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Allez, les gens, courage.

D’abord, et avant tout, commençons par le commencement : « Merci ».

Merci à Jean-Luc Mélenchon pour avoir si bien représenté la France Insoumise. Merci à la France Insoumise pour nous avoir offert la plus belle campagne de mémoire de bipède vivant (et des campagnes, je peux dire que j’en ai vu « un certain nombre »).

Merci aux animateurs, techniciens, blogueurs, économistes, conseillers, intellectuels, artistes, travailleurs, graphistes, chômeurs, distributeurs de tracts, colleurs d’affiches et toutes les petites mains, militants occasionnels ou chevronnés d’avoir insufflé cet air frais, cette intelligence, cette abnégation, cette humanité et même ce « professionnalisme ». Ah… comme vous m’avez fait rêver avec l’Avenir en Commun…

Maintenant, soyons clairs : la victoire de Macron est bien celle du candidat des médias. Et ils ont beau nous présenter des interviews de « militants » du mouvement En Marche ! qui racontent combien « le travail de terrain fut dur » (et oui, mon vieux, ça s’appelle le militantisme, et on en reparlera dans quelques mois), nous n’oublierons pas de sitôt la couverture ubuesque offerte à ce jeune gueulard par les 8 milliardaires qui contrôlent la diffusion de la non-information en France. Travail de terrain, mon oeil. Je ne connais pas un seul « macroniste » capable de me citer une seule mesure « concrète » du « programme » de l’idole de la presse et du « système ».

Dans de telles conditions, même une chèvre attachée à un piquet aurait obtenu un score honorable.

Il est étonnant de constater comment François Hollande, et les médias, peuvent mettre en doute la « démocratie » de Mélenchon, alors qu’ils ont été eux-mêmes les auteurs de la grande trahison et du viol de la démocratie, après le référendum sur la Constitution européenne. Existe-t-il un seul député ou sénateur de l’époque parmi ceux-là qui ait été pris à partie, sermonné, interrogé, critiqué, rappelé à l’ordre par le moindre journaliste du système ? Vous connaissez la réponse. D’ailleurs, il est probable que vous ne vous souvenez plus – si jamais vous l’avez su – des noms de ces traîtres. Si ça se trouve, vous avez déjà revoté pour l’un entre eux sans même vous douter qu’il n’y a pas si longtemps, il vous avait craché à la figure, électeur que vous êtes.

Le principal rôle des médias est peut-être celui d’imposer leur vocabulaire, ce qui leur permet de contrôler les termes du débat. Le PS est « de gauche ». Macron est « de gauche ». Valls est « de gauche ». Alors que la vérité est que si le programme du Front National avait été rédigé par Valls (et il aurait pu l’être), ce programme aurait été qualifié par les médias d’un programme... de gauche.

Il fut un temps ou le système exerçait son pouvoir par le biais de partis politiques institutionnels. Ces partis étaient le bras armé du pouvoir et se voyaient appuyés par les médias idéologiquement proches chargés de relayer leur discours. Mais un basculement s’est produit – que j’estime dans les années 90 – qui a vu leurs rapports s’inverser. Petit à petit, au fur et à mesure que le pouvoir de la communication s’est renforcé, celui du rôle des partis du système a diminué, et leur importance avec. Mais si la pseudo-impartialité des médias est de plus en plus visible et remise en cause, ils échappent encore au constat définitif qui s’impose : ce sont eux les nouveaux « partis » du système. Ils peuvent donc se permettre de couler un PS discrédité, pour donner l’illusion d’un changement ou d’une alternance.

Après tout, à quoi servent des partis institutionnels lorsqu’on contrôle le plus important : votre vision du monde ?

* * *

En attendant le deuxième tour, voici quelques réflexions, à prendre ou à laisser.

- M. Mélenchon a tout à fait raison de ne pas donner de consigne de vote.

- M. Macron ne doit pas obtenir un plébiscite « à la Chirac ».

- Ceux qui proclament que « voter contre Le Pen ne signifie pas adhérer aux idées de Macron » devraient comprendre que cet argument peut se retourner : « ... voter contre Macron ne signifie pas adhérer aux idées de Le Pen ». Vous y avez pensé ou bien ?

- Si M. Mélenchon était « bien sympa mais ne pourra pas appliquer son programme parce que tout le système s’y opposera », alors cela vaut aussi pour Mme Le Pen. Vous y avez pensé ou bien ?

- La candidature de M. Macron est le fruit d’une manipulation. Voter pour lui, c’est :

1) mener la manipulation à son terme et la faire réussir
2) montrer que nous sommes manipulables
3) déclarer que nous n’avons rien contre les manipulations,
4) encourager ses auteurs à recommencer...

- Ceux qui réclament un "front" contre le FN sont ceux qui ont empêché la France Insoumise de passer au deuxième tour pour battre le FN à plate couture.

- Personne n’a des leçons d’antifascisme à nous donner.

- Appeler à voter pour des candidats dont la politique fait monter le FN tout en reprochant de ne pas en faire assez pour empêcher la montée du FN n’est pas vraiment une position tenable. (Un socialiste qui parle de faire barrage au FN, c’est comme un fumeur en série qui met en garde contre le cancer. Au bout d’un moment, c’est "ta gueule", quoi.)

- Seule une autre politique avait une chance de corriger le tir.

- Voter pour Mme Le Pen est contre (notre) nature.

Par conséquence, pour le second tour de l’élection présidentielle française de 2017 :

- Fort des réflexions qui précédent,
- Estimant que si l’un d’entre nous avait raison à 100% ça se saurait et ce depuis des lustres,
- Ignorant les appels à faire ceci ou cela de la part de ceux qui à chaque élection en appellent à faire ceci ou cela,
- Déclarant être en possession de toutes mes facultés mentales et physiques,
- J’en appelle solennellement, et en mon âme et conscience, à tous mes amis, camarades, connaissances, voisins de palier et étrangers croisés dans le métro :

De tout ce qui précède, retenez ce qui vous paraît juste, ignorez le reste et, au second tour, faites comme vous le sentez.

Mais sachez que, quelle que soit votre décision, je ne vous en tiendrai pas rigueur.

Allez, les gens, courage.

Viktor DEDAJ
avec quand même une petite larme à l’oeil gauche.

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