Cette doctrine exposée en 1823 par le président républicain James Monroe, résumée par la formule « l’Amérique aux Américains », a servi de base idéologique aux interventions unilatérales de Washington dans n’importe quel pays dès qu’ils sentent « leurs intérêts menacés ».

« La relation que nous recherchons et que nous nous évertuons à favoriser n’a rien à voir avec une déclaration des États-Unis qui stipulerait quand et comment nous irions intervenir dans les affaires d’autres États des Amériques. Il s’agit au contraire pour tous les pays de se voir égaux les uns aux autres, de partager les responsabilités, de coopérer sur les questions de sécurité », signalait Kerry dans son discours au siège de l’Organisation des États américains, le premier qu’il prononçait sur notre région depuis sa nomination comme chef de la diplomatie des États-Unis.

Même si cette déclaration a soulevé une ovation, il s’agit d’une idée recyclée. Rappelons qu’en 2009, fraîchement élu à la présidence, Barack Obama avait affirmé au 5e Sommet des Amériques à Trinité-et-Tobago que le moment était venu d’instaurer une relation entre égaux. «  Il nous est arrivé de vouloir imposer nos conditions », avait-il reconnu. Et d’ajouter : « Nous pouvons nous tromper, nous l’admettons, car nous sommes humains  ».

Un peu plus de quatre ans se sont écoulés et l’Amérique latine n’est plus la même, mais l’attitude des États-Unis n’a pas changé d’un iota. Doit-on s’attendre à des changements maintenant qu’Obama est « sur le départ » ? Les déclarations du secrétaire d’État resteront-elles lettre morte ?

Pour le Dr Jorge Hernandez Martinez, directeur du Centre d’études hémisphériques et les États-Unis, de l’Université de La Havane, les discours d’Obama et de John Kerry, ne nous en déplaise, c’est bonnet blanc et blanc bonnet.

« Les dirigeants des États-Unis utilisent des phrases, présentent des optiques prétendument nouvelles qui, dans la plupart des cas n’ont rien de novatrices », a-t-il commenté à Granma. « Au fil du temps, on se rend compte qu’il ne s’agissait que d’expressions rhétoriques à forte dose démagogique ».

Selon ce professeur et chercheur titulaire, depuis son second mandat, Obama souhaitait « faire bouger l’agenda interaméricaine » afin de « donner une nouvelle image des États-Unis ». Mais il a dû faire face au contexte de crise financière, de dépression économique, ainsi qu’à d’autres problèmes de politique intérieure et d’autres dilemmes internationaux.

L’allocution de Kerry a été qualifiée par le quotidien mexicain La Jornada d’« incohérente et même grotesque », même si elle révèle « une perception de la perte d’influence des États-Unis en Amérique latine, ce qui n’est pas la conséquence d’une décision prise à Washington, mais de la volonté des peuples et des gouvernements de la région de recouvrer et défendre leur souveraineté ».

De l’avis du Pr Hernandez, le projet impérialiste, au prétexte claironné de rechercher la prospérité et de protéger la sécurité, cherche à imposer le « libre échange » et à s’assurer du « contrôle de la situation interne », surtout dans les pays ayant choisi « une orientation politique inquiétante », faisant preuve d’un radicalisme progressiste, voire révolutionnaire qu’ils prennent comme un défi à leur hégémonie.

« Attention à la différence entre le discours et la réalité ! L’histoire nous montre que les paroles et les actes ne vont pas de pair. Le fait que Kerry ait parlé de notre région comme d’une "arrière cour " des USA confirme la continuité de ces intentions, de ces styles, de ces manipulations et de ces jeux rhétoriques », a-t-il signalé.

Concernant l’avenir des relations, le Pr Hernandez estime que la perspective immédiate relève davantage de la continuité que du changement. « L’Amérique latine a changé. Des processus, des gouvernements et des mouvements sociaux de gauche ont vu le jour, ainsi que des alternatives d’intégration, mais à ce jour, il n’apparaît aucune volonté réelle de procéder à une redéfinition en profondeur de la politique extérieure US envers l’Amérique latine », a-t-il souligné.

Dalia Gonzalez Delgado

 http://www.granma.cu/frances/internationales/28nov-La%20fin.html

COMMENTAIRES  

03/12/2013 15:53 par Anonyme

Attention à la différence entre le discours et la réalité !

Ce serait comme dans les films de mafieux où il y a un pauvre type ligoté sur une chaise et qui va être exécuté à coup sûr ? Où les "discours" très abondants ne sont que décoratifs ? Ces discours sont pourtant pleins de bondieuseries, d’auto-accusation, de possibilités de rédemption, etc...

La réalité c’est que le pauvre type va être exécuté de toutes façons par celui qui le tient en son pouvoir. Le reste n’est que du cinéma...

03/12/2013 23:37 par Bonjour

Je rejoindrais l’avis du commentaire qui précède.

La doctrine de Monroe est pratiquement installée. Le but n’était pas seulement de soumettre ou d’exploiter, voire "se réserver", les populations d’Amérique latine, mais aussi d’expulser les Européens. Chaque jour des entreprises européennes quittent l’Amérique latine et sont aussitôt remplacées par des compagnies US et anglaises.

Il y a comme un atterrissage en douceur d’une diplomatie "hard", la Contra, vers une diplomatie "soft", l’infiltration multiformes (espionnage, capitaux d’acquisition/exploitation (les "investissements" qui créent des millions de jobs), dollar comme valeur refuge, distribution commerciale, médias, enseignement, sectes religieuses, avec une prédilection pour la "sécurité", etc.).

Les gens ont subi tant de violences qu’ils se soumettent par lassitude.

Comme ici, Santos qui rend compte en ce moment à Washington des conditions de l’accord avec les "Marxist rebels". Il s’agit de demander encore plus de capitaux US, donc encore plus de dépendance néo-coloniale, puisque c’est toujours l’argent qui commande. Et bien sûr, la "sécurité" qui va de pair.

Auparavant on a demandé à Maradona s’il voulait participer au match des réconciliations. Peut-il dire non ? Ce serait une situation inconfortable.

Mais détrompons-nous : Morales nous l’a bien rappelé lors de l’incident de son avion bloqué en Autriche, l’Europe n’est pas moins colonisée que l’Amérique latine.

Aujourd’hui, depuis la crise, l’intégration européenne ne représente plus aucun attrait pour l’Amérique latine, alors que l’Europe représentait l’exemple et l’espoir pour l’intégration latino-américaine il y a encore dix ans.

Il faut l’avouer, en Europe, non seulement on est divisés - l’Angleterre joue parfaitement son rôle ancestral et tellement facile qui consiste à diviser germains, latins et slaves, et si cela ne suffit pas, il y a les arabo-musulmans, et puis la Chine, ah "la Chine" ça c’est la fin du monde.... Les Européens donc n’ont jamais osé soutenir ouvertement les peuples d’Amérique latine, mais ils ont aussi manqué de dignité. C’est stupide.

Mais le plus grave en Europe, c’est un problème d’ignorance : on n’a toujours pas compris ou on ne veut toujours pas reconnaître qui a provoqué la crise européenne.

04/12/2013 21:27 par Leo Lerouge

Cet article sur les discours des dirigeants des US montre justement le décalage entre les discours et la réalité, et cela ne date pas d’hier.
L’attitude des dirigeants des Etats-Unis, c’est la fable de la grenouille et du scorpion.

Déjà, s’ils ont de si bonnes intentions envers l’Amérique Latine, qu’ils en donnent des preuves immédiates, comme lever cet embargo ignoble et injustifié contre Cuba ou libérer Haïti de leur joug. Haïti, qu’ils empêchent de s’autodéterminer et dont ils se servent comme réserve de travailleurs esclaves, maintenant, ainsi, sciemment, la majorité de la population dans la misère.

Le discours aurait été ovationné ? Comme a été salué dans le monde entier le fameux discours du Caire d’Obama, prononcé en juin 2009 devant un parterre de dirigeants de la région, dont la majeure partie avait été plus ou moins ouvertement mis en place directement ou soutenus par les Etats-Unis.

Obama y avait dit, entre autres :

Je suis venu ici (…) en quête d’un nouveau départ pour les États-Unis et les musulmans du monde entier, un départ fondé sur l’intérêt mutuel et le respect mutuel, et reposant sur la proposition vraie que l’Amérique et l’islam ne s’excluent pas et qu’ils n’ont pas lieu de se faire concurrence
Sur le dossier palestinien, contestant la légitimité de la colonisation israélienne, il déclarait :
"L’Amérique ne tournera pas le dos à l’aspiration légitime du peuple palestinien à la dignité, aux chances de réussir et à un État à lui.

Toujours dans la fourberie et le mensonge, il proclamait encore :

Quel que soit le lieu où il prend forme, le gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple est le seul étalon par lequel on mesure ceux qui sont au pouvoir ; Il faut conserver le pouvoir par le consentement du peuple et non la coercition (…)

Et ajoutait, pour faire bonne mesure :

L’Amérique ne prétend pas savoir ce qui est le mieux pour tout et chacun, mais j’ai la ferme conviction que tous les peuples aspirent à certaines choses : la possibilité de s’exprimer et d’avoir une voix dans la façon dont ils sont gouvernés ; la confiance dans l’Etat de droit et l’application équitable de la justice ; un gouvernement qui est transparent, qui ne vole pas ce qui appartient à son peuple.

On connait la suite, et le résultat du "gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple" au Moyen Orient, où il a été le principal acteur pour faire remplacer des dictatures en disgrâce par des gouvernements à la convenance et à la botte des US.

Le Pr Hernandez , dont les propos servent de référence à l’article ci-dessus, aurait dit :
"Mais il a dû faire face au contexte de crise financière, de dépression économique, ainsi qu’à d’autres problèmes de politique intérieure et d’autres dilemmes internationaux".

Je ne suis pas d’accord là-dessus : si Obama avait pu " faire bouger l’agenda inter-américain ", il l’aurait fait (davantage), pour imposer sa volonté et semer le chaos, évidemment, mais l’Amérique Latine se transformait, avec des dirigeants forts soutenus par leur peuple, et qui entraînaient avec eux d’autres dirigeants. Pour autant, la déstabilisation est bel et bien en marche et le discours de l’émissaire d’Obama une duplicité de plus.
La transformation de l’’Amérique Latine est une épine dans le pied des USaméricains et ils ne lâcheront jamais. Pourquoi laisseraient-ils la moitié d’un continent leur échapper quand ils n’ont jamais cédé sur une île minuscule comme Cuba ?

Pour ce qui est de la "crise financière et la dépression économique", si Obama n’en a pas été à l’origine, il les a alimentées également pour satisfaire les lobbies qui avaient généreusement contribué à son élection, cela au détriment du peuple.
Quant aux "autres problèmes de politique intérieure" et extérieure, il n’en a réglé aucun. Il n’a fait qu’aggraver ceux qui existait déjà.
Comme :
La privatisation d’écoles publiques, le licenciement de leurs enseignants et la réembauche pour une partie d’entre eux à un salaire nettement inférieur, des horaires pléthoriques et l’interdiction de se syndiquer ;
La poursuite de la politique d’immigration et l’augmentation des mises en détention des immigrés sans papiers ;
La poursuite des guerres d’agression débutées sous Bush et l’institutionnalisation et la multiplication des assassinats par drones ;
La réduction des protections sociales ;
Et pour couronner le tout : la seule initiative qu’il ait réellement prise soi-disant en faveur de la population, c’est la "réforme" des soins de santé qui, au lieu d’être une couverture de santé publique universelle, comme il l’avait promis, fait la part belle aux assurances privées et se trouve aujourd’hui contestée par ces tarés de républicains, qui préconisent une couverture zéro pour ceux qui ne peuvent pas payer les ruineuses prestations de santé.
Alors, si Obama n’a pas eu le temps de se plonger davantage dans les affaires de l’AL, c’est une bénédiction pour eux.
Il n’a, cependant, pas chômé de ce côté-là, non plus : les articles concernant l’Amérique Latine sur ce site en témoignent.

09/12/2013 09:46 par Anne Wolff


J’ai une autre hypothèse : Kerry dit la vérité, la doctrine de Monroe, l’Amérique aux Etasuniens, c’est bel et bien fini.
Pourquoi ? Parce qu’à présent l’Amérique, E.U. compris est sous le joug des corporations transnationales et que le peuple étasuniens bénéficie toujours moins même des miettes de leur fabuleux bénéfices.
L’interpénétration entre armées privées de mercenaires, armées US dont la DEA et instrumentalisation des armées, polices nationales qui agissent conjointement pour défendre les intérêts des investisseurs étrangers et de l’oligarchie vassale locale qui culmine au Honduras ou en Colombie, sans parler des alliances sulfureuses avec les cartels de la drogue, qui eux aussi comptent parmi leur rang d’anciens militaires, tout cela montre que nous passons à de nouvelles formes de colonisation. Et cela ne concerne pas que l’Amérique Latine, Ce phénomène a un nom : globalisation, elle est mondiale, et au stade actuel elle consiste en une incroyable accumulation de puissance : obsolescence du politique (entre lois du marché et droit des usuriers), machine de capture financière (renflouement des banques, spéculations, marché à tendance monopolistique…), concentration de l’économie « réelle » aux mains de quelques corporations et accaparement de la propriété territoriale, sans parler de la privatisation des services ex publics et de la disparition de tout bien commun, la main mise sur les medias…. Cela ne va pas sans la création d’un arsenal de la répression, tant juridique : criminalisation progressive de toute dissidence possible que militaire et de police : depuis quelques années les Opérations spéciales US parcourent le monde afin de former les armées et polices locales aux techniques de contre-insurrection, (opération Scorpion en France, Eurogendfor …).
Le Honduras, malheureusement pour sa population est particulièrement exemplatif. Quand Negroponte y revient (après avoir organisé les contras et escadrons de la mort dans les années 80) en juin 2008, c’est pour remettre au pas Zelaya, qui face aux refus d’aide des instances transnationales pour toute réforme qui améliorerait les conditions de vie des populations, s’est tourné vers l’ALBA, et s’apprête à expulser les yankee de leurs bases militaires locales. L’arrivée de Negroponte, juin 2008 (régime Bush) est le moment où va débuter la préparation du coup d’état qui aura lieu un an plus tard, en juin 2009 (régime Obama), de quoi susciter quelques questions sur la continuité entre les deux régimes. Tout cela va déboucher sur les ZEDE (Zone d’emploi et de développement économique) ou cités modèles, et la « Loi Hypothèque », qui consistent en une cession de territoires et de droits sur les ressources du pays aux transnationales, une dépossession absolue de la population. La combattante Lenca, Berta Caceres qualifie le nouveau régime de dictature transnationale. Et je doute effectivement que la dépossession du peuple hondurien – laboratoire avance de la globalisation - de ses terres, de ses droits et pour beaucoup de leur vie soit d’un quelconque bénéfice pour le peuple des E.U.
Donc Kerry ne ment pas, malgré les prodigieuses richesses pillées par les corporations en Amérique Latine et ailleurs, le peuple étasunien va continuer de sombrer dans la misère et dans ce pays aussi, les forces de répressions sont prêtes à réprimer la légitime colère du peuple. D’autant plus qu’une épuration vient d’avoir lieu dans les rangs de l’armée dont auraient été exclus ceux qui refuseraient de tirer sur le peuple étasunien en cas d’émeutes.
Kerry (pour une fois) dit la vérité : La Doctrine de Monroe – l’Amérique aux étasuniens - est morte, les « intérêts et la sécurité des Etats-Unis » de la doctrine de sécurité aussi, Le monde aux corporations et les services de répressions et de contrôles des populations, les leurs, et ceux des nations, aux services de leurs seuls intérêts et de la sécurité de leurs investissements.

09/12/2013 13:14 par rouge de honte

Anne,
Je pense que votre analyse est juste.
Merci

09/12/2013 23:03 par Leo Lerouge

Il est évident que Kerry ne parle pas au nom du "peuple américain", ni au nom de l’"Amérique" en soi, mais au nom de la finance internationale, aux mains de grands groupes privés essentiellement US américains, qui les mettent en place, lui et toute la classe politique, et les paient grassement pour s’assurer que les fonds publics tomberont dans leur escarcelle.
Et cela ne date pas d’hier, même si c’est plus flagrant aujourd’hui parce qu’ils ne s’en cachent même plus. Où a-ton vu que les dirigeants du pays accordaient un quelconque crédit à leur peuple ?
Quand a-t-on demandé au peuple son avis sur la politique qui est menée ? Sur les assassinats de chefs d’état, ou leur renversement, sur les assassinats de millions de personnes dans le monde ?

Ces assassinats sont perpétrés par la classe politique au profit des multinationales (ce qu’ils appellent pudiquement les "intérêts du pays", comme par chez nous) et justifiés par la propagande abjecte relayée par les médias.
Le peuple n’aurait certainement pas accepté que l’armée US aille dévaster l’Irak, par exemple, si on lui avait dit quelles étaient les véritables motivations pour aller massacrer des populations innocentes.
De même, il n’aurait pas admis que les US interviennent au Vietnam si on ne lui avait pas dit qu’il en allait de leur "liberté" et de celle du peuple vietnamien et tout le cortège de mensonges habituels.
D’ailleurs, quand ils se sont rendu compte de ce qui se passait réellement, il y a eu des protestations partout aux US.
Le prétexte des "intérêts et de la sécurité" des US ne datent pas d’aujourd’hui, non plus. Quid de la guerre froide, des guerres de Corée, du Vietnam et autres, au nom de la "liberté" et de la "sécurité" de l’Amérique ?

Les mensonges de la classe dirigeante, en particulier aux US, remontent à des temps immémoriaux et à qui a toujours profité le crime ?
Et les conquêtes n’étaient pas faites pour le bien des peuples, mais bien pour une "élite" toujours plus vorace et hégémonique.
Si le peuple étasunien avait une quelconque importance pour ses dirigeants et une quelconque latitude, il aurait des représentants de toutes les couleurs, de toutes les origines et de toutes les confessions jusqu’au plus haut niveau de l’Etat.

La doctrine Monroe, qui n’était pas "l’Amérique aux étasuniens", mais bien "aux Américains", concernait, donc, l’Amérique Latine.
Les États-Unis, craignant que les Européens ne se coalisent pour reconquérir des pays du Sud, avaient décrété que l’Europe devait rester sur son continent et les Américains sur le leur. Considérant l’Amérique du sud comme leur chasse gardée, ils s’étaient érigés en arbitres de son évolution politique et économique, n’hésitant pas à intervenir directement par la force militaire ou apportant leur soutien aux dictatures.
(Les US ont renversé 41 gouvernements latino-américains entre 1898 et 1994 : en quoi le peuple US était-il un tant soit peu concerné ?).

La doctrine Monroe visait, donc, à préserver l’exclusivité de la mainmise US sur les ressources des pays du sud, exploitées pour une grande partie par des entreprises US.

Rien de bien nouveau sous le soleil. C’est toujours le cas, même si certains pays tentent actuellement de se libérer de ce joug. Et les US n’ont jamais montré la volonté de se retirer d’eux-mêmes, les accords viciés de "libre-échange", la "lutte contre la drogue", etc. en étant des preuves manifestes.

Alors, on pourrait jouer sur les mots en disant qu’à l’heure actuelle, la "doctrine Monroe est révolue", car ce n’est pas seulement l’Amérique latine qu’ils estiment être leur terrain de jeu, mais le monde entier (et cela, en particulier, depuis l’effondrement de l’URSS, ce qui leur a ouvert un boulevard sur la planète) à qui ils imposent leurs multinationales, par la force brutale, si besoin.

D’autre part, les US (c.-à-d. leurs dirigeants, bras armé des grands groupes privés) ne sont pas près d’avoir fini avec leur ingérence en AL.

Kerry ment, donc, en disant que la doctrine Monroe, c’est terminé : en attestent l’absence de réactions officielles à ces déclarations en Amérique Latine et les commentaires blasés des journalistes latino-américains qui estiment qu’il ne s’agit encore que d’effets de manche.
Ils n’ont pas tort.

10/12/2013 08:58 par rouge de honte

Ne pouvons-nous pas dire que la doctrine Monroe est terminée du moment que c’est clairement des corporations qui ont pris le pouvoir ?
Lorsque ce que l’on nomme la finance internationale (par convention corporation faîtière de tout ce qui fait beaucoup d’argent) il est clair que celle-ci ne souffre pas de frontières. Dans cette optique, tous les pays sont à la même enseigne. C’est un monde où la finance dirige les gouvernements et peu importe où se trouve le siège social des entreprises non ?
La vraie question est de savoir s’il y a une corporation faîtière ou s’il y en a plusieurs puisque la substance de ces machines à broyer est la monnaie.
Probablement qu’il n’y en a qu’une soutenant le dollar encore et encore. L’euro et toutes les autres monnaies soutiennent le dollar. Les BRICS ont probablement abandonnés l’idées d’une monnaie commune ainsi que d’autre que ce soit par la force ou par consentement, l’Amérique du sud n’y échappe pas ce qui fait dire à la finance que le monde devient plus sûr.
Le but étant que le dollar offre des avantages aux utilisateurs qu’aucune autre monnaie actuelle ou à venir ne puisse concurrencer en devenant trop puissante. Comme n’importe quel produit.
L’avantage principal du produit dollar pour la finance est sa force de frappe via l’OTAN et son commandement sur les armées nationales : soumission totale des gouvernements et des peuples, protection et création des intérêts de la finance liée au dollar. Sans oublier le contrôle de l’internet sans lequel les bourses s’effondrerai.

La bête est sortie des us mais elle ne lui appartient plus, elle vole de ses propre ailes.
La finance a gagné, le monde est soumis au dollar, tout le reste n’est que bla bla.

12/12/2013 18:37 par Leo Lerouge

la doctrine Monroe est terminée du moment que c’est clairement des corporations qui ont pris le pouvoir

D’abord, il me semble avoir pris la peine d’expliquer que ce n’est pas d’aujourd’hui que les groupes privés sont au pouvoir aux Etats-Unis.
L’influence de ces groupes a commencé après la Guerre de Sécession, en fait. Cela n’a fait qu’empirer progressivement, en particulier après la Seconde Guerre Mondiale.

Et les grands groupes internationaux étaient déjà à l’œuvre bien avant ce qu’on appelle communément la "mondialisation", dont la première étape visible était la mondialisation financière des années 80.
En 1978, Gérard Delfau, membre du secrétariat national du Parti socialiste, dénonçait déjà la mondialisation comme étant le stade ultime du capitalisme :

(…) La mondialisation des marchés, annoncée dès le Manifeste (1848), a sécrété, au-delà des États, ces phénomènes singuliers que sont les multinationales (…).
La loi du marché, enfin, grignote tout ce qui est encore en dehors des circuits habituels de production : l’eau, l’air, la terre, l’éducation, l’information, les loisirs, sont devenus objets de spéculation, matière à publicité. On ne sait plus très bien où commence et où finit l’exploitation que la grande masse subit, tellement le temps et l’espace sont devenus valeurs d’échange. Et cela, pour nos pays de vieille civilisation industrielle.
Le gâchis est à une autre dimension pour des continents entiers comme l’Afrique et l’Amérique du Sud, où le pillage aboutit, souvent, au génocide" (…). Lien.

Donc, soit la doctrine Monroe ne s’est jamais appliquée, puisque ce sont les multinationales qui faisaient déjà la loi, soit elle perdure, car ce sont les gouvernements qui sont le bras armé des entreprises et leur préparent le terrain.

Ensuite, l’Amérique Latine a assez souffert pour qu’on ne balaie pas son histoire personnelle d’un revers de la main, elle qui a vu ses peuples lutter pour leur survie et contre le totalitarisme qui leur avait été imposé par les Etats-Unis, qui avaient fait des pays du Sud du continent leurs colonies et leur vivier personnel, comme l’Afrique était le pré carré des Européens.
Kerry, qui a prononcé ces paroles lors d’une assemblée de l’Organisation des Etats Américains, a ensuite précisé :

La relation que nous recherchons et que nous nous sommes efforcés d’encourager ne s’appuie pas sur une déclaration qui dirait comment et quand les États-Unis doivent intervenir dans les affaires des autres états américains. Il s’agit de considérer tous les pays sur le même plan d’égalité, qui partagent les responsabilités, qui coopèrent sur les questions de sécurité, et qui adhèrent non pas à une doctrine, mais aux décisions que nous prenons conjointement pour faire progresser les valeurs et les intérêts que nous avons en commun.

Il s’adressait donc clairement aux pays du sud du continent américain et la "déclaration" dont il parle est bien celle qu’a prononcée devant le Congrès, le 2 décembre 1823, le président James Monroe.

Mais on peut décider de changer complètement le sens de ce qui est connu historiquement comme étant la "doctrine Monroe", et de ses implications, et qui exprime à elle seule la domination décrétée par les Etats-Unis sur toute l’Amérique Latine. Et c’est loin d’être du blabla, en particulier pour cette dernière.

Mais si on s’en tient aux termes historiques, quoi qu’en dise Kerry, la doctrine Monroe est encore à l’ordre du jour.
Car, même si certains des Etats latino-américains tentent de s’émanciper de la tutelle des US en menant une politique de gauche, même si d’autres semblent vouloir s’allier à eux, comme le montre actuellement la perte d’influence des Etats-Unis dans la région, tous les pays d’AL ont l’épée de Damoclès suspendue au-dessus de leur tête.

D’abord, parce que la plupart de ces pays poursuivent une politique néolibérale, qui les lie obligatoirement au système capitaliste, et donc, aux diktats de Washington (cf. les divers accords de "libre-échange" ou la spoliation de leurs terres), et, d’autre part, parce que les Etats-Unis (probablement avec l’aide de leurs satellites européens avides de satisfaire leur soif d’hégémonie par procuration) chercheront par tous les moyens à les déstabiliser et à reprendre la main. Ce qu’ils font en sous-main, d’ailleurs, d’ores et déjà.
Pour le compte de leurs entreprises, évidemment. Comme ils l’ont toujours fait. Toutes les agressions des US ont été perpétrées dans le but d’empêcher les peuples de s’autodéterminer et de garder, ainsi, le pouvoir sur l’économie de leur pays.

Il aurait donc été intéressant de s’interroger sur les propos de Kerry et sur les chances de survie d’une Amérique Latine libre.
Car son échec aurait des répercussions dans le monde entier, où les peuples opprimés voient en elle l’espoir de se libérer de la suprématie des politiques néolibérales funestes appliquées depuis des décennies par leurs gouvernements serviles qui les ont conduits au pillage de leurs ressources, à la famine et aux guerres.

12/12/2013 21:10 par rouge de honte

Leo, désolé si je vous ai agacé.
Mon propos est simple : je dis que cette doctrine est obsolète et la raison est que tout le monde, et ceci depuis très peu de temps, à décidé de faire du dollar la monnaie mondiale. C’est a dire que le monde entier travaille pour les us : russe, chinois, amerique du sud, inde, iran etc il n’y aura plus de velléités d’émancipation.
La situation est trop grave et chacun l’a compris.
Regardez les transactions de l’Iran dans les semaines à venir et dites-moi s’il le font encore en euro. Bien sûr, je peux me tromper mais souvent je vois juste et je pense qu’une nouvelle ère commence (ou continue en pire) c’est le ddébut de la fin, écrasement et soumission de tous afin que les riches ne perdent pas tout tout de suite mais le plus tard possible.
Une faillite des us, c’est des guerres, la menace du nucléaire, des famines, la ruine, qui veut cela ?
Ils ont gagnés en se mettant échec.
Mais bon, ce n’est là que mon opinion.

13/12/2013 01:22 par Leo Lerouge

@rouge de honte
J’entends bien ce que vous dites et je suis d’accord que, vu ce qui se passe partout dans le monde, on ne peut qu’aller à la catastrophe.
Quand on voit, par exemple, qu’Israël poursuit inexorablement la destruction des villages de bédouins pour y installer des colons à la place sans que personne ne bronche, alors que tous ceux qui auraient le pouvoir de faire cesser cela sont allés faire de beaux discours vides pour honorer Mandela, héros de la résistance contre l’apartheid, on ne peut que se dire qu’on est foutus parce qu’on a affaire à des psychopathes.
Ils sont prêts à aller jusqu’à la destruction totale.

Et les propos de Kerry sont de la même veine et c’est cela que je dénonce, comme le fait l’article ci-dessus. Et je maintiens que la doctrine Monroe n’est pas terminée, comme Kerry le prétend (voulant dire, par là qu’ils traiteront d’égal à égal avec eux), parce que les pays d’Amérique Latine subissent bel et bien actuellement un travail de sape, politique et économique, de la part des US.
Même si ce n’est pas le seul endroit où ils exercent leur influence, évidemment. Mais cela ne s’appelle pas la "doctrine Monroe", dans ce cas-là.
La diabolisation de Chavez, puis celle de Maduro, l’interdiction de survoler le territoire français faite à Morales, etc. sont bien destinées à décrédibiliser les mouvements d’indépendance et leurs chefs d’Etat.
Quant à la poignée de main d’Obama à Raul Castro, c’est encore une éclatante démonstration du cynisme de cette engeance.

Alors, bien sûr, ce n’est qu’une bien petite partie de l’ampleur du désastre, puisque tout est lié et que les bastions de résistance sont désormais rarissimes sur toute la planète, dans la mesure où les tentatives d’autodétermination sont systématiquement réprimées.
Mais l’AL est l’exemple-même de la politique étrangère opiniâtre, passée et présente, menée par les US.
Ils ne lâchent jamais rien, et l’embargo contre Cuba ne démentira pas ce constat.

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