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A propos de la délocalisation de l’usine Lear de Guipry (Ille-et-Vilaine)

L’usine Lear, située à Guipry (Ille et Vilaine), va donc fermer ses portes très prochainement et les quarante-quatre salariés devraient recevoir leur lettre de licenciement avant Noël. Le site, propriété d’un groupe étasunien, produit des sièges pour l’automobile, en l’occurrence pour l’usine PSA de Chartres de Bretagne. Cette délocalisation se fera au profit du site industriel que la société possède en République Tchèque. L’équipementier a déjà procédé par le passé à plusieurs délocalisations de ses usines situées en France et en Italie.

Yves Hamon (CGT) a déclaré qu’il s’attendait à une telle issue depuis quelques mois. Ce responsable syndical de Lear estime d’ailleurs que le temps de la construction automobile en France est révolu. Une déclaration qui traduit un fatalisme étonnant, à mettre sans doute sur le compte de l’émotion, ce qui serait après tout bien compréhensible. Ceci dit, la CGT ne figure pas au nombre des organisations qui remettent en cause le processus qui est à l’origine des délocalisations et de la sous-traitance exotique, à savoir la mondialisation dont elle pense, comme l’ensemble de la gauche et des libéraux, qu’elle est inéluctable et souhaitable.

La CGT apparaît de plus en plus clairement comme un accompagnateur de la mondialisation néolibérale, ce qui explique son effritement comme celui de l’ensemble des syndicats lesquels ne représentent plus que d’infimes minorités de salariés. La rénovation du syndicalisme est une urgence nationale qui passera nécessairement par l’abolition des règles qui rendent la création de nouveaux syndicats quasiment impossible.

Comme beaucoup d’autres, les salariés de Lear sont victimes de la cupidité des dirigeants et des actionnaires de sociétés qui n’ont plus aucun objectif à long terme parce qu’ils ne s’inscrivent plus dans le temps long de l’histoire collective des peuples. La recherche frénétique de profit à très court terme les conduit à prendre des décisions qui s’avèrent catastrophiques tant pour les salariés qui perdent leurs revenus que pour les Etats qui perdent leurs ressources fiscales. Des décisions qui sont aussi suicidaires pour les compagnies françaises et européennes dans la mesure où elles perdront leur savoir-faire et leur avance technologique !

Pour mieux saisir ce phénomène, on se reportera au livre qu’Eric Laurent avait publié en 2011 sous le titre ‘Le scandale des délocalisations’, que les éditions Pocket viennent opportunément de rééditer. Dans ce petit livre, l’auteur fait une présentation du processus de mondialisation en cours qui de toute évidence n’a rien à voir avec l’idée que s’en font Alain Minc et autres membres de l’hyper-classe mondialiste. Contrairement à ce que les médias du Système affirment depuis deux décennies, les délocalisations ne diminuent pas et seules quelques entreprises opérant dans des niches très particulières relocalisent. De plus, contrairement à tout ce que croyait la classe politique qui s’est totalement trompée, le phénomène touche de plus en plus des activités à haute valeur ajoutée telles, par exemple, celles du secteur de l’ingénierie informatique.

Ce ne sont donc plus seulement les fabriques de tee-shirts qui quittent les pays occidentaux mais aussi les activités de très haut de gamme. La Chine fabrique déjà des trains à grande vitesse qui concurrencent les productions allemandes et françaises et les avions chinois vont très bientôt concurrencer ceux d’Airbus et de Boeing. Le comble est que les sociétés occidentales ont livré aux firmes chinoises et indiennes leur savoir-faire en contrepartie de quelques commandes. Eric Laurent estime, à juste titre, que tout cela nous mène au suicide économique parce que ce que n’ont pas compris les gouvernements occidentaux – en particulier les gouvernements européens et la Commission européenne qui sont victimes d’une illusion, celle d’un monde irénique – c’est que la Chine nous fait la guerre, une guerre économique qui a pour but la suprématie chinoise. La Chine, en plus de vouloir accéder à un niveau de vie confortable, veut se venger des traités inégaux du dix-neuvième siècle. Elle ne nous fera pas de cadeaux, pas plus que l’Inde.

Des voix s’élèvent aujourd’hui pour dénoncer les ravages de la mondialisation néolibérale. Les Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz et Paul Krugman, autrefois chauds partisans de la mondialisation, ont aujourd’hui changé leur fusil d’épaule. Tout comme Paul Craig Roberts, sous-secrétaire au Trésor de Ronald Reagan, qui est le plus virulent des dénonciateurs de la mondialisation. Mais à tout seigneur tout honneur, le premier de tous les accusateurs de la mondialisation en cours fut le Prix Nobel d’économie français Maurice Allais qui nous a mis en garde dès le début des années 1990 et qui avait prévu tout ce qui est arrivé depuis, y compris la crise économique mondiale, le fiasco de l’Union européenne et celui de la monnaie unique.

B. Guillard

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