auteur Marco D’ERAMO
13 août 2011
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Quand David cassait les vitrines (Il Manifesto)
Marco D’ERAMO
Dans une ville anglaise une bande de jeunes défonce une vitrine, s'enfuit dans la nuit, et se dirige en courant vers le jardin botanique. La police les suit, en embarque quelques uns dans leurs fourgonnettes et les met au trou.
Le problème c'est que nous ne parlons pas d'un épisode survenu ces jours-ci. Et que les jeunes arrêtés ne sont pas des casseurs sous-prolétaires. Non, l'épisode a lieu il y a 24 ans à Oxford et les 10 jeunes gens étaient tous membres du Bullingdon Club, une association étudiante oxfordienne de 150 ans d'âge, fameuse pour ses frasques estudiantines, ses cuites et pour considérer la vandalisation de boutiques et restaurants comme le fin du fin de la distraction. Restaurateurs, commerçants et dénonciations à la police, tout est remis en ordre avec quelques généreuses indemnisations qu'on va puiser dans les grassouillets portefeuilles paternels. Quelques heures plus tôt, les dix jeunes gaillards s'étaient fait tirer le portrait sur les marches d'un grand (…)
5 novembre 2008
L’ « Obomanie » et la gauche critique
Marco D’ERAMO
« Contre Obama » est le titre de la rubrique d'Alexander Cockburn publiée le 22 octobre par The Nation, l'hebdomadaire le plus important de la gauche américaine (*).
Alexander est un représentant atypique de cette gauche. D'abord il est anglais et pas américain, même s'il n'est pas du tout flegmatique, plutôt même polémiste assez véhément, journaliste « méchant ». Son frère Patrick est un journaliste confirmé. Son père Claude, journaliste lui aussi, avait été dénoncé comme communiste par Georges Orwell (l'auteur de 1984, et de La ferme des animaux). Il ne vit pas dans une grande ville mais dans un conté perdu en Californie du Nord. Alexander a écrit avec Susanna Hecht un beau livre sur l'Amazonie ( The fate of the Forest : developers, destroyers and defenders of the Amazon, Verso 1989). Avec Jeffrey St Clair il est le producteur de Counterpunch, la plus radicale newsletter politique des Etats-Unis (ces jours ci justement Counterpunch a lancé une souscription pour pouvoir survivre (…)
Violences faites aux femmes : enfer de famille.
Marco D’ERAMO
Il manifesto, jeudi 21 juin 2007.
Mieux seule que mal accompagnée, c'est la morale qu'on peut tirer du dernier rapport du Viminal (siège du ministère de l'Intérieur italien à Rome, NDT) sur la sécurité en Italie. Parce que les chiffrent qui sont le plus impressionnants concernent les femmes : en 2006, un million 150.000 femmes au moins ont subi des violences. Et les femmes qui ont subi des violences au cours de leur vie sont 6 millions 743.000 (une italienne sur trois), dont 5 millions des violences sexuelles. Le chiffre le plus bouleversant est que 62,4 % de toutes les violences sur les femmes ont été commises par leur partenaire, et le pourcentage grimpe à 68,3 % pour les violences sexuelles, et à 69,7 pour les viols. Le mari est l'agresseur le plus fréquent et le milieu familial est celui où se niche le plus grand danger. Tu parles d'une famille berceau des valeurs civiles ! La famille génère des bleus, hématomes, lacérations, quand ce n'est pas des décès.
Et pourtant on n'a (…)
20 avril 2007
Virginia Tech de Blacksburg : les larmes du crocodile.
Marco D’ERAMO
Il manifesto, jeudi 19 avril 2007.
Une seule répétitivité est plus désespérante et plus répétitive que le massacre dans les écoles et les campus étasuniens, c'est la répétitivité monotone des commentaires sur ces homicides. Ce que rappelait Sandro Portelli hier est bien vrai, à savoir que rien d'intelligent ne peut se dire sur un massacre, mais peut-être peut-on dire quelque chose de moins triste sur les réactions à ces massacres. Si quelqu'un se prenait la peine de feuilleter les journaux Usa et de lire ce qu'ils écrivaient en 1996 après que 16 étudiants aient été tués à l'université du Texas, ou après les 12 morts de Columbine en 1999, mais aussi après chacune des 18 fusillades qui ont constellé la dernière décennie américaine, il trouverait la même émotion à bon marché que celle qui a accueilli hier les 33 tués et la vingtaine de blessés de Blacksburg. Le lecteur tomberait sur la même gouttelette de larme facile pour les jeunes vies fauchées, mais toujours drapée du (…)
L’Amérique pauvre des super riches.
Marco D’ERAMO
Il manifesto, samedi 31 mars 2007.
Georges W. Bush et Dick Cheney sont enfin parvenus à ramener les aiguilles de 80 ans en arrière et à reporter la géographie sociale de l'Amérique avant la Grande Dépression. C'est ce qui émerge des revenus étasuniens en 2005 (dernier rapport disponible) : cette année là , les 300.000 américains (étasuniens, NDT) les plus riches ont déclaré un revenu égal au cumul de celui des 150 millions d'étasuniens les plus pauvres : c'est-à -dire 0,1% (un pour mille) au sommet de l'échelle des revenus a encaissé autant que les 50 % qui sont en bas ; en d'autres termes : en moyenne, chaque personne du groupe de tête a encaissé 440 fois plus que chaque personne du groupe de queue. Une disparité qui ne s'était pas vue pas depuis 1928, avant la Grande Dépression.
Une telle concentration de la richesse ne s'était peut-être pas vue depuis l'époque de l'Egypte ancienne. Du point de vue des revenus au moins, les républicains sont ainsi arrivés à effacer le New (…)

