Thème Droit/Justice

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Loi Yadan : la liberté d’expression bientôt muselée par l’Assemblée nationale ?

Meriem LARIBI
Les 16 et 17 avril prochains, l’Assemblée nationale examinera la proposition de loi portée par la députée Caroline Yadan, officiellement intitulée « visant à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme ». Un texte qui a de fortes chances d’être voté et qui punira sévèrement toute forme de remise en question du fait colonial constitutif de l’État d’Israël. Sous prétexte de la lutte contre l’antisémitisme, déjà grandement encadrée par un arsenal législatif conséquent, la loi, si elle est adoptée, va grandement restreindre la liberté d’expression sur la question palestinienne. Déposée en novembre 2024, la proposition de Caroline Yadan s’inscrit dans un contexte de forte mobilisation des acteurs pro-israéliens pour faire taire les voix dénonçant le génocide à Gaza, l’apartheid et le nettoyage ethnique en Palestine, en tentant de les stigmatiser comme des points de vue motivés par l’antisémitisme et non par la défense des droits fondamentaux du peuple palestinien. Pour les (…)

L’Affaire Abdallah, un film de Pierre Carles

SYNOPSIS Le militant libanais Georges Abdallah a été incarcéré près de 41 ans en France. Ce résistant communiste pro-palestinien s’est vu affubler de l’étiquette ‘’terroriste’’. À tort. Une incroyable fake news et de fortes pressions exercées par les États-Unis sur la France sont à l’origine de cette durée de détention hors-norme. À 74 ans, il a réussi à sortir de prison, debout, ses convictions politiques intactes. L’AFFAIRE Si le nom de Georges Abdallah a défrayé la chronique à l’orée de la décennie 80, il a petit à petit disparu des unes de la presse française et internationale pour sombrer dans une sorte d’oubli qu’une poignée de soutiens s’évertuait inlassablement à combattre. Pour beaucoup alors, son nom se mêlait à ceux que le Proche Orient propulse au-devant de la scène pour quelques jours, puis rejette dans l’ombre. De temps à autre, au détour d’un ouvrage, d’une polémique ou plus souvent d’une demande de libération, il se rappelait à notre souvenir, mais bien peu (…)

Demander la tête de Mme Franscesca Albanese pour faire oublier l’annexion de Gaza et de la Cisjordanie par l’État d’Israël ?

Christian EYSCHEN

Interpellé par Mme Caroline Yadan, députée représentant les Français établis hors de France inscrite au Groupe Ensemble pour la République dirigé par M. Gabriel Attal, le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, M. Jean-Noël Barrot, a non seulement appuyé sans réserve les propos volontairement inexacts prononcés par celle qui défend ouvertement, à la suite de M. Meyer Habib, les intérêts de l'État d'Israël sur les bancs de l'Assemblée nationale mais demandé, à la surprise de plusieurs diplomates du Quai d'Orsay, la tête de Mme Francesca Albanese, éminente juriste en Droit international, Rapporteur spécial de l'Organisation des Nations-Unies (ONU) sur les Territoires palestiniens occupés. Les gouvernements allemand et autrichien ont emboîté le pas de Paris et le Secrétaire général de l'ONU n'a pas apporté à l'intéressée un soutien manifeste, bien qu'il ait souvent critiqué l'action d'Israël à Gaza.

Mme Caroline Yadan et M. Jean-Noël Barrot, reprochent à Mme Francesca Albanese d'avoir prétendument qualifié l'État d'Israël d'« ennemi commun de l’Humanité » lors d'un colloque tenu à Doha par le journal Al Jazeera, en présence de représentants du Hamas et de l'Iran. Or, elle ne s'est jamais exprimée de la sorte et a publié l'intégralité de son intervention qui visait à dénoncer le système de complicités en faveur de l'action de l'État d'Israël à Gaza, constitué par la mise à disposition de celui-ci de « capitaux financiers, [d'] algorithmes [et] [d'] armes » employés contre la population de l'enclave. Le projet officiel de l'actuel gouvernement des États-Unis de faire de Gaza la « Riviera » du Proche-Orient tend à donner du crédit à l'analyse de Mme Francesca Albanese. D'ailleurs, celle-ci a pris dans le passé des positions pour le moins gênantes pour l'État d'Israël et ses alliés. Dans un rapport de juillet 2023 présenté devant le Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU, elle a (…)

L’Union africaine approche de la ligne d’arrivée des réparations : la résolution à l’ONU reconnaît l’esclavage comme un crime contre l’humanité

Damien MARCHAND
Addis-Abeba, Éthiopie, 17 février 2026 – La 39e session de l'Assemblée des chefs d'État et de gouvernement de l'Union africaine (UA), qui s'est tenue les 14 et 15 février dans la capitale éthiopienne, a marqué un tournant décisif. Sous le thème de l'année « Garantir un accès durable à l'eau et à des systèmes d'assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l'Agenda 2063 », le sommet a rassemblé des dizaines de dirigeants africains. Ils ont abordé non seulement les défis environnementaux et économiques, mais aussi les injustices historiques. Les réparations pour la période coloniale approchent enfin de la ligne d'arrivée grâce aux mécanismes institutionnels du continent – sans la participation de l'Europe. Comment cela s'est-il produit ? L'Afrique a construit progressivement une base juridique. Tout a commencé avec la Décision 884 de l'UA en février 2024, qui déclarait 2025 « Année de la justice pour les Africains » avec des réparations pour l'esclavage, le colonialisme et (…)

Les attaques croissantes contre Francesca Albanese présagent une nouvelle période sombre

Chris HEDGES
La campagne vicieuse et soutenue menée contre Francesca Albanese, rapporteure spéciale des Nations unies sur la situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, par Israël et les États-Unis, inclut désormais les ministres des Affaires étrangères allemand, italien, français, autrichien et tchèque, qui exigent sa démission. Cette campagne s'inscrit dans le cadre d'un effort des nations industrialisées visant à la fois à soutenir le génocide à Gaza – près de 600 Palestiniens ont été tués à Gaza depuis l'entrée en vigueur du faux cessez-le-feu – et à réduire au silence tous ceux qui exigent que la communauté internationale respecte l'état de droit. La dernière attaque contre Francesca, qui s'inscrit dans le cadre d'une campagne concertée visant à discréditer les organismes internationaux tels que l'ONU, repose sur une vidéo délibérément tronquée d'un discours prononcé par Francesca à Doha le 7 février, qui déforme et interprète de manière erronée (…)