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Les préparatifs ukrainiens avant le 25 février 2022

À l’approche de la guerre en Ukraine

À la veille du premier anniversaire de l'Opération militaire spéciale lancée par la Russie en Ukraine, b. du site Moon of Alabama, revient, dans une série d'articles très éclairante, sur la chronologie des quelques jours qui l'ont précédée. Une suite d'évènements qu'aucun média occidental n'a relayée, évidemment. (XP)

dimanche 13 février 2022

Au début de l’année 2022, l’Ukraine a achevé les préparatifs d’une attaque massive contre les républiques populaires renégates de Donetsk et de Louhansk (RPD et RPL).

La moitié de l’armée ukrainienne, soit quelque 120 000 hommes recrutés et entraînés au cours des sept dernières années, était stationnée près de la ligne de cessez-le-feu et prête à partir. Dans le camp adverse, seuls quelque 40 000 hommes étaient sous les armes. Ils auraient peu de chances de résister à un assaut.

La Russie ne pouvait pas laisser une attaque ukrainienne se produire. Si l’Ukraine récupérait les provinces renégates, elle pourrait rejoindre l’OTAN. L’opinion publique russe était résolument du côté de la RPD et de la RPL russophones. Elle exigerait sûrement une intervention. Depuis le coup d’État de 2014 à Kiev, quelque quatre millions d’Ukrainiens étaient déjà partis en Russie. Il y a beaucoup de liens familiaux entre les deux pays. À ce titre, la Russie avait mis certaines de ses propres forces en alerte et avait déplacé des armes et des munitions vers des points de rassemblement près de la frontière ukrainienne.

Pendant des mois, les États-Unis ont mis en garde contre une prochaine attaque russe contre l’Ukraine. Ils pouvaient le faire car ils savaient que l’Ukraine tenterait de récupérer les républiques par la force. Ils savaient que la Russie devrait répondre. Le 12 janvier 2022, le directeur de la CIA Bill Burns avait secrètement rencontré Zelensky à Kiev. Burns est souvent porteur de messages du président Joe Biden.

Le dimanche 13 février 2022, après un appel téléphonique avec le président américain Joe Biden, le président ukrainien Zelensky a donné l’ordre final pour l’attaque ukrainienne prévue.

Cette prise de décision a immédiatement fait l’objet d’une fuite à Londres ainsi qu’à Kiev.

Dans son résumé de la journée, le Guardian énumère un grand nombre d’activités compatibles avec le début imminent d’un conflit. Des diplomates et des militaires étrangers quittaient l’Ukraine. Des armes arrivaient.

Averti par son gouvernement, le conglomérat d’assurance britannique Lloyd a cessé ses services d’assurance pour tout ce qui concerne l’Ukraine :

Anatoliy Ivantsiv, directeur de la société d’assurance ukrainienne Expo, a déclaré à Interfax que le géant des assurances britanniques Lloyds a annoncé qu’il cesserait temporairement toute assurance contre les risques de conflit au-dessus de l’espace aérien ukrainien à partir du 14 février.

Lorsque la nouvelle de l’ordre d’attaquer s’est répandue dans Kiev, ses oligarques « d’élite » et certains membres du Parlement étaient prêts à partir. Le 13 février et les jours suivants, ils ont fui le pays :

Les hommes les plus riches d’Ukraine fuient le pays avec leurs familles. Le nombre d’affrètements de jets privés a bondi après que la possibilité d’une guerre a atteint un pic ces derniers jours, selon les informations sur le trafic aérien publiées sur les médias sociaux le 13 février.

(...)

La Suisse, l’Autriche et le sud de la France étaient les destinations les plus populaires pour les vols charter.
Ukrainska Pravda a déclaré qu’un tel exode sur les vols charter n’avait pas été signalé en six ans d’observation. La publication indique que des avions appartenant aux principaux oligarques du pays, dont Rinat Akhmetov, Viktor Pinchuk et Boris Kolesnikov, ont quitté le pays. Un avion privé pour 50 personnes a également été commandé par Igor Abramovich, une autre personnalité du monde des affaires.

(...)

Les sources de bne IntelliNews confirment que deux professeurs d’anglais résidents, tous deux citoyens britanniques, travaillant respectivement pour un député et un homme d’affaires, partiront pour le sud de la France cette semaine. Ni l’un ni l’autre n’ont confirmé que ces vols avaient quelque chose à voir avec les craintes accrues d’une invasion, les deux familles voyageant régulièrement avec leur personnel pour des vacances professionnelles. Même le mois dernier, lorsque les tambours de la guerre ont commencé à battre plus fort pour la première fois, les tuteurs et les enseignants travaillant dans les écoles privées de Kiev ont signalé un grand nombre d’enfants absents, partis en vacances.

Certains membres du parlement ukrainien se sont également désistés. Le 14 février, Kiev Independent a rapporté :

Plus de deux douzaines de législateurs sur un total de 424 députés, qui devaient assister aux sessions parlementaires débutant cette semaine, ne sont pas actuellement en Ukraine. Près de la moitié, soit 12 députés, sont issus du parti pro-russe Plateforme de l’opposition pour la vie, cinq députés sont issus du parti présidentiel Serviteur du peuple. La plupart des législateurs, soit 20 personnes, ont quitté le pays en février.

Dans le cadre des accords de Minsk, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a envoyé une mission d’observation spéciale sur la ligne de cessez-le-feu dans l’est de l’Ukraine. Au cours du week-end du 12 et 13 février, le front a été relativement calme :

Dans la région de Donetsk, entre les soirées du 11 et du 13 février, la mission a enregistré 261 violations du cessez-le-feu, dont 50 explosions. Au cours de la période précédente, elle avait enregistré 114 violations du cessez-le-feu dans la région.

Dans la région de Louhansk, entre les soirées du 11 et du 13 février, la MSO a enregistré 114 violations du cessez-le-feu, dont 24 explosions. Au cours de la période précédente, elle avait enregistré 258 violations du cessez-le-feu dans la région.

Le nombre d’explosions observées était inférieur à la moyenne des périodes de 7 et 30 jours précédentes. Les explosions se sont produites des deux côtés de la ligne de cessez-le-feu.

lundi 14 février 2022

Le 14 février 2022 a été une journée relativement calme. Les États-Unis savaient que l’Ukraine allait bientôt lancer une grande attaque contre les républiques renégates de Donetsk et de Louhansk. Pour protéger le peuple russe qui y vit, la Fédération de Russie devrait envahir l’Ukraine. La Maison Blanche a continué à mettre en garde contre une prochaine « invasion russe » que les actions ukrainiennes à venir provoqueraient.

Le Washington Post a fait état d’un groupe de planification de la guerre à la Maison Blanche. Les préparatifs étaient en cours depuis un certain temps :

Alors que les craintes d’une agression potentielle de la Russie contre l’Ukraine augmentent, une « Tiger Team » dirigée par la Maison Blanche étudie discrètement la manière dont les Etats-Unis répondraient à toute une série de scénarios surprenants, allant d’une démonstration de force limitée à une invasion de grande envergure faisant de nombreuses victimes.

(...)

La Tiger Team est officiellement née en novembre, lorsque le conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan, a demandé à Alex Bick, directeur du NSC [ NDT : National Security Council (Conseil de sécurité)] pour la planification stratégique, de diriger leurs efforts de planification au travers de plusieurs agences. M. Bick a fait appel aux départements de la défense, de l’État, de l’énergie, du trésor et de la sécurité intérieure, ainsi qu’à l’Agence américaine pour le développement international, afin d’étudier une éventuelle crise humanitaire.

La communauté du renseignement est également impliquée, jouant sur les différents plans d’action que les Russes pourraient poursuivre et sur les risques et les avantages de chacun d’entre eux, ont déclaré les responsables.

(...)

Cette planification est en cours alors même que d’autres agences poursuivent leurs propres préparatifs. Le département du Trésor a élaboré d’éventuels trains de sanctions et le Pentagone a prévu des déploiements de troupes supplémentaires au moment même où la Maison Blanche mettait la dernière main à son cahier des charges.

L’une des principales préoccupations de la Tiger Team est l’effort de la Russie pour promouvoir un faux récit selon lequel c’est l’Ukraine, aidée par l’Occident, qui se prépare à lancer une offensive dans l’est de l’Ukraine, et que la Russie est la victime.

Nous verrons dans les prochains jours qui a réellement lancé l’attaque.

Le Kremlin n’était toujours pas convaincu qu’une guerre allait éclater :

Lors d’une réunion au Kremlin, le ministre des affaires étrangères, Sergei Lavrov, a déclaré à Poutine qu’il pensait qu’il y avait encore de la place pour un dialogue sur les demandes russes d’un nouvel accord de sécurité avec l’Ouest, qui ont été formulées alors que la Russie a amassé 140 000 soldats aux frontières de l’Ukraine ces dernières semaines.

« Il me semble que nos possibilités sont loin d’être épuisées. Elles ne devraient certainement pas se poursuivre indéfiniment. Mais à ce stade, je suggère qu’elles se poursuivent et s’intensifient », a déclaré M. Lavrov à M. Poutine.
...
« Nous mettons en garde contre des conversations sans fin sur des questions qui doivent être résolues aujourd’hui. Néanmoins, en tant que ministre des affaires étrangères, je dois dire qu’il y a toujours une chance, » a déclaré M. Lavrov.

Dans le même temps, un haut diplomate russe a déclaré au Guardian que la Russie serait dans son droit de « contre-attaquer » contre l’Ukraine si elle estimait que Kiev menaçait la population de l’est de l’Ukraine.

« Nous n’envahirons pas l’Ukraine, sauf si on nous provoque à le faire », a déclaré Vladimir Chizhov, ambassadeur de la Russie auprès de l’UE, dans une interview à Bruxelles.

« Si les Ukrainiens lancent une attaque contre la Russie, vous ne devriez pas être surpris si nous contre-attaquons. Ou, s’ils commencent à tuer ouvertement des citoyens russes n’importe où - Donbass ou ailleurs », a-t-il déclaré.

La diplomatie était au rendez-vous avec un appel téléphonique entre le président Joe Biden et le premier ministre britannique Boris Johnson. Le chancelier allemand Olaf Scholz était à Kiev pour tenter d’arrêter la guerre à venir. C’était bien trop tard.

La mission spéciale d’observation de l’OSCE sur la ligne de cessez-le-feu dans l’est de l’Ukraine a indiqué le 14 février que le front était à nouveau inhabituellement calme :

Dans la région de Donetsk, la mission a enregistré 17 violations du cessez-le-feu, dont une explosion. Au cours des 24 heures précédentes, elle a enregistré 157 violations du cessez-le-feu dans la région.

Dans la région de Louhansk, la MSO a enregistré 157 violations du cessez-le-feu, dont 40 explosions. 80 des violations du cessez-le-feu ont été évaluées comme des exercices de tir réel en dehors de la zone de sécurité. Au cours des 24 heures précédentes, elle a enregistré 80 violations du cessez-le-feu dans la région.

Il y a eu l’observation notable d’une concentration de chars ukrainiens :

En violation des lignes de retrait, la mission a observé 22 chars dans une zone contrôlée par le gouvernement et un mortier dans une zone non contrôlée par le gouvernement de la région de Luhansk.

Il s’agissait d’un nombre inhabituellement élevé de T-72 ukrainiens près de Pidlisne, à 70 km au nord-ouest de Luhansk.

Le nombre observé de violations du cessez-le-feu et d’explosions était inférieur à la moyenne des périodes de 7 et 30 jours précédentes, ainsi qu’à la moyenne quotidienne de toute l’année 2021. La concentration d’explosions au sud de Sadovyi (non contrôlée par le gouvernement, 57 km au sud-ouest de Luhansk) a été évaluée comme provenant d’un exercice réel. Elle est indiquée par le point orange sur la ligne de démarcation entre Luhansk et Donetsk.

mardi 15 février 2022

Suite au coup d’État de 2014 à Kiev, le président Yanukovich, fraîchement élu, avait fui le pays. Ses partisans au Parlement ont pris peur et ne se sont pas présentés à d’autres assemblées. Le nouveau gouvernement choisi par les États-Unis a immédiatement entrepris de réprimer les régions russophones de l’Ukraine. La première mesure prise par le parlement croupion, désormais dominé par des personnes de droite originaires de l’ouest de l’Ukraine, a été d’interdire la langue russe dans les affaires officielles.

La population d’origine russe de l’est et du sud-est s’opposait au coup d’État et se rebellait contre lui. Le nouveau gouvernement a essayé de l’opprimer par des moyens militaires. Mais de nombreux soldats sont passés du côté des rebelles qui ont rapidement pris le dessus. Les troupes gouvernementales ukrainiennes ont été vaincues de manière décisive, à deux reprises. Chaque fois, les gouvernements français, allemand, russe et ukrainien se sont réunis pour parvenir à des accords sur la marche à suivre :

Le premier de ces accords, connu sous le nom de Protocole de Minsk, a été rédigé en 2014 par le Groupe de contact trilatéral sur l’Ukraine, composé de l’Ukraine, de la Russie et de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), avec la médiation des dirigeants de la France et de l’Allemagne dans le cadre du format Normandie. Après de longues discussions à Minsk, en Biélorussie, l’accord a été signé le 5 septembre 2014 par les représentants du Groupe de contact trilatéral et, sans reconnaissance de leur statut, par les dirigeants d’alors de la République populaire de Donetsk (RPD) et de la République populaire de Louhansk (RPL) autoproclamées. Cet accord faisait suite à de multiples tentatives antérieures d’arrêter les combats dans la région et visait à mettre en œuvre un cessez-le-feu immédiat.

L’accord n’a pas réussi à mettre fin aux combats, et a donc été suivi d’un accord révisé et mis à jour, Minsk II, qui a été signé le 12 février 2015. Cet accord consistait en un ensemble de mesures, dont un cessez-le-feu, le retrait des armes lourdes de la ligne de front, la libération des prisonniers de guerre, une réforme constitutionnelle en Ukraine accordant l’autonomie à certaines zones du Donbas et la restitution du contrôle de la frontière de l’État au gouvernement ukrainien. Si les combats se sont apaisés après la signature de l’accord, ils n’ont jamais pris fin complètement, et les dispositions de l’accord n’ont jamais été pleinement appliquées.

L’accord de Minsk II, un « ensemble de mesures pour la mise en œuvre des accords de Minsk », a été approuvé par la résolution 2205 du Conseil de sécurité des Nations unies. Il est disponible ici. Le paquet comprend des tâches clairement numérotées. La première des tâches est un cessez-le-feu immédiat. Le « lancement d’un dialogue » sur les mesures législatives que le parlement ukrainien devrait prendre pour reconnaître un statut spécial pour le Donbass constitue l’étape 4. L’étape 9 étant le rétablissement du contrôle total de la frontière de l’État par le gouvernement.

Ces étapes clairement définies se sont avérées par la suite être la raison pour laquelle l’accord n’a jamais été pleinement mis en œuvre. Le gouvernement ukrainien a insisté pour que l’étape 9 soit franchie avant l’étape 4. Les gouvernements des républiques de Donetsk et de Louhansk ont insisté sur l’ordre initial, car l’abandon de tout contrôle de la frontière avec la Russie et des approvisionnements qui la traversent leur aurait ôté toute capacité à se défendre avant que les autres étapes, notamment la reconnaissance du statut spécial des républiques du Donbass, ne soient franchies.

Au fil des ans, plusieurs sommets ont été organisés pour faire pression en faveur de l’application des accords de Minsk. Mais le gouvernement ukrainien, avec le soutien de l’Occident, a continué à bloquer le processus.

Le mardi 15 février 2022, à la suite d’entretiens avec le chancelier allemand Olaf Scholz, le président Vladimir Poutine a ordonné à certaines troupes qui étaient stationnées près de la frontière avec l’Ukraine de retourner dans leurs casernes.

France 24 a listé d’autres titres ce jour-là :

• Blinken au micro de FRANCE 24 : la crise ukrainienne a « renforcé la solidarité transatlantique ».
• Le chef de l’OTAN affiche un « optimisme prudent » face à la crise ukrainienne
• Crise ukrainienne : Blinken estime que le risque d’invasion russe est élevé
• Faut-il rester ou partir ? Les Ukrainiens restent résolus malgré une guerre des nerfs
• Scholz salue le retrait de certaines troupes russes de la région de l’Ukraine.
• Poutine et Scholz entament des discussions à Moscou sur la sécurité en Ukraine.
• La Russie annonce le retour de certaines troupes à la base, l’Ukraine réagit avec prudence.
• Les marchés se calment après que la blague de Zelensky sur l’invasion ait effrayé les investisseurs.

France 24, et de nombreux autres médias « occidentaux », sont passés à côté d’un événement important qui se déroulait en Russie :

Le Parlement russe votera mardi pour décider s’il faut demander au président Vladimir Poutine de reconnaître comme indépendantes deux régions séparatistes soutenues par la Russie dans l’est de l’Ukraine, a déclaré le président de la chambre basse de la Douma.

(...)

L’idée de demander à Poutine de reconnaître les territoires sécessionnistes a été lancée par les législateurs le 19 janvier, mais il a fallu des semaines pour qu’elle soit inscrite à l’ordre du jour du Parlement, le Kremlin refusant de dire si l’idée lui plaisait.

Fin janvier 2022, le Center for Strategic and International Studies (CSIS) avait analysé l’idée :

Le 19 janvier, 11 membres de la Douma d’État, la chambre basse du parlement russe, ont enregistré un projet de loi visant à reconnaître l’indépendance de deux îlots séparatistes de l’est de l’Ukraine qui sont en guerre avec Kiev depuis 2014 avec un soutien substantiel mais non déclaré de Moscou. Le document, qui a été présenté par des membres du Parti communiste, intervient dans un contexte de tensions croissantes le long de la frontière ukrainienne et en Crimée occupée, alors que la Russie poursuit le renforcement de ses forces militaires tout en exigeant que l’Occident collectif accepte les propositions visant à remodeler l’ordre de sécurité européen à son goût.

Ce n’est pas la première fois que des parlementaires russes cherchent à accorder une reconnaissance officielle aux soi-disant républiques populaires de Donetsk et de Louhansk (abrégées respectivement en RPD et RPL). En 2014, les députés du parti ont lancé une campagne avortée pour recueillir des signatures en faveur de la reconnaissance de l’indépendance des territoires, qui aurait été remise au président Poutine pour examen. Entre-temps, le parti Russie Juste a appelé à la reconnaissance de l’indépendance des petits États la même année et l’a incluse dans ses programmes ultérieurs.

Ce n’était pas l’idée du principal parti soutenant le gouvernement, Russie Unie, mais celle de l’opposition parlementaire. Poutine avait rejeté la tentative d’indépendance de 2014 car il souhaitait que les républiques du Donbass restent au sein de l’Ukraine.

Le CSIS écrit qu’une éventuelle reconnaissance de l’indépendance du Donbass était considérée par ses partisans comme une étape qui pourrait aider à éviter une guerre :

L’approche suggérée par les communistes offre certains avantages à la Russie. Tout d’abord, les négociations sur les demandes de sécurité de la Russie étant dans l’impasse, étendre la reconnaissance officielle à la RPL et à la RPD pourrait donner à Poutine un moyen relativement simple de modifier le statu quo en faveur de la Russie sans (nécessairement) impliquer les 127 000 hommes des forces russes qui encerclent actuellement l’Ukraine.

Le président de la commission de la Douma d’État chargée des relations avec les États voisins a déjà indiqué que la reconnaissance de l’indépendance des petits États pourrait faire partie du « plan B » de la Russie en cas d’échec des négociations. Si la Russie souhaite accorder plus de temps aux négociations, tout en intensifiant la pression pour contraindre l’Occident à accepter au moins certaines de ses positions fondamentales, la reconnaissance des îlots pourrait être considérée par le Kremlin comme une prochaine étape appropriée. Si l’Ukraine et l’Occident font des concessions substantielles à ce stade, Poutine pourrait alors proclamer une victoire dans l’impasse actuelle et retirer ses forces plutôt que de risquer une escalade aux résultats imprévisibles.

Lors de sa session du 15 février, la Douma a adopté la résolution :

La Chambre Basse du parlement russe a voté mardi pour demander au président Vladimir Poutine de reconnaître l’indépendance de deux régions séparatistes de l’est de l’Ukraine, soutenues par la Russie, et l’Union européenne a demandé à Moscou de ne pas donner suite à cette demande.

La décision de la Douma d’État, si elle est approuvée, pourrait enflammer davantage une impasse plus large concernant le renforcement militaire russe près de l’Ukraine, qui a alimenté les craintes occidentales d’une attaque de Moscou. La Russie nie tout projet d’invasion et a accusé l’Occident d’hystérie.

La reconnaissance des républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Louhansk pourrait tuer le processus de paix de Minsk dans l’est de l’Ukraine, où un conflit dans la région connue sous le nom de Donbass entre les forces gouvernementales et les séparatistes soutenus par Moscou a coûté 15 000 vies.

« Kiev ne respecte pas les accords de Minsk. Nos citoyens et nos compatriotes qui vivent dans le Donbass ont besoin de notre aide et de notre soutien », a écrit Vyacheslav Volodin, le président de la Douma d’État, sur les médias sociaux.

(...)

Lors d’une conférence de presse à Moscou, M. Poutine a refusé de s’étendre sur la manière dont il compte réagir. Il a déclaré que les Russes avaient de la sympathie pour les habitants de la région du Donbass, mais qu’il souhaitait que les problèmes des régions soient résolus dans le cadre des accords de Minsk.

(...)

Des pourparlers de paix quadripartites entre l’Ukraine, la Russie, la France et l’Allemagne ont eu lieu la semaine dernière mais se sont terminés sans percée.

Après les pourparlers, l’Ukraine a déclaré qu’elle ne céderait pas à la pression de Moscou pour négocier directement avec les séparatistes, tandis que la Russie a accusé Kiev de présenter des propositions absurdes.

La mission spéciale d’observation de l’OSCE sur la ligne de cessez-le-feu dans le sud-est de l’Ukraine a indiqué le 15 février que le nombre de violations du cessez-le-feu restait inférieur à la moyenne. Le nombre d’explosions, c’est-à-dire d’impacts d’artillerie, était supérieur à la moyenne, mais principalement limités à une zone où ils ont frappé des deux côtés de la ligne de cessez-le-feu :

Dans la région de Donetsk, la MSO a enregistré 24 violations du cessez-le-feu, dont cinq explosions. Au cours de la période précédente, elle avait enregistré 17 violations du cessez-le-feu dans la région.

Dans la région de Louhansk, la mission a enregistré 129 violations du cessez-le-feu, dont 71 explosions.

(...)

La majorité des violations du cessez-le-feu se sont produites dans des zones proches de la zone de désengagement près de Zolote (contrôlée par le gouvernement, à 60 km à l’ouest de Luhansk) (image). Au cours de la période précédente, la mission a enregistré 157 violations du cessez-le-feu dans la région, dont certaines ont également eu lieu près de la zone de désengagement près de Zolote.

(...)

Au cours de la période considérée, la caméra de la MSO à Zolote a enregistré quatre projectiles en vol, tandis que les patrouilles de la mission ont entendu 61 explosions indéterminées et 37 rafales de tirs de mitrailleuses lourdes, évaluées en dehors de la zone de désengagement près de Zolote mais dans un rayon de 5 km de sa périphérie.

mercredi 16 février 2022

Le soir du 15 février, le ministère russe des Affaires Étrangères a rendu publiques des informations sur un appel téléphonique entre le ministre des Affaires Étrangères Sergei Lavrov et le secrétaire d’État Anthony Blinken. CGTN a rapporté le 16 février :

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a appelé mardi les États-Unis à abandonner leur rhétorique agressive dans le dialogue sur les garanties de sécurité et à faire preuve d’une approche pragmatique sur ce sujet, rapporte l’agence de presse publique Tass.

M. Lavrov a eu un entretien téléphonique avec le secrétaire d’État américain Antony Blinken, au cours duquel le diplomate russe a souligné la nécessité de continuer à travailler ensemble.

« De notre côté, il a été souligné qu’il est nécessaire de poursuivre le travail commun, comme cela a été convenu par les présidents [de la Russie Vladimir] Poutine et [des États-Unis Joe] Biden lors de leur appel téléphonique du 12 février, dans le cadre des propositions des États-Unis et de l’OTAN sur les garanties de sécurité », déclare TASS en citant le ministère russe des Affaires étrangères.

« Lavrov a spécialement souligné l’inadmissibilité de la rhétorique agressive attisée par Washington et ses plus proches alliés et a appelé à un dialogue pragmatique sur l’ensemble des questions soulevées par la Russie, en mettant l’accent sur le principe de la sécurité indivisible. »

La Russie avait précédemment envoyé aux États-Unis et à l’OTAN des demandes de pourparlers sur plusieurs questions. Le point le plus important pour la Russie était le terme « sécurité indivisible, » selon lequel la sécurité d’une partie ne doit pas interférer avec la sécurité de l’autre partie.

Ce terme figure dans plusieurs traités conclus avec la Russie. La Russie a affirmé que l’expansion de l’OTAN menaçait sa sécurité et violait ainsi ces traités. Bien que les États-Unis l’aient nié, il est évident que toute expansion de l’OTAN augmentait le danger potentiel pour la Russie. La Russie et l’OTAN se sont donc retrouvées dans un classique dilemme de sécurité :

Dans le domaine des relations internationales, le dilemme de la sécurité (également appelé modèle en spirale) se pose lorsque le renforcement de la sécurité d’un État (comme l’augmentation de sa puissance militaire) amène d’autres États à craindre pour leur propre sécurité (parce qu’ils ne savent pas si l’État qui renforce sa sécurité a l’intention d’utiliser son armée croissante à des fins offensives). Par conséquent, les mesures d’accroissement de la sécurité peuvent entraîner des tensions, une escalade ou un conflit avec une ou plusieurs autres parties, produisant un résultat qu’aucune partie ne souhaite vraiment ; une instance politique du dilemme du prisonnier.

Les États-Unis ont répondu au document russe en concédant sur certains points mineurs que la Russie réclamait depuis longtemps, mais pas sur les grandes questions, dont la plus importante était la « sécurité indivisible ».

Le 2 février 2022, j’avais décrit le processus en détail :

[À] la mi-décembre, la Russie a commencé à contrer la démarche des États-Unis. Elle a publié deux projets de traités, l’un avec les États-Unis et l’autre avec l’OTAN, qui comportent des exigences strictes en matière de sécurité :

• Plus d’expansion de l’OTAN vers les frontières de la Russie.
• Retrait de l’invitation adressée en 2008 par l’OTAN à l’Ukraine et à la Géorgie.
• Retrait des forces étrangères de l’OTAN de l’Europe de l’Est.
• Garantie juridiquement contraignante qu’aucun système de frappe pouvant cibler Moscou ne sera déployé dans les pays proches de la Russie.
• Aucun « exercice » de l’OTAN ou d’un organisme équivalent (Royaume-Uni, États-Unis, Royaume-Uni) à proximité des frontières russes.
• Les navires et les avions de l’OTAN doivent respecter certaines distances par rapport aux frontières russes.
• Discussions régulières entre militaires.
• Pas d’armes nucléaires américaines en Europe.

La Russie a demandé des réponses écrites et a menacé de prendre des mesures « militaro-techniques » si les réponses étaient négatives. La Russie a également planifié et lancé de nouveaux exercices militaires.

Les réponses ont été reçues mais, à la demande des États-Unis, la Russie s’est abstenue de les publier. Elles ont été divulguées à El Pais, publiées aujourd’hui et peuvent être téléchargées ici (pdf).

La réponse des États-Unis aux projets de traités de la Russie est professionnelle. S’ils rejettent les principales demandes de la Russie, notamment un statut de neutralité pour l’Ukraine, ils cèdent sur des questions mineures et proposent des discussions supplémentaires à leur sujet. La réponse de l’OTAN est en revanche hautement idéologique et rejette tous les points soulevés par la Russie tout en formulant de nouvelles exigences à l’égard de la Russie, conçues pour être rejetées. (Il est désormais probable que les futures négociations excluent l’OTAN).

La Russie n’a pas encore répondu officiellement aux lettres reçues. Lors d’une conférence de presse après des entretiens avec le premier ministre hongrois, le président russe a fait une remarque à propos des lettres :

[T]out en ignorant nos préoccupations, les États-Unis et l’OTAN font référence au droit des États de choisir librement des méthodes spécifiques pour assurer leur sécurité. Mais il ne s’agit pas seulement de donner à quelqu’un le droit de choisir librement des méthodes pour assurer sa sécurité. Il ne s’agit que d’une partie de la formule bien connue de la sécurité indivisible. La deuxième partie inaliénable implique qu’il est impossible de renforcer la sécurité de quiconque au détriment de celle des autres États.

Le ministère russe des Affaires étrangères a envoyé une lettre à plusieurs pays de l’OTAN dans laquelle il leur demande leur avis officiel sur plusieurs accords qu’ils ont signés et qui comportent des clauses sur l’indivisibilité de la sécurité :

L’essence même des accords sur la sécurité indivisible est que soit il y a la sécurité pour tous, soit il n’y a de sécurité pour personne.

Comment la signature de ces traités et la sécurité indivisible pour tous sont-elles compatibles avec l’expansion agressive de l’OTAN visant la Russie ? Les ministères des affaires étrangères « occidentaux » auront du mal à répondre à cette question.

France 24 a répertorié certains de ses titres pertinents du jour :

• Crise ukrainienne : Moscou annonce la fin des exercices en Crimée, l’OTAN n’est pas convaincue
• Le parlement russe demande à Poutine de reconnaître les régions séparatistes de l’est de l’Ukraine
• Crise ukrainienne : Le retrait de la Russie suscite le scepticisme des alliés occidentaux
• Journée de l’unité : Les Ukrainiens lèvent des drapeaux pour défier la crainte d’une invasion russe
• L’OTAN déclare que la Russie semble poursuivre l’escalade militaire en Ukraine
• Le chef de l’OTAN déclare que la Russie semble poursuivre l’escalade militaire autour de l’Ukraine

La mission spéciale d’observation de l’OSCE sur la ligne de cessez-le-feu dans le sud-est de l’Ukraine a signalé le 16 février que le nombre de violations du cessez-le-feu était soudainement passé au-dessus de la moyenne. Des échanges d’artillerie ont eu lieu sur de nombreuses parties du front.

Dans la région de Donetsk, la MSO a enregistré 189 violations du cessez-le-feu, dont 128 explosions. Au cours de la période précédente, elle avait enregistré 24 violations du cessez-le-feu dans la région.

Dans la région de Louhansk, la mission a enregistré 402 violations du cessez-le-feu, dont 188 explosions. Au cours de la période précédente, elle avait enregistré 129 violations du cessez-le-feu dans la région.

Le 16 février, les observateurs ont remarqué plusieurs obusiers automoteurs (2S1 Govzdika, 122 mm) en violation des lignes de retrait. Quatre ont été vus du côté du gouvernement ukrainien et deux du côté non gouvernemental.

Après trois jours plus ou moins calmes, la reprise soudaine des combats a été particulièrement remarquée.

La carte montre des explosions, les petits points noirs, des deux côtés de la ligne de cessez-le-feu.

jeudi 17 février 2022

Le 17 février 2022, un jeudi, le Conseil de sécurité de l’ONU a tenu une réunion sur la situation en Ukraine :

S’exprimant devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a révélé certaines conclusions des services de renseignement américains dans le cadre d’une stratégie dont les États-Unis et la Grande-Bretagne espèrent qu’elle permettra d’exposer et de prévenir tout projet d’invasion. Les États-Unis ont refusé de révéler la plupart des preuves qui sous-tendent leurs affirmations.

Il a dit aux diplomates qu’un événement soudain, apparemment violent, mis en scène par la Russie pour justifier une invasion, donnerait le coup d’envoi.

« Nous ne connaissons pas exactement » le prétexte - un « soi-disant attentat terroriste » à l’intérieur de la Russie, une attaque de drone mise en scène, « une fausse, voire une vraie attaque ... utilisant des armes chimiques », a-t-il déclaré.

Elle s’ouvrirait par des cyberattaques, ainsi que par des missiles et des bombes en Ukraine, a-t-il ajouté. Peignant le tableau américain plus loin, Blinken a décrit l’entrée des troupes russes, avançant sur Kiev, une ville de près de 3 millions d’habitants, et d’autres cibles clés.

Les renseignements américains ont indiqué que la Russie ciblerait également des « groupes spécifiques » d’Ukrainiens, a déclaré M. Blinken, sans donner de détails.

Dans un clin d’œil implicite à la comparution du secrétaire d’État Colin Powell devant le Conseil de sécurité en 2003, lorsqu’il a cité des renseignements américains faux et non fondés pour justifier l’invasion américaine de l’Irak, M. Blinken a ajouté : « Que les choses soient claires. Je suis ici aujourd’hui non pas pour déclencher une guerre, mais pour en empêcher une. »

Nous savons aujourd’hui qu’il n’y a pas eu de « mise en scène d’un événement violent ». Il n’y a pas eu non plus de cyberattaques ni d’attaques contre des groupes spécifiques. Les renseignements américains avant la guerre semblent toujours aussi mauvais.

L’augmentation des bombardements qui s’était produite la veille a finalement été remarquée :

Les autorités séparatistes de la région de Louhansk ont signalé une augmentation des bombardements du gouvernement ukrainien le long de la ligne de contact tendue. Le responsable séparatiste Rodion Miroshnik a déclaré que les forces rebelles avaient riposté.

L’Ukraine a contesté cette affirmation, affirmant que les séparatistes avaient bombardé ses forces mais qu’elles n’avaient pas riposté. Le commandement militaire ukrainien a déclaré que des obus ont touché un jardin d’enfants à Stanytsia Luhanska, blessant deux enseignants, et ont coupé l’électricité dans la moitié de la ville.

Le chef de la mission de surveillance de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, Yasar Halit Cevik, a déclaré qu’elle avait signalé 500 explosions le long de la ligne de contact entre mercredi soir et jeudi. Cevik a déclaré au Conseil de sécurité que les tensions ont ensuite semblé s’apaiser, avec environ 30 explosions signalées.

Malheureusement, Cevik avait tort.

Le 17 février 2022 également, l’Associated Press a publié un bon article explicatif sur les « rebelles soutenus par la Russie ». J’ai soulevé quelques points que les médias « occidentaux » n’osent pas répéter aujourd’hui :

Lorsque le président ukrainien, favorable à Moscou, a été chassé du pouvoir par des manifestations de masse en février 2014, la Russie a répondu en annexant la péninsule ukrainienne de Crimée. Elle a ensuite jeté son poids derrière une insurrection dans l’est majoritairement russophone, connu sous le nom de Donbass.

En avril 2014, les rebelles soutenus par la Russie se sont emparés de bâtiments gouvernementaux dans les régions de Donetsk et de Louhansk, y ont proclamé la création de « républiques populaires » et ont affronté les troupes et les bataillons de volontaires ukrainiens.

Le mois suivant, les régions séparatistes ont organisé un vote populaire pour déclarer leur indépendance et demander à faire partie de la Russie. Moscou n’a pas accepté la motion, dans l’espoir d’utiliser les régions comme un outil pour maintenir l’Ukraine dans son orbite et l’empêcher de rejoindre l’OTAN.

Les votes pour l’indépendance de 2014 ont été cités par la Russie lorsqu’elle a ensuite reconnu les oblasts ukrainiens antérieurs comme des pays indépendants.

L’Ukraine et l’Occident ont accusé la Russie de soutenir les rebelles avec des troupes et des armes. Moscou a démenti, affirmant que tous les Russes qui ont combattu dans l’est étaient des volontaires.

L’ancien officier de renseignement suisse Jacques Baud a déclaré que la plupart des armes et des hommes du côté des rebelles provenaient d’unités de l’armée ukrainienne qui avaient changé de camp. Ils ne venaient pas de Russie :

En 2014, je suis à l’OTAN, responsable de la lutte contre la prolifération des armes légères, et nous essayons de détecter les livraisons d’armes russes aux rebelles afin de voir si Moscou est impliqué. Les informations que nous recevons alors proviennent pratiquement toutes des services de renseignement polonais et ne « collent » pas avec celles de l’OSCE : malgré des allégations assez grossières, nous n’observons aucune livraison d’armes et de matériels militaires russes.

Les rebelles sont armés grâce aux défections d’unités ukrainiennes russophones qui passent du côté des rebelles. Au fur et à mesure des échecs ukrainiens, ce sont des bataillons entiers de chars, d’artillerie ou de défense anti-aérienne qui viennent grossir les rangs des autonomistes. C’est ce qui pousse les Ukrainiens à s’engager dans les accords de Minsk.

(...)

Pourtant, rappelons-le, il n’y a jamais eu de troupes russes dans le Donbass avant les 23-24 février 2022. De plus, les observateurs de l’OSCE n’ont jamais observé la moindre trace d’unités russes opérant dans le Donbass.

L’article de l’AP a également répété un point que j’ai déjà soulevé concernant l’ordre des accords de Minsk. C’est la partie ukrainienne qui a bloqué leur mise en œuvre en exigeant le contrôle des frontières avant de garantir l’autonomie du Donbass :

Après une défaite massive des troupes ukrainiennes dans la bataille d’Ilovaisk en août 2014, des émissaires de Kiev, des rebelles et de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe ont signé une trêve dans la capitale biélorusse de Minsk en septembre 2014.

Le document prévoyait un cessez-le-feu observé par l’OSCE, le retrait de tous les combattants étrangers, un échange de prisonniers et d’otages, une amnistie pour les rebelles et la promesse que les régions séparatistes pourraient avoir un certain degré d’autonomie.

L’accord s’est rapidement effondré et les combats à grande échelle ont repris, entraînant une nouvelle défaite majeure des forces ukrainiennes à Debaltseve en janvier-février 2015.

La France et l’Allemagne ont négocié un autre accord de paix, qui a été signé à Minsk en février 2015 par des représentants de l’Ukraine, de la Russie et des rebelles. Il prévoyait un nouveau cessez-le-feu, un retrait des armes lourdes et une série d’avancées vers un règlement politique. Une déclaration de soutien à l’accord a été signée par les dirigeants de la Russie, de l’Ukraine, de la France et de l’Allemagne.

L’accord de paix de 2015 a constitué un coup diplomatique majeur pour le Kremlin, obligeant l’Ukraine à accorder un statut spécial aux régions séparatistes, leur permettant de créer leur propre force de police et d’avoir leur mot à dire dans la nomination des procureurs et des juges locaux. Il prévoyait également que l’Ukraine ne pourrait reprendre le contrôle de la frontière russe d’environ 200 kilomètres dans les régions rebelles qu’après avoir obtenu l’autonomie et organisé des élections locales sous la surveillance de l’OSCE - des scrutins qui maintiendraient presque certainement les rebelles pro-Moscou au pouvoir dans ces régions.

De nombreux Ukrainiens y voient une trahison des intérêts nationaux et sa mise en œuvre est au point mort.

Les États-Unis et le Royaume-Uni ont bloqué le processus et en ont profité pour armer et entraîner l’armée ukrainienne afin qu’elle puisse, début 2022, tenter de reprendre la région de Donbas par la force.

La mission spéciale d’observation de l’OSCE sur la ligne de cessez-le-feu dans le sud-est de l’Ukraine a signalé le 17 février 2022 que le nombre de violations du cessez-le-feu avait de nouveau augmenté de manière significative. Des échanges d’artillerie ont eu lieu sur plusieurs parties du front.

Dans la région de Donetsk, la MSO a enregistré 222 violations du cessez-le-feu, dont 135 explosions. Au cours de la période précédente, elle avait enregistré 189 violations du cessez-le-feu dans la région.

Dans la région de Louhansk, la mission a enregistré 648 violations du cessez-le-feu, dont 519 explosions. Au cours de la période précédente, elle avait enregistré 402 violations du cessez-le-feu dans la région.

En violation des lignes de retrait, les deux parties ont augmenté le déploiement d’équipements lourds dans les « zones d’entraînement » ainsi que vers la ligne frontalière :

En violation des lignes de retrait, la mission a observé un système de missiles sol-air dans une zone de la région de Donetsk contrôlée par le gouvernement. Elle a également repéré 21 obusiers, cinq canons antichars (dont quatre probables) et un système probable de lance-roquettes multiples, dans deux zones d’entraînement situées dans des zones non contrôlées par le gouvernement de la région de Luhansk.

Au-delà des lignes de retrait mais en dehors des sites de stockage désignés, la MSO a vu dix obusiers tractés et deux systèmes de missiles sol-air dans les zones contrôlées par le gouvernement de la région de Donetsk, dans deux complexes (dont un près d’une zone résidentielle). Elle a également repéré deux systèmes de missiles sol-air, 12 mortiers et 41 chars dans deux zones d’entraînement situées dans des zones non contrôlées par le gouvernement de la région de Luhansk.

Après un début de semaine calme, le nombre de violations du cessez-le-feu et d’explosions a augmenté soudainement.

La carte montre les explosions, les petits points noirs, des deux côtés de la ligne de cessez-le-feu. Bien que seules quelques-unes des centaines d’explosions aient été localisées et marquées sur la carte, le décompte des points noirs montre 23 impacts du côté du Donbass et 13 du côté de la ligne de cessez-le-feu contrôlé par le gouvernement. Les duels d’artillerie semblent ainsi devenir plus inégaux que la veille.

vendredi 18 février 2022

Le 18 février 2022, un vendredi, la Russie s’est alarmée de la forte augmentation des bombardements dans le Donbass :

MOSCOU (Reuters) -Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov s’est alarmé vendredi de la forte augmentation des bombardements dans l’est de l’Ukraine et a accusé la mission spéciale de surveillance de l’OSCE de passer sous silence ce qu’il considère comme des violations ukrainiennes du processus de paix.

Les forces gouvernementales ukrainiennes et les séparatistes pro-russes s’affrontent depuis 2014 dans la région du Donbass, dans l’est de l’Ukraine, dans un conflit qui, selon Kiev, a fait quelque 15 000 morts.

Washington et ses alliés ont fait craindre que la recrudescence des violences dans le Donbass ne fasse partie d’un prétexte russe pour envahir l’Ukraine. Les tensions sont déjà élevées en raison du renforcement militaire russe au nord, à l’est et au sud de l’Ukraine.

Moscou dément planifier une invasion.

« Nous sommes très préoccupés par les rapports de ces derniers jours - hier et avant-hier, il y a eu une forte augmentation des bombardements utilisant des armes interdites par les accords de Minsk », a déclaré M. Lavrov, en référence aux accords de paix visant à mettre fin au conflit.

Les milices des républiques du Donbass ont commencé à évacuer les civils :

Les séparatistes soutenus par la Russie ont fait monter les civils dans des bus pour les évacuer des régions séparatistes de l’est de l’Ukraine vendredi, une tournure choquante dans un conflit que l’Occident estime que Moscou envisage d’utiliser pour justifier une invasion totale de son voisin.

Les sirènes d’alerte ont retenti à Donetsk après que cette région et l’autre « République populaire » autoproclamée de Louhansk ont annoncé l’évacuation de centaines de milliers de personnes vers la Russie, les femmes, les enfants et les personnes âgées passant en premier.

Quelques heures plus tard, une jeep a explosé devant le bâtiment du gouvernement rebelle dans la ville de Donetsk, capitale de la région du même nom. Des journalistes de Reuters ont vu le véhicule entouré d’éclats d’obus, une roue ayant été projetée par l’explosion. Les médias russes ont déclaré qu’il appartenait à un chef de milice.

Le gouvernement ukrainien a déclaré qu’il ne prévoyait aucune offensive et qu’il ne visait en aucun cas les civils.

Les dirigeants « occidentaux » ont multiplié les réunions et les appels et Lavrov et Blinken ont accepté de se rencontrer :

Antony Blinken doit rencontrer le ministre russe des affaires étrangères, Sergei Lavrov, la semaine prochaine, alors que le secrétaire d’État américain a prévenu que la crise en Ukraine était un « moment de péril pour la vie et la sécurité de millions de personnes ».

Le département d’État américain a déclaré jeudi soir que M. Blinken avait accepté une invitation à rencontrer M. Lavrov à condition qu’il n’y ait pas d’invasion de l’Ukraine. Ce geste permet d’espérer que les canaux diplomatiques restent ouverts, alors que les avertissements américains d’une invasion imminente se font de plus en plus insistants.

« S’ils envahissent l’Ukraine dans les prochains jours, il sera clair qu’ils n’ont jamais été sérieux en matière de diplomatie », a déclaré Ned Price, porte-parole du département d’État. M. Blinken a déclaré plus tôt dans la journée de jeudi qu’il avait envoyé une lettre à M. Lavrov pour lui proposer une rencontre en Europe.

Une nouvelle série de réunions entre les dirigeants occidentaux commence vendredi, avec le président américain, Joe Biden, qui organise une conférence avec les dirigeants du Canada, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, de la Pologne, de la Roumanie, de la Grande-Bretagne, de l’Union européenne et de l’OTAN.

La vice-présidente américaine, Kamala Harris, doit également arriver à Munich pour plusieurs jours de discussions avec des dirigeants mondiaux, dont le chancelier allemand, Olaf Scholz, la ministre britannique des affaires étrangères, Liz Truss, et le président ukrainien, Volodymyr Zelenskiy.

Le président russe Vladimir Poutine a tenu une réunion avec le Conseil de sécurité de la Russie.

La discussion a porté sur la situation autour de l’Ukraine et sur les tensions croissantes qui sont provoquées par des forces extérieures. Le président a informé les participants à la réunion, de manière très détaillée, de ses contacts internationaux de la semaine, y compris les réunions en face à face et les conversations téléphoniques. Ils ont également échangé des opinions sur les garanties de sécurité pour la Russie.

Poutine a également rencontré le président du Belarus, Alexandre Loukachenko. Lors de la conférence de presse qui a suivi, les deux hommes ont déploré le comportement apparemment déraisonnable de leurs homologues internationaux.

Poutine :

« En réponse à une demande du président Lukashenko, j’ai parlé de mes récentes réunions avec des dirigeants étrangers sur la fourniture par les États-Unis et l’OTAN de garanties de sécurité à long terme et juridiquement contraignantes pour la Russie. Nous pensons qu’il est à la fois logique et compréhensible que cette question concerne également nos alliés bélarussiens.

Nous avons discuté de la situation concernant les demandes de la Russie à l’égard de l’Occident, dont les plus importantes concernent la non-expansion de l’OTAN, le non-déploiement de systèmes d’armes de frappe à proximité de la frontière russe, et le retour du potentiel militaire et de l’infrastructure du bloc en Europe à l’état de 1997, lorsque l’Acte fondateur Russie-OTAN a été signé.

Comme je l’ai dit précédemment, malheureusement, les États-Unis et les autres membres de l’alliance ne semblent pas prêts à considérer sincèrement ces trois éléments centraux de notre initiative. Dans le même temps, ils ont avancé un certain nombre d’idées de leur cru concernant la sécurité européenne, notamment les missiles à portée intermédiaire et à plus courte portée, et la transparence militaire, dont la Russie est ouverte à la discussion. Nous sommes prêts à poursuivre la voie des négociations à condition que tous les points soient examinés dans leur intégralité, en liaison avec les principales propositions de la Russie, qui constituent pour nous une priorité inconditionnelle.

Le président Lukashenko et moi-même avons également abordé le conflit intra-ukrainien. Le processus de règlement reste dans l’impasse ; malgré tous nos efforts, ni les contacts au niveau des conseillers des dirigeants des pays du format Normandie ni les consultations avec nos partenaires ne sont utiles.

Kiev ne respecte pas les accords de Minsk et, en particulier, s’oppose fermement à un dialogue direct avec Donetsk et Lougansk. Kiev sabote essentiellement les accords sur la modification de la Constitution, sur le statut spécial du Donbass, sur les élections locales et sur l’amnistie - sur tous les points clés des accords de Minsk. En outre, fondamentalement, les droits de l’homme sont massivement et systématiquement violés en Ukraine, et la discrimination à l’égard de la population russophone est fixée au niveau législatif.

Le président du Belarus et moi-même avons convenu que les accords de Minsk sont la clé du rétablissement de la paix civile en Ukraine et de l’apaisement des tensions autour de ce pays. Tout ce que Kiev doit faire, c’est s’asseoir à la table des négociations avec les représentants du Donbass et convenir de mesures politiques, militaires, économiques et humanitaires pour mettre fin au conflit. Plus tôt cela se produira, mieux ce sera. Malheureusement, à l’heure actuelle, nous assistons à l’inverse - la situation dans le Donbass s’aggrave. »

Lukashenko :

« Compte tenu de l’urgence de la situation, le président et moi-même avons consacré beaucoup d’attention aujourd’hui à cette question et discuté d’éventuelles actions conjointes en réponse au comportement agressif de nos partenaires occidentaux. Je tiens à souligner une fois de plus que personne ne souhaite une guerre, ni même une aggravation de la situation ou un quelconque conflit. Nous, Russes et Biélorusses, n’avons pas besoin de cela.

En tant que personnes bien au fait de cette question, vous comprenez probablement que cela ne dépend même plus de nos voisins, y compris de l’Ukraine. Vous voyez aussi clairement de qui dépend l’escalade des tensions près de nos frontières. Pour la première fois depuis des décennies, nous nous trouvons au seuil d’un conflit qui pourrait, malheureusement, entraîner une grande partie du continent tout entier dans un maelström.

Nous voyons l’irresponsabilité et, excusez-moi d’être direct, la stupidité de certains politiciens occidentaux à son meilleur. Il n’y a aucune logique ou explication raisonnable à la conduite des dirigeants des pays voisins, à leur désir vraiment morbide de marcher sur le fil.

Le président de la Russie a décrit avec beaucoup de douceur l’aggravation de la situation dans le Donbass. Malheureusement, c’est vrai. Les gens là-bas sont prêts à fuir la région et sont probablement déjà en train de fuir, comme nous le savons. Ce n’est pas normal. J’ai l’impression que certains politiciens qui occupent des postes élevés et responsables dans le soi-disant monde libre sont tout simplement pathologiquement dangereux à la fois pour leurs associés et, surtout, pour leur propre peuple. »

L’histoire était sur le point de se répéter. (Remarquez la Chine qui rit et qui ne fait rien.)

La mission spéciale d’observation de l’OSCE sur la ligne de cessez-le-feu dans le sud-est de l’Ukraine a signalé le 18 février 2022 que le nombre de violations du cessez-le-feu avait à nouveau augmenté de manière significative. Des échanges d’artillerie ont eu lieu sur de nombreuses parties du front.

Dans la région de Donetsk, la MSO a enregistré 591 violations du cessez-le-feu, dont 553 explosions. Au cours de la période précédente, elle avait enregistré 222 violations du cessez-le-feu dans la région.

Dans la région de Louhansk, la mission a enregistré 975 violations du cessez-le-feu, dont 860 explosions. Au cours de la période précédente, elle avait enregistré 648 violations du cessez-le-feu dans la région.

Depuis le mercredi 16 février 2022, le nombre de violations du cessez-le-feu et d’explosions a augmenté chaque jour.

La carte montre les explosions, les petits points noirs, des deux côtés de la ligne de cessez-le-feu. Bien que seules quelques-unes des centaines d’explosions aient été localisées et marquées sur la carte, le décompte des points noirs montre 56 impacts du côté du Donbass et 22 du côté de la ligne de cessez-le-feu contrôlé par le gouvernement. Les échanges d’artillerie semblent être devenus plus inégaux qu’auparavant.

samedi 19 février 2022

Extrait du résumé Reuters du samedi 19 février 2022 :

Le président russe Vladimir Poutine devait superviser samedi des exercices des forces de missiles nucléaires stratégiques alors que les dirigeants occidentaux se réunissaient à Munich, craignant qu’il puisse ordonner aux troupes massées à la frontière de l’Ukraine d’envahir à tout moment.

Les dirigeants séparatistes soutenus par la Russie dans l’est de l’Ukraine ont déclaré une mobilisation militaire totale, un jour après avoir ordonné l’évacuation des femmes et des enfants vers la Russie, invoquant la menace d’une attaque imminente des forces ukrainiennes. Kiev a catégoriquement nié cette accusation et Washington a déclaré qu’elle faisait partie du plan de la Russie visant à créer un prétexte pour une invasion de l’Ukraine. en savoir plus

De multiples explosions ont été entendues samedi matin dans le nord de la ville de Donetsk, contrôlée par les séparatistes, dans l’est de l’Ukraine, selon un témoin de Reuters.

(...)

Vendredi, les autorités séparatistes ont annoncé leur intention d’évacuer environ 700 000 personnes, invoquant la crainte d’une attaque imminente des forces ukrainiennes - une accusation que Kiev a catégoriquement démentie.

Samedi matin, moins de 7 000 personnes avaient été évacuées de Donetsk, selon le ministère local des urgences. Les agences de presse russes ont déclaré plus tard que 10 000 personnes évacuées étaient arrivées en Russie.

(...)

Quelques heures après l’annonce de l’évacuation, une jeep a explosé devant un bâtiment du gouvernement rebelle dans la ville de Donetsk et les agences de presse russes ont déclaré que deux explosions ont frappé Luhansk, l’une des principales villes de la République populaire sécessionniste d’Ukraine, et qu’une partie d’un gazoduc dans la région a pris feu.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky était présent à la conférence annuelle sur la sécurité de Munich, où il a rencontré la vice-présidente américaine Kamala Harris, le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg et d’autres personnes. Il a également fait un discours qui comprenait ce mensonge évident :

L’Ukraine met constamment en œuvre les accords de Normandie et les accords de Minsk. Leur fondement est la reconnaissance incontestable de l’intégrité territoriale et de l’indépendance de notre État. Nous recherchons un règlement diplomatique du conflit armé. Note : uniquement sur la base du droit international.

Les accords de Minsk, approuvés par le Conseil de sécurité des Nations unies, exigent de Kiev qu’il négocie avec le gouvernement du Donbass et qu’il mette en œuvre une nouvelle législation :

Le [premier] accord n’a pas réussi à mettre fin aux combats, et a donc été suivi d’un accord révisé et mis à jour, Minsk II, qui a été signé le 12 février 2015. Cet accord consistait en un ensemble de mesures, notamment un cessez-le-feu, le retrait des armes lourdes de la ligne de front, la libération des prisonniers de guerre, une réforme constitutionnelle en Ukraine accordant l’autonomie à certaines zones du Donbas et la restitution du contrôle de la frontière de l’État au gouvernement ukrainien.

L’ancienne chancelière allemande Angela Merkel et l’ancien président français François Hollande ont depuis confirmé que Kiev n’a pas tenté de respecter l’accord, mais l’a utilisé pour gagner du temps afin de former et d’armer son armée.

L’Agence de presse de Donetsk a rapporté que l’ouest de Donetsk était, depuis le 17 février, sous un feu nourri :

Les incidents de bombardement ont été signalés de 11 h 47 à 12 h 22, le total de 46 tirs de mortier et de lance-grenades a touché la ville. Les tirs provenaient de la direction de Krasnogorovka.

La RPD est attaquée depuis 5h30 aujourd’hui, une large gamme d’armes est utilisée.

La mission spéciale d’observation de l’OSCE à la ligne de cessez-le-feu dans le sud-est de l’Ukraine a fait état du samedi 19 février 2022 et du dimanche 20 février 2022 sans séparer les deux jours dans sa description verbale. Cependant, le graphique montrant le nombre d’incidents observés, joint au rapport, sépare les deux jours. Le nombre total de violations du cessez-le-feu et d’explosions samedi a de nouveau augmenté par rapport au jour précédent. Des échanges d’artillerie ont eu lieu sur de nombreuses parties du front.

Dans la région de Donetsk, entre les soirées du 18 et du 20 février, la MSO a enregistré 2 158 violations du cessez-le-feu, dont 1 100 explosions. Au cours de la période précédente, elle avait enregistré 591 violations du cessez-le-feu dans la région.

Dans la région de Louhansk, entre les soirées du 18 et du 20 février, la mission a enregistré 1 073 violations du cessez-le-feu, dont 926 explosions. Au cours de la période précédente, elle avait enregistré 975 violations du cessez-le-feu dans la région.

Les deux parties ont continué à positionner des armes lourdes :

Retrait des armes

Dans les zones de la région de Donetsk contrôlées par le gouvernement, la mission a vu quatre obusiers en violation des lignes de retrait. Elle a également repéré 12 obusiers, un système de missiles sol-air et un système de roquettes à lancement multiple dans les zones non contrôlées par le gouvernement des régions de Donetsk et de Luhansk.

Au-delà des lignes de retrait mais en dehors des sites de stockage désignés, la MSO a vu 41 chars et 14 obusiers dans les zones non contrôlées par le gouvernement des régions de Donetsk et de Luhansk, y compris dans deux zones d’entraînement.

Indications d’une présence militaire et de type militaire dans la zone de sécurité

La mission a vu neuf véhicules de combat blindés dans les zones contrôlées par le gouvernement des régions de Donetsk et de Luhansk, ainsi que cinq véhicules de combat blindés dans les zones non contrôlées par le gouvernement de la région de Donetsk.

Le 19 février, alors qu’elle se trouvait à Prokhorivka (zone contrôlée par le gouvernement, à 53 km au sud de Donetsk), la mission a vu un camion utilitaire léger (GAZ-66) équipé d’antennes, considéré comme utilisé pour le vol de drones de moyenne portée, à l’arrêt à environ 100 m au nord de la route. Elle a également observé deux soldats des forces armées ukrainiennes près du camion.

L’évacuation des civils de la région du Donbass se poursuit :

Rassemblements de personnes et convois dans les régions de Donetsk et de Luhansk

Au cours de la période considérée, en divers endroits des zones non contrôlées par le gouvernement dans les régions de Donetsk et de Louhansk, la Mission a vu des personnes se rassembler et plusieurs convois de voitures et de bus (dont certains portaient des panneaux indiquant « évacuation ») se diriger vers l’est avec des passagers (principalement des femmes, des enfants et des personnes âgées).

Samedi, le nombre de violations du cessez-le-feu a augmenté d’environ 30 % par rapport à vendredi. Le nombre d’explosions enregistrées est resté stable.

La carte montre les violations du cessez-le-feu en jaune, orange et rouge. La plupart d’entre elles apparaissent du côté des républiques du Donbass. La source de la plupart des violations du cessez-le-feu, comme les bruits de tirs ou d’explosions enregistrés par les caméras, les drones ou entendus par les observateurs, est indiquée comme « indéterminée ».

La carte montre les explosions, sous forme de petits points noirs, des deux côtés de la ligne de cessez-le-feu pour samedi et dimanche. Bien que seules quelques-unes des centaines d’explosions aient été localisées et marquées sur la carte, le décompte des points noirs montre une certaine uniformité avec 25 impacts marqués du côté du Donbass et 28 du côté de la ligne de cessez-le-feu contrôlé par le gouvernement.

dimanche 20 février 2022

Il est quelque peu inquiétant de voir comment les événements de ces jours-ci suivent ceux d’il y a un an.

En 2022, nous avons assisté à la préparation des troupes russes et ukrainiennes à une guerre, à une rencontre entre les présidents de la Russie et du Belarus, à un exercice des forces nucléaires stratégiques de la Russie le 19 février, à un discours fort de Poutine le 21, suivi le lendemain d’une action législative. Puis la journée solennelle et très symbolique du Défenseur de la Patrie le 23 février, avec une action militaire débutant le jour suivant.

L’anniversaire suit le même schéma. Les troupes mobilisées ont été préparées. Poutine a de nouveau rencontré Lukashenko. Hier, un nouvel exercice nucléaire stratégique a eu lieu. Demain à midi (heure de Moscou), Poutine prononcera un discours public. Le 22, la Douma tiendra une session extraordinaire. Puis un autre dépôt de gerbe lors de la Journée du Défenseur de la Patrie, suivi de quoi ? Nous n’en savons rien. Mais il est certain que quelque chose se prépare.

Extrait du résumé de l’AP du dimanche 20 février 2022 :

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, confronté à une forte recrudescence de la violence dans et autour du territoire tenu par les rebelles soutenus par la Russie et à des avertissements de plus en plus terribles selon lesquels la Russie envisage d’envahir le pays, a demandé samedi au président russe Vladimir Poutine de le rencontrer et de chercher à résoudre la crise.

(...)

Dans de nouveaux signes de craintes qu’une guerre puisse commencer dans les jours qui viennent, l’Allemagne et l’Autriche ont demandé à leurs citoyens de quitter l’Ukraine. La compagnie aérienne allemande Lufthansa a annulé ses vols à destination de la capitale, Kiev, et d’Odessa, un port de la mer Noire qui pourrait être une cible importante en cas d’invasion.
Le bureau de liaison de l’OTAN à Kiev a déclaré qu’il déplaçait son personnel à Bruxelles et à Lviv, une ville de l’ouest de l’Ukraine.

CNN a ajouté :

Le ministère ukrainien de la défense a signalé de nouvelles violations du cessez-le-feu dans l’est, après une journée de tirs d’armes lourdes samedi.

(...)

L’Ukraine a déclaré avoir enregistré un total de 136 violations du cessez-le-feu samedi.

Les gardes-frontières ukrainiens ont déclaré qu’en raison des bombardements, un point de passage pour les organisations humanitaires internationales, Shchastia, sur la ligne de contact, était fermé depuis 8 heures, heure locale, dimanche. Un convoi du HCR qui a utilisé ce point de passage vendredi a déclaré avoir été pris dans des tirs croisés.

Certains habitants de Donetsk - qui est contrôlée par les séparatistes pro-russes - ont signalé des bombardements intensifs tôt dimanche. Une femme contactée par CNN a déclaré qu’elle et ses enfants voulaient se rapprocher du centre-ville en raison des bombardements dans son quartier, Abakumova.

L’origine de ces tirs n’est pas claire. Les autorités des républiques séparatistes ne cessent de revendiquer des tirs d’artillerie par les forces ukrainiennes, qui à leur tour nient régulièrement les tirs d’artillerie à travers les lignes de front.

La femme a également déclaré à CNN que samedi, ses voisins étaient partis en Russie et avaient été hébergés quelque part près de Rostov-sur-le-Don dans un campement de tentes.

Les autorités russes affirment que plus de 40 000 personnes sont arrivées en Russie après avoir été évacuées des républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Louhansk, selon le chef par intérim du ministère des situations d’urgence, Alexander Chupriyan.

(...)

Le Comité d’enquête de Russie déclare qu’il commence à enquêter sur les rapports des médias concernant les décès dus aux bombardements dans la région de Luhansk. Dans un communiqué, le comité a déclaré : « Les médias ont rapporté que ce matin, les forces armées de l’Ukraine ont tenté d’attaquer les positions de la milice populaire de la République populaire autoproclamée de Louhansk, alors que, selon les données préliminaires, il y a des victimes parmi la population civile. »

L’Agence de Presse de Donetsk a fait état de tentatives d’infiltration :

Donetsk, 21 février - DAN. Une équipe de saboteurs ukrainiens s’est infiltrée en RPD dans le but d’arriver à la frontière russe, a déclaré le ministère de la Sécurité d’Etat.

(...)

« Un dépôt d’artillerie de la RPD a été dynamité », ajoute le rapport.
Une autre attaque de saboteur a été déjouée à Donetsk dans la nuit du 20 février.

Un saboteur ukrainien s’est fait exploser ce matin à la gare de Donetsk alors qu’il installait un engin explosif.

Le président de la Russie Vladimir Poutine a eu un appel avec le président français Emmanuel Macron :

Dans le prolongement des entretiens menés lors de la récente visite du président Macron à Moscou et des conversations téléphoniques régulières, les deux dirigeants ont eu une discussion approfondie sur les développements autour de l’Ukraine ainsi que sur les développements concernant les garanties légales de sécurité à long terme pour la Fédération de Russie.

De sérieuses préoccupations ont été exprimées en raison de la détérioration rapide de la situation le long de la ligne de contact dans le Donbass. Le président russe a noté que les provocations des militants ukrainiens étaient à l’origine de cette escalade. L’attention a été attirée sur les armes modernes et les munitions envoyées à l’Ukraine par les pays membres de l’OTAN, ce qui encourage Kiev à rechercher une solution militaire au problème du Donbass. En conséquence, les civils des républiques populaires de Donetsk et de Lougansk souffrent et sont contraints de partir en Russie pour se protéger des attaques qui s’intensifient.

La mission spéciale d’observation de l’OSCE à la ligne de cessez-le-feu dans le sud-est de l’Ukraine a rendu compte du samedi 19 février 2022 et du dimanche 20 février 2022 sans séparer les deux jours dans sa description verbale.

Dans la région de Donetsk, entre les soirées du 18 et du 20 février, la MSO a enregistré 2 158 violations du cessez-le-feu, dont 1 100 explosions. Au cours de la période précédente, elle avait enregistré 591 violations du cessez-le-feu dans la région.

Dans la région de Louhansk, entre les soirées du 18 et du 20 février, la mission a enregistré 1 073 violations du cessez-le-feu, dont 926 explosions. Au cours de la période précédente, elle avait enregistré 975 violations du cessez-le-feu dans la région.

Cependant, le graphique montrant le nombre d’incidents observés joint au rapport sépare les deux jours. Pour des raisons inconnues, le nombre total de violations du cessez-le-feu et d’explosions a considérablement diminué le dimanche par rapport à la veille. (Il ne s’agit toutefois pas d’une tendance, le jour suivant verra une nouvelle augmentation importante).

La carte montre les violations du cessez-le-feu en jaune, orange et rouge. La plupart d’entre elles apparaissent du côté des républiques du Donbass. La source de la plupart des violations du cessez-le-feu, comme les bruits de tirs ou d’explosions enregistrés par les caméras, les drones ou entendus par les observateurs, est indiquée comme « indéterminée ».

La carte montre les explosions, sous forme de petits points noirs, des deux côtés de la ligne de cessez-le-feu pour samedi et dimanche. Bien que seules quelques-unes des centaines d’explosions aient été localisées et marquées sur la carte, le décompte des points noirs montre une certaine uniformité avec 25 impacts marqués du côté du Donbass et 28 du côté de la ligne de cessez-le-feu contrôlée par le gouvernement.

lundi 21 février 2022

Vers midi, lundi 21 février 2022, l’Agence de Presse de Donetsk a fait état d’attaques d’artillerie sans précédent sur les républiques du Donbass :

Les tensions le long de la ligne de contact dans le Donbass se sont accrues au cours des dernières 24 heures, rapportent les missions de la RPD et de la RPL auprès du CCCC [NDT : Centre conjoint de contrôle et de coordination sur le cessez-le-feu et la stabilisation de la ligne de démarcation].

En RPD, 730 explosions de projectiles ukrainiens ont été enregistrées, l’ennemi utilise des mortiers et des canons d’artillerie de gros calibre. Une situation similaire est observée en RPL, où 674 explosions d’obus ukrainiens ont été signalées sur 24 heures.

Les républiques ont subi des pertes militaires et civiles.

Des infrastructures-clés ont été ciblées et ont subi des dommages. Plus de 1 000 clients sont privés d’électricité, un ventilateur important s’est éteint dans la mine de charbon de Skochinskogo, entraînant l’évacuation du personnel.

Vers 18h50 heure locale, l’APD a rapporté que la République populaire de Donetsk et la République populaire de Louhansk avaient demandé au président de la Russie Vladimir Poutine de reconnaître les républiques comme des États indépendants :

« Au nom de notre peuple, nous vous demandons de reconnaître la RPD comme un État indépendant, démocratique, social et soumis à l’État de droit », a déclaré le chef de la RPD, Denis Pouchiline.

« Je vous demande de reconnaître la souveraineté et l’indépendance de la République populaire de Lougansk », a déclaré le chef de la RPL, Leonid Pasechnik.

Tous deux ont demandé d’envisager la possibilité de signer un accord d’amitié et de coopération entre la Russie et la RPL, y compris la coopération dans le domaine de la défense.

Poutine est diplômé en droit et n’est généralement pas disposé à le contourner ou à l’enfreindre. La demande des républiques du Donbass s’inscrit dans un processus qui rendra une intervention russe à leur côté juridiquement cohérente avec la Charte des Nations unies et le droit international.

Le président russe a tenu une réunion du Conseil de sécurité. Elle s’est ouverte par son résumé des événements précédents qui ont conduit à la situation :

Un plan de paix a été rédigé pendant le processus de négociation, appelé le « Paquet de Mesures de Minsk » car, comme vous vous en souvenez, nous nous sommes rencontrés dans la ville de Minsk. Mais les développements ultérieurs montrent que les autorités de Kiev n’ont pas l’intention de le mettre en œuvre, et elles l’ont dit publiquement à plusieurs reprises au plus haut niveau de l’État et au niveau du ministre des affaires étrangères et du secrétaire du Conseil de sécurité. Globalement, tout le monde comprend qu’elles n’ont pas l’intention de faire quoi que ce soit en ce qui concerne ce paquet de mesures de Minsk.

Néanmoins, la Russie a déployé des efforts et continue de le faire pour résoudre tous les aspects compliqués et les développements tragiques par des moyens pacifiques, mais nous avons ce que nous avons.

Notre objectif, l’objectif de la réunion d’aujourd’hui, est d’écouter nos collègues et d’esquisser les étapes futures dans cette direction, compte tenu des appels lancés par les dirigeants de la République populaire de Donetsk et de la République populaire de Lougansk sur la reconnaissance de leur souveraineté, ainsi que d’une résolution de la Douma d’État de la Fédération de Russie sur le même sujet. Ce dernier document exhorte le Président à reconnaître l’indépendance et la souveraineté de la République populaire de Donetsk et de la République populaire de Lougansk.

Après la réunion du Conseil de sécurité, Poutine a eu un appel téléphonique avec le chancelier allemand Scholz et le président français Macron pour les informer des résultats :

Vladimir Poutine a informé les dirigeants des résultats de la réunion élargie du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, qui a examiné la situation actuelle autour du Donbass dans le contexte de la résolution de la Douma d’État sur la reconnaissance des républiques populaires de Donetsk et de Lougansk. Aujourd’hui, les dirigeants de la RPD et de la RPL ont également demandé la reconnaissance de leur souveraineté en lien avec l’agression militaire des autorités ukrainiennes et le bombardement massif du territoire du Donbass, ainsi que les souffrances civiles qui en résultent.

Dans cette perspective, le président russe a déclaré qu’il avait l’intention de signer prochainement un décret correspondant.

Le Président de la France et la Chancelière fédérale de l’Allemagne ont exprimé leur déception face à ces développements, tout en se disant prêts à poursuivre les contacts.

Vers 22h30, heure locale, Poutine a prononcé une adresse à la nation qui a été retransmis par la télévision publique. Il pointe le fait que que de grandes parties de l’est et du sud de l’Ukraine actuelle, ainsi que la Crimée, étaient auparavant des parties de la Russie qui avaient été rattachées à l’Ukraine par Lénine (1922) et Khrouchtchev (1954). De plus, Staline avait rattaché les régions polonaises à l’Ukraine après la Seconde Guerre mondiale.

Il passe ensuite en revue le pillage des richesses de l’Ukraine après son indépendance, la montée des « nationalistes » et la campagne de terreur qu’ils ont déclenchée après le coup d’État du Maïdan financé par les États-Unis.

Il a remarqué la constitution de l’armée ukrainienne, entraînée et armée par un flux continu de forces de l’OTAN. Pendant ce temps, l’OTAN a créé de nouvelles infrastructures qui menacent la Russie, tandis que les États-Unis se sont retirés de plusieurs traités de contrôle des armements :

Aujourd’hui, il suffit de jeter un coup d’œil à la carte pour voir dans quelle mesure les pays occidentaux ont tenu leur promesse de s’abstenir de l’expansion de l’OTAN vers l’est. Ils ont simplement triché. Nous avons assisté à cinq vagues d’expansion de l’OTAN, l’une après l’autre - la Pologne, la République tchèque et la Hongrie ont été admises en 1999 ; la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie en 2004 ; l’Albanie et la Croatie en 2009 ; le Monténégro en 2017 ; et la Macédoine du Nord en 2020.

En conséquence, l’Alliance avec son infrastructure militaire a atteint les frontières de la Russie. C’est l’une des principales causes de la crise de la sécurité européenne ; elle a eu l’impact le plus négatif sur l’ensemble du système des relations internationales et a conduit à la perte de la confiance mutuelle.

Il décrit la situation dans le Donbas sous des bombardements constants et conclut :

La Russie a tout fait pour préserver l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Toutes ces années, elle a poussé avec persistance et patience à la mise en œuvre de la résolution 2202 du Conseil de sécurité de l’ONU du 17 février 2015, qui consolidait le paquet de mesures de Minsk du 12 février 2015, pour régler la situation dans le Donbass.

Tout a été vain. Les présidents et les députés de la Rada vont et viennent, mais au fond, le régime agressif et nationaliste qui a pris le pouvoir à Kiev reste inchangé. Il est entièrement issu du coup d’État de 2014, et ceux qui se sont alors engagés sur la voie de la violence, du bain de sang et de l’anarchie ne reconnaissaient pas alors et ne reconnaissent pas aujourd’hui de solution à la question du Donbass autre que militaire.

À cet égard, je considère qu’il est nécessaire de prendre une décision attendue depuis longtemps et de reconnaître immédiatement l’indépendance et la souveraineté de la République populaire de Donetsk et de la République populaire de Lougansk.

Je voudrais demander à l’Assemblée fédérale de la Fédération de Russie de soutenir cette décision, puis de ratifier le traité d’amitié et d’assistance mutuelle avec les deux républiques. Ces deux documents seront préparés et signés prochainement.

Après le discours, Poutine a signé des documents reconnaissant l’indépendance des républiques de Donetsk et de Lougansk :

Le président de la Russie a signé l’ordre exécutif sur la reconnaissance de la République populaire de Donetsk et l’ordre exécutif sur la reconnaissance de la République populaire de Lougansk.

Vladimir Poutine et le chef de la RPD Denis Pushilin ont signé un traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle entre la Fédération de Russie et la République populaire de Donetsk.

Le président de la Russie et le chef de la RPL Leonid Pasechnik ont signé un traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle entre la Fédération de Russie et la République populaire de Lugansk.

Les traités d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle comprenaient des accords de défense mutuelle.

Alors que l’« Occident » qualifie l’action de la Russie en Ukraine de « non provoquée », la longue liste d’actions de l’OTAN que Poutine a mentionnée dans son discours prouve que l’action de la Russie a certainement été provoquée.

L’Occident aime également qualifier l’intervention russe en Ukraine d’« illégale ». Cependant, la Russie a reconnu les deux républiques tout comme l’Occident a reconnu la Bosnie et une partie de la Serbie souveraine comme un Kosovo indépendant. Contrairement aux républiques du Donbass, il n’y a jamais eu de référendum au Kosovo en faveur d’une telle mesure. Mais l’« Occident » a même trouvé un tribunal international qui a (à peine) légalisé le cas du Kosovo. On ne peut donc pas prétendre que les mesures prises par la Russie pour reconnaître les républiques étaient en quelque sorte illégales.

Les traités d’autodéfense commune signés par la Russie et les républiques ne sont pas entièrement conformes à l’article 51 de la Charte des Nations unies, car ces républiques n’étaient pas (encore) membres des Nations unies. Mais ils suivent de près l’esprit de cet article :

Aucune disposition de la présente Charte ne porte atteinte au droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, en cas d’attaque armée contre un Membre des Nations Unies, jusqu’à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales.

Le soutien russe aux républiques du Donbass est ainsi rendu aussi légal qu’il est possible de l’être.

La mission spéciale d’observation de l’OSCE sur la ligne de cessez-le-feu dans le sud-est de l’Ukraine a fait son rapport du lundi 21 février 2022.

C’était le pire jour.

Dans la région de Donetsk, la MSO a enregistré 703 violations du cessez-le-feu, dont 332 explosions. Au cours des 24 heures précédentes, elle a enregistré 579 violations du cessez-le-feu dans la région.

Dans la région de Louhansk, la mission a enregistré 1 224 violations du cessez-le-feu, dont 1 149 explosions. Au cours des 24 heures précédentes, elle avait enregistré 333 violations du cessez-le-feu dans la région.

Après un nombre élevé de violations du cessez-le-feu et d’explosions le samedi 19 février 2022, le dimanche suivant avait vu une réduction des incidents. Le lundi a cependant prouvé qu’il ne s’agissait pas d’une tendance. Alors que le nombre de violations du cessez-le-feu était inférieur de 10 % à celui du samedi précédent, le nombre d’explosions observées a augmenté de 20 % par rapport au samedi.

La carte montre les violations du cessez-le-feu en jaune, orange et rouge. La plupart d’entre elles, et de loin, se produisent du côté des républiques du Donbass. La source de la plupart des violations du cessez-le-feu, comme les bruits de tirs ou d’explosions enregistrés par les caméras, les drones ou entendus par les observateurs, est indiquée comme « indéterminée ».

La carte montre des explosions, sous forme de petits points noirs, des deux côtés de la ligne de cessez-le-feu. Si seule une partie des centaines d’explosions ont été localisées et marquées sur la carte, le décompte des points noirs montre que la grande majorité d’entre elles se sont produites du côté des républiques du Donbass. Je compte 92 impacts marqués du côté du Donbass et seulement 16 du côté de la ligne de cessez-le-feu contrôlée par le gouvernement.

Il ne s’agit plus d’un duel d’artillerie ou d’un échange de harcèlement. D’un point de vue militaire, cela ressemble maintenant clairement à des préparatifs d’artillerie pour une attaque le long de routes qui pourraient ensuite être utilisées comme futures lignes d’attaque pour une force mécanisée.

mardi 22 février 2022

Pour fournir un cadre juridique au soutien militaire russe à Donetsk et à Lougansk, le président russe Vladimir Poutine avait signé des décrets visant à reconnaître la République populaire de Donetsk et la République populaire de Lougansk comme des pays indépendants :

À cet égard, je considère qu’il est nécessaire de prendre une décision attendue depuis longtemps et de reconnaître immédiatement l’indépendance et la souveraineté de la République populaire de Donetsk et de la République populaire de Lougansk.

Je voudrais demander à l’Assemblée fédérale de la Fédération de Russie de soutenir cette décision, puis de ratifier le traité d’amitié et d’assistance mutuelle avec les deux républiques. Ces deux documents seront préparés et signés prochainement.

Le mardi 22 février 2022, l’Assemblée fédérale a tenu une session extraordinaire et a fait ce que Poutine avait demandé :

Lors d’une session tenue le mardi, la Douma, la chambre basse du parlement russe, a soutenu les accords à l’unanimité, avec 400 députés votant en faveur. Plus tôt le même jour, les parlements des deux régions ont simultanément ratifié le « Traité d’amitié et de coopération avec la Fédération de Russie ».

C’était une raison suffisante pour que les États-Unis et l’UE mettent en œuvre leur train de sanctions contre la Russie, prévu de longue date :

L’Union européenne a approuvé de nouvelles sanctions à l’encontre de la Russie qui mettront sur liste noire davantage de politiciens, de législateurs et de fonctionnaires, interdiront aux investisseurs de l’UE de négocier des obligations d’État russes et cibleront les importations et les exportations avec les entités séparatistes.

(...)

La reconnaissance officielle par la Russie de deux régions séparatistes dans l’est de l’Ukraine constitue une violation inacceptable de la souveraineté de l’Ukraine, a déclaré M. Borrell.

« Ce train de sanctions, qui a été approuvé à l’unanimité par les États membres, fera mal à la Russie, et très mal », a déclaré M. Borrell pendant une conférence de presse aux côtés du ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, lors d’une rencontre à Paris.

Par ailleurs, le Premier ministre estonien Kaja Kallas a déclaré à Reuters qu’une nouvelle agression russe en Ukraine entraînerait de nouvelles sanctions, en coordination avec les États-Unis.

Le train de sanctions comprend tous les membres de la chambre basse du parlement russe qui ont voté en faveur de la reconnaissance des régions séparatistes, le gel de leurs avoirs dans l’UE et l’interdiction de se rendre dans l’Union.

Les sanctions américaines contre la Russie ont été imposées de manière coordonnée.

L’Allemagne a interrompu l’approbation du gazoduc Nord Stream 2.

Plus tard dans la journée, Poutine a signé la loi fédérale sur la ratification du traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle entre la Fédération de Russie et la République populaire de Lougansk et un traité similaire avec la République populaire de Donetsk :

La loi fédérale a été adoptée par la Douma d’État et approuvée par le Conseil de la Fédération le 22 février 2022.

(...)

Le traité prévoit une large coopération dans les domaines politique, économique, social, militaire et humanitaire.

Après avoir reconnu l’indépendance de la RPL/RPD, la Russie pourrait revendiquer le droit à l’autodéfense collective, conformément à l’article 51 de la Charte des Nations unies.

S’en tenant aux formalités juridiques nécessaires, Poutine a ensuite demandé au Conseil fédéral d’autoriser l’utilisation des forces armées russes à l’étranger :

Sur la base du paragraphe d, partie 1, article 102 de la Constitution de la Fédération de Russie, et en vertu du Traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle entre la Fédération de Russie et la République populaire de Donetsk, et du Traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle entre la Fédération de Russie et la République populaire de Lougansk, je soumets une proposition que le Conseil de la Fédération de l’Assemblée fédérale de la Fédération de Russie approuve une résolution autorisant l’utilisation des Forces armées de la Fédération de Russie à l’étranger sur la base des principes et des normes généralement acceptés du droit international.

M. Poutine a ensuite répondu aux questions des médias. Il a fait quelques remarques intéressantes.

• La Russie reconnaît les républiques dans leurs frontières constitutionnelles, c’est-à-dire leurs frontières d’origine en Ukraine avant le début du conflit dans ce pays.
• Il compare la Crimée, où un référendum a été organisé et où la population a voté pour faire partie de la Russie, au Kosovo, où seul un vote du parlement a été organisé pour se déclarer indépendant.
• Il expose les conditions de la paix qui existaient auparavant : reconnaissance de la Crimée comme faisant partie de la Russie, pas d’adhésion à l’OTAN pour l’Ukraine, respect des accords de Minsk et une certaine démilitarisation de l’Ukraine.
• Interrogé sur l’intention de l’Ukraine de construire et de déployer des armes nucléaires (comme annoncé par Zelensky le 19 février à Munich), Poutine a répondu que l’Ukraine avait les moyens de le faire. Cela constituerait une menace stratégique pour la Russie.

Enfin et surtout, il est interrogé sur la durée et l’étendue du déploiement militaire potentiel :

Andrei Kolesnikov, journal Kommersant :

M. le Président, pensez-vous qu’il est possible dans le monde d’aujourd’hui de résoudre les problèmes par la force et de rester du côté du bien ? C’est ma première question.

La seconde est plus technique, si vous voulez. Selon vous, jusqu’où les troupes peuvent-elles avancer : jusqu’à la ligne de contact, jusqu’aux frontières administratives de la DPR et de la LPR, ou ailleurs ?

Merci.

Vladimir Poutine :

Premièrement, je n’ai pas dit que nos troupes entreraient immédiatement, après notre réunion ici. C’est la première chose. Deuxièmement, il est absolument impossible de prédire la trajectoire détaillée des actions possibles. Cela dépend de la situation concrète qui se déroule sur le terrain, comme on dit.

Concernant la question de savoir si tous les problèmes peuvent et doivent être résolus par la force ou s’il est possible de rester du côté du bien. Pourquoi pensez-vous que le bien doit toujours être fragile et impuissant ? Je ne pense pas que ce soit le cas. Je pense que le bien signifie être capable de se défendre. Nous allons partir de là.

La mission spéciale d’observation de l’OSCE à la ligne de cessez-le-feu dans le sud-est de l’Ukraine a fait son rapport du mardi 22 février 2022.

Dans la région de Donetsk, la MSO a enregistré 528 violations du cessez-le-feu, dont 345 explosions. Au cours de la période précédente, elle avait enregistré 703 violations du cessez-le-feu dans la région.

Dans la région de Louhansk, la mission a enregistré 1 182 violations du cessez-le-feu, dont 1 075 explosions. Au cours de la période précédente, elle avait enregistré 1 224 violations du cessez-le-feu dans la région.

L’OSCE a signalé un peu moins d’incidents que la veille.

Les deux parties ont déplacé d’autres équipements vers la ligne de cessez-le-feu :

En violation des lignes de retrait, dans les zones contrôlées par le gouvernement des régions de Donetsk et de Louhansk, la MSO a vu 13 chars près d’une zone résidentielle de Karlivka (25 km au nord-ouest de Donetsk), huit obusiers remorqués, dont quatre dans une zone résidentielle de Novotroitske (36 km au sud-ouest de Donetsk), ainsi que quatre systèmes de missiles sol-air et deux canons antichars remorqués. Dans les zones non contrôlées par le gouvernement de la région de Donetsk, la MSO a vu deux systèmes de missiles sol-air et huit obusiers tractés, dont quatre se déplaçaient vers le sud sur la route T-0508 près de Bessarabka (85km au sud de Donetsk), dans une zone à l’intérieur de laquelle le déploiement d’armements lourds et d’équipements militaires est en outre proscrit selon le point 5 du mémorandum du 19 septembre 2014.

(...)

La MSO a vu cinq véhicules de combat blindés dans les zones contrôlées par le gouvernement de la région de Donetsk, dont un dans une zone résidentielle, et un système antiaérien automoteur près d’une zone résidentielle, ainsi que huit véhicules de combat blindés dans les zones non contrôlées par le gouvernement des régions de Donetsk et de Louhansk, dont deux près de Novomykhailivka (52 km au sud de Donetsk), dans une zone à l’intérieur de laquelle le déploiement d’armements et d’équipements militaires lourds est proscrit conformément au point 5 du mémorandum du 19 septembre 2014.

La carte montre les violations du cessez-le-feu en jaune, orange et rouge. Les plus nombreuses apparaissent du côté des républiques du Donbass. La source de la plupart des violations du cessez-le-feu, comme les bruits de tirs ou d’explosions enregistrés par les caméras, les drones ou entendus par les observateurs, est indiquée comme « indéterminée ».

La carte montre des explosions, sous forme de petits points noirs, des deux côtés de la ligne de cessez-le-feu. Si seule une partie des centaines d’explosions ont été localisées et marquées sur la carte, le décompte des points noirs montre que la grande majorité d’entre elles se sont produites du côté des républiques du Donbass. Je compte 68 impacts marqués du côté du Donbass et 34 du côté de la ligne de cessez-le-feu contrôlée par le gouvernement.

mercredi 23 février 2022

Le 23 février 2022 est un jour férié en Russie : le Jour du Défenseur de la Patrie. Il s’agit d’un jour commémorant chaque année toutes les personnes qui, au cours des siècles, ont combattu pour la Russie dans ses guerres.

Comme d’habitude, le président russe Vladimir Poutine s’est adressé aux anciens combattants, au personnel des forces armées et au peuple russe :

Le président de la Russie Vladimir Poutine :

Camarades officiers, vétérans,

Veuillez accepter mes salutations les plus chaleureuses en ce jour férié, le Jour du Défenseur de la Patrie, qui est célébré dans tout le pays non seulement par tradition mais aussi par droit.

Elle incarne les sentiments de respect que nos citoyens éprouvent à l’égard de leurs nobles défenseurs, notre fierté envers tous ceux qui ont servi et servent dans l’armée et la marine, la reconnaissance de leurs mérites héroïques envers la Patrie pour faire valoir nos intérêts nationaux, notre souveraineté et notre indépendance.

Le patriotisme et l’unité de notre nation, les exploits de ses fils et filles dévoués ont toujours été le fondement de l’histoire martiale de notre pays millénaire, de sa gloire et de ses victoires. Nous sommes fiers des nombreuses générations de ses défenseurs : les gardes d’Alexandre Nevsky et de Dmitry Donskoï, les guerriers de Minin et de Pozharsky et les héros de Poltava et de Borodino, de Stalingrad et de l’assaut imparable sur Berlin, tous ceux qui ont apporté la gloire à notre Patrie selon les grandes traditions de nos ancêtres.

(...)

Nous pouvons constater la difficulté de la situation internationale et les menaces que représentent les défis actuels, tels que l’érosion du système de contrôle des armements et les activités militaires de l’OTAN. Et pourtant, les appels de la Russie à construire un système de sécurité égal et indivisible qui défendrait de manière fiable tous les pays, restent sans réponse.

Notre pays est toujours ouvert à un dialogue direct et honnête et prêt à rechercher des solutions diplomatiques aux questions les plus complexes. Mais je tiens à répéter que les intérêts de la Russie et la sécurité de notre peuple sont une priorité indiscutable.

Poutine a également déposé une gerbe sur la tombe du soldat inconnu.

La seule activité diplomatique impliquant Moscou au cours de la journée a été un appel avec le président turc Recep Tayyip Erdogan :

Les dirigeants ont échangé leurs points de vue sur la situation concernant la reconnaissance par la Russie des républiques populaires de Donetsk et de Lougansk. Vladimir Poutine a souligné la nécessité objective de prendre cette décision sur la base de l’agression des autorités ukrainiennes dans le Donbass et de leur refus catégorique d’appliquer les accords de Minsk. Recep Tayyip Erdogan a donné son point de vue bien connu sur la question.

Les questions de l’élaboration de garanties de sécurité à long terme juridiquement contraignantes pour la Fédération de Russie ont également été abordées. Dans ce contexte, Vladimir Poutine a exprimé sa déception face à la réponse des États-Unis et de l’OTAN, qui se résume à une tentative d’ignorer les préoccupations et les demandes légitimes de la Russie.

Les présidents ont convenu de poursuivre les contacts russo-turcs sous diverses formes.

La couverture par CNN du 23 février 2022 était principalement liée aux nouvelles sanctions imposées à la Russie ainsi qu’aux diverses voix politiques mettant en garde contre une guerre imminente.

L’Ukraine a instauré l’état d’urgence.

Dans la soirée, certains sites Web du gouvernement ukrainien sont tombés en panne après un certain nombre de cyberattaques banales.

CNN a également rapporté que les régions séparatistes de Donbass avaient demandé au Kremlin de les aider à repousser les forces ukrainiennes :

Les chefs de la République populaire de Donetsk (RPD) et de la République populaire de Louhansk (RPL) autoproclamées, deux régions séparatistes d’Ukraine, récemment reconnues par la Russie comme indépendantes, ont officiellement demandé au président russe Vladimir Poutine de les aider à repousser l’agression des forces armées ukrainiennes, a déclaré mercredi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, à l’agence de presse étatique russe RIA-Novosti.

« Le président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine a reçu des lettres d’appel du chef de la République populaire de Louhansk Leonid Pasechnik et du chef de la République populaire de Donetsk Denis Pushilin », a déclaré Peskov, selon RIA.

Selon Peskov, l’appel dit : « Kiev continue de renforcer sa présence militaire sur la ligne de contact, tout en recevant un soutien complet, y compris militaire, des États-Unis et d’autres États occidentaux. Le régime de Kiev s’attache à résoudre le conflit par la force. »

« Compte tenu de ce qui précède, les chefs des deux républiques, en lien avec la situation actuelle, ainsi que pour éviter des victimes civiles et une catastrophe humanitaire, sur la base des articles 3 et 4 des traités d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle entre la Fédération de Russie et les républiques, demandent au président de la Russie d’aider à repousser l’agression des forces et formations armées de l’Ukraine », a ajouté Peskov, selon RIA.

C’était la dernière étape formelle avant l’entrée en guerre de la Russie en Ukraine.

Bientôt, les troupes russes ont pénétré dans la région séparée de Donbass :

Les troupes russes se sont déplacées dans la région orientale de l’Ukraine que la Russie a désormais reconnue comme « indépendante », selon le premier ministre de la Lettonie, membre de l’OTAN, et des sources familières du renseignement américain.

« Selon les informations dont je dispose, Poutine déplace des forces et des chars supplémentaires dans les territoires occupés de Donbass », a déclaré mercredi le Premier ministre letton Arturs Krišjānis Kariņš à Jim Sciutto de CNN. « Par toute définition, c’est traverser la frontière du territoire souverain d’un pays voisin. »

Pressé spécifiquement pour savoir s’il faisait référence à l’entrée de troupes russes supplémentaires depuis que Moscou a reconnu les deux régions séparatistes plus tôt cette semaine, Kariņš a répondu : « Oui, selon les informations dont je dispose, c’est exactement ce que nous voyons. »

À minuit, heure de Moscou, les troupes russes se sont dirigées vers l’Ukraine depuis plusieurs directions. Le 24 février, à 6 heures du matin, heure de Moscou, Poutine s’est adressé à la Russie. L’armée de l’air russe a commencé à opérer en Ukraine, les troupes russes sont entrées dans le pays. La guerre était lancée.

Curieusement, la mission spéciale d’observation de l’OSCE sur la ligne de cessez-le-feu dans le sud-est de l’Ukraine n’a publié aucun rapport sur ce qui s’est passé sur le terrain le mercredi 23 février 2022.

Son rapport quotidien 42/2022 publié le 23 février 2022 couvre ce qui s’est passé le mardi 22 février 2022. Son rapport quotidien 43/2022, publié le mardi 24 février 2022, ne couvre que les événements survenus dans toute l’Ukraine le jeudi 24 février 2022.

Ce dernier rapport semble confus :

Sur la base des informations fournies par les équipes de surveillance à 19h30 le 23 février 2022. Toutes les heures sont exprimées en heure d’Europe de l’Est.

• Depuis les premières heures du 24 février, à différents endroits en Ukraine, la MSO a observé une situation sécuritaire gravement détériorée.
• La mission a entendu de multiples explosions, y compris des tirs de systèmes de roquettes à lancement multiple.
• La MSO a vu des avions militaires survoler les villes de Kherson et de Kiev.
• La mission a enregistré un pic de bombardements dans les zones contrôlées par le gouvernement dans la région de Luhansk.
• En divers endroits d’Ukraine, la MSO a vu moins de personnes dans les rues et de longues files d’attente dans les magasins, les pharmacies, les distributeurs automatiques de billets et les stations-service.

Télécharger le rapport complet.

Alors que la première ligne indique que les observations pour le rapport ont pris fin « à 19h30 le 23 février 2022 », tous les rapports dans l’introduction ainsi que dans le rapport complet semblent concerner des observations et des incidents qui se sont produits le 24 février. Il n’y a pas de décompte des violations du cessez-le-feu ni de carte des incidents et des impacts pour le 23.

Nous ne disposons donc d’aucun compte rendu de la mission spéciale de surveillance de l’OSCE sur les violations du cessez-le-feu, les explosions et les mouvements militaires le long de la ligne de cessez-le-feu au Donbass pour le mercredi 23 février 2022.

Je n’ai trouvé aucune explication à cela.

Conclusion

Ceci est le dernier fil de la petite série de Moon of Alabama sur la préparation de la guerre en Ukraine.

J’ai décidé d’ajouter une copie de l’article que j’ai écrit et posté pour Moon of Alabama le jeudi 24 février 2022, quelques heures après le début de la guerre. Il examinait l’issue probable de la guerre. Je suis quelque peu étonné et soulagé qu’aujourd’hui, un an plus tard, je ne vois aucune raison de corriger mon point de vue précédent.

Republication :

Désarmer l’Ukraine - Jeudi 24 février 2022

L’armée russe a lancé une opération visant à désarmer l’Ukraine, et peut-être à changer de régime.

Je comprends pourquoi la Russie fait cela - c’est soit attaquer maintenant, soit se défendre plus tard avec beaucoup plus de pertes et le danger d’une défaite totale.

J’avais cependant espéré qu’elle trouverait d’autres méthodes pour protéger la Russie d’une nouvelle agression de l’OTAN.

En 2014, les États-Unis ont provoqué un changement de régime à Kiev et contrôlent depuis lors le gouvernement ukrainien. Ils ont fait de l’Ukraine une base pour étrangler la Russie économiquement et militairement.

Au cours des deux derniers siècles, la Russie a dû se défendre, au prix d’horribles pertes, contre deux énormes invasions venues de l’ouest. Il est compréhensible qu’elle ne veuille pas répéter cette expérience.

Il est difficile de discerner l’état final prévu de cette opération. Où cela va-t-il s’arrêter ?

En regardant cette carte, je pense que l’objectif final le plus avantageux pour la Russie serait la création d’un nouveau pays indépendant, appelé Novorussiya, sur le territoire situé à l’est du Dniepr et au sud le long de la côte, qui abrite une population majoritairement russe et qui, en 1922, avait été rattaché à l’Ukraine par Lénine. Cet État serait politiquement, culturellement et militairement aligné sur la Russie.

Cela éliminerait l’accès de l’Ukraine à la mer Noire et créerait un pont terrestre vers la Transnistrie, séparée de la Moldavie, qui est sous la protection de la Russie.

Digression :

La partie jaune de la carte intitulée « L’Ukraine en 1654 » était en fait le territoire des Cosaques orthodoxes zaporogues. Sous la menace du Commonwealth catholique lituano-polonais, qui tenait alors les parties vertes en servage, les Cosaques ont négocié le Traité de Pereiaslav (1654) avec la Russie et ont prêté allégeance au tsar. Leur région est ainsi devenue une partie autonome de la Russie.

Fin de la digression.

Le reste de l’Ukraine serait un état confiné, essentiellement agricole, désarmé et trop pauvre pour devenir rapidement une nouvelle menace pour la Russie. Politiquement, elle serait dominée par les fascistes de Galicie, qui deviendraient alors un problème majeur pour l’Union européenne.

Grâce aux ajouts de Staline en Ukraine, trois pays, la Pologne, la Hongrie et la Roumanie, ont des revendications sur certaines zones des régions occidentales de l’Ukraine. S’ils veulent s’en emparer à nouveau, c’est probablement le meilleur moment pour le faire. Bien qu’ils fassent partie de l’OTAN, qui ne soutiendrait probablement pas de telles actions, ces trois pays auront des difficultés de politique intérieure pour résister à la tentation.

J’espère que le combat sera vif mais court, qu’il détruira les capacités militaires de l’Ukraine mais qu’il fera le moins de victimes et d’autres dégâts possibles.

Il est triste que les pays de l’OTAN, dont le mien, n’aient pas eu le courage de faire les concessions nécessaires pour éviter que cela ne se produise.

Mise à jour :

Le discours de Poutine hier soir (version anglaise) explique pourquoi cela se produit. [NDT : en français ici]

Moon Of ALABAMA

Fin de la republication.

* * * * * * * * * *

Les commentaires qui suivent cette série sont dithyrambiques, évidemment. Un seul exemple suffit :

James : « b.. votre travail sur tout ceci a été stellaire... merci beaucoup d’avoir chroniqué tout ceci d’une manière que je crois très neutre et non biaisée... merci... j’espère que d’autres bénéficieront de tout le travail que vous avez fait pour apporter de la clarté sur cette dynamique troublante... »

Traduction : XP et son meilleur ami, Deepl.

»» https://www.moonofalabama.org/2023/02/the-buildup-to-war-in-ukraine-cl...
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