RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

Austérité : les dépenses d’éducation par élève atteignent leur niveau le plus bas depuis quinze ans

Sur fond de réforme des collèges, quels sont les moyens alloués par élève pour assurer leur scolarité ? Selon le ministère de l’Éducation nationale, les dépenses par élèves ont augmenté de 500 euros en dix ans. Mais si l’on se penche en détail sur les chiffres fournis, le discours officiel peut être mis en doute. Une étude réalisée par le syndicat Force ouvrière montre au contraire que ces dépenses, en grande majorité assurées par l’Etat et les collectivité locales, diminuent. Pour le collège, la France consacrerait même moins d’argent par élève qu’il y a 15 ans. Priorité à la jeunesse ?

Le temps n’est plus aux restrictions budgétaires : la dépense par collégien aurait augmenté de près de 500 euros entre 2006 et 2013. C’est ce qu’affirme le ministère de l’Éducation nationale, alors que les syndicats ont manifesté ce 19 mai contre la réforme du collège proposée par la ministre Najat Vallaud-Belkacem, qui a pourtant inscrit le texte au Journal officiel dès le lendemain. Des dépenses en augmentation ? Les chiffres du ministère eux-mêmes montrent pourtant le contraire.

La dépense moyenne par élève a chuté de 7% entre les années scolaires 2010-2011, alors que Luc Chatel (UMP) était ministre de l’Éducation nationale, et 2013-2014, sous son successeur Vincent Peillon (PS). C’est ce que révèle une analyse détaillée réalisée par le syndicat Force ouvrière, à partir des documents de synthèse publiés chaque année par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du ministère. Ces dépenses moyennes par élève prennent en compte toutes les dépenses d’éducation : celles de l’État pour payer les enseignants, l’administration, la documentation pédagogique ou la médecine scolaire par exemple, celles des collectivités locales pour assurer l’entretien des établissement l’activité des cantines ou des transports scolaires, celles engagées par les ménages pour l’achat de fournitures liées à l’école [1]. État et collectivités assurent 84% des dépenses et les ménages 7,5%.

Loin des tendances à la hausse annoncées par le ministère, pour tout le second degré (collège et lycées), le niveau de dépense moyen par élève est aujourd’hui au plus bas depuis 2006. La baisse des dépenses par élève serait de 6% pour le collège et de 10% pour les lycées d’enseignement général et technologique, sur ces quatre dernières années.

D’où vient ce différentiel entre les chiffres annoncés par le ministère et les études sur le plus long terme ? De calculs statistiques pour le moins étranges... Exemple : en 2013, le ministère annonce qu’un collégien coûte 8240 euros, contre 7750 euros en 2006. Ce chiffre est calculé en euros constants, en tenant compte de l’inflation des sept dernières années. L’augmentation de la dépense serait de 500 euros par collégien, donc. Sauf que la synthèse annuelle réalisée par la même direction du ministère en 2006, indique que, cette année-là, le montant de la dépense par collégien était de 7960 euros, en « euros 2006 ». Des chiffres incompatibles, au vu de l’inflation totale de 11 % entre 2006 et 2013, explique FO. Une dépense évaluée à 7960 euros en 2006 ne peut pas être ramenée à 7750 euros quelques années plus tard si l’on prend en compte l’inflation. D’autant que certains chiffres augmentent, d’autres baissent, pour les mêmes années, selon les différents documents. Si même les hauts-fonctionnaires du ministère ont des problèmes en mathématiques...

« Au lieu des 500 euros de plus annoncés par le ministère, on a en réalité une baisse de 600 euros en 2013-2014 par rapport à l’année scolaire 2006-2007 », conclut FO. Ou comment embrouiller des statistiques, en espérant que personne n’ira rechercher les chiffres annoncés les années précédentes...

« Avec la chute du nombre d’enseignants, l’augmentation du nombre d’élèves par classes et du nombre global d’élèves ces dernières années, ces chiffres ne constituent pas une surprise », pointe Jacques Paris, du Syndicat National FO des Lycées et Collèges (SNFOLC). Durant la dernière décennie, le nombre de collégiens a progressé de plus de 2 %, pendant que le nombre de classes reculait de 1,2 %. Soit 53 000 élèves en plus, pour 1 208 classes en moins. Au collège, le nombre moyen d’élèves par classe approche les 25.

Dans la même période, le nombre d’enseignants titulaires en collège a baissé de 11,6 %. La disparition de 50 000 postes de titulaires dans le secondaire ces dix dernières années n’a pas été compensée par l’embauche de 10 000 enseignants non titulaires [2]. On reste encore bien loin de la promesse de François Hollande de créer 60 000 postes supplémentaires dans les cinq années de son mandat présidentiel. Et de faire de la jeunesse une priorité, alors même que les inégalités continuent de progresser pour les 1,2 million d’enfants vivant dans des familles pauvres.

Photo : Deux écolières d’Argenteuil (Île-de-France) / CC Julie Kertesz

Notes

[1] Elles sont ramenées en euros constants 2014 pour pouvoir être comparées.
[2] Le nombre d’enseignants du secondaire a diminué de 430 263 à 380 600. Les non titulaires sont passés de 4 % des effectifs en 2005 à 7,5 % en 2013, selon les chiffres du ministère

21 mai 2015

»» http://www.bastamag.net/La-depense-par-eleve-continue-de-chuter
URL de cet article 28662
  

Même Thème
En conscience je refuse d’obéir. Résistance pédagogique pour l’avenir de l’école, Alain Refalo
Alain REFALO
Le manifeste des enseignants désobéisseurs : un ouvrage qui dénonce la déconstruction de l’école de la République. « Car d’autres enseignants (…) ont décidé de relever ce défi de la lutte contre la déconstruction de l’école publique. Ils sont entrés en résistance, sans se payer de mots inutiles. Une résistance radicale, mais responsable. Une résistance transparente et assumée. Pour que le dernier mot de l’histoire n’ait pas la couleur de la désespérance. » Des îlots de résistance - 164, rue du Faubourg (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

"L’un des grands arguments de la guerre israélienne de l’information consiste à demander pourquoi le monde entier s’émeut davantage du sort des Palestiniens que de celui des Tchétchènes ou des Algériens - insinuant par-là que la raison en serait un fonds incurable d’antisémitisme. Au-delà de ce qu’il y a d’odieux dans cette manière de nous ordonner de regarder ailleurs, on peut assez facilement répondre à cette question. On s’en émeut davantage (et ce n’est qu’un supplément d’indignation très relatif, d’ailleurs) parce que, avant que les Etats-Unis n’envahissent l’Irak, c’était le dernier conflit colonial de la planète - même si ce colonisateur-là a pour caractéristique particulière d’avoir sa métropole à un jet de pierre des territoires occupés -, et qu’il y a quelque chose d’insupportable dans le fait de voir des êtres humains subir encore l’arrogance coloniale. Parce que la Palestine est le front principal de cette guerre que l’Occident désoeuvré a choisi de déclarer au monde musulman pour ne pas s’ennuyer quand les Rouges n’ont plus voulu jouer. Parce que l’impunité dont jouit depuis des décennies l’occupant israélien, l’instrumentalisation du génocide pour oblitérer inexorablement les spoliations et les injustices subies par les Palestiniens, l’impression persistante qu’ils en sont victimes en tant qu’Arabes, nourrit un sentiment minant d’injustice."

Mona Chollet

L’UNESCO et le «  symposium international sur la liberté d’expression » : entre instrumentalisation et nouvelle croisade (il fallait le voir pour le croire)
Le 26 janvier 2011, la presse Cubaine a annoncé l’homologation du premier vaccin thérapeutique au monde contre les stades avancés du cancer du poumon. Vous n’en avez pas entendu parler. Soit la presse cubaine ment, soit notre presse, jouissant de sa liberté d’expression légendaire, a décidé de ne pas vous en parler. (1) Le même jour, à l’initiative de la délégation suédoise à l’UNESCO, s’est tenu au siège de l’organisation à Paris un colloque international intitulé « Symposium international sur la liberté (...)
18 
"Un système meurtrier est en train de se créer sous nos yeux" (Republik)
Une allégation de viol inventée et des preuves fabriquées en Suède, la pression du Royaume-Uni pour ne pas abandonner l’affaire, un juge partial, la détention dans une prison de sécurité maximale, la torture psychologique - et bientôt l’extradition vers les États-Unis, où il pourrait être condamné à 175 ans de prison pour avoir dénoncé des crimes de guerre. Pour la première fois, le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, Nils Melzer, parle en détail des conclusions explosives de son enquête sur (...)
11 
Reporters Sans Frontières, la liberté de la presse et mon hamster à moi.
Sur le site du magazine états-unien The Nation on trouve l’information suivante : Le 27 juillet 2004, lors de la convention du Parti Démocrate qui se tenait à Boston, les trois principales chaînes de télévision hertziennes des Etats-Unis - ABC, NBC et CBS - n’ont diffusé AUCUNE information sur le déroulement de la convention ce jour-là . Pas une image, pas un seul commentaire sur un événement politique majeur à quelques mois des élections présidentielles aux Etats-Unis. Pour la première fois de (...)
22 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.