RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

Comment j’ai perdu mon ESTA après un voyage à Cuba

Personne ne le sait mais il est désormais illégal de voyager aux Etats-Unis avec un ESTA si vous êtes allé à Cuba ! L’ESTA c’est cette autorisation en ligne qui vous permet de voyager aux Etats-Unis sans visa… Or, si vous allez à Cuba, que ce soit via les Etats-Unis, ou un autre pays, vous perdez désormais votre ESTA en arrivant chez l’Oncle Sam. Voici en détails comment j’ai découvert, à mes dépends, cette nouvelle disposition complètement inconnue et écrite nulle part.

Alors que je revenais d’un séjour à Cuba en mars 2022, via un vol La Havane-Miami, j’ai eu la très désagréable surprise de faire l’expérience de la « pièce du fond » à l’aéroport de Miami. C’est ainsi qu’on appelle, dans le jargon de la police aux frontières US, cette petite salle où on envoie tous les « voyageurs à problèmes ». En résumé, tous ceux qui ont transgressé les lois américaines et n’ont pas vraiment le droit de séjourner sur le territoire. Pourtant jusque là, en tant que citoyenne française voyageant régulièrement aux Etats-Unis depuis plus de 20 ans, je n’avais jamais eu aucun problème à l’arrivée. Il suffisait de présenter mon passeport français ainsi que mon autorisation ESTA approuvée, et le tour était joué.

Pourtant, dès que j’ai dit à la policière aux frontières que j’arrivais de Cuba, sa réaction a été immédiate « You gonna see an officer » (Vous allez voir un officier). Et me voilà envoyée dans la fameuse pièce… Bien entendu, je n’ai eu aucune explication. J’ai bien demandé à l’officier qui m’a ouvert la porte et il m’a rétorqué « I have no idea » (Aucune idée) de façon assez désabusée. On me demande mon passeport qui disparaît dans les limbes des bureaux. Et me voilà assise dans une salle d’attente aux airs de purgatoire. Le temps semble s’être arrêté. L’angoisse est palpable. Plein de voyageurs, qui semblent tous aussi perdus les uns que les autres, attendent désespérément qu’un officier les appellent au guichet pour leur signifier leur infraction. Le silence est pesant. Les portables sont interdits. La population est avant tout latino, Miami étant la ville la plus latine des USA, ce n’est pas une surprise. Mais moi qu’est-ce que je fais là ?

Je garde mon calme mais je n’ai aucune idée de quand je vais sortir de là et surtout je me demande bien ce qu’ils me veulent. Me prennent-ils pour une espionne au service du gouvernement cubain ? Pensent-ils que je fais un trafic de cigares ? Les questions se bousculent dans ma tête, au moins ça m’occupe. Mais vraiment je suis abasourdie.

Soudain vient mon tour, l’annonce tombe comme un couperet « Vous n’avez plus le droit de voyager avec un ESTA. Cuba est considéré comme un pays terroriste et vous avez enfreint les dispositions de l’ESTA. Désormais il vous faudra demander un visa tourisme pour venir aux Etats-Unis, même pour une simple correspondance. Et c’est à vie. On vous autorise cependant à rester sur le territoire américain car vous n’étiez pas au courant mais si vous en sortez, vous ne pourrez plus revenir sans visa. »

Je tombe des nues. Personne, absolument personne, ne m’a parlé de cette nouvelle disposition. Ni avant mon vol Miami-La Havane, ni à l’aéroport de La Havane. Et quand j’ai rempli mon autorisation ESTA, Cuba ne figurait pas sur cette liste de pays terroristes comme l’Irak par exemple. Les vols sont réguliers entre Cuba et les Etats-Unis depuis le réchauffement des relations entre les deux pays en 2016 et j’avais déjà effectué un vol aller-retour entre La Havane et Miami par le passé sans aucun problème.

Une nouvelle disposition indiquée nulle part

Après avoir perdu mon ESTA, j’ai donc d’abord cru à une erreur. J’appelle donc le bureau de la police aux frontières de l’aéroport de Miami en arrivant à mon hôtel. Et on finit par m’expliquer que c’est une loi Trump qui date de 2021 mais qu’elle est véritablement appliquée seulement depuis 6 mois… Le problème c’est que personne n’est au courant ! Cette loi a commencé à s’appliquer strictement pendant que les frontières de Cuba et des Etats-Unis étaient encore fermées… Et comme les 2 pays ont seulement rouvert fin 2021, tout cela est passé inaperçu. Malgré tout, la loi est appliquée à la lettre et beaucoup de voyageurs perdent désormais leur ESTA. Les officiers me l’ont confirmé. Hallucinant.

Après avoir fait des pieds et des mains, j’obtiens cependant une autorisation exceptionnelle de sortie du territoire US car je partais à la Dominique pour le travail quelques jours plus tard et que je devais revenir à Miami… Cela a été assez complexe comme processus mais j’ai réussi à revenir à Miami. Au retour, je suis retournée dans la petite salle à nouveau mais ça a été plus rapide vu qu’un officier m’attendait à la sortie de l’avion… Ca fait tout drôle. Un peu comme un prisonnier mais sans menottes. Mon crime ? Etre allée à Cuba. L’officier a été très sympa mais quand même ! Une fois dans la petite salle, on m’a remis un visa tourisme B2 de 6 mois. Il y est écrit noir sur blanc sur le document que j’ai perdu mon ESTA à cause de mon voyage à Cuba car je n’étais pas au courant de cette disposition (voir photo ci-dessous). Ironie du sort, c’est un Américain d’origine cubaine qui s’occupe de moi. Il compatit discrètement et m’avoue qu’il est allé une fois dans le pays de ses parents mais qu’en tant que policier il évite d’y retourner. Il me dit au passage que l’île de Cayo Guillermo, où j’ai séjourné à Cuba est sublime.

Notification de suppression d’ESTA pour cause de voyage Cuba (Visa B2 temporaire en remplacement de l’ESTA)-Crédits photo SHD

Le hic c’est que Cuba n’est toujours pas sur la liste des pays interdits quand on remplit sa demande en ligne pour obtenir un ESTA. Cuba ne figure aucunement sur cette liste de pays terroristes aux côtés de l’Iraq, l’Iran etc. Et quand j’ai demandé pourquoi, on m’a dit, ça va venir ! Et bien, j’attends toujours. Ce n’est toujours pas le cas et vous pouvez aller vérifier par vous-mêmes. Pourtant, on peut dire qu’aujourd’hui, je suis « fichée C », C comme Cuba. Comme un fiché S finalement, « Cuba is the new Black » en résumé.

J’ai donc demandé à une avocate des droits de l’immigration de m’aider à y voir plus clair. Il semble surtout que cette disposition est une « chasse aux sorcières » contre tous les voyageurs qui font du tourisme à Cuba, un des rares revenus de ce pays dont l’économie est aujourd’hui plus exsangue que jamais suite à la pandémie et aux sanctions économiques de l’embargo américain. Mais que vont devenir les Cubains si tous les Européens se décident à éviter le pays pour pouvoir voyager aux Etats-Unis ? Et que faire si comme moi, on souhaite voyager dans les deux pays, au-delà de toute considération politique ?

Je vous laisse lire l’analyse édifiante de Paola Usquelis, avocate spécialiste des droits de l’immigration basée à Miami…

L’avis d’une avocate spécialisée en droit de l’immigration aux Etats-Unis

Par Paola Usquelis, avocate

« En vertu de la loi américaine, « les activités touristiques restent interdites à Cuba ». Par conséquent, vous ne pouvez pas aller à Cuba, sauf si vous vous qualifiez sous certaines des exceptions énumérées par l’OFAC.

En vertu du site Web de l’OFAC concernant Cuba, vous ne pouvez pas voyager dans ce pays sauf avec une « licence spéciale ». L’OFAC vous accordera une licence pour vous rendre à Cuba pour des visites familiales, des activités journalistiques ou des recherches professionnelles par exemple. Toutefois, ce règlement ne s’applique qu’aux citoyens américains et/ou aux personnes « soumises à la jurisprudence des États-Unis ». Par conséquent, il ne devrait pas s’appliquer aux touristes étrangers visitant les États-Unis. Eh bien… il s’y applique !

Si vous venez aux États-Unis avec votre ESTA et décidez de faire un arrêt rapide à Cuba, vous perdrez votre ESTA lors de votre retour aux États-Unis. De plus, il semble également que vous perdrez votre ESTA si vous êtes allé à Cuba à tout moment avant de visiter les États-Unis. Où trouve-t-on cette loi ?

Le site Web de l’ESTA ne fait AUCUNE mention de cette interdiction d’aller Cuba et/ou du risque de perdre son ESTA si vous y allez. En fait, à ce jour, seuls la Corée, la Somalie, le Soudan, la Libye, l’Iran, l’Irak ou le Yémen restent répertoriés comme « pays interdits » et / ou comme pays à entrée limitée. Les voyagistes européens ET les agences de tourisme américaines continuent d’encourager les voyages à Cuba depuis les États-Unis.

Encore une fois, où est la loi ? Comment se fait-il que personne ne semble le savoir, ni les agences de voyages ni les compagnies aériennes desservant Cuba ? Ce règlement n’est affiché nulle part : aucun site officiel du gouvernement n’informe les citoyens non américains qu’ils peuvent perdre leur statut ESTA et être renvoyés dans leur pays d’origine s’ils se rendent à Cuba. Lorsque vous perdez votre ESTA, vous ne pouvez pas en obtenir un nouveau et votre seule solution est de demander un visa B1 / B2 à l’ambassade des États-Unis dans votre pays. Perdre votre statut ESTA est majeur et ne doit pas être fait à la légère et / ou sans informations de la part des États-Unis aux voyageurs Européens. »

»» https://escapade-mag.fr/reportages/1181-etats-unis-suppression-de-lest...
URL de cet article 37923
  
AGENDA

RIEN A SIGNALER

Le calme règne en ce moment
sur le front du Grand Soir.

Pour créer une agitation
CLIQUEZ-ICI

Même Thème
Cuba est une île
Danielle BLEITRACH, Jacques-François BONALDI, Viktor DEDAJ
Présentation de l’éditeur " Cuba est une île. Comment l’aborder ? S’agit-il de procéder à des sondages dans ses eaux alentours de La Havane, là où gisent toujours les épaves des galions naufragés ? Ou encore, aux côtés de l’apôtre José Marti, tirerons-nous une barque sur la petite plage d’Oriente, et de là le suivrons -nous dans la guerre d’indépendance ? Alors, est-ce qu’il l’a gagnée ? C’est compliqué ! L’écriture hésite, se veut pédagogique pour exposer les conséquences de la nomenclature sucrière. L’épopée (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

La communication est à la démocratie ce que la violence est à la dictature.

Noam Chomsky

Ces villes gérées par l’extrême-droite.
(L’article est suivi d’un « Complément » : « Le FN et les droits des travailleurs » avec une belle photo du beau château des Le Pen). LGS Des électeurs : « On va voter Front National. Ce sont les seuls qu’on n’a jamais essayés ». Faux ! Sans aller chercher dans un passé lointain, voyons comment le FN a géré les villes que les électeurs français lui ont confiées ces dernières années pour en faire ce qu’il appelait fièrement « des laboratoires du FN ». Arrêtons-nous à ce qu’il advint à Vitrolles, (...)
40 
Le DECODEX Alternatif (méfiez-vous des imitations)
(mise à jour le 19/02/2017) Le Grand Soir, toujours à l’écoute de ses lecteurs (réguliers, occasionnels ou accidentels) vous offre le DECODEX ALTERNATIF, un vrai DECODEX rédigé par de vrais gens dotés d’une véritable expérience. Ces analyses ne sont basées ni sur une vague impression après un survol rapide, ni sur un coup de fil à « Conspiracywatch », mais sur l’expérience de militants/bénévoles chevronnés de « l’information alternative ». Contrairement à d’autres DECODEX de bas de gamme qui circulent sur le (...)
103 
La crise européenne et l’Empire du Capital : leçons à partir de l’expérience latinoaméricaine
Je vous transmets le bonjour très affectueux de plus de 15 millions d’Équatoriennes et d’Équatoriens et une accolade aussi chaleureuse que la lumière du soleil équinoxial dont les rayons nous inondent là où nous vivons, à la Moitié du monde. Nos liens avec la France sont historiques et étroits : depuis les grandes idées libertaires qui se sont propagées à travers le monde portant en elles des fruits décisifs, jusqu’aux accords signés aujourd’hui par le Gouvernement de la Révolution Citoyenne d’Équateur (...)
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.